ATH√ČE

ÔĽŅ
ATH√ČE
SECTION PREMI√ąRE.
¬†¬†¬†¬†Il y a eu beaucoup d'ath√©es chez les chr√©tiens; il y en a aujourd'hui beaucoup moins. Ce qui para√ģtra d'abord un paradoxe, et qui √† l'examen para√ģtra une v√©rit√©, c'est que la th√©ologie avait souvent jet√© les esprits dans l'ath√©isme, et qu'enfin la philosophie les en a retir√©s. Il fallait en effet pardonner autrefois aux hommes de douter de la Divinit√©, quand les seuls qui la leur annon√ßaient disputaient sur sa nature. Les premiers P√®res de l'√Čglise faisaient presque tous Dieu corporel; les autres ensuite, ne lui donnant point d'√©tendue, le logeaient cependant dans une partie du ciel: il avait selon les uns cr√©√© le monde dans le temps, et selon les autres il avait cr√©√© le temps: ceux-l√† lui donnaient un fils semblable √† lui; ceux-ci n'accordaient point que le fils f√Ľt semblable au p√®re. On disputait sur la mani√®re dont une troisi√®me personne d√©rivait des deux autres.
¬†¬†¬†¬†On agitait si le fils avait √©t√© compos√© de deux personnes sur la terre. Ainsi la question √©tait, sans qu'on s'en aper√ß√Ľt, s'il y avait dans la Divinit√© cinq personnes, en comptant deux pour J√©sus-Christ sur la terre et trois dans le ciel; ou quatre personnes, en ne comptant le Christ en terre que pour une; ou trois personnes, en ne regardant le Christ que comme Dieu. On disputait sur sa m√®re, sur la descente dans l'enfer et dans les limbes, sur la mani√®re dont on mangeait le corps de l'homme-Dieu, et dont on buvait le sang de l'homme-Dieu, et sur sa gr√Ęce, et sur ses saints, et sur tant d'autres mati√®res. Quand on voyait les confidents de la Divinit√© si peu d'accord entre eux, et pronon√ßant anath√®me les uns contre les autres, de si√®cle en si√®cle, mais tous d'accord dans la soif immod√©r√©e des richesses et de la grandeur; lorsque d'un autre c√īt√© on arr√™tait la vue sur ce nombre prodigieux de crimes et de malheurs dont la terre √©tait infect√©e, et dont plusieurs √©taient caus√©s par les disputes m√™mes de ces ma√ģtres des √Ęmes: il faut l'avouer, il semblait permis √† l'homme raisonnable de douter de l'existence d'un √™tre si √©trangement annonc√©, et √† l'homme sensible d'imaginer qu'un Dieu qui aurait fait librement tant de malheureux n'existait pas.
¬†¬†¬†¬†Supposons, par exemple, un physicien du quinzi√®me si√®cle, qui lit, dans la Somme de saint Thomas, ces paroles: " Virtus coeli, loco spermatis, sufficit cum elementis et putrefactione ad generationem animalium imperfectorum: " " La vertu du ciel, au lieu de sperme, suffit avec les √©l√©ments et la putr√©faction pour la g√©n√©ration des animaux imparfaits. " Voici comme ce physicien aura raisonn√©: Si la pourriture suffit avec les √©l√©ments pour faire des animaux informes, apparemment qu'un peu plus de pourriture et un peu plus de chaleur fait aussi des animaux plus complets. La vertu du ciel n'est ici que la vertu de la nature. Je penserai donc, avec √Čpicure et saint Thomas, que les hommes ont pu na√ģtre du limon de la terre et des rayons du soleil: c'est encore une origine assez noble pour des √™tres si malheureux et si m√©chants. Pourquoi admettrai-je un Dieu cr√©ateur qu'on ne me pr√©sente que sous tant d'id√©es contradictoires et r√©voltantes ? Mais enfin la physique est n√©e, et la philosophie avec elle. Alors on a clairement reconnu que le limon du Nil ne forme ni un seul insecte, ni un seul √©pi de froment: on a √©t√© forc√© de reconna√ģtre partout des germes, des rapports, des moyens, et une correspondance √©tonnante entre tous les √™tres. On a suivi les traits de lumi√®re qui partent du soleil pour aller √©clairer les globes et l'anneau de Saturne √† trois cents millions de lieues, et pour venir sur la terre former deux angles oppos√©s au sommet dans l'oeil d'un ciron, et peindre la nature sur sa r√©tine. Un philosophe a √©t√© donn√© au monde, qui a d√©couvert par quelles simples et sublimes lois tous les globes c√©lestes marchent dans l'ab√ģme de l'espace. Ainsi l'ouvrage de l'univers mieux connu montre un ouvrier, et tant de lois toujours constantes ont prouv√© un l√©gislateur. La saine philosophie a donc d√©truit l'ath√©isme, √† qui l'obscure th√©ologie pr√™tait des armes.
