APOCRYPHES

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APOCRYPHES
Du mot grec qui signifie caché.
¬†¬†¬†¬†On remarque tr√®s bien dans le Dictionnaire encyclop√©dique que les divines √Čcritures pouvaient √™tre √† la fois sacr√©es et apocryphes: sacr√©es, parce qu'elles sont indubitablement dict√©es par Dieu m√™me; apocryphes, parce qu'elles √©taient cach√©es aux nations, et m√™me au peuple juif.
¬†¬†¬†¬†Qu'elles fussent cach√©es aux nations avant la traduction grecque faite dans Alexandrie sous les Ptol√©m√©es, c'est une v√©rit√© reconnue. Jos√®phe l'avoue dans la r√©ponse qu'il fit √† Apion, apr√®s la mort d'Apion; et son aveu n'en a pas moins de poids, quoiqu'il pr√©tende le fortifier par une fable. Il dit dans son histoire que les livres juifs √©tant tous divins, nul historien, nul po√®te √©tranger n'en avait jamais os√© parler. Et imm√©diatement apr√®s avoir assur√© que jamais personne n'osa s'exprimer sur les lois juives, il ajoute que l'historien Th√©opompe ayant eu seulement le dessein d'en ins√©rer quelque chose dans son histoire, Dieu le rendit fou pendant trente jours; qu'ensuite ayant √©t√© averti dans un songe qu'il n'√©tait fou que pour avoir voulu conna√ģtre les choses divines, et les faire conna√ģtre aux profanes, il en demanda pardon √† Dieu, qui le remit dans son bon sens.
    Josèphe, au même endroit, rapporte encore qu'un poète nommé Théodecte ayant dit un mot des Juifs, dans ses tragédies, devint aveugle, et que Dieu ne lui rendit la vue qu'après qu'il eut fait pénitence.
¬†¬†¬†¬†Quant au peuple juif, il est certain qu'il y eut des temps o√Ļ il ne put lire les divines √Čcritures, puisqu'il est dit dans le quatri√®me livre des Rois , et dans le deuxi√®me des Paralipom√®nes , que sous le roi Josias on ne les connaissait pas, et qu'on en trouva par hasard un seul exemplaire dans un coffre chez le grand-pr√™tre Helcias ou Helkia.
¬†¬†¬†¬†Les dix tribus qui furent dispers√©es par Salmanazar n'ont jamais reparu; et leurs livres, si elles en avaient, ont √©t√© perdus avec elles. Les deux tribus qui furent esclaves √† Babylone, et qui revinrent au bout de soixante et dix ans, n'avaient plus leurs livres, ou du moins ils √©taient tr√®s rares et tr√®s d√©fectueux, puisque Esdras fut oblig√© de les r√©tablir. Mais quoique ces livres fussent apocryphes pendant la captivit√© de Babylone, c'est-√†-dire cach√©s, inconnus au peuple, ils √©taient toujours sacr√©s; ils portaient le sceau de la Divinit√©; ils √©taient, comme tout le monde en convient, le seul monument de v√©rit√© qui f√Ľt sur la terre.
    Nous appelons aujourd'hui apocryphes les livres qui ne méritent aucune créance, tant les langues sont sujettes au changement. Les catholiques et les protestants s'accordent à traiter d'apocryphes en ce sens, et à rejeter,
    La Prière de Manassé, roi de Juda, qui se trouve dans le quatrième livre des Rois
    Le troisième et le quatrième livre des Machabées
    Le quatrième livre d'Esdras
    quoiqu'ils soient incontestablement écrits par des Juifs; mais on nie que les auteurs aient été inspirés de Dieu ainsi que les autres Juifs.
    Les autres livres juifs, rejetés par les seuls protestants, et regardés par conséquent comme non inspirés par Dieu même, sont,
    La Sagesse, quoiqu'elle soit écrite du même style que les Proverbes
    L'Ecclésiastique, quoique ce soit encore le même style
    Les deux premiers livres des Machabées, quoiqu'ils soient écrits par un Juif; mais ils ne croient pas que ce Juif ait été inspiré de Dieu
¬†¬†¬†¬†Tobie, quoique le fond en soit √©difiant. Le judicieux et profond Calmet affirme qu'une partie de ce livre fut √©crite par Tobie p√®re, et l'autre par Tobie fils, et qu'un troisi√®me auteur ajouta la conclusion du dernier chapitre, laquelle dit que le jeune Tobie mourut √† l'√Ęge de quatre-vingt-dix-neuf ans, et que ses enfants l'enterr√®rent gaiement.
¬†¬†¬†¬†Le m√™me Calmet, √† la fin de sa pr√©face, s'exprime ainsi: " Ni cette histoire en elle-m√™me, ni la mani√®re dont elle est racont√©e, ne portent en aucune mani√®re le caract√®re de fable ou de fiction. S'il fallait rejeter toutes les histoires de l'√Čcriture o√Ļ il para√ģt du merveilleux et de l'extraordinaire, o√Ļ serait le livre sacr√© que l'on pourrait conserver ?.... "
    Judith, quoique Luther lui-même déclare " que ce livre est beau, bon, saint, utile, et que c'est le discours d'un saint poète et d'un prophète animé du Saint-Esprit, qui nous instruit, etc. "
¬†¬†¬†¬†Il est difficile, √† la v√©rit√©, de savoir en quel temps se passa l'aventure de Judith, et o√Ļ √©tait situ√©e la ville de B√©thulie. On a disput√© aussi beaucoup sur le degr√© de saintet√© de l'action de Judith; mais le livre ayant √©t√© d√©clar√© canonique au concile de Trente, il n'y a plus √† disputer.
    Baruch, quoiqu'il soit écrit du style de tous les autres prophètes.
    Esther. Les protestants n'en rejettent que quelques additions après le chapitre dix; mais ils admettent tout le reste du livre, encore que l'on ne sache pas qui était le roi Assuérus, personnage principal de cette histoire.
    Daniel. Les protestants en retranchent l'aventure de Suzanne et des petits enfants dans la fournaise; mais ils conservent le songe de Nabuchodonosor et son habitation avec les bêtes.
DE LA VIE DE MO√ŹSE,
LIVRE APOCRYPHE DE LA PLUS HAUTE ANTIQUIT√Č.
¬†¬†¬†¬†L'ancien livre qui contient la vie et la mort de Mo√Įse, para√ģt √©crit du temps de la captivit√© de Babylone. Ce fut alors que les Juifs commenc√®rent √† conna√ģtre les noms que les Chald√©ens et les Perses donnaient aux anges.
    C'est là qu'on voit les noms de Zinghiel, Samael, Tsakon, Lakah, et beaucoup d'autres dont les Juifs n'avaient fait aucune mention.
¬†¬†¬†¬†Le livre de la mort de Mo√Įse para√ģt post√©rieur. Il est reconnu que les Juifs avaient plusieurs vies de Mo√Įse tr√®s anciennes, et d'autres livres ind√©pendamment du Pentateuque. Il y √©tait appel√© Moni, et non pas Mo√Įse; et on pr√©tend que mo signifiait de l'eau, et ni la particule de. On le nomma aussi du nom g√©n√©ral Melk; on lui donna ceux de Joakim, Adamosi, Thetmosi; et surtout on cru que c'√©tait le m√™me personnage que Manethon appelle Ozarziph.
¬†¬†¬†¬†Quelques uns de ces vieux manuscrits h√©bra√Įques furent tir√©s de la poussi√®re des cabinets des Juifs vers l'an 1517. Le savant Gilbert Gaulmin, qui poss√©dait leur langue parfaitement, les traduisit en latin vers l'an 1635. Ils furent imprim√©s ensuite et d√©di√©s au cardinal de B√©rulle. Les exemplaires sont devenus d'une raret√© extr√™me.
¬†¬†¬†¬†Jamais le rabbinisme, le go√Ľt du merveilleux, l'imagination orientale, ne se d√©ploy√®rent avec plus d'exc√®s.
