ANGE

ÔĽŅ
ANGE
SECTION PREMI√ąRE.
Anges des Indiens, des Perses, etc.
    L'auteur de l'article ANGE, dans l'Encyclopédie, dit que " toutes les religions ont admis l'existence des anges, quoique la raison naturelle ne la démontre pas. "
¬†¬†¬†¬†Nous n'avons point d'autre raison que la naturelle. Ce qui est surnaturel est au-dessus de la raison. Il fallait dire (si je ne me trompe) que plusieurs religions, et non pas toutes, ont reconnu des anges. Celle de Numa, celle du sabisme, celle des druides, celle de la Chine, celle des Scythes, celle des anciens Ph√©niciens et des anciens √Čgyptiens, n'admirent point les anges.
    Nous entendons par ce mot, des ministres de Dieu, des députés, des êtres mitoyens entre Dieu et les hommes, envoyés pour nous signifier ses ordres.
    Aujourd'hui, en 1772, il y a juste quatre mille huit cent soixante et dix-huit ans que les brachmanes se vantent d'avoir par écrit leur première loi sacrée, intitulée le Shasta, quinze cents ans avant leur seconde loi, nommée Veidam, qui signifie la parole de Dieu. Le Shasta contient cinq chapitres: le premier, de Dieu et de ses attributs; le second, de la création des anges; le troisième, de la chute des anges; le quatrième, de leur punition; le cinquième, de leur pardon, et de la création de l'homme.
    Il est utile de remarquer d'abord la manière dont ce livre parle de Dieu.
PREMIER CHAPITRE DU SHASTA.
¬†¬†¬†¬†" Dieu est un; il a cr√©√© tout; c'est une sph√®re parfaite sans commencement ni fin. Dieu conduit toute la cr√©ation par une providence g√©n√©rale r√©sultante d'un principe d√©termin√©. Tu ne rechercheras point √† d√©couvrir l'essence et la nature de l'√Čternel, ni par quelles lois il gouverne; une telle entreprise est vaine et criminelle; c'est assez que jour et nuit tu contemples dans ses ouvrages sa sagesse, son pouvoir, et sa bont√©. "
    Après avoir payé à ce début du Shasta le tribut d'admiration que nous lui devons, voyons la création des anges.
SECOND CHAPITRE DU SHASTA.
¬†¬†¬†¬†" L'√Čternel, absorb√© dans la contemplation de sa propre existence, r√©solut, dans la pl√©nitude des temps, de communiquer sa gloire et son essence √† des √™tres capables de sentir et de partager sa b√©atitude, comme de servir √† sa gloire. L'√Čternel voulut, et ils furent. Il les forma en partie de son essence, capables de perfection et d'imperfection, selon leur volont√©.
¬†¬†¬†¬†L'√Čternel cr√©a d'abord Birma, Vitsnou et Sib; ensuite Mozazor et toute la multitude des anges. L'√Čternel donna la pr√©√©minence √† Birma, √† Vitsnou et √† Sib. Birma fut le prince de l'arm√©e ang√©lique; Vitsnou et Sib furent ses coadjuteurs. L'√Čternel divisa l'arm√©e ang√©lique en plusieurs bandes, et leur donna √† chacune un chef. Ils ador√®rent l'√Čternel, rang√©s autour de son tr√īne, chacun dans le degr√© assign√©. L'harmonie fut dans les cieux. Mozazor, chef de la premi√®re bande, entonna le cantique de louange et d'adoration au Cr√©ateur, et la chanson d'ob√©issance √† Birma, sa premi√®re cr√©ature; et l'√Čternel se r√©jouit dans sa nouvelle cr√©ation. "
CHAP. III. DE LA CHUTE D'UNE PARTIE DES ANGES.
