NOMBRE

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NOMBRE
    Euclide avait-il raison de définir le nombre, collection d'unités de même espèce ?
    Quand Newton dit que le nombre est un rapport abstrait d'une quantité à une autre de même espèce, n'a-t-il pas entendu par là l'usage des nombres en arithmétique, en géométrie ?
¬†¬†¬†¬†Wolf dit: Le nombre est ce qui a le m√™me rapport avec l'unit√© qu'une ligne droite avec une ligne droite. N'est-ce pas plut√īt une propri√©t√© attribu√©e au nombre qu'une d√©finition ?
    Si j'osais, je définirais simplement le nombre, l'idée de plusieurs unités.
¬†¬†¬†¬†Je vois du blanc; j'ai une sensation, une id√©e de blanc. Je vois du vert √† c√īt√©. Il n'importe que ces deux choses soient ou ne soient pas de la m√™me esp√®ce, je puis compter deux id√©es. Je vois quatre hommes et quatre chevaux, j'ai l'id√©e de huit: de m√™me trois pierres et six arbres me donneront l'id√©e de neuf.
¬†¬†¬†¬†Que j'additionne, que je multiplie, que je soustraie, que je divise, ce sont des op√©rations de ma facult√© de penser que j'ai re√ßue du ma√ģtre de la nature; mais ce ne sont point des propri√©t√©s inh√©rentes au nombre. Je puis carrer 3, le cuber; mais il n'y a certainement dans la nature aucun nombre qui soit carr√© ou cube.
    Je conçois bien ce que c'est qu'un nombre pair ou impair; mais je ne concevrai jamais ce que c'est qu'un nombre parfait ou imparfait.
    Les nombres ne peuvent avoir rien par eux-mêmes.
    Quelles propriétés, quelle vertu pourraient avoir dix cailloux, dix arbres, dix idées, seulement en tant qu'ils sont dix ? Quelle supériorité aura un nombre divisible en trois pairs sur un autre divisible en deux pairs ?
¬†¬†¬†¬†Pythagore est le premier, dit-on, qui ait d√©couvert des vertus divines dans les nombres. Je doute qu'il soit le premier; car il avait voyag√© en √Čgypte, √† Babylone et dans l'Inde, et il devait en avoir rapport√© bien des connaissances et des r√™veries. Les Indiens surtout, inventeurs de ce jeu si combin√© et si compliqu√© des √©checs, et de ces chiffres si commodes que les Arabes apprirent d'eux, et qui nous ont √©t√© communiqu√©s apr√®s tant de si√®cles; ces Indiens, dis-je, joignaient √† leurs sciences d'√©tranges chim√®res; les Chald√©ens en avaient encore davantage, et les √Čgyptiens encore plus. On sait assez que la chim√®re tient √† notre nature. Heureux qui peut s'en pr√©server ! heureux qui, apr√®s avoir eu quelques acc√®s de cette fi√®vre de l'esprit, peut recouvrer une sant√© tol√©rable !
    Porphyre, dans la Vie de Pythagore, dit que le nombre 2 est funeste. On pourrait dire que c'est au contraire le plus favorable de tous. Malheur à celui qui est toujours seul ! malheur à la nature, si l'espèce humaine et celle des animaux n'étaient souvent deux à deux !
¬†¬†¬†¬†Si 2 √©tait de mauvais augure, en r√©compense 3 √©tait admirable; 4 √©tait divin: mais les pythagoriciens et leurs imitateurs oubliaient alors que ce chiffre myst√©rieux 4, si divin, √©tait compos√© de deux fois deux, nombre diabolique. Six avait son m√©rite, parce que les premiers statuaires avaient partag√© leurs figures en six modules; nous avons vu que, selon les Chald√©ens, Dieu avait cr√©√© le monde en 6 gahamb√Ęrs. Mais 7 √©tait le nombre le plus merveilleux; car il n'y avait alors que sept plan√®tes; chaque plan√®te avait son ciel, et cela composait sept cieux, sans qu'on s√Ľt ce que voulait dire ce mot de ciel. Toute l'Asie comptait par semaine de sept jours. On distinguait la vie de l'homme en sept √Ęges. Que de raisons en faveur de ce nombre !
    Les Juifs ramassèrent avec le temps quelques balayures de cette philosophie. Elle passa chez les premiers chrétiens d'Alexandrie avec les dogmes de Platon. Elle éclata principalement dans l'Apocalypse de Cérinthe, attribuée à Jean le baptiseur.
    On en voit un grand exemple dans le nombre de la bête.
    " On ne peut acheter ni vendre, à moins qu'on n'ait le caractère de la bête, ou son nom, ou son nombre. C'est ici la science. Que celui qui a de l'entendement compte le nombre de la bête; car son nom est d'homme, et son nombre est 666. "
¬†¬†¬†¬†On sait quelle peine tous les grands docteurs ont prise pour deviner le mot de l'√©nigme. Ce nombre, compos√© de 3 fois 2 √† chaque chiffre, signifiait-il 3 fois funeste √† la troisi√®me puissance ? Il y avait deux b√™tes; et l'on ne sait pas encore de laquelle l'auteur a voulu parler. Nous avons vu que l'√©v√™que Bossuet, moins heureux en arithm√©tique qu'en oraisons fun√®bres, a d√©montr√© que Diocl√©tien est la b√™te, parce qu'on trouve en chiffres romains 666 dans les lettres de son nom, en retranchant les lettres qui g√Ęteraient cette op√©ration. Mais en se servant de chiffres romains, il ne s'est pas souvenu que l'Apocalypse est √©crite en grec. Un homme √©loquent peut tomber dans cette m√©prise.
    Le pouvoir des nombres fut d'autant plus respecté parmi nous, qu'on n'y comprenait rien.
    Vous avez pu, ami lecteur, observer au mot FIGURE quelles fines allégories Augustin, évêque d'Hippone, tira des nombres.
¬†¬†¬†¬†Ce go√Ľt subsista si longtemps, qu'il triompha au concile de Trente. On y conserva les myst√®res, appel√©s Sacrements dans l'√Čglise latine, parce que les dominicains, et Soto √† leur t√™te, all√©gu√®rent qu'il y avait sept choses principales qui contribuaient √† la vie, sept plan√®tes, sept vertus, sept p√©ch√©s mortels, six jours de cr√©ation et un de repos qui font sept; plus, sept plaies d'√Čgypte; plus, sept b√©atitudes: mais malheureusement les P√®res oubli√®rent que l'Exode compte dix plaies, et que les b√©atitudes sont au nombre de huit dans saint Matthieu, et au nombre de quatre dans saint Luc. Mais des savants ont aplani cette petite difficult√©, en retranchant de saint Matthieu les quatre b√©atitudes de saint Luc; reste √† six: ajoutez l'unit√© √† ces six, vous aurez sept. Consultez Fra Paolo Sarpi au livre second de son Histoire du Concile.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

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