FRAGMENT DE LA VIE DE MO√ŹSE.
¬†¬†¬†¬†Cent trente ans apr√®s l'√©tablissement des Juifs en √Čgypte, et soixante ans apr√®s la mort du patriarche Joseph, le pharaon eut un songe en dormant. Un vieillard tenait une balance: dans l'un des bassins √©taient tous les habitants de l'√Čgypte, dans l'autre √©tait un petit enfant, et cet enfant pesait plus que tous les √Čgyptiens ensemble. Le pharaon appelle aussit√īt ses shotim, ses sages. L'un des sages lui dit: " O roi ! cet enfant est un Juif qui fera un jour bien du mal √† votre royaume. Faites tuer tous les enfants des Juifs, vous sauverez par l√† votre empire, si pourtant on peut s'opposer aux ordres du destin. "
¬†¬†¬†¬†Ce conseil plut √† Pharaon: il fit venir les sages-femmes, et leur ordonna d'√©trangler tous les m√Ęles dont les Juives accoucheraient.... Il y avait en √Čgypte un homme nomm√© Amram, fils de Kehat, mari de Jocebed, soeur de son fr√®re. Cette Jocebed lui donna une fille nomm√©e Marie, qui signifie pers√©cut√©e, parce que les √Čgyptiens descendants de Cham pers√©cutaient les Isra√©lites descendants √©videmment de Sem. Jocebed accoucha ensuite d'Aaron, qui signifie condamn√© √† mort, parce que le pharaon avait condamn√© √† mort tous les enfants juifs. Aaron et Marie furent pr√©serv√©s par les anges du Seigneur, qui les nourrirent aux champs, et qui les rendirent √† leurs parents quand ils furent dans l'adolescence.
¬†¬†¬†¬†Enfin Jocebed eut un troisi√®me enfant: ce fut Mo√Įse, qui par cons√©quent avait quinze ans de moins que son fr√®re. Il fut expos√© sur le Nil. La fille du pharaon le rencontra en se baignant, le fit nourrir, et l'adopta pour son fils, quoiqu'elle ne f√Ľt point mari√©e.
¬†¬†¬†¬†Trois ans apr√®s, son p√®re le pharaon prit une nouvelle femme; il fit un grand festin; sa femme √©tait √† sa droite, sa fille √©tait √† sa gauche avec le petit Mo√Įse. L'enfant, en se jouant, lui prit sa couronne et la mit sur sa t√™te. Balaam le magicien, eunuque du roi, se ressouvint alors du songe de sa majest√©. Voil√†, dit-il, cet enfant qui doit un jour vous faire tant de mal; l'esprit de Dieu est en lui. Ce qu'il vient de faire est une preuve qu'il a d√©j√† un dessein formel de vous d√©tr√īner. Il faut le faire p√©rir sur-le-champ. Cette id√©e plut beaucoup au pharaon.
¬†¬†¬†¬†On allait tuer le petit Mo√Įse lorsque Dieu envoya sur-le-champ son ange Gabriel d√©guis√© en officier du pharaon, et qui lui dit: Seigneur, il ne faut pas faire mourir un enfant innocent qui n'a pas encore l'√Ęge de discr√©tion; il n'a mis votre couronne sur sa t√™te que parce qu'il manque de jugement. Il n'y a qu'√† lui pr√©senter un rubis et un charbon ardent; s'il choisit le charbon, il est clair que c'est un imb√©cile qui ne sera pas dangereux; mais s'il prend le rubis, c'est signe qu'il y entend finesse, et alors il faut le tuer.
¬†¬†¬†¬†Aussit√īt on apporte un rubis et un charbon; Mo√Įse ne manque pas de prendre le rubis; mais l'ange Gabriel, par un l√©ger tour de main, glisse le charbon √† la place de la pierre pr√©cieuse. Mo√Įse mit le charbon dans sa bouche, et se br√Ľla la langue si horriblement qu'il en resta b√®gue toute sa vie; et c'est la raison pour laquelle le l√©gislateur des Juifs ne put jamais articuler.
¬†¬†¬†¬†Mo√Įse avait quinze ans et √©tait favori du pharaon. Un H√©breu vint se plaindre √† lui de ce qu'un √Čgyptien l'avait battu apr√®s avoir couch√© avec sa femme. Mo√Įse tua l'√Čgyptien. Le pharaon ordonna qu'on coup√Ęt la t√™te √† Mo√Įse. Le bourreau le frappa; mais Dieu changea sur-le-champ le cou de Mo√Įse en colonne de marbre, et envoya l'ange Michel, qui en trois jours de temps conduisit Mo√Įse hors des fronti√®res.
¬†¬†¬†¬†Le jeune H√©breu se r√©fugia aupr√®s de N√©cano, roi d'√Čthiopie, qui √©tait en guerre avec les Arabes. N√©cano le fit son g√©n√©ral d'arm√©e, et apr√®s la mort de N√©cano, Mo√Įse fut √©lu roi et √©pousa la veuve. Mais Mo√Įse, honteux d'√©pouser la femme de son seigneur, n'osa jouir d'elle, et mit une √©p√©e dans le lit entre lui et la reine. Il demeura quarante ans avec elle sans la toucher. La reine, irrit√©e, convoqua enfin les √©tats du royaume d'√Čthiopie, se plaignit de ce que Mo√Įse ne lui faisait rien, et conclut √† le chasser, et √† mettre sur le tr√īne le fils du feu roi.
¬†¬†¬†¬†Mo√Įse s'enfuit dans le pays de Madian chez le pr√™tre J√©thro. Ce pr√™tre crut que sa fortune √©tait faite s'il remettait Mo√Įse entre les mains du pharaon d'√Čgypte, et il commen√ßa par le faire mettre dans un cul de basse-fosse, o√Ļ il fut r√©duit au pain et √† l'eau. Mo√Įse engraissa √† vue d'oeil dans son cachot. J√©thro en fut tout √©tonn√©. Il ne savait pas que sa fille S√©phora √©tait devenue amoureuse du prisonnier, et lui portait elle-m√™me des perdrix et des cailles avec d'excellent vin. Il conclut que Dieu prot√©geait Mo√Įse, et ne le livra point au pharaon.
¬†¬†¬†¬†Cependant le pr√™tre J√©thro voulut marier sa fille; il avait dans son jardin un arbre de saphir sur lequel √©tait grav√© le nom de Jaho ou J√©hova. Il fit publier dans tout le pays qu'il donnerait sa fille √† celui qui pourrait arracher l'arbre de saphir. Les amants de S√©phora se pr√©sent√®rent: aucun d'eux ne put seulement faire pencher l'arbre. Mo√Įse, qui n'avait que soixante et dix-sept ans, l'arracha tout d'un coup sans effort. Il √©pousa S√©phora, dont il eut bient√īt un beau gar√ßon nomm√© Gersom.
¬†¬†¬†¬†Un jour en se promenant il rencontra Dieu (qui se nommait auparavant Sada√Į, et qui alors s'appelait J√©hova) dans un buisson, et Dieu lui ordonna d'aller faire des miracles √† la cour du pharaon: il partit avec sa femme et son fils. Ils rencontr√®rent, chemin faisant, un ange qu'on ne nomme pas, qui ordonna √† S√©phora de circoncire le petit Gersom avec un couteau de pierre. Dieu envoya Aaron sur la route; mais Aaron trouva fort mauvais que son fr√®re e√Ľt √©pous√© une Madianite, il la traita de p.... et le petit Gersom de b√Ętard; il les renvoya dans leur pays par le plus court.
¬†¬†¬†¬†Aaron et Mo√Įse s'en all√®rent donc tout seuls dans le palais du pharaon. La porte du palais √©tait gard√©e par deux lions d'une grandeur √©norme. Balaam, l'un des magiciens du roi, voyant venir les deux fr√®res, l√Ęcha sur eux les deux lions; mais Mo√Įse les toucha de sa verge, et les deux lions, humblement prostern√©s, l√©ch√®rent les pieds d'Aaron et de Mo√Įse. Le roi, tout √©tonn√©, fit venir les deux p√©lerins devant tous ses magiciens. Ce fut √† qui ferait le plus de miracles.