¬†¬†¬†¬†" Depuis la cr√©ation de l'arm√©e c√©leste, la joie et l'harmonie environn√®rent le tr√īne de l'√Čternel dans l'espace de mille ans, multipli√©s par mille ans, et auraient dur√© jusqu'√† ce que le temps ne f√Ľt plus, si l'envie n'avait pas saisi Mozazor et d'autres princes des bandes ang√©liques. Parmi eux √©tait Raabon, le premier en dignit√© apr√®s Mozazor. Imm√©morants du bonheur de leur cr√©ation et de leur devoir, ils rejet√®rent le pouvoir de perfection, et exerc√®rent le pouvoir d'imperfection. Ils firent le mal √† l'aspect de l'√Čternel; ils lui d√©sob√©irent, et refus√®rent de se soumettre au lieutenant de Dieu, et √† ses associ√©s Vitsnou et Sib; et ils dirent, Nous voulons gouverner; et sans craindre la puissance et la col√®re de leur cr√©ateur, ils r√©pandirent leurs principes s√©ditieux dans l'arm√©e c√©leste. Ils s√©duisirent les anges, et entra√ģn√®rent une grande multitude dans la r√©bellion; et elle s'√©loigna du tr√īne de l'√Čternel; et la tristesse saisit les esprits ang√©liques fid√®les, et la douleur fut connue pour la premi√®re fois dans le ciel. "
CHAP. IV. CH√āTIMENT DES ANGES COUPABLES.
¬†¬†¬†¬†" L'√Čternel, dont la toute-science, la prescience et l'influence s'√©tend sur toutes choses, except√© sur l'action des √™tres qu'il a cr√©√©s libres, vit avec douleur et col√®re la d√©fection de Mozazor, de Raabon, et des autres chefs des anges.
¬†¬†¬†¬†Mis√©ricordieux dans son courroux, il envoya Birma, Vitsnou et Sib, pour leur reprocher leur crime et pour les porter √† rentrer dans leur devoir; mais confirm√©s dans leur esprit d'ind√©pendance, ils persist√®rent dans la r√©volte. L'√Čternel alors commanda √† Sib de marcher contre eux, arm√© de la toute-puissance, et de les pr√©cipiter du lieu √©minent dans le lieu de t√©n√®bres, dans l'Ond√©ra, pour y √™tre punis pendant mille ans, multipli√©s par mille ans. "
PR√ČCIS DU CINQUI√ąME CHAPITRE.
¬†¬†¬†¬†Au bout de mille ans, Birma, Vitsnou et Sib sollicit√®rent la cl√©mence de l'√Čternel en faveur des d√©linquants. L'√Čternel daigna les d√©livrer de la prison de l'Ond√©ra, et les mettre dans un √©tat de probation pendant un grand nombre de r√©volutions du soleil. Il y eut encore des r√©bellions contre Dieu dans ce temps de p√©nitence.
    Ce fut dans un de ces périodes que Dieu créa la terre; les anges pénitents y subirent plusieurs métempsycoses; une des dernières fut leur changement en vaches. C'est de là que les vaches devinrent sacrées dans l'Inde. Et enfin ils furent métamorphosés en hommes. De sorte que le système des Indiens sur les anges est précisément celui du jésuite Bougeant, qui prétend que les corps des bêtes sont habités par des anges pécheurs. Ce que les brachmanes avaient inventé sérieusement, Bougeant l'imagina plus de quatre mille ans après par plaisanterie; si pourtant ce badinage n'était pas en lui un reste de superstition mêlé avec l'esprit systématique, ce qui est arrivé assez souvent.
    Telle est l'histoire des anges chez les anciens brachmanes, qu'ils enseignent encore depuis environ cinquante siècles. Nos marchands qui ont trafiqué dans l'Inde n'en ont jamais été instruits; nos missionnaires ne l'ont pas été davantage; et les brames, qui n'ont jamais été édifiés, ni de leur science, ni de leurs moeurs, ne leur ont point communiqué leurs secrets. Il a fallu qu'un Anglais, nommé M. Holwell, ait habité trente ans à Bénarès sur le Gange, ancienne école des brachmanes; qu'il ait appris l'ancienne langue sacrée du Hanscrit, et qu'il ait lu les anciens livres de la religion indienne, pour enrichir enfin notre Europe de ces connaissances singulières: comme M. Sale avait demeuré longtemps en Arabie pour nous donner une traduction fidèle de l'Alcoran, et des lumières sur l'ancien sabisme, auquel a succédé la religion musulmane: de même encore que M. Hyde a recherché pendant vingt années, en Perse, tout ce qui concerne la religion des mages.
