SYST√ąME

ÔĽŅ
SYST√ąME
    Nous entendons par système une supposition: ensuite, quand cette supposition est prouvée, ce n'est plus un système, c'est une vérité. Cependant nous disons encore par habitude le système céleste, quoique nous entendions par là la position réelle des astres.
¬†¬†¬†¬†Je crois avoir cru autrefois que Pythagore avait appris chez les Chald√©ens le vrai syst√®me c√©leste; mais je ne le crois plus. A mesure que j'avance en √Ęge, je doute de tout.
    Cependant Newton, Grégori, et Keil, font honneur à Pythagore et à ces Chaldéens du système de Copernic; et, en dernier lieu, M. Lemonnier est de leur avis. J'ai l'impudence de n'en plus être.
    Une de mes raisons, c'est que si les Chaldéens en avaient tant su, une si belle et si importante découverte ne se serait jamais perdue; elle se serait transmise de siècle en siècle, comme les belles démonstrations d'Archimède.
¬†¬†¬†¬†Une autre raison, c'est qu'il fallait √™tre plus profond√©ment instruit que ne l'√©taient les Chald√©ens pour contredire les yeux de tous les hommes et toutes les apparences c√©lestes; qu'il e√Ľt fallu non seulement faire les exp√©riences les plus fines, mais employer les math√©matiques les plus profondes, avoir le secours indispensable des t√©lescopes, sans lesquels il √©tait impossible de d√©couvrir les phases de V√©nus qui d√©montrent son cours autour du soleil, et sans lesquels encore il √©tait impossible de voir les taches du soleil qui d√©montrent sa rotation autour de son axe presque immobile.
    Une raison non moins forte, c'est que de tous ceux qui ont attribué à Pythagore ces belles connaissances, aucun ne nous a dit positivement de quoi il s'agit.
¬†¬†¬†¬†Diog√®ne de La√ęrce, qui vivait environ neuf cents ans apr√®s Pythagore, nous apprend que, selon ce grand philosophe, le nombre UN √©tait le premier principe, et que de DEUX naissent tous les nombres; que les corps ont quatre √©l√©ments, le feu, l'eau, l'air, et la terre; que la lumi√®re et les t√©n√®bres, le froid et le chaud, l'humide et le sec, sont en √©gale quantit√©; qu'il ne faut point manger de f√®ves; que l'√Ęme est divis√©e en trois parties; que Pythagore avait √©t√© autrefois Aethalide, puis Euphorbe, puis Hermotime, et que ce grand homme √©tudia la magie √† fond. Notre Diog√®ne ne dit pas un mot du vrai syst√®me du monde attribu√© √† ce Pythagore; et il faut avouer qu'il y a loin de son aversion pr√©tendue pour les f√®ves aux observations et aux calculs qui d√©montrent aujourd'hui le cours des plan√®tes et de la terre.
¬†¬†¬†¬†Le fameux arien Eus√®be, √©v√™que de C√©sar√©e, dans sa Pr√©paration √©vang√©lique, s'exprime ainsi: " Tous les philosophes prononcent que la terre est en repos; mais Philola√ľs le p√©ripat√©ticien pense qu'elle se meut autour du feu dans un cercle oblique, tout comme le soleil et la lune. "
    Ce galimatias n'a rien de commun avec les sublimes vérités que nous ont enseignées Copernic, Galilée, Képler, et surtout Newton.
¬†¬†¬†¬†Quant au pr√©tendu Aristarque de Samos, qu'on dit avoir d√©velopp√© les d√©couvertes des Chald√©ens sur le cours de la plan√®te de la terre et des autres plan√®tes, il est si obscur, que Wallis a √©t√© oblig√© de le commenter d'un bout √† l'autre pour t√Ęcher de le rendre intelligible.
    Enfin il est fort douteux que le livre attribué à cet Aristarque de Samos soit de lui. On a fort soupçonné les ennemis de la nouvelle philosophie d'avoir fabriqué cette fausse pièce en faveur de leur mauvaise cause. Ce n'est pas seulement en fait de vieilles chartes que nous avons eu de pieux faussaires. Cet Aristarque de Samos est d'autant plus suspect, que Plutarque l'accuse d'avoir été un bigot, un méchant hypocrite, imbu de l'opinion contraire. Voici les paroles de Plutarque dans son fatras intitulé, La face du rond de la lune: Aristarque le Samien disait que les Grecs devaient " punir Cléanthe de Samos, lequel soupçonnait que le ciel est immobile, et que c'est la terre qui se meut autour du zodiaque, en tournant sur son axe. "
    Mais, me dira-t-on, cela même prouve que le système de Copernic était déjà dans la tête de ce Cléanthe et de bien d'autres. Qu'importe qu'Aristarque le Samien ait été de l'avis de Cléanthe le Samien, ou qu'il ait été son délateur, comme le jésuite Skeiner a été depuis le délateur de Galilée ? il résulte toujours évidemment que le vrai système d'aujourd'hui était connu des anciens.
    Je réponds que non; qu'une très faible partie de ce système fut vaguement soupçonnée par quelques têtes mieux organisées que les autres. Je réponds qu'il ne fut jamais reçu, jamais enseigné dans les écoles, que ce ne fut jamais un corps de doctrine. Lisez attentivement cette face de la lune de Plutarque; vous y trouverez, si vous voulez, la doctrine de la gravitation. Le véritable auteur d'un système est celui qui le démontre.