¬†¬†¬†¬†L'auteur raconte ici les dix plaies d'√Čgypte √† peu pr√®s comme elles sont rapport√©es dans l'Exode. Il ajoute seulement que Mo√Įse couvrit toute l'√Čgypte de poux jusqu'√† la hauteur d'une coud√©e, et qu'il envoya chez tous les √Čgyptiens des lions, des loups, des ours, des tigres, qui entraient dans toutes les maisons, quoique les portes fussent ferm√©es aux verrous, et qui mangeaient tous les petits enfants.
¬†¬†¬†¬†Ce ne fut point, selon cet auteur, les Juifs qui s'enfuirent par la mer Rouge, ce fut le pharaon qui s'enfuit par ce chemin avec son arm√©e; les Juifs coururent apr√®s lui, les eaux se s√©par√®rent √† droite et √† gauche pour les voir combattre; tous les √Čgyptiens, except√© le roi, furent tu√©s sur le sable. Alors ce roi voyant bien qu'il avait affaire √† forte partie, demanda pardon √† Dieu. Michael et Gabriel furent envoy√©s vers lui; ils le transport√®rent dans la ville de Ninive, o√Ļ il r√©gna quatre cents ans.
DE LA MORT DE MO√ŹSE.
¬†¬†¬†¬†Dieu avait d√©clar√© au peuple d'Isra√ęl qu'il ne sortirait point de l'√Čgypte √† moins qu'il n'e√Ľt retrouv√© le tombeau de Joseph. Mo√Įse le retrouva, et le porta sur ses √©paules en traversant la mer Rouge. Dieu lui dit qu'il se souviendrait de cette bonne action, et qu'il l'assisterait √† la mort.
¬†¬†¬†¬†Quand Mo√Įse eut pass√© six-vingts ans, Dieu vint lui annoncer qu'il fallait mourir, et qu'il n'avait plus que trois heures √† vivre. Le mauvais ange Samael assistait √† la conversation. D√®s que la premi√®re heure fut pass√©e, il se mit √† rire de ce qu'il allait bient√īt s'emparer de l'√Ęme de Mo√Įse, et Michael se mit √† pleurer. Ne te r√©jouis pas tant, m√©chante b√™te, dit le bon ange au mauvais; Mo√Įse va mourir, mais nous avons Josu√© √† sa place. Quand les trois heures furent pass√©es, Dieu commanda √† Gabriel de prendre l'√Ęme du mourant. Gabriel s'en excusa, Michael aussi. Dieu, refus√© par ces deux anges, s'adresse √† Zinghiel. Celui-ci ne voulut pas plus ob√©ir que les autres: C'est moi, dit-il, qui ai √©t√© autrefois son pr√©cepteur, je ne tuerai pas mon disciple. Alors Dieu se f√Ęchant, dit au mauvais ange Samael: Eh bien, m√©chant, prends donc son √Ęme. Samael plein de joie tire son √©p√©e et court sur Mo√Įse. Le mourant se l√®ve en col√®re, les yeux √©tincelants: Comment, coquin ! lui dit Mo√Įse, oserais-tu bien me tuer, moi qui √©tant enfant ai mis la couronne d'un pharaon sur ma t√™te, qui ai fait des miracles √† l'√Ęge de quatre-vingts ans, qui ai conduit hors d'√Čgypte soixante millions d'hommes, qui ai coup√© la mer Rouge en deux, qui ai vaincu deux rois si grands que du temps du d√©luge l'eau ne leur venait qu'√† mi-jambe ! va-t'en, maraud, sors de devant moi tout-√†-l'heure.
¬†¬†¬†¬†Cette altercation dura encore quelques moments. Gabriel, pendant ce temps-l√†, pr√©para un brancard pour transporter l'√Ęme de Mo√Įse; Michael, un manteau de pourpre; Zinghiel, une soutane. Dieu lui mit les deux mains sur la poitrine, et emporta son √Ęme.
¬†¬†¬†¬†C'est √† cette histoire que l'ap√ītre saint Jude fait allusion dans son √Čp√ģtre, lorsqu'il dit que l'archange Michael disputa le corps de Mo√Įse au diable. Comme ce fait ne se trouve que dans le livre que je viens de citer, il est √©vident que saint Jude l'avait lu, et qu'il le regardait comme un livre canonique.
¬†¬†¬†¬†La seconde histoire de la mort de Mo√Įse est encore une conversation avec Dieu. Elle n'est pas moins plaisante et moins curieuse que l'autre. Voici quelques traits de ce dialogue.
¬†¬†¬†¬†Mo√Įse. Je vous prie, Seigneur, de me laisser entrer dans la terre promise, au moins pour deux ou trois ans.
    Dieu. Non: mon décret porte que tu n'y entreras pas.
¬†¬†¬†¬†Mo√Įse. Que du moins on m'y porte apr√®s ma mort.
    Dieu. Non, ni mort ni vif.
¬†¬†¬†¬†Mo√Įse. H√©las ! bon Dieu, vous √™tes si cl√©ment envers vos cr√©atures, vous leur pardonnez deux ou trois fois; je n'ai fait qu'un p√©ch√©, et vous ne me pardonnez pas !
¬†¬†¬†¬†Dieu. Tu ne sais ce que tu dis, tu as commis six p√©ch√©s... Je me souviens d'avoir jur√© ta mort ou la perte d'Isra√ęl; il faut qu'un de ces deux serments s'accomplisse. Si tu veux vivre, Isra√ęl p√©rira.
¬†¬†¬†¬†Mo√Įse. Seigneur, il y a l√† trop d'adresse, vous tenez la corde par les deux bouts. Que Mo√Įse p√©risse plut√īt qu'une seule √Ęme d'Isra√ęl.
¬†¬†¬†¬†Apr√®s plusieurs discours de la sorte, l'√©cho de la montagne dit √† Mo√Įse: Tu n'as plus que cinq heures √† vivre. Au bout des cinq heures Dieu envoya chercher Gabriel, Zinghiel, et Samael. Dieu promit √† Mo√Įse de l'enterrer, et emporta son √Ęme.
¬†¬†¬†¬†Quand on fait r√©flexion que presque toute la terre a √©t√© infatu√©e de pareils contes, et qu'ils ont fait l'√©ducation du genre humain, on trouve les fables de Pilpa√Į, de Lokman, d'√Čsope, bien raisonnables.
LIVRES APOCRYPHES DE LA NOUVELLE LOI.
¬†¬†¬†¬†Cinquante √Čvangiles, tous assez diff√©rents les uns des autres, dont il ne nous reste que quatre entiers, celui de Jacques, celui de Nicod√®me, celui de l'enfance de J√©sus, et celui de la naissance de Marie. Nous n'avons des autres que des fragments et de l√©g√®res notices.
¬†¬†¬†¬†Le voyageur Tournefort, envoy√© par Louis XIV en Asie, nous apprend que les G√©orgiens ont conserv√© l'√Čvangile de l'enfance, qui leur a √©t√© probablement communiqu√© par les Arm√©niens (Tournefort, lett. XIX).
