TRINIT√Č

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TRINIT√Č
¬†¬†¬†¬†Le premier qui parla de la Trinit√© parmi les Occidentaux, fut Tim√©e de Locres dans son √āme du Monde.
    Il y a d'abord l'idée, l'exemplaire perpétuel de toutes choses engendrées; c'est le premier verbe, le verbe interne et intelligible.
    Ensuite la matière informe, second verbe ou verbe proféré.
    Puis le fils ou le monde sensible, ou l'esprit du monde.
¬†¬†¬†¬†Ces trois qualit√©s constituent le monde entier, lequel monde est le fils de Dieu, [Grec]. Il a une √Ęme, il a de la raison, il est [Grec], [Grec].
    Dieu ayant voulu faire un Dieu très beau, a fait un dieu engendré: [Grec].
¬†¬†¬†¬†Il est difficile de bien comprendre ce syst√®me de Tim√©e, qui peut-√™tre le tenait des √Čgyptiens, peut-√™tre des brachmanes. Je ne sais si on l'entendait bien de son temps. Ce sont de ces m√©dailles frustes et couvertes de rouille, dont la l√©gende est effac√©e. On a pu la lire autrefois, on la devine aujourd'hui comme on peut.
¬†¬†¬†¬†Il ne me para√ģt pas que ce sublime galimatias ait fait beaucoup de fortune jusqu'√† Platon. Il fut enseveli dans l'oubli, et Platon le ressuscita. Il construisit son √©difice en l'air, mais sur le mod√®le de Tim√©e.
    Il admit trois essences divines, le père, le suprême, le producteur; le père des autres dieux est la première essence.
    La seconde est le Dieu visible, ministre du Dieu invisible, le verbe, l'entendement, le grand démon.
    La troisième est le monde.
    Il est vrai que Platon dit souvent des choses toutes différentes et même toutes contraires; c'est le privilège des philosophes grecs, et Platon s'est servi de son droit plus qu'aucun des anciens et des modernes.
    Un vent grec poussa ces nuages philosophiques d'Athènes dans Alexandrie, ville prodigieusement entêtée de deux choses, d'argent et de chimères. Il y avait dans Alexandrie des Juifs qui, ayant fait fortune, se mirent à philosopher.
¬†¬†¬†¬†La m√©taphysique a cela de bon, qu'elle ne demande pas des √©tudes pr√©liminaires bien g√™nantes. C'est l√† qu'on peut savoir tout sans avoir jamais rien appris; et pour peu qu'on ait l'esprit un peu subtil et bien faux, on peut √™tre s√Ľr d'aller loin.
¬†¬†¬†¬†Philon le juif fut un philosophe de cette esp√®ce: il √©tait contemporain de J√©sus-Christ; mais il eut le malheur de ne le pas conna√ģtre, non plus que Jos√®phe l'historien. Ces deux hommes consid√©rables, employ√©s dans le chaos des affaires d'√Čtat, furent trop √©loign√©s de la lumi√®re naissante. Ce Philon √©tait une t√™te toute m√©taphysique, tout all√©gorique, toute mystique. C'est lui qui dit que Dieu devait former le monde en six jours, comme il le forma, selon Zoroastre, en six temps , " parce que trois est la moiti√© de six, et que deux en est le tiers, et que ce nombre est m√Ęle et femelle. "
    Ce même homme, entêté des idées de Platon, dit, en parlant de l'ivrognerie, que Dieu et la sagesse se marièrent, et que la sagesse accoucha d'un fils bien-aimé: ce fils est le monde.
    Il appelle les anges les verbes de Dieu, et le monde verbe de Dieu, [Grec].
    Pour Flavius Josèphe, c'était un homme de guerre qui n'avait jamais entendu parler du Logos, et qui s'en tenait aux dogmes des pharisiens, uniquement attachés à leurs traditions.
