UNIVERSIT√Č

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¬†¬†¬†¬†Du Boulay, dans son Histoire de l'Universit√© de Paris, adopte les vieilles traditions incertaines, pour ne pas dire fabuleuses, qui en font remonter l'origine jusqu'au temps de Charlemagne. Il est vrai que telle est l'opinion de Gaguin et de Gilles de Beauvais; mais outre que les auteurs contemporains, comme √Čginhard, Alemon, Reginon, et Sigebert, ne font aucune mention de cet √©tablissement, Pasquier et Du Tillet assurent express√©ment qu'il commen√ßa dans le douzi√®me si√®cle, sous les r√®gnes de Louis-le-Jeune et de Philippe-Auguste.
¬†¬†¬†¬†D'ailleurs les premiers statuts de l'universit√© ne furent dress√©s par Robert de Corc√©on, l√©gat du Saint-Si√©ge, que l'an 1215; et ce qui prouve qu'elle eut d'abord la m√™me forme qu'aujourd'hui, c'est qu'une bulle de Gr√©goire IX, de l'an 1231, fait mention des ma√ģtres en th√©ologie, des ma√ģtres en droit, des physiciens (on appelait alors ainsi les m√©decins), et enfin des artistes. Le nom d'universit√© vient de la supposition que ces quatre corps, que l'on nomme facult√©s, faisaient l'universit√© des √©tudes, c'est-√†-dire comprenaient toutes celles que l'on peut faire.
¬†¬†¬†¬†Les papes, au moyen de ces √©tablissements dont ils jugeaient les d√©cisions, devinrent les ma√ģtres de l'instruction des peuples; et le m√™me esprit qui faisait regarder comme une faveur la permission accord√©e aux membres du parlement de Paris de se faire enterrer en habit de cordelier, comme nous l'avons vu √† l'article QU√äTE, dicta les arr√™ts donn√©s par cette cour souveraine contre ceux qui os√®rent s'√©lever contre une scolastique inintelligible, laquelle, de l'aveu de l'abb√© Trith√™me, n'√©tait qu'une fausse science qui avait g√Ęt√© la religion. En effet, ce que Constantin n'avait fait qu'insinuer touchant la sibylle de Cumes a √©t√© dit express√©ment d'Aristote. Le cardinal Pallavicini rel√®ve la maxime de je ne sais quel moine Paul, qui disait plaisamment que, sans Aristote, l'√Čglise aurait manqu√© de quelques uns de ses articles de foi.
¬†¬†¬†¬†Aussi le c√©l√®bre Ramus, ayant publi√© deux ouvrages dans lesquels il combattait la doctrine d'Aristote enseign√©e par l'universit√©, aurait √©t√© immol√© √† la fureur de ses ignorants rivaux, si le roi Fran√ßois 1er n'e√Ľt √©voqu√© √† soi le proc√®s qui pendait au parlement de Paris entre Ramus et Antoine Govea. L'un des principaux griefs contre Ramus √©tait la mani√®re dont il faisait prononcer la lettre Q √† ses disciples.
    Ramus ne fut pas seul persécuté pour ces graves billevesées. L'an 1624, le parlement de Paris bannit de son ressort trois hommes qui avaient voulu soutenir publiquement des thèses contre la doctrine d'Aristote; défendit à toute personne de publier, vendre et débiter les propositions contenues dans ces thèses, à peine de punition corporelle; et d'enseigner aucunes maximes contre les anciens auteurs et approuvés, à peine de la vie.
¬†¬†¬†¬†Les remontrances de la Sorbonne sur lesquelles le m√™me parlement donna un arr√™t contre les chimistes, l'an 1629, portaient qu'on ne pouvait choquer les principes de la philosophie d'Aristote sans choquer ceux de la th√©ologie scolastique re√ßue dans l'√Čglise. Cependant la facult√© ayant fait, en 1566, un d√©cret pour d√©fendre l'usage de l'antimoine, et le parlement ayant confirm√© ce d√©cret, Paulmier de Caen, grand chimiste et c√©l√®bre m√©decin de Paris, pour ne s'√™tre pas conform√© au d√©cret de la facult√© et √† l'arr√™t du parlement, fut seulement d√©grad√© l'an 1609. Enfin, l'antimoine ayant √©t√© ins√©r√© depuis dans le livre des m√©dicaments, compos√© par ordre de la facult√© l'an 1637, la facult√© en permit l'usage l'an 1666, un si√®cle apr√®s l'avoir d√©fendu, et le parlement autorisa de m√™me ce nouveau d√©cret. Ainsi l'universit√© a suivi l'exemple de l'√Čglise, qui fit proscrire, sous peine de mort, la doctrine d'Arius, et qui approuva le mot consubstantiel qu'elle avait auparavant condamn√©, comme nous l'avons vu √† l'article CONCILE.
    Ce que nous venons de dire touchant l'université de Paris peut nous donner une idée des autres universités dont elle est regardée comme le modèle. En effet, quatre-vingts universités, à son imitation, ont fait un décret que la Sorbonne fit dès le quatorzième siècle: c'est que quand on donne le bonnet à un docteur, on lui fait jurer qu'il soutiendra l'immaculée conception de la Vierge. Elle ne la regarde cependant point comme un article de foi, mais comme une opinion pieuse et catholique.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

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