AMPLIFICATION

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AMPLIFICATION
    On prétend que c'est une belle figure de rhétorique; peut-être aurait-on plus raison si on l'appelait un défaut. Quand on dit tout ce qu'on doit dire, on n'amplifie pas; et quand on l'a dit, si on amplifie, on dit trop. Présenter aux juges une bonne ou mauvaise action sous toutes ses faces, ce n'est point amplifier; mais ajouter, c'est exagérer et ennuyer.
¬†¬†¬†¬†J'ai vu autrefois dans les coll√©ges donner des prix d'amplification. C'√©tait r√©ellement enseigner l'art d'√™tre diffus. Il e√Ľt mieux valu peut-√™tre donner des prix √† celui qui aurait resserr√© ses pens√©es, et qui par l√† aurait appris √† parler avec plus d'√©nergie et de force: mais en √©vitant l'amplification, craignez la s√©cheresse.
    J'ai entendu des professeurs enseigner que certains vers de Virgile sont une amplification, par exemple ceux-ci (Aen., lib. IV, v. 522-29):
    " Nox erat, et placidum carpebant fessa soporem
    Corpora per terras, silvaeque et saeva quierant
    Aequora; quum medio volvuntur sidera lapsu
    Quum tacet omnis ager, pecudes, pictaeque volucres
    Quaeque lacus late liquidos, quaeque aspera dumis
    Rura tenent, somno positae sub nocte silenti
    Lenibant curas, et corda oblita laborum:
    At non infelix animi Phoenissa. "
    Voici une traduction libre de ces vers de Virgile, qui ont tous été si difficiles à traduire par les poètes français, excepté par M. Delille.
    Les astres de la nuit roulaient dans le silence
¬†¬†¬†¬†√Čole a suspendu les haleines des vents
    Tout se tait sur les eaux, dans les bois, dans les champs
¬†¬†¬†¬†Fatigu√© des travaux qui vont bient√īt rena√ģtre,
¬†¬†¬†¬†Le tranquille taureau s'endort avec son ma√ģtre
    Les malheureux humains ont oublié leurs maux
    Tout dort, tout s'abandonne aux charmes du repos
    Phénisse veille et pleure !
    Si la longue description du règne du sommeil dans toute la nature ne faisait pas un contraste admirable avec la cruelle inquiétude de Didon, ce morceau ne serait qu'une amplification puérile; c'est le mot at non infelix animi Phoenissa, qui en fait le charme.
¬†¬†¬†¬†La belle ode de Sapho, qui peint tous les sympt√īmes de l'amour, et qui a √©t√© traduite heureusement dans toutes les langues cultiv√©es, ne serait pas sans doute si touchante, si Sapho avait parl√© d'une autre que d'elle-m√™me: cette ode pourrait √™tre alors regard√©e comme une amplification.
¬†¬†¬†¬†La description de la temp√™te au premier livre de l'√Čn√©ide n'est point une amplification; c'est une image vraie de tout ce qui arrive dans une temp√™te; il n'y a aucune id√©e r√©p√©t√©e, et la r√©p√©tition est le vice de tout ce qui n'est qu'amplification.
¬†¬†¬†¬†Le plus beau r√īle qu'on ait jamais mis sur le th√©√Ętre dans aucune langue, est celui de Ph√®dre. Presque tout ce qu'elle dit serait une amplification fatigante, si c'√©tait une autre qui parl√Ęt de la passion de Ph√®dre. (Acte 1er, sc√®ne.)
    Athènes me montra mon superbe ennemi.
¬†¬†¬†¬†Je le vis, je rougis, je p√Ęlis √† sa vue.
¬†¬†¬†¬†Un trouble s'√©leva dans mon √Ęme √©perdue.
    Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler
¬†¬†¬†¬†Je sentis tout mon corps et transir et br√Ľler
    Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
    D'un sang qu'elle poursuit tourments inévitables.
¬†¬†¬†¬†Il est bien clair que puisque Ath√®nes lui montra son superbe ennemi Hippolyte, elle vit Hippolyte. Si elle rougit et p√Ęlit √† sa vue, elle fut sans doute troubl√©e. Ce serait un pl√©onasme, une redondance oiseuse dans une √©trang√®re qui raconterait les amours de Ph√®dre; mais c'est Ph√®dre amoureuse, et honteuse de sa passion; son coeur est plein, tout lui √©chappe.