    N'envions point à Copernic l'honneur de la découverte. Trois ou quatre mots déterrés dans un vieil auteur, et qui peuvent avoir quelque rapport éloigné avec son système, ne doivent pas lui enlever la gloire de l'invention.
    Admirons la grande règle de Képler, que les carrés des révolutions des planètes autour du soleil sont proportionnels aux cubes de leurs distances.
    Admirons encore davantage la profondeur, la justesse, l'invention du grand Newton, qui seul a découvert les raisons fondamentales de ces lois inconnues à toute l'antiquité, et qui a ouvert aux hommes un ciel nouveau.
¬†¬†¬†¬†Il se trouve toujours de petits compilateurs qui osent √™tre ennemis de leur si√®cle; ils entassent, entassent des passages de Plutarque et d'Ath√©n√©e, pour t√Ęcher de nous prouver que nous n'avons nulle obligation aux Newton, aux Halley, aux Bradley. Ils se font les trompettes de la gloire des anciens. Ils pr√©tendent que ces anciens ont tout dit, et ils sont assez imb√©ciles pour croire partager leur gloire, parce qu'ils la publient. Ils tordent une phrase d'Hippocrate pour faire accroire que les Grecs connaissaient la circulation du sang mieux qu'Harvey. Que ne disent-ils aussi que les Grecs avaient de meilleurs fusils, de plus gros canons que nous, qu'ils lan√ßaient des bombes plus loin, qu'ils avaient des livres mieux imprim√©s, de plus belles estampes, etc., etc. ? qu'ils excellaient dans la peinture √† l'huile; qu'ils avaient des miroirs de cristal, des t√©lescopes, des microscopes, des thermom√®tres ? Ne s'est-il pas trouv√© des gens qui ont assur√© que Salomon, qui ne poss√©dait aucun port de mer, avait envoy√© des flottes en Am√©rique ? etc., etc.
¬†¬†¬†¬†Un des plus grands d√©tracteurs de nos derniers si√®cles a √©t√© un nomm√© Dutens. Il a fini par faire un libelle aussi inf√Ęme qu'insipide contre les philosophes de nos jours. Ce libelle est intitul√© le Tocsin; mais il a eu beau sonner sa cloche, personne n'est venu √† son secours, et il n'a fait que grossir le nombre des Zo√Įles, qui, ne pouvant rien produire, ont r√©pandu leur venin sur ceux qui ont immortalis√© leur patrie et servi le genre humain par leurs productions.
T
REMARQUES SUR CETTE LETTRE.
¬†¬†¬†¬†L'euphonie, qui adoucit toujours le langage, et qui l'emporte sur la grammaire, fait que dans la prononciation nous changeons souvent ce t en c. Nous pronon√ßons ambicieux, akcion, parcial; car lorsque ce t est suivi d'un i et d'une autre voyelle, le son du t para√ģt un peu trop dur. Les Italiens ont chang√© de m√™me ce t en z. La m√™me raison nous a insensiblement accoutum√©s √† √©crire et √† prononcer un t √† la fin de certains temps des verbes: il aima, mais aima-t-il constamment ? il arriva, mais √† peine arriva-t-il; il s'√©leva, mais s'√©leva-t-il au-dessus des pr√©jug√©s ? on raisonne, mais raisonne-t-on cons√©quemment ? etc.; il √©crira, mais √©crira-t-il avec √©l√©gance ? il joue, joue-t-il habilement ?
¬†¬†¬†¬†Ainsi donc quand la troisi√®me personne du pr√©sent, du pr√©t√©rit et du futur, se terminant en voyelle, est suivie d'un article ou de la particule on qui tient lieu d'article, l'usage a voulu qu'on pla√ß√Ęt toujours ce t. On √©tendait autrefois plus loin cet usage; on pronon√ßait ce t √† la fin de tous les pr√©t√©rits en a: il aima √† aller, on disait il aima-t-√† aller; et cette prononciation s'est conserv√©e dans quelques provinces. L'usage de Paris l'a rendue tr√®s vicieuse.
    Il n'est pas vrai que pour rendre la prononciation plus douce on change le b en p devant un t, et qu'on dise optenir pour obtenir. Ce serait au contraire rendre la prononciation plus dure. Le t se met encore après l'impératif va, va-t'en.
    Ta, pronom poss. féminin; ta mère, ta vie, ta haine. La même euphonie, qui adoucit toujours le langage, a changé ta en ton devant toutes les voyelles: ton adresse, son adresse, mon adresse, et non ta, sa, ma adresse; ton épée, et non ta épée; ton industrie, ton ignorance, non ta industrie, ta ignorance; ton ouverture, non ta ouverture. La lettre h, quand elle n'est point aspirée et qu'elle tient lieu de voyelle, exige aussi le changement de ta, ma, sa, en ton, mon, son: ton honnêteté, et non ta honnêteté.
    Ta, ainsi que ton, donne tes au pluriel; tes peines sont inutiles.
    Le redoublement du mot ta signifie un reproche de trop de vitesse: ta ta ta, voilà bien instruire une affaire ! Mais ce n'est point un terme de la langue, c'est une espèce d'exclamation arbitraire. C'est ainsi que dans les salles d'armes on disait c'est un tata, pour désigner un ferrailleur.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