    Il n'est resté qu'une seule ressource au petit nombre d'esprits difficiles qui, plus frappés des injustices prétendues d'un être suprême que de sa sagesse, se sont obstinés à nier ce premier moteur. Ils ont dit: La nature existe de toute éternité; tout est en mouvement dans la nature: donc tout y change continuellement. Or, si tout change à jamais, il faut que toutes les combinaisons possibles arrivent; donc la combinaison présente de toutes les choses a pu être le seul effet de ce mouvement et de ce changement éternel. Prenez six dés; il y a à la vérité 46655 à parier contre un que vous n'amènerez pas une chance de six fois six; mais aussi en 46655 le pari est égal. Ainsi, dans l'infinité des siècles, une des combinaisons infinies, telle que l'arrangement présent de l'univers, n'est pas impossible.
¬†¬†¬†¬†On a vu des esprits, d'ailleurs raisonnables, s√©duits par cet argument; mais ils ne consid√®rent pas qu'il y a l'infini contre eux, et qu'il n'y a certainement pas l'infini contre l'existence de Dieu. Ils doivent encore consid√©rer que si tout change, les moindres esp√®ces des choses ne devraient pas √™tre immuables, comme elles le sont depuis si longtemps. Ils n'ont du moins aucune raison pour laquelle de nouvelles esp√®ces ne se formeraient pas tous les jours. Il est au contraire tr√®s probable qu'une main puissante, sup√©rieure √† ces changements continuels, arr√™te toutes les esp√®ces dans les bornes qu'elle leur a prescrites. Ainsi le philosophe qui reconna√ģt un Dieu a pour lui une foule de probabilit√©s qui √©quivalent √† la certitude, et l'ath√©e n'a que des doutes. On peut √©tendre beaucoup les preuves qui d√©truisent l'ath√©isme dans la philosophie.
¬†¬†¬†¬†Il est √©vident que, dans la morale, il vaut beaucoup mieux reconna√ģtre un Dieu que n'en point admettre. C'est certainement l'int√©r√™t de tous les hommes qu'il y ait une Divinit√© qui punisse ce que la justice humaine ne peut r√©primer; mais aussi il est clair qu'il vaudrait mieux ne pas reconna√ģtre de Dieu que d'en adorer un barbare auquel on sacrifierait des hommes, comme on a fait chez tant de nations.
¬†¬†¬†¬†Cette v√©rit√© sera hors de doute par un exemple frappant. Les Juifs, sous Mo√Įse, n'avaient aucune notion de l'immortalit√© de l'√Ęme et d'une autre vie. Leur l√©gislateur ne leur annonce de la part de Dieu que des r√©compenses et des peines purement temporelles; il ne s'agit donc pour eux que de vivre. Or, Mo√Įse commande aux l√©vites d'√©gorger vingt-trois mille de leurs fr√®res, pour avoir eu un veau d'or ou dor√©; dans une autre occasion, on en massacre vingt-quatre mille pour avoir eu commerce avec les filles du pays, et douze mille sont frapp√©s de mort parce que quelques uns d'entre eux ont voulu soutenir l'arche qui √©tait pr√®s de tomber: on peut, en respectant les d√©crets de la Providence, affirmer humainement qu'il e√Ľt mieux valu pour ces cinquante-neuf mille hommes qui ne croyaient pas une autre vie, √™tre absolument ath√©es et vivre, que d'√™tre √©gorg√©s au nom du Dieu qu'ils reconnaissaient.
¬†¬†¬†¬†Il est tr√®s certain qu'on n'enseigne point l'ath√©isme dans les √©coles des lettr√©s √† la Chine; mais il y a beaucoup de ces lettr√©s ath√©es, parce qu'ils ne sont que m√©diocrement philosophes. Or, il est s√Ľr qu'il vaudrait mieux vivre avec eux √† P√©kin, en jouissant de la douceur de leurs moeurs et de leurs lois, que d'√™tre expos√© dans Goa √† g√©mir charg√© de fers dans les prisons de l'inquisition, pour en sortir couvert d'une robe ensoufr√©e, parsem√©e de diables, et pour expirer dans les flammes.