DES ANGES DES PERSES.
    Les Perses avaient trente et un anges. Le premier de tous, et qui est servi par quatre autres anges, s'appelle Bahaman; il a l'inspection de tous les animaux, excepté de l'homme, sur qui Dieu s'est réservé une juridiction immédiate.
¬†¬†¬†¬†Dieu pr√©side au jour o√Ļ le soleil entre dans le b√©lier, et ce jour est un jour de sabbat; ce qui prouve que la f√™te du sabbat √©tait observ√©e chez les Perses dans les temps les plus anciens.
    Le second ange préside au huitième jour, et s'appelle Débadur.
    Le troisième est Kur, dont on a fait depuis probablement Cyrus; et c'est l'ange du soleil.
    Le quatrième s'appelle Ma, et il préside à la lune.
    Ainsi chaque ange a son district. C'est chez les Perses que la doctrine de l'ange gardien et du mauvais ange fut d'abord reconnue. On croit que Raphael était l'ange gardien de l'empire persan.
DES ANGES CHEZ LES H√ČBREUX.
¬†¬†¬†¬†Les H√©breux ne connurent jamais la chute des anges jusqu'aux premiers temps de l'√®re chr√©tienne. Il faut qu'alors cette doctrine secr√®te des anciens brachmanes f√Ľt parvenue jusqu'√† eux: car ce fut dans ce temps qu'on fabriqua le livre attribu√© √† √Čnoch, touchant les anges p√©cheurs chass√©s du ciel.
¬†¬†¬†¬†√Čnoch devait √™tre un auteur fort ancien, puisqu'il vivait, selon les Juifs, dans la septi√®me g√©n√©ration avant le d√©luge: mais puisque Seth, plus ancien encore que lui, avait laiss√© des livres aux H√©breux, ils pouvaient se vanter d'en avoir aussi d'√Čnoch. Voici donc ce qu'√Čnoch √©crivit selon eux:
¬†¬†¬†¬†" Le nombre des hommes s'√©tant prodigieusement accru, ils eurent de tr√®s belles filles; les anges, les brillants, Egregori, en devinrent amoureux, et furent entra√ģn√©s dans beaucoup d'erreurs. Ils s'anim√®rent entre eux, ils se dirent: Choisissons-nous des femmes parmi les filles des hommes de la terre. Semiaxas leur prince dit: Je crains que vous n'osiez pas accomplir un tel dessein, et que je ne demeure seul charg√© du crime. Tous r√©pondirent: Faisons serment d'ex√©cuter notre dessein, et d√©vouons-nous √† l'anath√®me si nous y manquons. Ils s'unirent donc par serment et firent des impr√©cations. Ils √©taient au nombre de deux cents. Ils partirent ensemble, du temps de Jared, et all√®rent sur la montagne appel√©e Hermonim √† cause de leur serment. Voici le nom des principaux: Semiaxas, Atarcuph, Araciel, Chobabiel, Sampsich, Zaciel, Pharmar, Thausael, Samiel, Tyriel, Jumiel.
    Eux et les autres prirent des femmes l'an onze cent soixante et dix de la création du monde. De ce commerce naquirent trois genres d'hommes, les géants, Naphelim, etc. "
¬†¬†¬†¬†L'auteur de ce fragment √©crit de ce style qui semble appartenir aux premiers temps; c'est la m√™me na√Įvet√©. Il ne manque pas de nommer les personnages; il n'oublie pas les dates; point de r√©flexions, point de maximes: c'est l'ancienne mani√®re orientale.