¬†¬†¬†¬†Dans les commencements plusieurs de ces √Čvangiles, aujourd'hui reconnus comme apocryphes, furent cit√©s comme authentiques, et furent m√™me les seuls cit√©s. On trouve dans les Actes des ap√ītres ces mots que prononce saint Paul: " Il faut se souvenir des paroles du seigneur J√©sus; car lui-m√™me a dit, Il vaut mieux donner que recevoir. "
¬†¬†¬†¬†Saint Barnab√©, ou plut√īt saint Barnabas, fait parler ainsi J√©sus-Christ dans son √Čp√ģtre catholique: " R√©sistons √† toute iniquit√©, et ayons-la en haine.... Ceux qui veulent me voir et parvenir √† mon royaume, doivent me suivre par les afflictions et par les peines. "
¬†¬†¬†¬†Saint Cl√©ment, dans sa seconde √Čp√ģtre aux Corinthiens, met dans la bouche de J√©sus-Christ ces paroles: " Si vous √™tes assembl√©s dans mon sein, et que vous ne suiviez pas mes commandements , je vous rejetterai, et je vous dirai: Retirez-vous de moi, je ne vous connais pas; retirez-vous de moi, artisans d'iniquit√©. "
    Il attribue ensuite ces paroles à Jésus-Christ: " Gardez votre chair chaste et le cachet immaculé, afin que vous receviez la vie éternelle. "
    Dans les Constitutions apostoliques, qui sont du second siècle, on trouve ces mots: " Jésus-Christ a dit: Soyez des agents de change honnêtes. "
¬†¬†¬†¬†Il y a beaucoup de citations pareilles, dont aucune n'est tir√©e des quatre √Čvangiles reconnus dans l'√Čglise pour les seuls canoniques. Elles sont pour la plupart tir√©es de l'√Čvangile selon les H√©breux, √Čvangile traduit par saint J√©r√īme, et qui est aujourd'hui regard√© comme apocryphe.
¬†¬†¬†¬†Saint Cl√©ment le Romain dit, dans sa seconde √Čp√ģtre: " Le Seigneur √©tant interrog√© quand viendrait son r√®gne, r√©pondit: Quand deux feront un, quand ce qui est dehors sera dedans, quand le m√Ęle sera femelle, et quand il n'y aura ni femelle ni m√Ęle. "
¬†¬†¬†¬†Ces paroles sont tir√©es de l'√Čvangile selon les √Čgyptiens, et le texte est rapport√© tout entier par saint Cl√©ment d'Alexandrie. Mais √† quoi pensait l'auteur de l'√Čvangile √©gyptien, et saint Cl√©ment lui-m√™me ? les paroles qu'il cite sont injurieuses √† J√©sus-Christ; elles font entendre qu'il ne croyait pas que son r√®gne adv√ģnt. Dire qu'une chose arrivera " quand deux feront un, quand le m√Ęle sera femelle, " c'est dire qu'elle n'arrivera jamais. C'est comme nous disons, " La semaine des trois jeudis, les calendes grecques: " un tel passage est bien plus rabbinique qu'√©vang√©lique.
¬†¬†¬†¬†Il y eut aussi des Actes des ap√ītres apocryphes: saint √Čpiphane les cite. C'est dans ces Actes qu'il est rapport√© que saint Paul √©tait fils d'un p√®re et d'une m√®re idol√Ętres, et qu'il se fit juif pour √©pouser la fille de Gamaliel; et qu'ayant √©t√© refus√©, ou ne l'ayant pas trouv√©e vierge, il prit le parti des disciples de J√©sus. C'est un blasph√®me contre saint Paul.
DES AUTRES LIVRES APOCRYPHES DU PREMIER ET DU SECOND SI√ąCLE.
I.
¬†¬†¬†¬†Livre d'√Čnoch, septi√®me homme apr√®s Adam, lequel fait mention de la guerre des anges rebelles sous leur capitaine Semexia contre les anges fid√®les conduits par Michael. L'objet de la guerre √©tait de jouir des filles des hommes, comme il est dit √† l'article ANGE.
II.
    Les Actes de sainte Thècle et de saint Paul, écrits par un disciple nommé Jean, attaché à saint Paul. C'est dans cette histoire que Thècle s'échappe des mains de ses persécuteurs pour aller trouver saint Paul, déguisée en homme. C'est là qu'elle baptise un lion; mais cette aventure fut retranchée depuis. C'est là qu'on trouve le portrait de Paul, " statura brevi, calvastrum, cruribus curvis, surosum, superciliis junctis, naso aquilino, plenum gratia Dei. "
¬†¬†¬†¬†Quoique cette histoire ait √©t√© recommand√©e par saint Gr√©goire de Nazianze, par saint Ambroise, et par saint Jean Chrysost√īme, etc., elle n'a eu aucune consid√©ration chez les autres docteurs de l'√Čglise.
III.
¬†¬†¬†¬†La Pr√©dication de Pierre. Cet √©crit est aussi appel√© l'√Čvangile, la R√©v√©lation de Pierre. Saint Cl√©ment d'Alexandrie en parle avec beaucoup d'√©loge; mais on s'aper√ßut bient√īt qu'il √©tait d'un faussaire qui avait pris le nom de cet ap√ītre.
IV.
    Les Actes de Pierre, ouvrage non moins supposé.
V.
¬†¬†¬†¬†Le Testament des douze patriarches. On doute si ce livre est d'un juif ou d'un chr√©tien. Il est tr√®s vraisemblable pourtant qu'il est d'un chr√©tien des premiers temps; car il est dit, dans le Testament de L√©vi, qu'√† la fin de la septi√®me semaine il viendra des pr√™tres adonn√©s √† l'idol√Ętrie, bellatores, avari, scriboe iniqui, impudici, puerorum corruptores et pecorum; qu'alors il y aura un nouveau sacerdoce; que les cieux s'ouvriront; que la gloire du Tr√®s-Haut, et l'esprit d'intelligence et de sanctification s'√©l√®vera sur ce nouveau pr√™tre. Ce qui semble proph√©tiser J√©sus-Christ.
VI.
¬†¬†¬†¬†La Lettre d'Abgar, pr√©tendu roi d'√Čdesse, √† J√©sus-Christ, et la R√©ponse de J√©sus-Christ au roi Abgar. On croit en effet qu'il y avait du temps de Tib√®re un toparque d'√Čdesse, qui avait pass√© du service des Perses √† celui des Romains; mais son commerce √©pistolaire a √©t√© regard√© par tous les bons critiques comme une chim√®re.
VII.
    Les Actes de Pilate, les Lettres de Pilate à Tibère sur la mort de Jésus-Christ. La Vie de Procula, femme de Pilate.
VIII.
¬†¬†¬†¬†Les Actes de Pierre et de Paul, o√Ļ l'on voit l'histoire de la querelle de saint Pierre avec Simon le magicien: Abdias, Marcel, et H√©g√©sippe, ont tous trois √©crit cette histoire. Saint Pierre dispute d'abord avec Simon √† qui ressuscitera un parent de l'empereur N√©ron, qui venait de mourir: Simon le ressuscite √† moiti√©, et saint Pierre ach√®ve la r√©surrection. Simon vole ensuite dans l'air, saint Pierre le fait tomber, et le magicien se casse les jambes. L'empereur N√©ron, irrit√© de la mort de son magicien, fait crucifier saint Pierre la t√™te en bas, et fait couper la t√™te √† saint Paul, qui √©tait du parti de saint Pierre.
IX.
¬†¬†¬†¬†Les Gestes du bienheureux Paul, ap√ītre et docteur des nations. Dans ce livre, on fait demeurer saint Paul √† Rome, deux ans apr√®s la mort de saint Pierre. L'auteur dit que quand on eut coup√© la t√™te √† Paul, il en sortit du lait au lieu de sang, et que Lucina, femme d√©vote, le fit enterrer √† vingt milles de Rome, sur le chemin d'Ostie, dans sa maison de campagne.
X.
¬†¬†¬†¬†Les Gestes du bienheureux ap√ītre Andr√©. L'auteur raconte que saint Andr√© alla pr√™cher dans la ville des Mirmidons, et qu'il y baptisa tous les citoyens. Un jeune homme, nomm√© Sostrate, de la ville d'Amaz√©e, qui est du moins plus connue que celle des Mirmidons, vint dire au bienheureux Andr√©: " Je suis si beau que ma m√®re a con√ßu pour moi de la passion; j'ai eu horreur pour ce crime ex√©crable, et j'ai pris la fuite; ma m√®re en fureur m'accuse aupr√®s du proconsul de la province de l'avoir voulu violer. Je ne puis rien r√©pondre; car j'aimerais mieux mourir que d'accuser ma m√®re. " Comme il parlait ainsi, les gardes du proconsul vinrent se saisir de lui. Saint Andr√© accompagna l'enfant devant le juge, et plaida sa cause: la m√®re ne se d√©concerta point; elle accusa saint Andr√© lui-m√™me d'avoir engag√© l'enfant √† ce crime. Le proconsul aussit√īt ordonne qu'on jette saint Andr√© dans la rivi√®re; mais l'ap√ītre ayant pri√© Dieu, il se fit un grand tremblement de terre, et la m√®re mourut d'un coup de tonnerre.