¬†¬†¬†¬†Ceux qui ont soutenu qu'une soci√©t√© d'ath√©es pouvait subsister, ont donc eu raison; car ce sont les lois qui forment la soci√©t√©; et ces ath√©es, √©tant d'ailleurs philosophes, peuvent mener une vie tr√®s sage et tr√®s heureuse √† l'ombre de ces lois: ils vivront certainement en soci√©t√© plus ais√©ment que des fanatiques superstitieux. Peuplez une ville d'√Čpicures, de Simonides, de Protagoras, de Desbarreaux, de Spinosas; peuplez une autre ville de jans√©nistes et de molinistes, dans laquelle pensez-vous qu'il y aura plus de troubles et de querelles ? L'ath√©isme, √† ne le consid√©rer que par rapport √† cette vie, serait tr√®s dangereux chez un peuple farouche: des notions fausses de la Divinit√© ne seraient pas moins pernicieuses. La plupart des grands du monde vivent comme s'ils √©taient ath√©es: quiconque a v√©cu et a vu, sait que la connaissance d'un Dieu, sa pr√©sence, sa justice, n'ont pas la plus l√©g√®re influence sur les guerres, sur les trait√©s, sur les objets de l'ambition, de l'int√©r√™t, des plaisirs, qui emportent tous leurs moments; cependant on ne voit point qu'ils blessent grossi√®rement les r√®gles √©tablies dans la soci√©t√©: il est beaucoup plus agr√©able de passer sa vie aupr√®s d'eux, qu'avec des superstitieux et des fanatiques. J'attendrai, il est vrai, plus de justice de celui qui croira un Dieu que de celui qui n'en croira pas; mais je n'attendrai qu'amertume et pers√©cution du superstitieux. L'ath√©isme et le fanatisme sont deux monstres qui peuvent d√©vorer et d√©chirer la soci√©t√©; mais l'ath√©e, dans son erreur, conserve sa raison qui lui coupe les griffes, et le fanatique est atteint d'une folie continuelle qui aiguise les siennes.
SECTION II.
¬†¬†¬†¬†En Angleterre, comme partout ailleurs, il y a eu et il y a encore beaucoup d'ath√©es par principes; car il n'y a que de jeunes pr√©dicateurs sans exp√©rience et tr√®s mal inform√©s de ce qui se passe au monde, qui assurent qu'il ne peut y avoir d'ath√©es; j'en ai connu en France quelques uns qui √©taient de tr√®s bons physiciens, et j'avoue que j'ai √©t√© bien surpris que des hommes qui d√©m√™lent si bien les ressorts de la nature, s'obstinassent √† m√©conna√ģtre la main qui pr√©side si visiblement au jeu de ces ressorts.
¬†¬†¬†¬†Il me para√ģt qu'un des principes qui les conduisent au mat√©rialisme, c'est qu'ils croient le monde infini et plein, et la mati√®re √©ternelle: il faut bien que ce soient ces principes qui les √©garent, puisque presque tous les newtoniens que j'ai vus admettant le vide et la mati√®re finie, admettent cons√©quemment un Dieu.
    En effet, si la matière est infinie, comme tant de philosophes, et Descartes même, l'ont prétendu, elle a par elle-même un attribut de l'être suprême; si le vide est impossible, la matière existe nécessairement; si elle existe nécessairement, elle existe de toute éternité: donc dans ces principes on peut se passer d'un Dieu créateur, fabricateur, et conservateur de la matière.
    Je sais bien que Descartes, et la plupart des écoles qui ont cru le plein et la matière indéfinie, ont cependant admis un Dieu; mais c'est que les hommes ne raisonnent et ne se conduisent presque jamais selon leurs principes.
¬†¬†¬†¬†Si les hommes raisonnaient cons√©quemment, √Čpicure et son ap√ītre Lucr√®ce auraient d√Ľ √™tre les plus religieux d√©fenseurs de la Providence qu'ils combattaient; car en admettant le vide et la mati√®re finie, v√©rit√© qu'ils ne faisaient qu'entrevoir, il s'ensuivait n√©cessairement que la mati√®re n'√©tait pas l'√™tre n√©cessaire, existant par lui-m√™me, puisqu'elle n'√©tait pas ind√©finie. Ils avaient donc dans leur propre philosophie, malgr√© eux-m√™mes, une d√©monstration qu'il y a un autre √™tre supr√™me, n√©cessaire, infini, et qui a fabriqu√© l'univers. La philosophie de Newton, qui admet et qui prouve la mati√®re finie et le vide, prouve aussi d√©monstrativement un Dieu.
