GOUT

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GOUT
SECTION PREMI√ąRE.
¬†¬†¬†¬†Le go√Ľt, ce sens, ce don de discerner nos aliments, a produit dans toutes les langues connues la m√©taphore qui exprime, par le mot go√Ľt, le sentiment des beaut√©s et des d√©fauts dans tous les arts: c'est un discernement prompt, comme celui de la langue et du palais, et qui pr√©vient comme lui la r√©flexion; il est, comme lui, sensible et voluptueux √† l'√©gard du bon; il rejette, comme lui, le mauvais avec soul√®vement; il est souvent, comme lui, incertain et √©gar√©, ignorant m√™me si ce qu'on lui pr√©sente doit lui plaire, et ayant quelquefois besoin, comme lui, d'habitude pour se former.
¬†¬†¬†¬†Il ne suffit pas, pour le go√Ľt, de voir, de conna√ģtre la beaut√© d'un ouvrage; il faut la sentir, en √™tre touch√©. Il ne suffit pas de sentir, d'√™tre touch√© d'une mani√®re confuse; il faut d√©m√™ler les diff√©rentes nuances. Rien ne doit √©chapper √† la promptitude du discernement; et c'est encore une ressemblance de ce go√Ľt intellectuel, de ce go√Ľt des arts, avec le go√Ľt sensuel: car le gourmet sent et reconna√ģt promptement le m√©lange de deux liqueurs; l'homme de go√Ľt, le connaisseur, verra d'un coup d'oeil prompt le m√©lange de deux styles; il verra un d√©faut √† c√īt√© d'un agr√©ment; il sera saisi d'enthousiasme √† ce vers des Horaces:
¬†¬†¬†¬†Que vouliez-vous qu'il f√ģt contre trois ? - Qu'il mour√Ľt !
¬†¬†¬†¬†il sentira un d√©go√Ľt involontaire au vers suivant:
¬†¬†¬†¬†Ou qu'un beau d√©sespoir alors le secour√Ľt.
    Acte III, scène VI.
¬†¬†¬†¬†Comme le mauvais go√Ľt, au physique, consiste √† n'√™tre flatt√© que par des assaisonnements trop piquants et trop recherch√©s, ainsi le mauvais go√Ľt dans les arts est de ne se plaire qu'aux ornements √©tudi√©s, et de ne pas sentir la belle nature.
¬†¬†¬†¬†Le go√Ľt d√©prav√© dans les aliments est de choisir ceux qui d√©go√Ľtent les autres hommes; c'est une esp√®ce de maladie. Le go√Ľt d√©prav√© dans les arts est de se plaire √† des sujets qui r√©voltent les esprits bien faits, de pr√©f√©rer le burlesque au noble, le pr√©cieux et l'affect√© au beau simple et naturel: c'est une maladie de l'esprit. On se forme le go√Ľt des arts beaucoup plus que le go√Ľt sensuel; car dans le go√Ľt physique, quoiqu'on finisse quelquefois par aimer les choses pour lesquelles on avait d'abord de la r√©pugnance, cependant la nature n'a pas voulu que les hommes, en g√©n√©ral, apprissent √† sentir ce qui leur est n√©cessaire. Mais le go√Ľt intellectuel demande plus de temps pour se former. Un jeune homme sensible, mais sans aucune connaissance, ne distingue point d'abord les parties d'un grand choeur de musique; ses yeux ne distinguent point d'abord dans un tableau les gradations, le clair-obscur, la perspective, l'accord des couleurs, la correction du dessin; mais peu √† peu ses oreilles apprennent √† entendre, et ses yeux √† voir: il sera √©mu √† la premi√®re repr√©sentation qu'il verra d'une belle trag√©die; mais il n'y d√©m√™lera ni le m√©rite des unit√©s, ni cet art d√©licat par lequel aucun personnage n'entre ni ne sort sans raison, ni cet art encore plus grand qui concentre des int√©r√™ts divers dans un seul, ni enfin les autres difficult√©s surmont√©es. Ce n'est qu'avec de l'habitude et des r√©flexions qu'il parvient √† sentir tout d'un coup avec plaisir ce qu'il ne d√©m√™lait pas auparavant. Le go√Ľt se forme insensiblement dans une nation qui n'en avait pas, parce qu'on y prend peu √† peu l'esprit des bons artistes. On s'accoutume √† voir des tableaux avec les yeux de Le Brun, du Poussin, de Le Sueur. On entend la d√©clamation not√©e des sc√®nes de Quinault, avec l'oreille de Lulli; et les airs et les symphonies, avec celle de Rameau. On lit les livres avec l'esprit des bons auteurs.