¬†¬†¬†¬†Cette philosophie platonicienne per√ßa des Juifs d'Alexandrie jusqu'√† ceux de J√©rusalem. Bient√īt toute l'√©cole d'Alexandrie, qui √©tait la seule savante, fut platonicienne; et les chr√©tiens qui philosophaient ne parl√®rent plus que du Logos.
    On sait qu'il en était des disputes de ces temps-là comme de celles de ce temps-ci. On cousait à un passage mal entendu un passage inintelligible qui n'y avait aucun rapport, on en supposait un second, on en falsifiait un troisième; on fabriquait des livres entiers qu'on attribuait à des auteurs respectés par le troupeau. Nous en avons vu cent exemples au mot APOCRYPHE.
¬†¬†¬†¬†Cher lecteur, jetez les yeux, de gr√Ęce, sur ce passage de Cl√©ment Alexandrin: " Lorsque Platon dit qu'il est difficile de conna√ģtre le p√®re de l'univers, non seulement il fait voir par l√† que le monde a √©t√© engendr√©, mais qu'il a √©t√© engendr√© comme fils de Dieu. " Entendez-vous ces logomachies, ces √©quivoques ? voyez-vous la moindre lumi√®re dans ce chaos d'expressions obscures ?
¬†¬†¬†¬†O Locke ! Locke, venez, d√©finissez les termes. Je ne crois pas que de tous ces disputeurs platoniciens il y en e√Ľt un seul qui s'entend√ģt. On distingua deux verbes; le [Grec], le verbe en la pens√©e, et le verbe produit, [Grec]. On eut l'√©ternit√© d'un verbe, et la prolation, l'√©manation d'un autre verbe.
¬†¬†¬†¬†Le livre des Constitutions apostoliques , ancien monument de fraude, mais aussi ancien d√©p√īt des dogmes informes de ces temps obscurs, s'exprime ainsi:
    " Le père qui est antérieur à toute génération, à tout commencement, ayant tout créé par son fils unique, a engendré sans intermède ce fils par sa volonté et sa puissance. "
    Ensuite Origène avança que le Saint-Esprit a été créé par le fils, par le verbe.
    Puis vint Eusèbe de Césarée, qui enseigna que l'esprit, paraclet, n'est ni Dieu ni fils.
    L'avocat Lactance fleurit en ce temps-là. " Le fils de Dieu, dit-il, est le verbe, comme les autres anges sont les esprits de Dieu. Le verbe est un esprit proféré par une voix significative, l'esprit procédant du nez, et la parole de la bouche. Il s'ensuit qu'il y a différence entre le fils de Dieu et les autres anges, ceux-ci étant émanés comme esprits tacites et muets. Mais le fils étant esprit est sorti de la bouche avec son et voix pour prêcher le peuple. "
    On conviendra que l'avocat Lactance plaidait sa cause d'une étrange manière. C'était raisonner à la Platon; c'était puissamment raisonner.
¬†¬†¬†¬†Ce fut environ ce temps-l√† que, parmi les disputes violentes sur la Trinit√©, on ins√©ra dans la premi√®re √©p√ģtre de saint Jean ce fameux verset: " Il y en a trois qui rendent t√©moignage en terre, l'esprit ou le vent, l'eau, et le sang; et ces trois sont un. " Ceux qui pr√©tendent que ce verset est v√©ritablement de saint Jean sont bien plus embarrass√©s que ceux qui le nient; car il faut qu'ils l'expliquent.
    Saint Augustin dit que le vent signifie le Père, l'eau le Saint-Esprit, et que le sang veut dire le Verbe: cette explication est belle, mais elle laisse toujours un peu d'embarras.
    Saint Irénée va bien plus loin; il dit que Rahab, la prostituée de Jéricho, en cachant chez elle trois espions du peuple de Dieu, cacha le Père, le Fils, et le Saint-Esprit: cela est fort, mais cela n'est pas net.