¬†¬†¬†¬†Aussi je regarde les vrais philosophes comme les ap√ītres de la Divinit√©; il en faut pour chaque esp√®ce d'homme: un cat√©chiste de paroisse dit √† des enfants qu'il y a un Dieu; mais Newton le prouve √† des sages.
    A Londres, après les guerres de Cromwell sous Charles II, comme à Paris, après les guerres des Guises sous Henri IV, on se piquait beaucoup d'athéisme; les hommes ayant passé de l'excès de la cruauté à celui des plaisirs, et ayant corrompu leur esprit successivement dans la guerre et dans la mollesse, ne raisonnaient que très médiocrement; plus on a depuis étudié la nature, plus on a connu son auteur.
¬†¬†¬†¬†J'ose croire une chose, c'est que de toutes les religions le th√©isme est la plus r√©pandue dans l'univers: elle est la religion dominante √† la Chine; c'est la secte des sages chez les mahom√©tans; et de dix philosophes chr√©tiens il y en a huit de cette opinion: elle a p√©n√©tr√© jusque dans les √©coles de th√©ologie, dans les clo√ģtres, et dans le conclave: c'est une esp√®ce de secte, sans association, sans culte, sans c√©r√©monies, sans dispute et sans z√®le, r√©pandue dans l'univers sans avoir √©t√© pr√™ch√©e. Le th√©isme se rencontre au milieu de toutes les religions comme le juda√Įsme: ce qu'il y a de singulier, c'est que l'un √©tant le comble de la superstition, abhorr√© des peuples et m√©pris√© des sages, est tol√©r√© partout √† prix d'argent; et l'autre √©tant l'oppos√© de la superstition, inconnu au peuple, et embrass√© par les seuls philosophes, n'a d'exercice public qu'√† la Chine.
¬†¬†¬†¬†Il n'y a point de pays dans l'Europe o√Ļ il y ait plus de th√©istes qu'en Angleterre. Plusieurs personnes demandent s'ils ont une religion ou non.
    Il y a deux sortes de théistes; ceux qui pensent que Dieu a fait le monde sans donner à l'homme des règles du bien et du mal; il est clair que ceux-là ne doivent avoir que le nom de philosophes.
¬†¬†¬†¬†Il y a ceux qui croient que Dieu a donn√© √† l'homme une loi naturelle, et il est certain que ceux-l√† ont une religion, quoiqu'ils n'aient pas de culte ext√©rieur. Ce sont, √† l'√©gard de la religion chr√©tienne, des ennemis pacifiques qu'elle porte dans son sein, et qui renoncent √† elle sans songer √† la d√©truire. Toutes les autres sectes veulent dominer; chacune est comme les corps politiques qui veulent se nourrir de la substance des autres, et s'√©lever sur leur ruine: le th√©isme seul a toujours √©t√© tranquille. On n'a jamais vu de th√©istes qui aient cabal√© dans aucun √Čtat.
    Il y a eu à Londres une société de théistes qui s'assemblèrent pendant quelque temps auprès du temple Voer; ils avaient un petit livre de leurs lois; la religion sur laquelle on a composé ailleurs tant de gros volumes ne contenait pas deux pages de ce livre. Leur principal axiome était ce principe: La morale est la même chez tous les hommes, donc elle vient de Dieu; le culte est différent, donc il est l'ouvrage des hommes.
¬†¬†¬†¬†Le second axiome √©tait, que les hommes √©tant tous fr√®res et reconnaissant le m√™me Dieu, il est ex√©crable que des fr√®res pers√©cutent leurs fr√®res, parce qu'ils t√©moignent leur amour au p√®re de famille d'une mani√®re diff√©rente. En effet, disaient-ils, quel est l'honn√™te homme qui ira tuer son fr√®re a√ģn√© ou son fr√®re cadet, parce que l'un aura salu√© leur p√®re commun √† la chinoise et l'autre √† la hollandaise, surtout d√®s qu'il ne sera pas bien d√©cid√© dans la famille de quelle mani√®re le p√®re veut qu'on lui fasse la r√©v√©rence ? il para√ģt que celui qui en userait ainsi serait plut√īt uu mauvais fr√®re qu'un bon fils.
