TONNERRE

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TONNERRE
SECTION PREMI√ąRE.
    " Vidi et crudeles dantem Salmonea poenas,
    Dum flammas Jovis et sonitus imitatur Olympi, etc. "
    VIRG., Aen., liv. VI, v. 585.
    A d'éternels tourments je te vis condamnée,
    Superbe impiété du tyran Salmonée.
    Rival de Jupiter, il crut lui ressembler,
    Il imita la foudre, et ne put l'égaler
    De la foudre des dieux il fut frappé lui-même, etc.
    Ceux qui ont inventé et perfectionné l'artillerie sont bien d'autres Salmonées. Un canon de vingt-quatre livres de balle peut faire et a fait souvent plus de ravage que cent coups de tonnerre; cependant aucun canonnier n'a été jusqu'à présent foudroyé par Jupiter pour avoir voulu imiter ce qui se passe dans l'atmosphère.
    Nous avons vu que Polyphème, dans une pièce d'Euripide, se vante de faire plus de bruit que le tonnerre de Jupiter quand il a bien soupé.
    Boileau, plus honnête que Polyphème, dit dans sa première satire (vers 161):
    Pour moi, qu'en santé même un autre monde étonne,
¬†¬†¬†¬†Qui crois l'√Ęme immortelle, et que c'est Dieu qui tonne...
¬†¬†¬†¬†Je ne sais pourquoi il est si √©tonn√© de l'autre monde, puisque toute l'antiquit√© y avait cru. √Čtonne n'√©tait pas le mot propre, c'√©tait alarme. Il croit que c'est Dieu qui tonne; mais il tonne comme il gr√™le, comme il envoie la pluie et le beau temps, comme il op√®re tout, comme il fait tout; ce n'est point parce qu'il est f√Ęch√© qu'il envoie le tonnerre et la pluie. Les anciens peignaient Jupiter prenant le tonnerre, compos√© de trois fl√®ches br√Ľlantes, dans la pate de son aigle, et le lan√ßant sur ceux √† qui il en voulait. La saine raison n'est pas d'accord avec ces id√©es po√©tiques.
¬†¬†¬†¬†Le tonnerre est, comme tout le reste, l'effet n√©cessaire des lois de la nature, prescrites par son auteur; il n'est qu'un grand ph√©nom√®ne √©lectrique: Franklin le force √† descendre tranquillement sur la terre; il tombe sur le professeur Richman comme sur les rochers et sur les √©glises; et s'il foudroya Ajax O√Įl√©e, ce n'est pas assur√©ment parce que Minerve √©tait irrit√©e contre lui.
    S'il était tombé sur Cartouche ou sur l'abbé Desfontaines, on n'aurait pas manqué de dire: Voilà comme Dieu punit les voleurs et les sodomites. Mais c'est un préjugé utile de faire craindre le ciel aux pervers.
    Aussi tous nos poètes tragiques, quand ils veulent rimer à poudre ou à résoudre, se servent-ils immanquablement de la foudre, et font gronder le tonnerre s'il s'agit de rimer à terre.
    Thésée, dans Phèdre, dit à son fils (acte IV, sc. II):
    Monstre qu'a trop longtemps épargné le tonnerre,
    Reste impur des brigands dont j'ai purgé la terre.
¬†¬†¬†¬†S√©v√®re, dans Polyeucte, sans m√™me avoir besoin de rimer, d√®s qu'il apprend que sa ma√ģtresse est mari√©e, dit √† son ami Fabian (acte II, sc√®ne I):
    Soutiens-moi, Fabian, ce coup de foudre est grand.
    Pour diminuer l'horrible idée d'un coup de tonnerre qui n'a nulle ressemblance à une nouvelle mariée, il ajoute que ce coup de tonnerre
    Le frappe d'autant plus, que plus il le surprend.
    Il dit ailleurs au même Fabian (acte IV, scène VI):
    Qu'est-ce ci, Fabian ? quel nouveau coup de foudre
    Tombe sur mon espoir, et le réduit en poudre ?
    Un espoir réduit en poudre devait étonner le parterre.
¬†¬†¬†¬†Lusignan, dans Za√Įre, prie Dieu
    Que la foudre en éclats ne tombe que sur lui.
    Agénor , en parlant de sa soeur, commence par dire que
    Pour lui livrer la guerre
    Sa vertu lui suffit au défaut du tonnerre.
    L'Atrée du même auteur dit, en parlant de son frère:
    Mon coeur, qui sans pitié lui déclare la guerre,
    Ne cherche à le punir qu'au défaut du tonnerre.
    Si Thyeste fait un songe, il vous dit que
    ... Ce songe a fini par un coup de tonnerre.
    Si Tydée consulte les dieux dans l'antre d'un temple, l'antre ne lui répond qu'à grands coups de tonnerre.
    Enfin j'ai vu partout le tonnerre et la foudre
    Mettre les vers en cendre et les rimes en poudre.
¬†¬†¬†¬†Il faudrait t√Ęcher de tonner moins souvent.
    Je n'ai jamais bien compris la fable de Jupiter et des Tonnerres dans La Fontaine (VIII, 20):