    Après plusieurs aventures de ce genre, l'auteur fait crucifier saint André à Patras.
XI.
    Les Gestes de saint Jacques-le-Majeur. L'auteur le fait condamner à la mort par le pontife Abiathar à Jérusalem, et il baptise le greffier avant d'être crucifié.
XII.
¬†¬†¬†¬†Les Gestes de saint Jean l'√©vang√©liste. L'auteur raconte qu'√† √Čph√®se, dont saint Jean √©tait √©v√™que, Drusilla, convertie par lui, ne voulut plus de la compagnie de son mari Andronic, et se retira dans un tombeau. Un jeune homme nomm√© Callimaque, amoureux d'elle, la pressa quelquefois dans ce tombeau m√™me de condescendre √† sa passion. Drusilla, press√©e par son mari et par son amant, souhaita la mort, et l'obtint. Callimaque, inform√© de sa perte, fut encore plus furieux d'amour; il gagna par argent un domestique d'Andronic, qui avait les clefs du tombeau; il y court; il d√©pouille sa ma√ģtresse de son linceul, il s'√©crie: " Ce que tu n'as pas voulu m'accorder vivante, tu me l'accorderas morte. " Et dans l'exc√®s horrible de sa d√©mence, il assouvit ses d√©sirs sur ce corps inanim√©. Un serpent sort √† l'instant du tombeau: le jeune homme tombe √©vanoui, le serpent le tue; il en fait autant du domestique complice, et se roule sur son corps. Saint Jean arrive avec le mari; ils sont √©tonn√©s de trouver Callimaque en vie. Saint Jean ordonne au serpent de s'en aller; le serpent ob√©it. Il demande au jeune homme comment il est ressuscit√©; Callimaque r√©pond qu'un ange lui √©tait apparu et lui avait dit: " Il fallait que tu mourusses pour revivre chr√©tien. " Il demanda aussit√īt le bapt√™me, et pria saint Jean de ressusciter Drusilla. L'ap√ītre ayant sur-le-champ op√©r√© ce miracle, Callimaque et Drusilla le suppli√®rent de vouloir bien aussi ressusciter le domestique. Celui-ci, qui √©tait un pa√Įen obstin√©, ayant √©t√© rendu √† la vie, d√©clara qu'il aimait mieux remourir que d'√™tre chr√©tien; et en effet il remourut incontinent. Sur quoi saint Jean dit qu'un mauvais arbre porte toujours de mauvais fruits.
¬†¬†¬†¬†Aristod√®me, grand-pr√™tre d'√Čph√®se, quoique frapp√© d'un tel prodige, ne voulut pas se convertir: il dit √† saint Jean: " Permettez que je vous empoisonne, et si vous n'en mourez pas, je me convertirai. " L'ap√ītre accepte la proposition: mais il voulut qu'auparavant Aristod√®me empoisonn√Ęt deux √Čph√©siens condamn√©s √† mort. Aristod√®me aussit√īt leur pr√©senta le poison; ils expir√®rent sur-le-champ. Saint Jean prit le m√™me poison, qui ne lui fit aucun mal. Il ressuscita les deux morts; et le grand-pr√™tre se convertit.
¬†¬†¬†¬†Saint Jean ayant atteint l'√Ęge de quatre-vingt-dix-sept ans, J√©sus-Christ lui apparut, et lui dit: " Il est temps que tu viennes √† mon festin avec tes fr√®res. " Et bient√īt apr√®s l'ap√ītre s'endormit en paix.
XIII.
¬†¬†¬†¬†L'Histoire des bienheureux Jacques-le-Mineur, Simon et Jude fr√®res. Ces ap√ītres vont en Perse, y ex√©cutent des choses aussi incroyables que celles que l'auteur rapporte de saint Andr√©.
XIV.
¬†¬†¬†¬†Les Gestes de saint Matthieu, ap√ītre et √©vang√©liste. Saint Matthieu va en √Čthiopie dans la grande ville de Nadaver; il y ressuscite le fils de la reine Candace, et il y fonde des √©glises chr√©tiennes.
XV.
    Les Gestes du bienheureux Barthélemi dans l'Inde. Barthélemi va d'abord dans le temple d'Astarot. Cette déesse rendait des oracles, et guérissait toutes les maladies; Barthélemi la fait taire, et rend malades tous ceux qu'elle avait guéris. Le roi Polimius dispute avec lui; le démon déclare devant le roi qu'il est vaincu. Saint Barthélemi sacre le roi Polimius évêque des Indes.
XVI.
¬†¬†¬†¬†Les Gestes du bienheureux Thomas, ap√ītre de l'Inde. Saint Thomas entre dans l'Inde par un autre chemin, et y fait beaucoup plus de miracles que saint Barth√©lemi; il est enfin martyris√©, et appara√ģt √† Xiphoro et √† Susani.
XVII.
¬†¬†¬†¬†Les Gestes du bienheureux Philippe. Il alla pr√™cher en Scythie. On voulut lui faire sacrifier √† Mars; mais il fit sortir un dragon de l'autel qui d√©vora les enfants des pr√™tres; il mourut √† Hi√©rapolis, √† l'√Ęge de quatre-vingt-sept ans. On ne sait quelle est cette ville; il y en avait plusieurs de ce nom. Toutes ces histoires passent pour √™tre √©crites par Abdias, √©v√™que de Babylone, et sont traduites par Jules Africain.
XVIII.
¬†¬†¬†¬†A cet abus des saintes √Čcritures on en a joint un moins r√©voltant, et qui ne manque point de respect au christianisme comme ceux qu'on vient de mettre sous les yeux du lecteur. Ce sont les liturgies attribu√©es √† saint Jacques, √† saint Pierre, √† saint Marc, dont le savant Tillemont a fait voir la fausset√©.
XIX.
¬†¬†¬†¬†Fabricius met parmi les √©crits apocryphes l'Hom√©lie attribu√©e √† saint Augustin, sur la mani√®re dont se forma le Symbole: mais il ne pr√©tend pas sans doute que le Symbole, que nous appelons des ap√ītres, en soit moins sacr√© et moins v√©ritable. Il est dit dans cette Hom√©lie, dans Rufin, et ensuite dans Isidore, que dix jours apr√®s l'ascension, les ap√ītres √©tant renferm√©s ensemble de peur des Juifs, Pierre dit, Je crois en Dieu le p√®re tout puissant; Andr√©, Et en J√©sus-Christ son fils; Jacques, Qui a √©t√© con√ßu du Saint-Esprit; et qu'ainsi chaque ap√ītre ayant prononc√© un article, le Symbole fut enti√®rement achev√©.
¬†¬†¬†¬†Cette histoire n'√©tant point dans les Actes des Ap√ītres, on est dispens√© de la croire; mais on n'est pas dispens√© de croire au Symbole, dont les ap√ītres ont enseign√© la substance. La v√©rit√© ne doit point souffrir des faux ornements qu'on a voulu lui donner.
XX.
¬†¬†¬†¬†Les Constitutions apostoliques. On met aujourd'hui dans le rang des apocryphes les Constitutions des saints ap√ītres, qui passaient autrefois pour √™tre r√©dig√©es par saint Cl√©ment le Romain. La seule lecture de quelques chapitres suffit pour faire voir que les ap√ītres n'ont eu aucune part √† cet ouvrage.
    Dans le chapitre IX, on ordonne aux femmes de ne se laver qu'à la neuvième heure.