    On voit que cette histoire est fondée sur le sixième chapitre de la Genèse: " Or, en ce temps il y avait des géants sur la terre; car les enfants de Dieu ayant eu commerce avec les filles des hommes, elles enfantèrent les puissances du siècle. "
¬†¬†¬†¬†Le livre d'√Čnoch et la Gen√®se sont enti√®rement d'accord sur l'accouplement des anges avec les filles des hommes, et sur la race des g√©ants qui en naquit: mais ni cet √Čnoch ni aucun livre de l'ancien Testament ne parle de la guerre des anges contre Dieu, ni de leur d√©faite, ni de leur chute dans l'enfer, ni de leur haine contre le genre humain.
    Presque tous les commentateurs de l'ancien Testament disent unanimement qu'avant la captivité de Babylone les Juifs ne surent le nom d'aucun ange. Celui qui apparut à Manué, père de Samson, ne voulut point dire le sien.
    Lorsque les trois anges apparurent à Abraham, et qu'il fit cuire un veau entier pour les régaler, ils ne lui apprirent point leurs noms. L'un d'eux lui dit: " Je viendrai vous voir, si Dieu me donne vie, l'année prochaine, et Sara votre femme aura un fils. "
¬†¬†¬†¬†Dom Calmet trouve un tr√®s grand rapport entre cette histoire et la fable qu'Ovide raconte dans ses Fastes, de Jupiter, de Neptune et de Mercure , qui, ayant soup√© chez le vieillard Hyrieus, et le voyant afflig√© de ne pouvoir faire des enfants, piss√®rent sur le cuir du veau qu'Hyrieus leur avait servi, et ordonn√®rent √† Hyrieus d'enfouir sous terre et d'y laisser pendant neuf mois ce cuir arros√© de l'urine c√©leste. Au bout de neuf mois, Hyrieus d√©couvrit son cuir; il y trouva un enfant qu'on appela Orion, et qui est actuellement dans le ciel. Calmet dit m√™me que les termes dont se servirent les anges avec Abraham, peuvent se traduire ainsi: " Il na√ģtra un fils de votre veau. "
¬†¬†¬†¬†Quoi qu'il en soit, les anges ne dirent point leur nom √† Abraham; ils ne le dirent pas m√™me √† Mo√Įse; et nous ne voyons le nom de Raphael que dans Tobie, du temps de la captivit√©. Tous les autres noms d'anges sont pris √©videmment des Chald√©ens et des Perses. Raphael, Gabriel, Uriel, etc., sont persans et babyloniens. Il n'y a pas jusqu'au nom d'Isra√ęl qui ne soit chald√©en. Le savant juif Philon le dit express√©ment dans le r√©cit de sa d√©putation vers Caligula (avant-propos).
    Nous ne répéterons point ici ce qu'on a dit ailleurs des anges.
SAVOIR SI LES GRECS ET LES ROMAINS ADMIRENT DES ANGES.
    Ils avaient assez de dieux et de demi-dieux pour se passer d'autres êtres subalternes. Mercure faisait les commissions de Jupiter, Iris celles de Junon; cependant ils admirent encore des génies, des démons. La doctrine des anges gardiens fut mise en vers par Hésiode, contemporain d'Homère. Voici comme il s'explique dans le poème des Travaux et des Jours:
    Dans les temps bienheureux de Saturne et de Rhée,
    Le mal fut inconnu, la fatigue ignorée
    Les dieux prodiguaient tout: les humains satisfaits,
    Ne se disputant rien, forcés de vivre en paix,
    N'avaient point corrompu leurs moeurs inaltérables.
    La mort, l'affreuse mort, si terrible aux coupables,
    N'était qu'un doux passage, en ce séjour mortel,
    Des plaisirs de la terre aux délices du ciel.