    Vulcain remplit ses fourneaux
    De deux sortes de carreaux.
    L'un jamais ne se fourvoie,
    Et c'est celui que toujours
    L'Olympe en corps nous envoie.
    L'autre s'écarte en son cours,
¬†¬†¬†¬†Ce n'est qu'aux monts qu'il en co√Ľte
    Bien souvent même il se perd,
    Et ce dernier en sa route
    Nous vient du seul Jupiter.
    Avait-on donné à La Fontaine le sujet de cette mauvaise fable qu'il mit en mauvais vers si éloignés de son genre ? voulait-on dire que les ministres de Louis XIV étaient inflexibles, et que le roi pardonnait ?
    Crébillon, dans ses discours académiques en vers étranges, dit que le cardinal de Fleury est un sage dépositaire,
    Usant en citoyen du pouvoir arbitraire,
    Aigle de Jupiter, mais ami de la paix,
    Il gouverne la foudre, et ne tonne jamais.
    Il dit que le maréchal de Villars
    Fit voir qu'à Malplaquet il n'avait survécu
    Que pour rendre à Denain sa valeur plus célèbre,
    Et qu'un foudre de moins Eugène était vaincu.
    Ainsi l'aigle Fleury gouvernait le tonnerre sans tonner, et Eugène le tonnerre était vaincu; voilà bien des tonnerres.
SECTION II.
¬†¬†¬†¬†Horace, tant√īt le d√©bauch√© et tant√īt le moral, a dit (Liv. 1er, ode 3e, vers 38):
    " Coelum ipsum petimus stultitia... "
    Nous portons jusqu'au ciel notre folie.
¬†¬†¬†¬†On peut dire aujourd'hui, Nous portons jusqu'au ciel notre sagesse, si pourtant il est permis d'appeler ciel cet amas bleu et blanc d'exhalaisons qui forme les vents, la pluie, la neige, la gr√™le, et le tonnerre. Nous avons d√©compos√© la foudre, comme Newton a d√©tissu la lumi√®re. Nous avons reconnu que ces foudres port√©s autrefois par l'aigle de Jupiter ne sont en effet que du feu √©lectrique; qu'enfin on peut soutirer le tonnerre, le conduire, le diviser, s'en rendre le ma√ģtre, comme nous faisons passer les rayons de lumi√®re par un prisme, comme nous donnons cours aux eaux qui tombent du ciel, c'est-√†-dire de la hauteur d'une demi-lieue de notre atmosph√®re. On plante un haut sapin √©branch√©, dont la cime est rev√™tue d'un c√īne de fer. Les nu√©es qui forment le tonnerre sont √©lectriques; leur √©lectricit√© se communique √† ce c√īne, et un fil d'archal qui lui est attach√© conduit la mati√®re du tonnerre o√Ļ l'on veut. Un physicien ing√©nieux appelle cette exp√©rience l'inoculation du tonnerre.
    Il est vrai que l'inoculation de la petite vérole, qui a conservé tant de mortels, en a fait périr quelques uns, auxquels on avait donné la petite vérole inconsidérément; de même l'inoculation du tonnerre mal faite serait dangereuse. Il y a des grands seigneurs dont il ne faut approcher qu'avec d'extrêmes précautions. Le tonnerre est de ce nombre. On sait que le professeur de mathématiques Richman fut tué à Pétersbourg, en 1753, par la foudre qu'il avait attirée dans sa chambre; arte sua periit. Comme il était philosophe, un professeur théologien ne manqua pas d'imprimer qu'il avait été foudroyé comme Salmonée pour avoir usurpé les droits de Dieu, et pour avoir voulu lancer le tonnerre.
¬†¬†¬†¬†Mais si le physicien avait dirig√© le fil d'archal hors de la maison, et non pas dans sa chambre bien ferm√©e, il n'aurait point eu le sort de Salmon√©e, d'Ajax O√Įl√©e, de l'empereur Carus, du fils d'un ministre d'√Čtat en France, et de plusieurs moines dans les Pyr√©n√©es.
    Placez votre conducteur à quelque distance de la maison, jamais dans votre chambre, et vous n'avez rien à craindre.
    Mais dans une ville les maisons se touchent; choisissez les places, les carrefours, les jardins, les parvis des églises, les cimetières, supposé que vous ayez conservé l'abominable usage d'avoir des charniers dans vos villes.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

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  • tonnerre ‚ÄĒ Tonnerre. s. m. Bruit √©clatant & terrible, caus√© par une exhalaison enflamm√©e, qui fait effort pour sortir de la nu√ę. Le tonnerre commen√ßoit √† gronder. un grand coup de tonnerre. un grand √©clat de tonnerre. Il se prend aussi pour la Foudre. Le… ‚Ķ   Dictionnaire de l'Acad√©mie fran√ßaise

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