¬†¬†¬†¬†Au premier chapitre du second livre, on veut que les √©v√™ques soient savants: mais du temps des ap√ītres il n'y avait point de hi√©rarchie, point d'√©v√™ques attach√©s √† une seule √©glise. Ils allaient instruire de ville en ville, de bourgade en bourgade; ils s'appelaient ap√ītres, et non pas √©v√™ques, et surtout ils ne se piquaient pas d'√™tre savants.
    Au chapitre II de ce second livre, il est dit qu'un évêque ne doit avoir " qu'une femme qui ait grand soin de sa maison "; ce qui ne sert qu'à prouver qu'à la fin du premier, et au commencement du second siècle, lorsque la hiérarchie commença à s'établir, les prêtres étaient mariés.
¬†¬†¬†¬†Dans presque tout le livre les √©v√™ques sont regard√©s comme les juges des fid√®les, et l'on sait assez que les ap√ītres n'avaient aucune juridiction.
    Il est dit au chapitre XXI, qu'il faut écouter les deux parties; ce qui suppose une juridiction établie.
¬†¬†¬†¬†Il est dit au chapitre XXVI: " L'√©v√™que est votre prince, votre roi, votre empereur, votre Dieu en terre. " Ces expressions sont bien fortes pour l'humilit√© des ap√ītres.
¬†¬†¬†¬†Au chapitre XXVIII. Il faut dans les festins des agapes donner au diacre le double de ce qu'on donne √† une vieille; au pr√™tre le double de ce qu'on donne au diacre; parce qu'ils sont les conseillers de l'√©v√™que et la couronne de l'√Čglise. Le lecteur aura une portion en l'honneur des proph√®tes, aussi bien que le chantre et le portier. Les la√Įques qui voudront avoir quelque chose doivent s'adresser √† l'√©v√™que par le diacre.
¬†¬†¬†¬†Jamais les ap√ītres ne se sont servis d'aucun terme qui r√©pond√ģt √† la√Įque, et qui marqu√Ęt la diff√©rence entre les profanes et les pr√™tres.
¬†¬†¬†¬†Au chapitre XXXIV. " Il faut r√©v√©rer l'√©v√™que comme un roi, l'honorer comme le ma√ģtre, lui donner vos fruits, les ouvrages de vos mains, vos pr√©mices, vos d√©cimes, vos √©pargnes, les pr√©sents qu'on vous a faits, votre froment, votre vin, votre huile, votre laine, et tout ce que vous avez. " Cet article est fort.
¬†¬†¬†¬†Au chapitre LVII. " Que l'√Čglise soit longue, qu'elle regarde l'orient, qu'elle ressemble √† un vaisseau, que le tr√īne de l'√©v√™que soit au milieu: que le lecteur lise les livres de Mo√Įse, de Josu√©, des Juges, des Rois, des Paralipom√®nes, de Job, etc. "
    Au chapitre XVII du livre III. " Le baptême est donné pour la mort de Jésus, l'huile pour le Saint-Esprit. Quand on nous plonge dans la cuve, nous mourons; quand nous en sortons, nous ressuscitons. Le père est le Dieu de tout; Christ est fils unique Dieu, fils aimé, et seigneur de gloire. Le saint Souffle est Paraclet envoyé de Christ, docteur enseignant, et prédicateur de Christ. "
    Cette doctrine serait aujourd'hui exprimée en termes plus canoniques.
    Au chapitre VII du livre V, on cite des vers des sibylles sur l'avénement de Jésus et sur sa résurrection. C'est la première fois que les chrétiens supposèrent des vers des sibylles, ce qui continua pendant plus de trois cents années.
    Au chapitre XXVIII du livre VI, la pédérastie et l'accouplement avec les bêtes sont défendus aux fidèles.
    Au chapitre XXIX, il est dit " qu'un mari et une femme sont purs en sortant du lit, quoiqu'ils ne se lavent point. "
    Au chapitre V du livre VIII, on trouve ces mots: " Dieu tout puissant, donne à l'évêque par ton Christ la participation du Saint-Esprit. "
    Au chapitre VI. " Recommandez-vous au seul Dieu par Jésus-Christ, " ce qui n'exprime pas assez la divinité de notre Seigneur.
    Au chapitre XII, est la constitution de Jacques, frère de Zébédée.
    Au chapitre XV. Le diacre doit prononcer tout haut: " Inclinez-vous devant Dieu par le Christ. " Ces expressions ne sont pas aujourd'hui assez correctes.
XXI.
    Les Canons apostoliques. Le sixième canon ordonne qu'aucun évêque ni prêtre ne se sépare de sa femme sous prétexte de religion; que s'il s'en sépare, il soit excommunié; que s'il persévère, il soit chassé.
    Le VIIe, qu'aucun prêtre ne se mêle jamais d'affaires séculières.
    Le XIXe, que celui qui a épousé les deux soeurs ne soit point admis dans le clergé.
    Les XXIe et XXIIe, que les eunuques soient admis à la prêtrise, excepté ceux qui se sont coupé à eux-mêmes les génitoires. Cependant Origène fut prêtre malgré cette loi.
¬†¬†¬†¬†Le LVe, si un √©v√™que, ou un pr√™tre, ou un diacre, ou un clerc, mange de la chair o√Ļ il y ait encore du sang, qu'il soit d√©pos√©.
¬†¬†¬†¬†Il est assez √©vident que ces canons ne peuvent avoir √©t√© promulgu√©s par les ap√ītres.
XXII.
    Les reconnaissances de saint Clément à Jacques frère du Seigneur, en dix livres, traduites du grec en latin par Rufin.
¬†¬†¬†¬†Ce livre commence par un doute sur l'immortalit√© de l'√Ęme: Utrumne sit mihi aliqua vita post mortem; an nihil omnino postea sim futurus ? Saint Cl√©ment, agit√© par ce doute, et voulant savoir si le monde √©tait √©ternel, ou s'il avait √©t√© cr√©√©, s'il y avait un Tartare et un Phl√©g√©ton, un Ixion et un Tantale, etc., etc., voulut aller en √Čgypte apprendre la n√©cromancie; mais ayant entendu parler de saint Barnab√© qui pr√™chait le christianisme, il alla le trouver dans l'Orient, dans le temps que Barnab√© c√©l√©brait une f√™te juive. Ensuite il rencontra saint Pierre √† C√©sar√©e avec Simon le magicien et Zach√©e. Ils disput√®rent ensemble, et saint Pierre leur raconta tout ce qui s'√©tait pass√© depuis la mort de J√©sus. Cl√©ment se fit chr√©tien, mais Simon demeura magicien.
¬†¬†¬†¬†Simon devint amoureux d'une femme qu'on appelait la Lune, et en attendant qu'il l'√©pous√Ęt, il proposa √† saint Pierre, √† Zach√©e, √† Lazare, √† Nicod√®me, √† Dosith√©e, et √† plusieurs autres, de se mettre au rang de ses disciples. Dosith√©e lui r√©pondit d'abord par un grand coup de b√Ęton; mais le b√Ęton ayant pass√© au travers du corps de Simon, comme au travers de la fum√©e, Dosith√©e l'adora et devint son lieutenant; apr√®s quoi Simon √©pousa sa ma√ģtresse, et assura qu'elle √©tait la lune elle-m√™me descendue du ciel pour se marier avec lui.
    Ce n'est pas la peine de pousser plus loin les reconnaissances de saint Clément. Il faut seulement remarquer qu'au livre IX il est parlé des Chinois sous le nom de Seres, comme des plus justes et des plus sages de tous les hommes; après eux viennent les brachmanes, auxquels l'auteur rend la justice que toute l'antiquité leur a rendue. L'auteur les cite comme des modèles de sobriété, de douceur, et de justice.
XXIII.
