AUGURE

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AUGURE
    Ne faut-il pas être bien possédé du démon de l'étymologie pour dire, avec Pezron et d'autres, que le mot romain augurium vient des mots celtiques au et gur ? Au, selon ces savants, devait signifier le foie chez les Basques et les Bas-Bretons, parce que asu, qui, disent-ils, signifiait gauche, devait aussi désigner le foie, qui est à droite; et que gur voulait dire homme, ou bien jaune ou rouge, dans cette langue celtique dont il ne nous reste aucun monument. C'est puissamment raisonner.
    On a poussé sa curiosité absurde (car il faut appeler les choses par leur nom) jusqu'à faire venir du chaldéen et de l'hébreu certains mots teutons et celtiques. Bochart n'y manque jamais. On admirait autrefois ces pédantes extravagances. Il faut voir avec quelle confiance ces hommes de génie ont prouvé que sur les bords du Tibre on emprunta des expressions du patois des sauvages de la Biscaye. On prétend même que ce patois était un des premiers idiomes de la langue primitive, de la langue mère de toutes les langues qu'on parle dans l'univers entier. Il ne reste plus qu'à dire que les différents ramages des oiseaux viennent du cri des deux premiers perroquets, dont toutes les autres espèces d'oiseaux ont été produites.
    La folie religieuse des augures était originairement fondée sur des observations très naturelles et très sages. Les oiseaux de passage ont toujours indiqué les saisons; on les voit venir par troupes au printemps, et s'en retourner en automne. Le coucou ne se fait entendre que dans les beaux jours, il semble qu'il les appelle; les hirondelles qui rasent la terre annoncent la pluie; chaque climat a son oiseau qui est en effet son augure.
    Parmi les observateurs il se trouva sans doute des fripons qui persuadèrent aux sots qu'il y avait quelque chose de divin dans ces animaux, et que leur vol présageait nos destinées, qui étaient écrites sous les ailes d'un moineau tout aussi clairement que dans les étoiles.
¬†¬†¬†¬†Les commentateurs de l'histoire all√©gorique et int√©ressante de Joseph vendu par ses fr√®res, et devenu premier ministre du pharaon roi d'√Čgypte pour avoir expliqu√© un de ses r√™ves, inf√®rent que Joseph √©tait savant dans la science des augures, de ce que l'intendant de Joseph est charg√© de dire √† ses fr√®res: " Pourquoi avez-vous vol√© la tasse d'argent de mon ma√ģtre, dans laquelle il boit, et avec laquelle il a coutume de prendre les augures ? " Joseph ayant fait venir ses fr√®res devant lui, leur dit: " Comment avez-vous pu agir ainsi ? ignorez-vous que personne n'est semblable √† moi dans la science des augures ? "
¬†¬†¬†¬†Juda convient, au nom de ses fr√®res , que " Joseph est un grand devin; que c'est Dieu qui l'a inspir√©; Dieu a trouv√© l'iniquit√© de vos serviteurs. " Ils prenaient alors Joseph pour un seigneur √©gyptien. Il est √©vident, par le texte, qu'ils croyaient que le dieu des √Čgyptiens et des Juifs avait d√©couvert √† ce ministre le vol de sa tasse.
¬†¬†¬†¬†Voil√† donc les augures, la divination tr√®s nettement √©tablie dans le livre de la Gen√®se, et si bien √©tablie qu'elle est d√©fendue ensuite dans le L√©vitique, o√Ļ il est dit: " Vous ne mangerez rien o√Ļ il y ait du sang; vous n'observerez ni les augures ni les songes; vous ne couperez point votre chevelure en rond; vous ne vous raserez point la barbe. "
    A l'égard de la superstition de voir l'avenir dans une tasse, elle dure encore; cela s'appelle voir dans le verre. Il faut n'avoir éprouvé aucune pollution, se tourner vers l'orient, prononcer abraxa per dominum nostrum; après quoi on voit dans un verre plein d'eau toutes les choses qu'on veut. On choisit d'ordinaire des enfants pour cette opération; il faut qu'ils aient leurs cheveux; une tête rasée ou une tête en perruque ne peuvent rien voir dans le verre. Cette facétie était fort à la mode en France sous la régence du duc d'Orléans, et encore plus dans les temps précédents.