¬†¬†¬†¬†D'un autre c√īt√©, le grand, le savant Orig√®ne nous confond d'une autre mani√®re. Voici un de ses passages parmi bien d'autres: " Le Fils est autant au-dessous du P√®re, que lui et le Saint-Esprit sont au-dessus des plus nobles cr√©atures. "
¬†¬†¬†¬†Apr√®s cela que dire ? comment ne pas convenir avec douleur que personne ne s'entendait ? comment ne pas avouer que depuis les premiers chr√©tiens √©bionites, ces hommes si mortifi√©s et si pieux, qui r√©v√©r√®rent toujours J√©sus, quoiqu'ils le crussent fils de Joseph, jusqu'√† la grande dispute d'Athanase, le platonisme de la Trinit√© ne fut jamais qu'un sujet de querelles ? Il fallait absolument un juge supr√™me qui d√©cid√Ęt; on le trouva enfin dans le concile de Nic√©e; encore ce concile produisit-il de nouvelles factions et des guerres.
EXPLICATION DE LA TRINIT√Č
SUIVANT ABAUZIT.
    " L'on ne peut parler avec exactitude de la manière dont se fait l'union de Dieu avec Jésus-Christ, qu'en rapportant les trois sentiments qu'il y a sur ce sujet, et qu'en faisant des réflexions sur chacun d'eux. "
SENTIMENT DES ORTHODOXES.
¬†¬†¬†¬†" Le premier sentiment est celui des orthodoxes. Ils y √©tablissent, 1¬į une distinction de trois personnes dans l'essence divine avant la venue de J√©sus-Christ au monde; 2¬į que la seconde de ces personnes s'est unie √† la nature humaine de J√©sus-Christ; 3¬į que cette union est si √©troite, que par l√† J√©sus-Christ est Dieu; qu'on peut lui attribuer la cr√©ation du monde, et toutes les perfections divines, et qu'on peut l'adorer d'un culte supr√™me. "
SENTIMENT DES UNITAIRES.
¬†¬†¬†¬†" Le second est celui des unitaires. Ne concevant point la distinction des personnes dans la Divinit√©, ils √©tablissent, 1¬į que la Divinit√© s'est unie √† la nature humaine de J√©sus-Christ; 2¬į que cette union est telle que l'on peut dire que J√©sus-Christ est Dieu; que l'on peut lui attribuer la cr√©ation et toutes les perfections divines, et l'adorer d'un culte supr√™me. "
SENTIMENT DES SOCINIENS.
¬†¬†¬†¬†" Le troisi√®me sentiment est celui des sociniens, qui, de m√™me que les unitaires, ne concevant point de distinction de personnes dans la Divinit√©, √©tablissent, 1¬į que la Divinit√© s'est unie √† la nature humaine de J√©sus-Christ; 2¬į que cette union est fort √©troite; 3¬į qu'elle n'est pas telle que l'on puisse appeler J√©sus-Christ Dieu, ni lui attribuer les perfections divines et la cr√©ation, ni l'adorer d'un culte supr√™me; et ils pensent pouvoir expliquer tous les passages de l'√Čcriture sans √™tre oblig√©s d'admettre aucune de ces choses. "
R√ČFLEXIONS SUR LE PREMIER SENTIMENT.
¬†¬†¬†¬†" Dans la distinction qu'on fait des trois personnes dans la Divinit√©, ou on retient l'id√©e ordinaire des personnes, ou on ne la retient pas. Si on retient l'id√©e ordinaire des personnes, on √©tablit trois dieux; cela est certain. Si l'on ne retient pas l'id√©e ordinaire des trois personnes, ce n'est plus alors qu'une distinction de propri√©t√©s, ce qui revient au second sentiment. Ou, si on ne veut pas dire que ce n'est pas une distinction des personnes proprement dites, ni une distinction de propri√©t√©s, on √©tablit une distinction dont on n'a aucune id√©e. Et il n'y a point d'apparence que pour faire soup√ßonner en Dieu une distinction dont on ne peut avoir aucune id√©e, l'√Čcriture veuille mettre les hommes en danger de devenir idol√Ętres en multipliant la Divinit√©. Il est d'ailleurs surprenant que cette distinction de personnes ayant toujours √©t√©, ce ne soit que depuis la venue de J√©sus-Christ qu'elle a √©t√© r√©v√©l√©e, et qu'il soit n√©cessaire de les conna√ģtre. "
R√ČFLEXIONS SUR LE SECOND SENTIMENT.