    " Ut vidi, ut perii, ut me malus abstulit error ! "
    Ecl. VIII, 41.
¬†¬†¬†¬†Je le vis, je rougis, je p√Ęlis √† sa vue.
    Peut-on mieux imiter Virgile ?
    Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler
¬†¬†¬†¬†Je sentis tout mon corps et transir et br√Ľler.
¬†¬†¬†¬†Peut-on mieux imiter Sapho ? Ces vers, quoique imit√©s, coulent de source; chaque mot trouble les √Ęmes sensibles et les p√©n√®tre; ce n'est point une amplification, c'est le chef-d'oeuvre de la nature et de l'art.
    Voici, à mon avis, un exemple d'une amplification dans une tragédie moderne , qui d'ailleurs a de grandes beautés.
¬†¬†¬†¬†Tyd√©e est √† la cour d'Argos, il est amoureux d'une soeur d'√Člectre; il regrette son ami Oreste et son p√®re; il est partag√© entre sa passion pour √Člectre 3, et le dessein de punir le tyran. Au milieu de tant de soins et d'inqui√©tudes, il fait √† son confident une longue description d'une temp√™te qu'il a essuy√©e il y a longtemps.
    Tu sais ce qu'en ces lieux nous venions entreprendre
    Tu sais que Palamède, avant que de s'y rendre,
    Ne voulut point tenter son retour dans Argos
¬†¬†¬†¬†Qu'il n'e√Ľt interrog√© l'oracle de D√©los.
    A de si justes soins on souscrivit sans peine:
¬†¬†¬†¬†Nous part√ģmes, combl√©s des bienfaits de Tyrrh√®ne.
¬†¬†¬†¬†Tout nous favorisait; nous vogu√Ęmes longtemps
    Au gré de nos désirs, bien plus qu'au gré des vents
¬†¬†¬†¬†Mais, signalant bient√īt toute son inconstance,
    La mer en un moment se mutine et s'élance
    L'air mugit, le jour fuit, une épaisse vapeur
    Couvre d'un voile affreux les vagues en fureur
    La foudre, éclairant seule une nuit si profonde,
    A sillons redoublés ouvre le ciel et l'onde
    Et, comme un tourbillon embrassant nos vaisseaux,
    Semble en source de feu bouillonner sur les eaux.
    Les vagues, quelquefois nous portant sur leurs cimes,
¬†¬†¬†¬†Nous font rouler apr√®s sous de vastes ab√ģmes,
¬†¬†¬†¬†O√Ļ les √©clairs press√©s, p√©n√©trant avec nous,
    Dans des gouffres de feu semblaient nous plonger tous
    Le pilote effrayé, que la flamme environne,
    Aux rochers qu'il fuyait lui-même s'abandonne.
    A travers les écueils, notre vaisseau poussé,
    Se brise et nage enfin sur les eaux dispersé.
    On voit peut-être dans cette description le poète qui veut surprendre les auditeurs par le récit d'un naufrage, et non le personnage qui veut venger son père et son ami, tuer le tyran d'Argos, et qui est partagé entre l'amour et la vengeance.
    Lorsqu'un personnage s'oublie, et qu'il veut absolument être poète, il doit alors embellir ce défaut par les vers les plus corrects et les plus élégants.
    Ne voulut point tenter son retour dans Argos
¬†¬†¬†¬†Qu'il n'e√Ľt interrog√© l'oracle de D√©los.
    Ce tour familier semble ne devoir entrer que rarement dans la poésie noble. " Je ne voulus point aller à Orléans que je n'eusse vu Paris. " Cette phrase n'est admise, ce me semble, que dans la liberté de la conversation.
    A de si justes soins on souscrivit sans peine.
    On souscrit à des volontés, à des ordres, à des désirs; je ne crois pas qu'on souscrive à des soins.
¬†¬†¬†¬†Nous vogu√Ęmes longtemps
    Au gré de nos désirs, bien plus qu'au gré des vents.
    Outre l'affectation et une sorte de jeu de mots du gré des désirs et du gré des vents, il y a là une contradiction évidente. Tout l'équipage souscrivit sans peine aux justes soins d'interroger l'oracle de Délos. Les désirs des navigateurs étaient donc d'aller à Délos; ils ne voguaient donc pas au gré de leurs désirs, puisque le gré des vents les écartait de Délos, à ce que dit Tydée.