    Les hommes de ces temps sont nos heureux génies,
    Nos démons fortunés, les soutiens de nos vies
    Ils veillent près de nous; ils voudraient de nos coeurs
¬†¬†¬†¬†√Čcarter, s'il se peut, le crime et les douleurs, etc.
¬†¬†¬†¬†Plus on fouille dans l'antiquit√©, plus on voit combien les nations modernes ont puis√© tour-√†-tour dans ces mines aujourd'hui presque abandonn√©es. Les Grecs, qui ont si longtemps pass√© pour inventeurs, avaient imit√© l'√Čgypte, qui avait copi√© les Chald√©ens, qui devaient presque tout aux Indiens. La doctrine des anges gardiens, qu'H√©siode avait si bien chant√©e, fut ensuite sophistiqu√©e dans les √©coles; c'est tout ce qu'elles purent faire. Chaque homme eut son bon et son mauvais g√©nie, comme chacun eut son √©toile.
    " Est genius, natale comes qui temperat astrum. "
    HOR., lib. II, ep. II, v. 187.
¬†¬†¬†¬†Socrate, comme on sait, avait un bon ange: mais il faut que ce soit le mauvais qui l'ait conduit. Ce ne peut √™tre qu'un tr√®s mauvais ange qui engage un philosophe √† courir de maison en maison pour dire aux gens, par demande et par r√©ponse, que le p√®re et la m√®re, le pr√©cepteur et le petit gar√ßon, sont des ignorants et des imb√©ciles. L'ange gardien a bien de la peine alors √† garantir son prot√©g√© de la cigu√ę.
¬†¬†¬†¬†On ne conna√ģt de Marcus Brutus que son mauvais ange, qui lui apparut avant la bataille de Philippes.
SECTION II.
¬†¬†¬†¬†La doctrine des anges est une des plus anciennes du monde, elle a pr√©c√©d√© celle de l'immortalit√© de l'√Ęme: cela n'est pas √©trange. Il faut de la philosophie pour croire immortelle l'√Ęme de l'homme mortel: il ne faut que de l'imagination et de la faiblesse pour inventer des √™tres sup√©rieurs √† nous, qui nous prot√©gent ou qui nous pers√©cutent. Cependant il ne para√ģt pas que les anciens √Čgyptiens eussent aucune notion de ces √™tres c√©lestes, rev√™tus d'un corps √©th√©r√©, et ministres des ordres d'un Dieu. Les anciens Babyloniens furent les premiers qui admirent cette th√©ologie. Les livres h√©breux emploient les anges d√®s le premier livre de la Gen√®se; mais la Gen√®se ne fut √©crite que lorsque les Chald√©ens √©taient une nation d√©j√† puissante; et ce ne fut m√™me que dans la captivit√© √† Babylone, plus de mille ans apr√®s Mo√Įse, que les Juifs apprirent les noms de Gabriel, de Raphael, Michael, Uriel, etc., qu'on donnait aux anges. C'est une chose tr√®s singuli√®re que les religions juda√Įque et chr√©tienne √©tant fond√©es sur la chute d'Adam, cette chute √©tant fond√©e sur la tentation du mauvais ange, du diable, cependant il ne soit pas dit un seul mot dans le Pentateuque de l'existence des mauvais anges, encore moins de leur punition et de leur demeure dans l'enfer.
¬†¬†¬†¬†La raison de cette omission est √©vidente; c'est que les mauvais anges ne leur furent connus que dans la captivit√© √† Babylone; c'est alors qu'il commence √† √™tre question d'Asmod√©e, que Raphael alla encha√ģner dans la Haute-√Čgypte; c'est alors que les Juifs entendent parler de Satan. Ce mot Satan √©tait chald√©en, et le livre de Job, habitant de Chald√©e, est le premier qui en fasse mention.
    Les anciens Perses disaient que Satan était un génie qui avait fait la guerre aux Dives et aux Péris, c'est-à-dire aux fées.