    Je sais bien que ces maximes mènent tout droit au " dogme abominable et exécrable de la tolérance; " aussi je ne fais que rapporter simplement les choses. Je me donne bien de garde d'être controversiste. Il faut convenir cependant que si les différentes sectes qui ont déchiré les chrétiens avaient eu cette modération, la chrétienté aurait été troublée par moins de désordres, saccagée par moins de révolutions, et inondée par moins de sang.
¬†¬†¬†¬†Plaignons les th√©istes de combattre notre sainte r√©v√©lation. Mais d'o√Ļ vient que tant de calvinistes, de luth√©riens, d'anabaptistes, de nestoriens, d'ariens, de partisans de Rome, d'ennemis de Rome, ont √©t√© si sanguinaires, si barbares, et si malheureux, pers√©cutants et pers√©cut√©s ? c'est qu'ils √©taient peuple. D'o√Ļ vient que les th√©istes, m√™me en se trompant, n'ont jamais fait de mal aux hommes ? c'est qu'ils sont philosophes. La religion chr√©tienne a co√Ľt√© √† l'humanit√© plus de dix-sept millions d'hommes, √† ne compter qu'un million d'hommes par si√®cle, tant ceux qui ont p√©ri par les mains des bourreaux de la justice, que ceux qui sont morts par la main des autres bourreaux soudoy√©s et rang√©s en bataille, le tout pour le salut du prochain et la plus grande gloire de Dieu.
¬†¬†¬†¬†J'ai vu des gens s'√©tonner qu'une religion aussi mod√©r√©e que le th√©isme, et qui para√ģt si conforme √† la raison, n'ait jamais √©t√© r√©pandue parmi le peuple.
¬†¬†¬†¬†Chez le vulgaire grand et petit, on trouve de pieuses herbi√®res, de d√©votes revendeuses, de molinistes duchesses, de scrupuleuses couturi√®res, qui se feraient br√Ľler pour l'anabaptisme; de saints cochers de fiacre qui sont tout-√†-fait dans les int√©r√™ts de Luther ou d'Arius; mais enfin dans ce peuple on ne voit point de th√©istes: c'est que le th√©isme doit encore moins s'appeler une religion qu'un syst√®me de philosophie, et que le vulgaire des grands et le vulgaire des petits n'est point philosophe.
¬†¬†¬†¬†Locke √©tait un th√©ist√© d√©clar√©. J'ai √©t√© √©tonn√© de trouver dans le chapitre des Id√©es inn√©es de ce grand philosophe, que les hommes ont tous des id√©es diff√©rentes de la justice. Si cela √©tait, la morale ne serait plus la m√™me, la voix de Dieu ne se ferait plus entendre aux hommes; il n'y a plus de religion naturelle. Je veux croire avec lui qu'il y a des nations o√Ļ l'on mange son p√®re, et o√Ļ l'on rend un service d'ami en couchant avec la femme de son voisin; mais si cela est vrai, cela n'emp√™che pas que cette loi, " Ne fais pas √† autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te f√ģt, " ne soit une loi g√©n√©rale; car si on mange son p√®re, c'est quand il est vieux, qu'il ne peut plus se tra√ģner, et qu'il serait mang√© par les ennemis; or, quel est le p√®re, je vous prie, qui n'aim√Ęt mieux fournir un bon repas √† son fils qu'√† l'ennemi de sa nation ? De plus, celui qui mange son p√®re, esp√®re qu'il sera mang√© √† son tour par ses enfants.
¬†¬†¬†¬†Si l'on rend service √† son voisin en couchant avec sa femme, c'est lorsque ce voisin ne peut avoir un fils, et en veut avoir un; car autrement il en serait fort f√Ęch√©. Dans l'un et dans l'autre de ces cas, et dans tous les autres, la loi naturelle, " Ne fais √† autrui que ce que tu voudrais qu'on te f√ģt, " subsiste. Toutes les autres r√®gles si diverses et si vari√©es se rapportent √† celle-l√†. Lors donc que le sage m√©taphysicien Locke dit que les hommes n'ont point d'id√©es inn√©es, et qu'ils ont des id√©es diff√©rentes du juste et de l'injuste, il ne pr√©tend pas assur√©ment que Dieu n'ait pas donn√© √† tous les hommes cet instinct d'amour-propre qui les conduit tous n√©cessairement.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