    Si l'auteur a voulu dire au contraire que Tydée voguait au gré de ses désirs aussi bien et encore plus qu'au gré des vents, il s'est mal exprimé. Bien plus qu'au gré des vents signifie que les vents ne secondaient pas ses désirs et l'écartaient de sa route. " J'ai été favorisé dans cette affaire par la moitié du conseil bien plus que par l'autre ", signifie, par tous pays, la moitié du conseil a été pour moi, et l'autre contre. Mais si je dis, " la moitié du conseil a opiné au gré de mes désirs, et l'autre encore davantage ", cela veut dire que j'ai été secondé par tout le conseil, et qu'une partie m'a encore plus favorisé que l'autre.
    " J'ai réussi auprès du parterre bien plus qu'au gré des connaisseurs ", veut dire, les connaisseurs m'ont condamné.
¬†¬†¬†¬†Il faut que la diction soit pure et sans √©quivoque. Le confident de Tyd√©e pouvait lui dire: Je ne vous entends pas: si le vent vous a men√© √† D√©los et √† √Čpidaure qui est dans l'Argolide, c'√©tait pr√©cis√©ment votre route, et vous n'avez pas d√Ľ voguer longtemps. On va de Samos √† √Čpidaure en moins de trois jours avec un bon vent d'est. Si vous avez essuy√© une temp√™te, vous n'avez pas vogu√© au gr√© de vos d√©sirs; d'ailleurs vous deviez instruire plus t√īt le public que vous veniez de Samos. Les spectateurs veulent savoir d'o√Ļ vous venez et ce que vous voulez. La longue description recherch√©e d'une temp√™te me d√©tourne de ces objets. C'est une amplification qui para√ģt oiseuse, quoiqu'elle pr√©sente de grandes images.
¬†¬†¬†¬†La mer.... signalant bient√īt toute son inconstance.
    Toute l'inconstance que la mer signale ne semble pas une expression convenable à un héros, qui doit peu s'amuser à ces recherches. Cette mer qui se mutine et qui s'élance en un moment, après avoir signalé toute son inconstance, intéresse-t-elle assez à la situation présente de Tydée occupé de la guerre ? Est-ce à lui de s'amuser à dire que la mer est inconstante, à débiter des lieux communs ?
    L'air mugit, le jour fuit; une épaisse vapeur
    Couvre d'un voile affreux les vagues en fureur.
¬†¬†¬†¬†Les vents dissipent les vapeurs et ne les √©paississent pas; mais quand m√™me il serait vrai qu'une √©paisse vapeur e√Ľt couvert les vagues en fureur d'un voile affreux, ce h√©ros, plein de ses malheurs pr√©sents, ne doit pas s'appesantir sur ce pr√©lude de temp√™te, sur ces circonstances qui n'appartiennent qu'au po√®te.
    " Non erat his locus. "
    La foudre, éclairant seule une nuit si profonde,
    A sillons redoublés ouvre le ciel et l'onde
    Et, comme un tourbillon embrassant nos vaisseaux,
    Semble en source de feu bouillonner sur les eaux.
    N'est-ce pas là une véritable amplification un peu trop ampoulée ? Un tonnerre qui ouvre l'eau et le ciel par des sillons; qui en même temps est un tourbillon de feu, lequel embrasse un vaisseau et qui bouillonne, n'a-t-il pas quelque chose de trop peu naturel, de trop peu vrai, surtout dans la bouche d'un homme qui doit s'exprimer avec une simplicité noble et touchante, surtout après plusieurs mois que le péril est passé ?
¬†¬†¬†¬†Des cimes de vagues, qui font rouler sous des ab√ģmes des √©clairs press√©s et des gouffres de feu, semblent des expressions un peu boursouffl√©es qui seraient souffertes dans une ode, et qu'Horace r√©prouvait avec tant de raison dans la trag√©die (Art po√©t., v. 97):
    " Projicit ampullas et sesquipedalia verba. "
    Le pilote effrayé, que la flamme environne,
    Aux rochers qu'il fuyait lui-même s'abandonne.
    On peut s'abandonner aux vents; mais il me semble qu'on ne s'abandonne pas aux rochers.
    Notre vaisseau poussé.... nage dispersé.
¬†¬†¬†¬†Un vaisseau ne nage point dispers√©; Virgile a dit, non en parlant d'un vaisseau, mais des hommes qui ont fait naufrage (√Čn., liv. I, vers 122):