¬†¬†¬†¬†Si toute une nation s'est r√©unie, dans les premiers temps de la culture des beaux-arts, √† aimer des auteurs pleins de d√©fauts, et m√©pris√©s avec le temps, c'est que ces auteurs avaient des beaut√©s naturelles que tout le monde sentait, et qu'on n'√©tait pas encore √† port√©e de d√©m√™ler leurs imperfections. Ainsi Lucilius fut ch√©ri des Romains avant qu'Horace l'e√Ľt fait oublier; Regnier fut go√Ľt√© des Fran√ßais avant que Boileau par√Ľt: et si des auteurs anciens, qui bronchent √† chaque pas, ont pourtant conserv√© leur grande r√©putation, c'est qu'il ne s'est point trouv√© d'√©crivain pur et ch√Ęti√© chez ces nations, qui leur ait dessill√© les yeux, comme il s'est trouv√© un Horace chez les Romains, un Boileau chez les Fran√ßais.
¬†¬†¬†¬†On dit qu'il ne faut point disputer des go√Ľts; et on a raison, quand il n'est question que du go√Ľt sensuel, de la r√©pugnance qu'on a pour une certaine nourriture, de la pr√©f√©rence qu'on donne √† une autre: on n'en dispute point, parce qu'on ne peut corriger un d√©faut d'organes. Il n'en est pas de m√™me dans les arts: comme ils ont des beaut√©s r√©elles, il y a un bon go√Ľt qui les discerne, et un mauvais go√Ľt qui les ignore; et on corrige souvent le d√©faut d'esprit qui donne un go√Ľt de travers. Il y a aussi des √Ęmes froides, des esprits faux, qu'on ne peut ni √©chauffer ni redresser; c'est avec eux qu'il ne faut point disputer des go√Ľts, parce qu'ils n'en ont point.
¬†¬†¬†¬†Le go√Ľt est arbitraire dans plusieurs choses, comme dans les √©toffes, dans les parures, dans les √©quipages, dans ce qui n'est pas au rang des beaux-arts; alors il m√©rite plut√īt le nom de fantaisie: c'est la fantaisie plut√īt que le go√Ľt qui produit tant de modes nouvelles.
¬†¬†¬†¬†Le go√Ľt peut se g√Ęter chez une nation; ce malheur arrive d'ordinaire apr√®s les si√®cles de perfection. Les artistes, craignant d'√™tre imitateurs, cherchent des routes √©cart√©es; ils s'√©loignent de la belle nature, que leurs pr√©d√©cesseurs ont saisie: il y a du m√©rite dans leurs efforts; ce m√©rite couvre leurs d√©fauts. Le public, amoureux des nouveaut√©s, court apr√®s eux; il s'en d√©go√Ľte, et il en para√ģt d'autres qui font de nouveaux efforts pour plaire; ils s'√©loignent de la nature encore plus que les premiers: le go√Ľt se perd; on est entour√© de nouveaut√©s qui sont rapidement effac√©es les unes par les autres; le public ne sait plus o√Ļ il en est, et il regrette en vain le si√®cle du bon go√Ľt, qui ne peut plus revenir: c'est un d√©p√īt que quelques bons esprits conservent encore loin de la foule.
¬†¬†¬†¬†Il est de vastes pays o√Ļ le go√Ľt n'est jamais parvenu: ce sont ceux o√Ļ la soci√©t√© ne s'est point perfectionn√©e; o√Ļ les hommes et les femmes ne se rassemblent point; o√Ļ certains arts, comme la sculpture, la peinture des √™tres anim√©s, sont d√©fendus par la religion. Quand il y a peu de soci√©t√©, l'esprit est r√©tr√©ci, sa pointe s'√©mousse, il n'a pas de quoi se former le go√Ľt. Quand plusieurs beaux-arts manquent les autres ont rarement de quoi se soutenir, parce que tous se tiennent par la main et d√©pendent les uns des autres. C'est une des raisons pourquoi les Asiatiques n'ont jamais eu d'ouvrages bien faits presque en aucun genre, et que le go√Ľt n'a √©t√© le partage que de quelques peuples de l'Europe.