    Ainsi selon les règles ordinaires de la probabilité, il serait permis à ceux qui ne se serviraient que de leur raison, de penser que c'est dans cette théologie qu'on a enfin pris l'idée, chez les Juifs et les chrétiens, que les mauvais anges avaient été chassés du ciel, et que leur prince avait tenté ève sous la figure d'un serpent.
¬†¬†¬†¬†On a pr√©tendu qu'Isa√Įe (dans son chap. XIV, v. 12) avait cette all√©gorie en vue quand il dit: " Quomodo cecidisti de coelo, Lucifer, qui mane oriebaris ? " " Comment es-tu tomb√© du ciel, astre de lumi√®re, qui te levais au matin ? "
¬†¬†¬†¬†C'est m√™me ce verset latin, traduit d'Isa√Įe, qui a procur√© au diable le nom de Lucifer. On n'a pas song√© que Lucifer signifie celui qui r√©pand la lumi√®re. On a encore moins r√©fl√©chi aux paroles d'Isa√Įe. Il parle du roi de Babylone d√©tr√īn√©, et, par une figure commune, il lui dit: Comment es-tu tomb√© des cieux, astre √©clatant ?
¬†¬†¬†¬†Il n'y a pas d'apparence qu'Isa√Įe ait voulu √©tablir par ce trait de rh√©torique la doctrine des anges pr√©cipit√©s dans l'enfer: aussi ce ne fut gu√®re que dans le temps de la primitive √Čglise chr√©tienne, que les P√®res et les rabbins s'efforc√®rent d'encourager cette doctrine, pour sauver ce qu'il y avait d'incroyable dans l'histoire d'un serpent qui s√©duisit la m√®re des hommes, et qui, condamn√© pour cette mauvaise action √† marcher sur le ventre, a depuis √©t√© l'ennemi de l'homme, qui t√Ęche toujours de l'√©craser, tandis que celui-ci t√Ęche toujours de le mordre. Des substances c√©lestes, pr√©cipit√©es dans l'ab√ģme, qui en sortent pour pers√©cuter le genre humain, ont paru quelque chose de plus sublime.
¬†¬†¬†¬†On ne peut prouver, par aucun raisonnement, que ces puissances c√©lestes et infernales existent; mais aussi on ne saurait prouver qu'elles n'existent pas. Il n'y a certainement aucune contradiction √† reconna√ģtre des substances bienfaisantes et malignes, qui ne soient ni de la nature de Dieu ni de la nature des hommes; mais il ne suffit pas qu'une chose soit possible pour la croire.
    Les anges qui présidaient aux nations chez les Babyloniens et chez les Juifs, sont précisément ce qu'étaient les dieux d'Homère, des êtres célestes subordonnés à un être suprême. L'imagination qui a produit les uns a probablement produit les autres. Le nombre des dieux inférieurs s'accrut avec la religion d'Homère. Le nombre des anges s'augmenta chez les chrétiens avec le temps.
¬†¬†¬†¬†Les auteurs connus sous le nom de Denys l'ar√©opagite et de Gr√©goire 1er fix√®rent le nombre des anges √† neuf choeurs dans trois hi√©rarchies: la premi√®re, des s√©raphins, des ch√©rubins, et des tr√īnes; la seconde, des dominations, des vertus, et des puissances; la troisi√®me, des principaut√©s, des archanges, et enfin des anges, qui donnent la d√©nomination √† tout le reste. Il n'est gu√®re permis qu'√† un pape de r√©gler ainsi les rangs dans le ciel.
SECTION III.
    Ange, en grec, envoyé; on n'en sera guère plus instruit quand on saura que les Perses avaient des Péris, les Hébreux des Malakim, les Grecs leurs Daimonoi.
    Mais ce qui nous instruira peut-être davantage, ce sera qu'une des premières idées des hommes a toujours été de placer des êtres intermédiaires entre la Divinité et nous; ce sont ces démons, ces génies que l'antiquité inventa; l'homme fit toujours les dieux à son image. On voyait les princes signifier leurs ordres par des messagers, donc la Divinité envoie aussi ses courriers: Mercure, Iris, étaient des courriers, des messagers.