    " Apparent rari nantes in gurgite vasto. "
¬†¬†¬†¬†Voil√† o√Ļ le mot nager est √† sa place. Les d√©bris d'un vaisseau flottent et ne nagent pas. Desfontaines a traduit ainsi ce beau vers de l'√Čn√©ide: " A peine un petit nombre de ceux qui montaient le vaisseau, purent se sauver √† la nage. "
¬†¬†¬†¬†C'est traduire Virgile en style de gazette. O√Ļ est ce vaste gouffre que peint le po√®te, gurgite vasto ? o√Ļ est l'apparent rari nantes ? Ce n'est pas avec cette s√©cheresse qu'on doit traduire l'√Čn√©ide: il faut rendre image pour image, beaut√© pour beaut√©. Nous faisons cette remarque en faveur des commen√ßants. On doit les avertir que Desfontaines n'a fait que le squelette informe de Virgile, comme il faut leur dire que la description de la temp√™te par Tyd√©e est fautive et d√©plac√©e. Tyd√©e devait s'√©tendre avec attendrissement sur la mort de son ami, et non sur la vaine description d'une temp√™te.
    On ne présente ces réflexions que pour l'intérêt de l'art, et non pour attaquer l'artiste.
    ".... Ubi plura nitent in carmine, non ego paucis
    Offendar maculis. "
    HOR., de Art. poet.
    En faveur des beautés on pardonne aux défauts.
¬†¬†¬†¬†Quand j'ai fait ces critiques, j'ai t√Ęch√© de rendre raison de chaque mot que je critiquais. Les satiriques se contentent d'une plaisanterie, d'un bon mot, d'un trait piquant; mais celui qui veut s'instruire et √©clairer les autres, est oblig√© de tout discuter avec le plus grand scrupule.
¬†¬†¬†¬†Plusieurs hommes de go√Ľt, et entre autres l'auteur du T√©l√©maque, ont regard√© comme une amplification le r√©cit de la mort d'Hippolyte dans Racine. Les longs r√©cits √©taient √† la mode alors. La vanit√© d'un acteur veut se faire √©couter. On avait pour eux cette complaisance; elle a √©t√© fort bl√Ęm√©e. L'archev√™que de Cambrai pr√©tend que Th√©ram√®ne ne devait pas, apr√®s la catastrophe d'Hippolyte, avoir la force de parler si longtemps; qu'il se pla√ģt trop √† d√©crire les cornes mena√ßantes du monstre, et ses √©cailles jaunissantes, et sa croupe qui se recourbe; qu'il devait dire d'une voix entrecoup√©e: " Hippolyte est mort: un monstre l'a fait p√©rir; je l'ai vu. "
¬†¬†¬†¬†Je ne pr√©tends point d√©fendre les √©cailles jaunissantes et la croupe qui se recourbe; mais en g√©n√©ral cette critique souvent r√©p√©t√©e me para√ģt injuste. On veut que Th√©ram√®ne dise seulement: " Hippolyte est mort: je l'ai vu, c'en est fait. "
    C'est précisément ce qu'il dit, et en moins de mots encore.... " Hippolyte n'est plus. " Le père s'écrie; Théramène ne reprend ses sens que pour dire:
    .... J'ai vu des mortels périr le plus aimable
    et il ajoute ce vers si nécessaire, si touchant, si désespérant pour Thésée:
    Et j'ose dire encor, seigneur, le moins coupable.
    La gradation est pleinement observée, les nuances se font sentir l'une après l'autre.
    Le père attendri demande " quel Dieu lui a ravi son fils, quelle foudre soudaine.... ? " Et il n'a pas le courage d'achever; il reste muet dans sa douleur; il attend ce récit fatal; le public l'attend de même. Théramène doit répondre; on lui demande des détails, il doit en donner.
¬†¬†¬†¬†√Čtait-ce √† celui qui fait discourir Mentor et tous ses personnages si longtemps, et quelquefois jusqu'√† la sati√©t√©, de fermer la bouche √† Th√©ram√®ne ? Quel est le spectateur qui voudrait ne le pas entendre, ne pas jouir du plaisir douloureux d'√©couter les circonstances de la mort d'Hippolyte ? qui voudrait m√™me qu'on en retranch√Ęt quatre vers ? Ce n'est pas l√† une vaine description d'une temp√™te inutile √† la pi√®ce, ce n'est pas l√† une amplification mal √©crite; c'est la diction la plus pure et la plus touchante; enfin c'est Racine.