SECTION II.
¬†¬†¬†¬†Y a-t-il un bon et un mauvais go√Ľt ? oui, sans doute, quoique les hommes diff√®rent d'opinions, de moeurs, d'usages.
¬†¬†¬†¬†Le meilleur go√Ľt en tout genre est d'imiter la nature avec le plus de fid√©lit√©, de force, et de gr√Ęce.
¬†¬†¬†¬†Mais la gr√Ęce n'est-elle pas arbitraire ? non, puisqu'elle consiste √† donner aux objets qu'on repr√©sente de la vie et de la douceur.
¬†¬†¬†¬†Entre deux hommes dont l'un sera grossier, l'autre d√©licat, on convient assez que l'un a plus de go√Ľt que l'autre.
¬†¬†¬†¬†Avant que le bon temps f√Ľt venu, Voiture, qui, dans sa manie de broder des riens, avait quelquefois beaucoup de d√©licatesse et d'agr√©ment, √©crit au grand Cond√© sur sa maladie:
    Commencez doncques à songer
    Qu'il importe d'être et de vivre
    Pensez mieux à vous ménager.
    Quel charme a pour vous le danger,
    Que vous aimiez tant à le suivre ?
    Si vous aviez, dans les combats,
    D'Amadis l'armure enchantée,
    Comme vous en avez le bras
    Et la vaillance tant vantée,
    De votre ardeur précipitée,
    Seigneur, je ne me plaindrais pas.
¬†¬†¬†¬†Mais en nos si√®cles o√Ļ les charmes
    Ne font pas de pareilles armes
    Qu'on voit que le plus noble sang,
¬†¬†¬†¬†F√Ľt-il d'Hector ou d'Alexandre,
    Est aussi facile à répandre
    Que l'est celui du plus bas rang
    Que d'une force sans seconde
    La Mort sait ses traits élancer
    Et qu'un peu de plomb peut casser
    La plus belle tête du monde
    Qui l'a bonne y doit regarder.
¬†¬†¬†¬†Mais une telle que la v√ītre
    Ne se doit jamais hasarder.
¬†¬†¬†¬†Pour votre bien et pour le n√ītre,
    Seigneur, il vous la faut garder...
    Quoi que votre esprit se propose,
    Quand votre course sera close,
    On vous abandonnera fort.
    Et, seigneur, c'est fort peu de chose
    Qu'un demi-dieu quand il est mort.
¬†¬†¬†¬†√Čp√ģtre √† monseigneur le prince, sur son retour d'Allemagne, en 1645.
¬†¬†¬†¬†Ces vers passent encore aujourd'hui pour √™tre pleins de go√Ľt, et pour √™tre les meilleurs de Voiture.
    Dans le même temps, L'Estoile, qui passait pour un génie; L'Estoile, l'un des cinq auteurs qui travaillaient aux tragédies du cardinal de Richelieu; L'Estoile, l'un des juges de Corneille, faisait ces vers qui sont imprimés à la suite de Malherbe et de Racan:
    Que j'aime en tout temps la taverne !
    Que librement je m'y gouverne !
    Elle n'a rien d'égal à soi.
    J'y vois tout ce que j'y demande
    Et les torchons y sont pour moi
    De fine toile de Hollande.
¬†¬†¬†¬†Il n'est point de lecteur qui ne convienne que les vers de Voiture sont d'un courtisan qui a le bon go√Ľt en partage, et ceux de L'Estoile d'un homme grossier sans esprit.
¬†¬†¬†¬†C'est dommage qu'on puisse dire de Voiture: Il eut du go√Ľt cette fois-l√†. Il n'y a certainement qu'un go√Ľt d√©testable dans plus de mille vers pareils √† ceux-ci:
¬†¬†¬†¬†Quand nous f√Ľmes dans √Čtampe,
¬†¬†¬†¬†Nous parl√Ęmes fort de vous
    J'en soupirai quatre coups,
    Et j'en eus la goutte crampe.
¬†¬†¬†¬†√Čtampe et crampe vraiment
    Riment admirablement.
    ....
¬†¬†¬†¬†Nous trouv√Ęmes pr√®s Sercote
    (Cas étrange et vrai pourtant)
    Des boeufs qu'on voyait broutant
    Dessus le haut d'une motte,
    Et plus bas quelques cochons
    Et bon nombre de moutons, etc.