¬†¬†¬†¬†La Lettre de saint Pierre √† saint Jacques et la Lettre de saint Cl√©ment au m√™me saint Jacques fr√®re du Seigneur, gouvernant la sainte √Čglise des H√©breux √† J√©rusalem et toutes les √Čglises. La lettre de saint Pierre ne contient rien de curieux, mais celle de saint Cl√©ment est tr√®s remarquable; il pr√©tend que saint Pierre le d√©clara √©v√™que de Rome avant sa mort, et son coadjuteur; qu'il lui imposa les mains, et qu'il le fit asseoir dans sa chaire √©piscopale, en pr√©sence de tous les fid√®les. " Ne manquez pas, lui dit-il, d'√©crire √† mon fr√®re Jacques d√®s que je serai mort. "
¬†¬†¬†¬†Cette lettre semble prouver qu'on ne croyait pas alors que saint Pierre e√Ľt √©t√© supplici√©, puisque cette lettre attribu√©e √† saint Cl√©ment aurait probablement fait mention du supplice de saint Pierre. Elle prouve encore qu'on ne comptait pas Clet et Anaclet parmi les √©v√™ques de Rome.
XXIV.
¬†¬†¬†¬†Hom√©lies de saint Cl√©ment, au nombre de dix-neuf. Il raconte, dans sa premi√®re Hom√©lie, ce qu'il avait d√©j√† dit dans les Reconnaissances, qu'il √©tait all√© chercher saint Pierre avec saint Barnab√© √† C√©sar√©e, pour savoir si l'√Ęme est immortelle, et si le monde est √©ternel.
¬†¬†¬†¬†On lit dans la seconde Hom√©lie, n¬į 38, un passage bien plus extraordinaire; c'est saint Pierre lui-m√™me qui parle de l'ancien Testament, et voici comme il s'exprime:
    " La loi écrite contient certaines choses fausses contre la loi de Dieu, créateur du ciel et de la terre: c'est ce que le diable a fait pour une juste raison; et cela est arrivé aussi par le jugement de Dieu, afin de découvrir ceux qui écouteraient avec plaisir ce qui est écrit contre lui, etc., etc. "
¬†¬†¬†¬†Dans la sixi√®me Hom√©lie, saint Cl√©ment rencontre Apion, le m√™me qui avait √©crit contre les Juifs du temps de Tib√®re; il dit √† Apion qu'il est amoureux d'une √Čgyptienne, et le prie d'√©crire une lettre en son nom √† sa pr√©tendue ma√ģtresse, pour lui persuader, par l'exemple de tous les dieux, qu'il faut faire l'amour. Apion √©crit la lettre, et saint Cl√©ment fait la r√©ponse au nom de l'√Čgyptienne; apr√®s quoi il dispute sur la nature des dieux.
XXV.
¬†¬†¬†¬†Deux √Čp√ģtres de saint Cl√©ment aux Corinthiens. Il ne para√ģt pas juste d'avoir rang√© ces √©p√ģtres parmi les apocryphes. Ce qui a pu engager quelques savants √† ne les pas reconna√ģtre, c'est qu'il y est parl√© du " ph√©nix d'Arabie qui vit cinq cents ans, et qui se br√Ľle en √Čgypte dans la ville d'H√©liopolis. " Mais il se peut tr√®s bien faire que saint Cl√©ment ait cru cette fable que tant d'autres croyaient, et qu'il ait √©crit des lettres aux Corinthiens.
¬†¬†¬†¬†On convient qu'il y avait alors une grande dispute entre l'√Čglise de Corinthe et celle de Rome. L'√Čglise de Corinthe, qui se disait fond√©e la premi√®re, se gouvernait en commun; il n'y avait presque point de distinction entre les pr√™tres et les s√©culiers, encore moins entre les pr√™tres et l'√©v√™que; tous avaient √©galement voix d√©lib√©rative; du moins plusieurs savants le pr√©tendent. Saint Cl√©ment dit aux Corinthiens, dans sa premi√®re √Čp√ģtre: " Vous qui avez jet√© les premiers fondements de la s√©dition, soyez soumis aux pr√™tres, corrigez-vous par la p√©nitence, et fl√©chissez les genoux de votre coeur; apprenez √† ob√©ir. " Il n'est point du tout √©tonnant qu'un √©v√™que de Rome ait employ√© ces expressions.
¬†¬†¬†¬†C'est dans la seconde √Čp√ģtre qu'on trouve encore cette r√©ponse de J√©sus-Christ que nous avons d√©j√† rapport√©e , sur ce qu'on lui demandait quand viendrait son royaume des cieux. " Ce sera, dit-il, quand deux feront un, que ce qui est dehors sera dedans, quand le m√Ęle sera femelle, et quand il n'y aura ni m√Ęle ni femelle. "
XXVI.
Lettre de saint Ignace le martyr à la Vierge Marie, et la Réponse de la Vierge à saint Ignace.
A MARIE QUI A PORT√Č CHRIST, SON D√ČVOT IGNACE.
    " Vous deviez me consoler, moi néophyte et disciple de votre Jean. J'ai entendu plusieurs choses admirables de votre Jésus, et j'en ai été stupéfait. Je désire de tout mon coeur d'en être instruit par vous qui avez toujours vécu avec lui en familiarité, et qui avez su tous ses secrets. Portez-vous bien, et confortez les néophytes qui sont avec moi, de vous et par vous, Amen. "
R√ČPONSE DE LA SAINTE VIERGE, A IGNACE, SON DISCIPLE CH√ČRI.
L'humble servante de Jésus-Christ.
    " Toutes les choses que vous avez apprises de Jean sont vraies, croyez-les, persistez-y, gardez votre voeu de christianisme, conformez-lui vos moeurs et votre vie; je viendrai vous voir avec Jean, vous et ceux qui sont avec vous. Soyez ferme dans la foi, agissez en homme; que la sévérité de la persécution ne vous trouble pas; mais que votre esprit se fortifie, et exulte en Dieu votre sauveur, Amen. "
    On prétend que ces lettres sont de l'an 116 de notre ère vulgaire; mais elles n'en sont pas moins fausses et moins absurdes: ce serait même une insulte à notre sainte religion, si elles n'avaient pas été écrites dans un esprit de simplicité qui peut faire tout pardonner.
XXVII.
¬†¬†¬†¬†Fragments des ap√ītres. On y trouve ce passage: " Paul, homme de petite taille au nez aquilin, au visage ang√©lique, instruit dans le ciel, a dit √† Plantilla la romaine avant de mourir: Adieu, Plantilla, petite plante de salut √©ternel; connais ta noblesse, tu es plus blanche que la neige, tu es enregistr√©e parmi les soldats de Christ, tu es h√©riti√®re du royaume c√©leste. " Cela ne m√©ritait pas d'√™tre r√©fut√©.
XXVIII.
¬†¬†¬†¬†Onze Apocalypses, qui sont attribu√©es aux patriarches et proph√®tes, √† saint Pierre, √† C√©rinthe, √† saint Thomas, √† saint √Čtienne protomartyr, deux √† saint Jean, diff√©rentes de la canonique, et trois √† saint Paul. Toutes ces Apocalypses ont √©t√© √©clips√©es par celle de saint Jean.
XXIX.
    Les Visions, les Préceptes, et les Similitudes d'Hermas.
¬†¬†¬†¬†Hermas para√ģt √™tre de la fin du premier si√®cle. Ceux qui traitent son livre d'apocryphe sont oblig√©s de rendre justice √† sa morale. Il commence par dire que son p√®re nourricier avait vendu une fille √† Rome. Hermas reconnut cette fille apr√®s plusieurs ann√©es, et l'aima, dit-il, comme sa soeur: il la vit un jour se baigner dans le Tibre, il lui tendit la main, et la tira du fleuve, et il disait dans son coeur: " Que je serais heureux si j'avais une femme semblable √† elle pour la beaut√© et pour les moeurs ! "
¬†¬†¬†¬†Aussit√īt le ciel s'ouvrit, et il vit tout d'un coup cette m√™me femme, qui lui fit une r√©v√©rence du haut du ciel, et lui dit: Bonjour, Hermas. Cette femme √©tait l'√Čglise chr√©tienne. Elle lui donna beaucoup de bons conseils.