    On lui reproche le héros expiré. Quelle misérable vétille de grammaire ! Pourquoi ne pas dire ce héros expiré, comme on dit, il est expiré; il a expiré ! Il faut remercier Racine d'avoir enrichi la langue à laquelle il a donné tant de charmes, en ne disant jamais que ce qu'il doit, lorsque les autres disent tout ce qu'ils peuvent.
    Boileau fut le premier qui fit remarquer l'amplification vicieuse de la première scène de Pompée.
    Quand les dieux étonnés semblaient se partager,
    Pharsale a décidé ce qu'ils n'osaient juger.
    Ces fleuves teints de sang, et rendus plus rapides
    Par le débordement de tant de parricides
    Cet horrible débris d'aigles, d'armes, de chars,
    Sur ces champs empestés confusément épars
    Ces montagnes de morts, privés d'honneurs suprêmes,
    Que la nature force à se venger eux-mêmes,
    Et dont les troncs pourris exhalent dans les vents
    De quoi faire la guerre au reste des vivants, etc.
¬†¬†¬†¬†Ces vers boursoufl√©s sont sonores: ils surprirent longtemps la multitude qui, sortant √† peine de la grossi√®ret√©, et qui plus est de l'insipidit√© o√Ļ elle avait √©t√© plong√©e tant de si√®cles, √©tait √©tonn√©e et ravie d'entendre des vers harmonieux orn√©s de grandes images. On n'en savait pas assez pour sentir l'extr√™me ridicule d'un roi d'√Čgypte qui parle comme un √©colier de rh√©torique, d'une bataille livr√©e au-del√† de la mer M√©diterran√©e, dans une province qu'il ne conna√ģt pas, entre des √©trangers qu'il doit √©galement ha√Įr. Que veulent dire des dieux qui n'ont os√© juger entre le gendre et le beau-p√®re, et qui cependant ont jug√© par l'√©v√©nement, seule mani√®re dont ils √©taient cens√©s juger ? Ptol√©m√©e parle de fleuves pr√®s d'un champ de bataille o√Ļ il n'y avait point de fleuves. Il peint ces pr√©tendus fleuves rendus rapides par des d√©bordements de parricides, un horrible d√©bris de perches qui portaient des figures d'aigles, des charrettes cass√©es (car on ne connaissait point alors les chars de guerre), enfin des troncs pourris qui se vengent et qui font la guerre aux vivants. Voil√† le galimatias le plus complet qu'on p√Ľt jamais √©taler sur un th√©√Ętre. Il fallait cependant plusieurs ann√©es pour dessiller les yeux du public, et pour lui faire sentir qu'il n'y a qu'√† retrancher ces vers pour faire une ouverture de sc√®ne parfaite.
    L'amplification, la déclamation, l'exagération, furent de tout temps les défauts des Grecs, excepté de Démosthène et d'Aristote.
¬†¬†¬†¬†Le temps m√™me a mis le sceau de l'approbation presque universelle √† des morceaux de po√©sie absurdes, parce qu'ils √©taient m√™l√©s √† des traits √©blouissants qui r√©pandaient leur √©clat sur eux; parce que les po√®tes qui vinrent apr√®s ne firent pas mieux; parce que les commencements informes de tout art ont toujours plus de r√©putation que l'art perfectionn√©; parce que celui qui joua le premier du violon fut regard√© comme un demi-dieu, et que Rameau n'a eu que des ennemis; parce qu'en g√©n√©ral les hommes jugent rarement par eux-m√™mes, qu'ils suivent le torrent, et que le go√Ľt √©pur√© est presque aussi rare que les talents.
    Parmi nous aujourd'hui la plupart des sermons, des oraisons funèbres, des discours d'appareil, des harangues dans de certaines cérémonies, sont des amplifications ennuyeuses, des lieux communs cent et cent fois répétés. Il faudrait que tous ces discours fussent très rares pour être un peu supportables. Pourquoi parler quand on n'a rien à dire de nouveau ? Il est temps de mettre un frein à cette extrême intempérance, et par conséquent de finir cet article.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