¬†¬†¬†¬†" Il n'y a pas, √† la v√©rit√©, un si grand danger de jeter les hommes dans l'idol√Ętrie dans le second sentiment que dans le premier; mais il faut avouer pourtant qu'il n'en est pas enti√®rement exempt. En effet, comme, par la nature de l'union qu'il √©tablit entre la Divinit√© et la nature humaine de J√©sus-Christ, on peut appeler J√©sus-Christ Dieu, et l'adorer, voil√† deux objets d'adoration, J√©sus-Christ et Dieu. J'avoue qu'on dit que ce n'est que Dieu qu'on doit adorer en J√©sus-Christ: mais qui ne sait l'extr√™me penchant que les hommes ont de changer les objets invisibles du culte en des objets qui tombent sous les sens, ou du moins sous l'imagination; penchant qu'ils suivront ici avec d'autant moins de scrupule, qu'on dit que la Divinit√© est personnellement unie √† l'humanit√© de J√©sus-Christ ? "
R√ČFLEXIONS SUR LE TROISI√ąME SENTIMENT.
¬†¬†¬†¬†" Le troisi√®me sentiment, outre qu'il est tr√®s simple et conforme aux id√©es de la raison, n'est sujet √† aucun semblable danger de jeter les hommes dans l'idol√Ętrie: quoique par ce sentiment J√©sus-Christ ne soit qu'un simple homme, il ne faut pas craindre que par l√† il soit confondu avec les proph√®tes ou les saints du premier ordre. Il reste toujours dans ce sentiment une diff√©rence entre eux et lui. Comme on peut imaginer presque √† l'infini des degr√©s d'union de la Divinit√© avec un homme, ainsi on peut concevoir qu'en particulier l'union de la Divinit√© avec J√©sus-Christ a un si haut degr√© de connaissance, de puissance, de f√©licit√©, de perfection, de dignit√©, qu'il y a toujours eu une distance immense entre lui et les plus grands proph√®tes. Il ne s'agit que de voir si ce sentiment peut s'accorder avec l'√Čcriture, et s'il est vrai que le titre de Dieu, que les perfections divines, que la cr√©ation, que le culte supr√™me, ne soient jamais attribu√©s √† J√©sus-Christ dans les √Čvangiles. "
¬†¬†¬†¬†C'√©tait au philosophe Abauzit √† voir tout cela. Pour moi, je me soumets de coeur, de bouche, et de plume, √† tout ce que l'√Čglise catholique a d√©cid√©, et √† tout ce qu'elle d√©cidera sur quelque dogme que ce puisse √™tre. Je n'ajouterai qu'un mot sur la Trinit√©; c'est que nous avons une d√©cision de Calvin sur ce myst√®re. La voici:
¬†¬†¬†¬†" En cas que quelqu'un soit h√©t√©rodoxe, et qu'il se fasse scrupule de se servir des mots Trinit√© et Personne, nous ne croyons pas que ce soit une raison pour rejeter cet homme; nous devons le supporter sans le chasser de l'√Čglise, et sans l'exposer √† aucune censure comme un h√©r√©tique. "
¬†¬†¬†¬†C'est apr√®s une d√©claration aussi solennelle que Jean Chauvin, dit Calvin, fils d'un tonnelier de Noyon, fit br√Ľler dans Gen√®ve, √† petit feu, avec des fagots verts, Michel Servet de Villa-Nueva. Cela n'est pas bien.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

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