¬†¬†¬†¬†Un an apr√®s, l'esprit le transporta au m√™me endroit o√Ļ il avait vu cette belle femme, qui pourtant √©tait une vieille; mais sa vieillesse √©tait fra√ģche, et elle n'√©tait vieille que parce qu'elle avait √©t√© cr√©√©e d√®s le commencement du monde, et que le monde avait √©t√© fait pour elle.
    Le livre des Préceptes contient moins d'allégories; mais celui des Similitudes en contient beaucoup.
¬†¬†¬†¬†Un jour que je je√Ľnais, dit Hermas, et que j'√©tais assis sur une colline, rendant gr√Ęces √† Dieu de tout ce qu'il avait fait pour moi, un berger vint s'asseoir √† mes c√īt√©s, et me dit: Pourquoi √™tes-vous venu ici de si bon matin ? C'est que je suis en station, lui r√©pondis-je. Qu'est-ce qu'une station ? me dit le berger. C'est un je√Ľne. Et qu'est-ce que ce je√Ľne ? C'est ma coutume.
¬†¬†¬†¬†" Allez, me r√©pliqua le berger, vous ne savez ce que c'est que de je√Ľner, cela ne fait aucun profit √† Dieu; je vous apprendrai ce que c'est que le vrai je√Ľne agr√©able √† la Divinit√©. Votre je√Ľne n'a rien de commun avec la justice et la vertu. Servez Dieu d'un coeur pur, gardez ses commandements; n'admettez dans votre coeur aucun d√©sir coupable. Si vous avez toujours la crainte de Dieu devant les yeux, si vous vous abstenez de tout mal, ce sera l√† le vrai je√Ľne, le grand je√Ľne dont Dieu vous saura gr√©. "
    Cette piété philosophique et sublime est un des plus singuliers monuments du premier siècle. Mais ce qui est assez étrange, c'est qu'à la fin des Similitudes le berger lui donne des filles très affables valde affabiles, chastes et industrieuses, pour avoir soin de sa maison, et lui déclare qu'il ne peut accomplir les commandements de Dieu sans ces filles, qui figurent visiblement les vertus.
    Ne poussons pas plus loin cette liste; elle serait immense si on voulait entrer dans tous les détails. Finissons par les Sibylles.
XXX.
¬†¬†¬†¬†Les Sibylles. Ce qu'il y eut de plus apocryphe dans la primitive √Čglise, c'est la prodigieuse quantit√© de vers attribu√©s aux anciennes sibylles en faveur des myst√®res de la religion chr√©tienne. Diodore de Sicile n'en reconnaissait qu'une, qui fut prise dans Th√®bes par les √Čpigones, et qui fut plac√©e √† Delphes avant la guerre de Troie. De cette sibylle, c'est-√†-dire de cette proph√©tesse, on en fit bient√īt dix. Celle de Cumes avait le plus grand cr√©dit chez les Romains, et la sibylle √Črythr√©e chez les Grecs.
    Comme tous les oracles se rendaient en vers, toutes les sibylles ne manquèrent pas d'en faire; et pour donner plus d'autorité à ces vers, on les fit quelquefois en acrostiches. Plusieurs chrétiens qui n'avaient pas un zèle selon la science, non seulement détournèrent le sens des anciens vers qu'on supposait écrits par les sibylles, mais ils en firent eux-mêmes, et, qui pis est, en acrostiches. Ils ne songèrent pas que cet artifice pénible de l'acrostiche ne ressemble point du tout à l'inspiration et à l'enthousiasme d'une prophétesse. Ils voulurent soutenir la meilleure des causes par la fraude la plus maladroite. Ils firent donc de mauvais vers grecs, dont les lettres initiales signifiaient en grec, Jésus, Christ, Fils, Sauveur; et ces vers disaient " qu'avec cinq pains et deux poissons il nourrirait cinq mille hommes au désert, et qu'en ramassant les morceaux qui resteront il remplirait douze paniers. "
    Le règne de mille ans, et la nouvelle Jérusalem céleste, que Justin avait vue dans les airs pendant quarante nuits, ne manquèrent pas d'être prédits par les sibylles.
    Lactance, au quatrième siècle, recueillit presque tous les vers attribués aux sibylles, et les regarda comme des preuves convaincantes. Cette opinion fut tellement autorisée, et se maintint si longtemps, que nous chantons encore des hymnes dans lesquelles le témoignage des sibylles est joint aux prédictions de David:
    Solvet saeclum in favilla,
    Teste David cum sibylla.
    Ne poussons pas plus loin la liste de ces erreurs ou de ces fraudes: on pourrait en rapporter plus de cent; tant le monde fut toujours composé de trompeurs et de gens qui aimèrent à se tromper. Mais ne recherchons point une érudition si dangereuse. Une grande vérité approfondie vaut mieux que la découverte de mille mensonges.
¬†¬†¬†¬†Toutes ces erreurs, toute la foule des livres apocryphes, n'ont pu nuire √† la religion chr√©tienne, parce qu'elle est fond√©e, comme on sait, sur des v√©rit√©s in√©branlables. Ces v√©rit√©s sont appuy√©es par une √Čglise militante et triomphante, √† laquelle Dieu a donn√© le pouvoir d'enseigner et de r√©primer. Elle unit dans plusieurs pays l'autorit√© spirituelle et la temporelle. La prudence, la force, la richesse, sont ses attributs; et quoiqu'elle soit divis√©e, quoique ses divisions l'aient ensanglant√©e, on la peut comparer √† la r√©publique romaine, toujours agit√©e de discordes civiles, mais toujours victorieuse.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

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  • –ė–£–Ē–ź ‚ÄĒ [–≥—Ä–Ķ—á. ŠĺŅőôőŅŠĹĽőīőĪŌā] (I –≤.), –Ī—Ä–į—ā –ď–ĺ—Ā–Ņ–ĺ–ī–Ķ–Ĺ—Ć (–Ņ–į–ľ. 19 –ł—é–Ĺ—Ź; –Ņ–į–ľ. –∑–į–Ņ. 28 –ĺ–ļ—ā.), –ĺ—ā–ĺ–∂–ī–Ķ—Ā—ā–≤–Ľ—Ź–Ķ—ā—Ā—Ź –≤ –Ņ—Ä–į–≤–ĺ—Ā–Ľ. —ā—Ä–į–ī–ł—Ü–ł–ł —Ā –į–Ņ–ĺ—Ā—ā–ĺ–Ľ–į–ľ–ł –ĺ—ā 12 –ė—É–ī–ĺ–Ļ –ė–į–ļ–ĺ–≤–Ľ–Ķ–≤—č–ľ –ł –§–į–ī–ī–Ķ–Ķ–ľ –õ–Ķ–≤–≤–Ķ–Ķ–ľ –ł —Ā –į–≤—ā–ĺ—Ä–ĺ–ľ –ė—É–ī—č –Ņ–ĺ—Ā–Ľ–į–Ĺ–ł—Ź. –í –Ě–ó —Ā—É—Č–Ķ—Ā—ā–≤—É–Ķ—ā 4 –≤–į—Ä–ł–į–Ĺ—ā–į —Ā–Ņ–ł—Ā–ļ–ĺ–≤ 12 –į–Ņ–ĺ—Ā—ā–ĺ–Ľ–ĺ–≤ (–ú—Ą 10 ‚Ķ   –ü—Ä–į–≤–ĺ—Ā–Ľ–į–≤–Ĺ–į—Ź —ć–Ĺ—Ü–ł–ļ–Ľ–ĺ–Ņ–Ķ–ī–ł—Ź

  • apocryphe ‚ÄĒ [ ap…Ēkrif ] adj. et n. m. ‚ÄĘ 1220; lat. eccl√©s. d o. gr. apocryphus 1 ‚ô¶ Que l √Čglise ne reconna√ģt pas, n admet pas dans le canon biblique. √Čvangiles apocryphes. N. m. Les apocryphes de la Bible. 2 ‚ô¶ (XVIIe) Dont l authenticit√© est au moins… ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle


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