Regardez d'autres dictionnaires:

  • ath√©e ‚ÄĒ ath√©e ‚Ķ   Dictionnaire des rimes

  • ath√©e ‚ÄĒ [ ate ] n. et adj. ‚ÄĘ 1547; gr. atheos, de theos ¬ę dieu ¬Ľ ‚ô¶ Personne qui ne croit pas en Dieu, nie l existence de toute divinit√©. ‚áí areligieux, incroyant, irr√©ligieux, mat√©rialiste, non croyant. Un, une ath√©e. ¬ę je ne me sentirais pas assez fort… ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • Athee ‚ÄĒ Ath√©e Cette page d‚Äôhomonymie r√©pertorie les diff√©rents sujets et articles partageant un m√™me nom ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • ath√©e ‚ÄĒ ATH√ČE. s. m. Celui qui ne reconno√ģt point de Dieu. C est un Ath√©e. Il passe pour Ath√©e. [b]f‚ôõ/b] Il s emploie aussi adjectivement, et signifie, Qui nie la Divinit√©. Un sentiment ath√©e. Une proposition ath√©e ‚Ķ   Dictionnaire de l'Acad√©mie Fran√ßaise 1798

  • Ath√©e ‚ÄĒ may refer to the following places in France:*Ath√©e, C√īte d Or, a commune in the department of C√īte d Or *Ath√©e, Mayenne, a commune in the department of Mayenne *Ath√©e sur Cher, a commune in the department of Indre et Loire ‚Ķ   Wikipedia

  • Ath√©e ‚ÄĒ ist die Bezeichnung mehrerer Gemeinden in Frankreich: Ath√©e (C√īte d Or), Gemeinde im D√©partement C√īte d Or Ath√©e (Mayenne), Gemeinde im D√©partement Mayenne mit Namenszusatz: Ath√©e sur Cher, Gemeinde im D√©partement Indre et Loire Diese Seite ist… ‚Ķ   Deutsch Wikipedia

  • Ath√©e ‚ÄĒ Saltar a navegaci√≥n, b√ļsqueda Ath√©e puede referirse a Ath√©e, comuna francesa situada en C√īte d Or. Ath√©e, comuna francesa situada en Mayenne. Obtenido de Ath%C3%A9e Categor√≠a: Wikipedia:Desambiguaci√≥n ‚Ķ   Wikipedia Espa√Īol

  • ath√©e ‚ÄĒ ATH√ČE. adj. de tout genre. Celuy qui ne reconnoist point de Dieu. Il se dit des personnes & des opinions. Homme ath√©e. cette proposition est ath√©e. Il est aussi substantif. C est un ath√©e ‚Ķ   Dictionnaire de l'Acad√©mie fran√ßaise

  • ath√©e ‚ÄĒ ATH√ČE: Un peuple d ath√©e ne saurait subsister ‚Ķ   Dictionnaire des id√©es re√ßues

  • Ath√©e ‚ÄĒ Cette page d‚Äôhomonymie r√©pertorie les diff√©rents sujets et articles partageant un m√™me nom. Sur les autres projets Wikimedia : ¬ę Ath√©e ¬Ľ, sur le Wiktionnaire (dictionnaire universel) Philosophie Un ath√©e est une personne qui… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • ATH√ČE ‚ÄĒ s. m. Celui qui ne reconna√ģt point de Dieu. C est un ath√©e. Il passe pour ath√©e. Une secte d ath√©es. ¬† Il est quelquefois adjectif des deux genres, et signifie, Qui nie la Divinit√©. Un sentiment ath√©e. Une proposition ath√©e ‚Ķ   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 7eme edition (1835)


Share the article and excerpts

Direct link
… Do a right-click on the link above
and select ‚ÄúCopy Link‚ÄĚ

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.