Regardez d'autres dictionnaires:

  • amplification ‚ÄĒ [ …ĎŐÉplifikasj…ĒŐÉ ] n. f. ‚ÄĘ XIVe; lat. amplificatio 1 ‚ô¶ Vx Agrandissement, accroissement. ‚ôĘ (1801) Opt. Grossissement. Techn. Op√©ration consistant √† accro√ģtre une amplitude ou une puissance √† l aide d un amplificateur; valeur de cet accroissement… ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • Amplification ‚ÄĒ may refer to:* The operation of an amplifier, a natural or artificial device intended to make a signal stronger. * Amplification (rhetoric), a figure of speech that adds importance to increase its rhetorical effect. * Amplification (psychology)… ‚Ķ   Wikipedia

  • amplification ‚ÄĒ Amplification. s. f. v. Figure de Rhetorique par laquelle l orateur amplifie. Il y a trop d amplification dans ce discours. On appelle aussi Amplification, Le discours entier qui est amplifi√© sur un sujet qu on a entrepris de traiter. Faire une… ‚Ķ   Dictionnaire de l'Acad√©mie fran√ßaise

  • Amplification ‚ÄĒ Am pli*fi*ca tion, n. [L. amplificatio.] 1. The act of amplifying or enlarging in dimensions; enlargement; extension. [1913 Webster] 2. (Rhet.) The enlarging of a simple statement by particularity of description, the use of epithets, etc., for… ‚Ķ   The Collaborative International Dictionary of English

  • amplification ‚ÄĒ AMPLIFICATION. s. f. Terme de Rh√©torique. Discours par lequel on √©tend le sujet qu on traite. Il y a trop d amplification dans ce discours. [b]f‚ôõ/b] On appelle dans les Coll√©ges, Amplification, Le discours que les √©coliers font sur un sujet qu on ‚Ķ   Dictionnaire de l'Acad√©mie Fran√ßaise 1798

  • amplification ‚ÄĒ amplification. –°–ľ. –į–ľ–Ņ–Ľ–ł—Ą–ł–ļ–į—Ü–ł—Ź. (–ė—Ā—ā–ĺ—á–Ĺ–ł–ļ: ¬ę–ź–Ĺ–≥–Ľ–ĺ —Ä—É—Ā—Ā–ļ–ł–Ļ —ā–ĺ–Ľ–ļ–ĺ–≤—č–Ļ —Ā–Ľ–ĺ–≤–į—Ä—Ć –≥–Ķ–Ĺ–Ķ—ā–ł—á–Ķ—Ā–ļ–ł—Ö —ā–Ķ—Ä–ľ–ł–Ĺ–ĺ–≤¬Ľ. –ź—Ä–Ķ—Ą—Ć–Ķ–≤ –í.–ź., –õ–ł—Ā–ĺ–≤–Ķ–Ĺ–ļ–ĺ –õ.–ź., –ú–ĺ—Ā–ļ–≤–į: –ė–∑–ī –≤–ĺ –í–Ě–ė–†–ě, 1995 –≥.) ‚Ķ   –ú–ĺ–Ľ–Ķ–ļ—É–Ľ—Ź—Ä–Ĺ–į—Ź –Ī–ł–ĺ–Ľ–ĺ–≥–ł—Ź –ł –≥–Ķ–Ĺ–Ķ—ā–ł–ļ–į. –Ę–ĺ–Ľ–ļ–ĺ–≤—č–Ļ —Ā–Ľ–ĺ–≤–į—Ä—Ć.

  • Amplification ‚ÄĒ ist die rhetorische Erweiterung eines Gedankens, in dem die Bestandtheile desselben entwickelt werden, entweder in der beschreibenden Manier durch die ins Einzelne gehende Auff√ľhrung der Merkmale, oder der Gedanke wird durch Gleichnisse,… ‚Ķ   Herders Conversations-Lexikon

  • amplification ‚ÄĒ I noun accession, accretion, accrual, accumulation, advance, advancement, aggrandizement, aggravation, augmentation, broadening, clarification, deepening, development, dilation, elaboration, enhancement, enlargement, expansion, explanation,… ‚Ķ   Law dictionary

  • amplification ‚ÄĒ (n.) 1540s, enlargement, from L. amplificationem (nom. amplificatio) a widening, extending, noun of action from pp. stem of amplificare (see AMPLIFY (Cf. amplify)). Electronics sense is from 1915 ‚Ķ   Etymology dictionary

  • amplification ‚ÄĒ [n] increase in size or effect addition, augmentation, boost, boosting, buildup, deepening, development, elaboration, enlargement, exaggeration, expansion, expatiation, extension, fleshing out, heightening, intensification, lengthening,… ‚Ķ   New thesaurus

  • amplification ‚ÄĒ [amőĄpl…ô fi kńĀ‚Ä≤sh…ôn] n. 1. an amplifying or being amplified 2. matter, details, etc. added to amplify a statement, report, etc. 3. a statement, etc. with something added ‚Ķ   English World dictionary


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