    Les Hébreux, ce seul peuple conduit par la Divinité même, ne donnèrent point d'abord de noms aux anges que Dieu daignait enfin leur envoyer; ils empruntèrent les noms que leur donnaient les Chaldéens, quand la nation juive fut captive dans la Babylonie; Michel et Gabriel sont nommés pour la première fois par Daniel, esclave chez ces peuples. Le Juif Tobie, qui vivait à Ninive, connut l'ange Raphael qui voyagea avec son fils pour l'aider à retirer de l'argent que lui devait le Juif Gabael.
    Dans les lois des Juifs, c'est-à-dire dans le Lévitique et le Deutéronome, il n'est pas fait la moindre mention de l'existence des anges, à plus forte raison de leur culte; aussi les saducéens ne croyaient-ils point aux anges.
    Mais dans les histoires des Juifs il en est beaucoup parlé. Ces anges étaient corporels; ils avaient des ailes au dos, comme les gentils feignirent que Mercure en avait aux talons; quelquefois ils cachaient leurs ailes sous leurs vêtements. Comment n'auraient-ils pas eu de corps, puisqu'ils buvaient et mangeaient, et que les habitants de Sodome voulurent commettre le péché de la pédérastie avec les anges qui allèrent chez Loth ?
    L'ancienne tradition juive, selon Ben Maimon, admet dix degrés, dix ordres d'anges. 1. Les chaios acodesh, purs, saints. 2. Les ofamin, rapides. 3. Les oralim, les forts. 4. Les chasmalim, les flammes. 5. Les séraphim, étincelles. 6. Les malakim, anges, messagers, députés. 7. Les eloim, les dieux ou juges. 8. Les ben eloim, enfants des dieux. 9. Cherubim, images. 10. Ychim, les animés.
¬†¬†¬†¬†L'histoire de la chute des anges ne se trouve point dans les livres de Mo√Įse; le premier t√©moignage qu'on en rapporte est celui du proph√®te Isa√Įe, qui, apostrophant le roi de Babylone, s'√©crie: Qu'est devenu l'exacteur des tributs ? les sapins et les c√®dres se r√©jouissent de sa chute; comment es-tu tomb√© du ciel, √ī Hellel, √©toile du matin ? On a traduit cet Hellel par le mot latin Lucifer; et ensuite, par un sens all√©gorique, on a donn√© le nom de Lucifer au prince des anges qui firent la guerre dans le ciel; et enfin ce nom, qui signifie phosphore et aurore, est devenu le nom du diable.
¬†¬†¬†¬†La religion chr√©tienne est fond√©e sur la chute des anges. Ceux qui se r√©volt√®rent furent pr√©cipit√©s des sph√®res qu'ils habitaient dans l'enfer au centre de la terre, et devinrent diables. Un diable tenta √®ve sous la figure d'un serpent, et damna le genre humain. J√©sus vint racheter le genre humain, et triompher du diable, qui nous tente encore. Cependant cette tradition fondamentale ne se trouve que dans le livre apocryphe d'√Čnoch, et encore y est-elle d'une mani√®re toute diff√©rente de la tradition re√ßue.
    Saint Augustin, dans sa cent neuvième lettre, ne fait nulle difficulté d'attribuer des corps déliés et agiles aux bons et aux mauvais anges. Le pape Grégoire 1er a réduit à neuf choeurs, à neuf hiérarchies ou ordres, les dix choeurs des anges reconnus par les Juifs.
¬†¬†¬†¬†Les Juifs avaient dans leur temple deux ch√©rubins ayant chacun deux t√™tes, l'une de boeuf et l'autre d'aigle, avec six ailes. Nous les peignons aujourd'hui sous l'image d'une t√™te volante, ayant deux petites ailes au-dessous des oreilles. Nous peignons les anges et les archanges sous la figure de jeunes gens, ayant deux ailes au dos. A l'√©gard des tr√īnes et des dominations, on ne s'est pas encore avis√© de les peindre.