Regardez d'autres dictionnaires:

  • syst√®me ‚ÄĒ [ sist…õm ] n. m. ‚ÄĘ 1552, repris v. 1650, r√©pandu XIXe; gr. sust√™ma ¬ę assemblage, composition ¬Ľ I ‚ô¶ Ensemble organis√© d √©l√©ments intellectuels. 1 ‚ô¶ Hist. Sc. Ensemble con√ßu par l esprit (√† titre d hypoth√®se, de croyance) d objets de pens√©e unis… ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • Systeme ‚ÄĒ Syst√®me Un syst√®me est un ensemble d √©l√©ments interagissant entre eux selon un certain nombre de principes ou r√®gles. Un syst√®me est d√©termin√© par le choix des interactions qui le caract√©risent et par sa fronti√®re, c est √† dire le crit√®re d… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Syst√®me SI ‚ÄĒ Syst√®me international d unit√©s Pour les articles homonymes, voir SI. Le Syst√®me international d unit√©s (abr√©g√© en SI), inspir√© du syst√®me m√©trique[1], est le syst√®me d unit√©s le plus largement employ√© du monde. Il s agit d un syst√®me d unit√©s… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Systeme 7 ‚ÄĒ Syst√®me 7 Syst√®me 7 est le nom donn√© √† la septi√®me r√©vision majeure du syst√®me d exploitation des ordinateurs Apple Macintosh. Caract√©ristiques du Syst√®me 7 C est la premi√®re vraie √©volution majeure du syst√®me Macintosh, apportant une… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Syst√®me 7 ‚ÄĒ est le nom donn√© √† la septi√®me r√©vision majeure du syst√®me d exploitation des ordinateurs Apple Macintosh. Caract√©ristiques du Syst√®me 7 C est la premi√®re vraie √©volution majeure du syst√®me Macintosh, apportant une am√©lioration significative de l ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Systeme F ‚ÄĒ Syst√®me F Pour les articles homonymes, voir System F (homonymie). Le syst√®me F (√©galement connu sous le nom de lambda calcul polymorphe ou de lambda calcul du second ordre) est une extension du lambda calcul simplement typ√© introduite… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Systeme 6 ‚ÄĒ Syst√®me 6 Logiciel Syst√®me 6, simplifi√© Syst√®me 6, est le nom donn√© √† la sixi√®me version du syst√®me d exploitation des ordinateurs Apple Macintosh. Il √©tait fourni avec les Macintosh entre 1988 et 1991, date o√Ļ est sorti le Syst√®me 7. Le Syst√®me… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Systeme U ‚ÄĒ Syst√®me U Syst√®me U Cr√©ation 1975 Personnages cl√©s Serge Papin (pr√©sident) Yve ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Systeme 5 ‚ÄĒ Syst√®me 5 Le Logiciel Syst√®me 5, surnomm√© abusivement Syst√®me 5, est un Syst√®me d exploitation des ordinateur Macintosh, publi√© par Apple en 1987. Il a √©t√© le premier du nom √† porter un num√©ro de version unifi√© (jusqu alors, les syst√®mes Mac… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Syst√®me 5.0 ‚ÄĒ Syst√®me 5 Le Logiciel Syst√®me 5, surnomm√© abusivement Syst√®me 5, est un Syst√®me d exploitation des ordinateur Macintosh, publi√© par Apple en 1987. Il a √©t√© le premier du nom √† porter un num√©ro de version unifi√© (jusqu alors, les syst√®mes Mac… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Syst√®me U ‚ÄĒ Logo de Syst√®me U Cr√©ation 1975 Personnages cl√©s Serge Papin (pr√©sident) Yves Petitpas, Dominique Schelcher, Daniel Gournay, L ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais


Share the article and excerpts

Direct link
… Do a right-click on the link above
and select ‚ÄúCopy Link‚ÄĚ

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.