¬†¬†¬†¬†Pour les augures, ils ont p√©ri avec l'empire romain; les √©v√™ques ont seulement conserv√© le b√Ęton augural, qu'on appelle crosse, et qui √©tait une marque distinctive de la dignit√© des augures; et le symbole du mensonge est devenu celui de la v√©rit√©.
¬†¬†¬†¬†Les diff√©rentes sortes de divinations √©taient innombrables; plusieurs se sont conserv√©es jusqu'√† nos derniers temps. Cette curiosit√© de lire dans l'avenir est une maladie que la philosophie seule peut gu√©rir: car les √Ęmes faibles qui pratiquent encore tous ces pr√©tendus arts de la divination, les fous m√™mes qui se donnent au diable, font tous servir la religion √† ces profanations qui l'outragent.
¬†¬†¬†¬†C'est une remarque digne des sages, que Cic√©ron, qui √©tait du coll√©ge des augures, ait fait un livre expr√®s pour se moquer des augures; mais ils n'ont pas moins remarqu√© que Cic√©ron, √† la fin de son livre, dit qu'il faut " d√©truire la superstition, et non pas la religion. Car, ajoute-t-il, la beaut√© de l'univers et l'ordre des choses c√©lestes nous forcent de reconna√ģtre une nature √©ternelle et puissante. Il faut maintenir la religion qui est jointe √† la connaissance de cette nature, en extirpant toutes les racines de la superstition; car c'est un monstre qui vous poursuit, qui vous presse, de quelque c√īt√© que vous vous tourniez. La rencontre d'un devin pr√©tendu, un pr√©sage, une victime immol√©e, un oiseau, un chald√©en, un aruspice, un √©clair, un coup de tonnerre, un √©v√©nement conforme par hasard √† ce qui a √©t√© pr√©dit, tout enfin vous trouble et vous inqui√®te. Le sommeil m√™me, qui devrait faire oublier tant de peines et de frayeurs, ne sert qu'√† les redoubler par des images funestes. "
    Cicéron croyait ne parler qu'à quelques Romains: il parlait à tous les hommes et à tous les siècles.
¬†¬†¬†¬†La plupart des grands de Rome ne croyaient pas plus aux augures que le pape Alexandre VI, Jules II, et L√©on X, ne croyaient √† Notre-Dame de Lorette et au sang de saint Janvier. Cependant Su√©tone rapporte qu'Octave, surnomm√© Auguste, eut la faiblesse de croire qu'un poisson qui sortait hors de la mer sur le rivage d'Actium lui pr√©sageait le gain de la bataille. Il ajoute qu'ayant ensuite rencontr√© un √Ęnier, il lui demanda le nom de son √Ęne, et que l'√Ęnier lui ayant r√©pondu que son √Ęne s'appelait Nicolas, qui signifie vainqueur des peuples, Octave ne douta plus de la victoire; et qu'ensuite il fit √©riger des statues d'airain √† l'√Ęnier, √† l'√Ęne, et au poisson sautant. Il assure m√™me que ces statues furent plac√©es dans le Capitole.
¬†¬†¬†¬†Il est fort vraisemblable que ce tyran habile se moquait des superstitions des Romains, et que son √Ęne, son √Ęnier, et son poisson, n'√©taient qu'une plaisanterie. Cependant il se peut tr√®s bien qu'en m√©prisant toutes les sottises du vulgaire, il en e√Ľt conserv√© quelques unes pour lui. Le barbare et dissimul√© Louis XI avait une foi vive √† la croix de Saint-L√ī. Presque tous les princes, except√© ceux qui ont eu le temps de lire, et de bien lire, ont un petit coin de superstition.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

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  • augur√© ‚ÄĒ Augur√©, [augur]√©e. part ‚Ķ   Dictionnaire de l'Acad√©mie fran√ßaise

  • augure ‚ÄĒ 1. augure [ ogyr ] n. m. ‚ÄĘ 1355; lat. augur 1 ‚ô¶ Dans l Antiquit√©, Pr√™tre charg√© d observer certains signes (√©clairs et tonnerre; vol, nourriture et chant d oiseaux, etc.), afin d en tirer des pr√©sages. ‚áí aruspice, devin. 2 ‚ô¶ Mod. Personne qui… ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

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