¬†¬†¬†¬†Saint Thomas, √† la question CVIII, article 2, dit que les tr√īnes sont aussi pr√®s de Dieu que les ch√©rubins et les s√©raphins, parce que c'est sur eux que Dieu est assis. Scot a compt√© mille millions d'anges. L'ancienne mythologie des bons et des mauvais g√©nies ayant pass√© de l'Orient en Gr√®ce et √† Rome, nous consacr√Ęmes cette opinion, en admettant pour chaque homme un bon et un mauvais ange, dont l'un l'assiste, et l'autre lui nuit depuis sa naissance jusqu'√† sa mort; mais on ne sait pas encore si ces bons et mauvais anges passent continuellement de leur poste √† un autre, ou s'ils sont relev√©s par d'autres. Consultez sur cet article la Somme de saint Thomas.
¬†¬†¬†¬†On ne sait pas pr√©cis√©ment o√Ļ les anges se tiennent, si c'est dans l'air, dans le vide, dans les plan√®tes: Dieu n'a pas voulu que nous en fussions instruits.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

Regardez d'autres dictionnaires:

  • ange ‚ÄĒ ange ‚Ķ   Dictionnaire des rimes

  • ange ‚ÄĒ [ …ĎŐÉ í ] n. m. ‚ÄĘ XVIe; angele XIe, puis angle, angre; lat. eccl√©s. angelus; gr. aggelos ¬ę messager ¬Ľ 1 ‚ô¶ Th√©ol. √ätre spirituel, interm√©diaire entre Dieu et l homme, ministre des volont√©s divines. L ange Gabriel. ¬ę L homme n est ni ange ni b√™te, et ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • √Önge ‚ÄĒ Hilfe zu Wappen ‚Ķ   Deutsch Wikipedia

  • Ange ‚ÄĒ ist ein m√§nnlicher und auch weiblicher Vorname. Inhaltsverzeichnis 1 Herkunft und Bedeutung 2 Namenstr√§ger 3 Namenstr√§gerinnen 4 Einzelnachweise ‚Ķ   Deutsch Wikipedia

  • √Ąnge ‚ÄĒ Hilfe zu Wappen ‚Ķ   Deutsch Wikipedia

  • √Önge IK ‚ÄĒ Donn√©es cl√©s Fond√© en 1952 Si√®ge √Önge Patinoire (ar√©na) Kastberghallen Couleurs Noir, Rouge, jaune Ligue Division 1 Site Web ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Ang√© ‚ÄĒ Saltar a navegaci√≥n, b√ļsqueda Ang√© Pa√≠s ‚Ķ   Wikipedia Espa√Īol

  • -ange ‚ÄĒ ‚áí ANGE, suff. Suff. formateur de subst. d action de genre f√©m. √† partir de verbes¬†: louange ¬ę action de louer, r√©sultat de cette action¬†¬Ľ m√©lange ¬ę action de m√™ler, r√©sultat de cette action¬†¬Ľ vidange ¬ę action de vider, r√©sultat de cette action¬†¬Ľ… ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • Ang√© ‚ÄĒ is a commune in the Loir et Cher departement in northern central France.ee also*Communes of the Loir et Cher department ‚Ķ   Wikipedia

  • Ange [1] ‚ÄĒ Ange (fr., spr. Angsch), 1) Engel; 2) (Num.), so v.w. Anged or ‚Ķ   Pierer's Universal-Lexikon

  • Ange [2] ‚ÄĒ Ange (Isle de St. A., spr. Angsch), Insel zur s√ľdlichen Gruppe der Ladronen (s.d.) geh√∂rig ‚Ķ   Pierer's Universal-Lexikon


Share the article and excerpts

Direct link
… Do a right-click on the link above
and select ‚ÄúCopy Link‚ÄĚ

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.