    VOITURE, chanson sur l'air du branle de Metz.
    La fameuse Lettre de la carpe au brochet, et qui lui fit tant de réputation, n'est-elle pas une plaisanterie trop poussée, trop longue, et en quelques endroits trop peu naturelle ? n'est-ce pas un mélange de finesse et de grossièreté, de vrai et de faux ? Fallait-il dire au grand Condé, nommé le brochet dans une société de la cour, qu'à son nom " les baleines du Nord suaient à grosses gouttes, " et que les gens de l'empereur pensaient le frire et le manger avec un grain de sel ?
¬†¬†¬†¬†Est-ce un bon go√Ľt d'√©crire tant de lettres, seulement pour montrer un peu de cet esprit qui consiste en jeux de mots et en pointes ?
    N'est-on pas révolté quand Voiture dit au grand Condé, sur la prise de Dunkerque: " Je crois que vous prendriez la lune avec les dents ! "
¬†¬†¬†¬†Il semble que ce faux go√Ľt fut inspir√© √† Voiture par le Marini, qui √©tait venu en France avec la reine Marie de M√©dicis. Voiture et Costar le citent tr√®s souvent dans leurs lettres comme un mod√®le. Ils admirent sa description de la rose, fille d'avril, vierge et reine, assise sur un tr√īne √©pineux, tenant majestueusement le sceptre des fleurs, ayant pour courtisans et pour ministres la famille lascive des z√©phyrs, et portant la couronne d'or et le manteau d'√©carlate.
    " Bella figlia d'aprile,
    Verginella e reina,
    Su lo spinoso trono
    Del verde cespo assisa,
    De' fior lo scettro in maestà sostiene
    E corteggiata intorno
    Da lasciva famiglia
    Di Zefiri ministri,
    Porta d'or' la corona e d'ostro il manto. "
    Voiture cite avec complaisance, dans sa trente-cinquième lettre à Costar, l'atome sonnant du Marini, la voix emplumée, le souffle vivant vêtu de plumes, la plume sonore, le chant ailé, le petit esprit d'harmonie caché dans de petites entrailles, et tout cela pour dire un rossignol.
    " Una voce pennuta, un suon volante,
    E vestito di penne, un vivo fiato,
    Una piuma canora, un canto alato,
    Un spiritel' che d'armonia composto
    Vive in si anguste viscere nascosto. "
¬†¬†¬†¬†Balzac avait un mauvais go√Ľt tout contraire; il √©crivait des lettres famili√®res avec une √©trange emphase. Il √©crit au cardinal de La Valette que, ni dans les d√©serts de la Libye ni dans les ab√ģmes de la mer, il n'y eut jamais un si furieux monstre que la sciatique; et que si les tyrans dont la m√©moire nous est odieuse eussent eu tels instruments de leur cruaut√©, c'e√Ľt √©t√© la sciatique que les martyrs eussent endur√©e pour la religion.
¬†¬†¬†¬†Ces exag√©rations emphatiques, ces longues p√©riodes mesur√©es, si contraires au style √©pistolaire, ces d√©clamations fastidieuses, h√©riss√©es de grec et de latin, au sujet de deux sonnets assez m√©diocres qui partageaient la cour et la ville, et sur la pitoyable trag√©die d'H√©rode infanticide; tout cela √©tait d'un temps o√Ļ le go√Ľt n'√©tait pas encore form√©. Cinna m√™me et les Lettres provinciales, qui √©tonn√®rent la nation, ne la d√©rouill√®rent pas encore.
¬†¬†¬†¬†Les connaisseurs distinguent surtout dans le m√™me homme le temps o√Ļ son go√Ľt √©tait form√©, celui o√Ļ il acquit sa perfection, celui o√Ļ il tomba en d√©cadence. Quel homme d'un esprit un peu cultiv√© ne sentira pas l'extr√™me diff√©rence des beaux morceaux de Cinna, et de ceux du m√™me auteur dans ses vingt derni√®res trag√©dies ?
    Dis-moi donc, lorsque Othon s'est offert à Camille,
    A-t-il été contraint ? a-t-elle été facile ?
    Son hommage auprès d'elle a-t-il eu plein effet ?
    Comment l'a-t-elle pris, et comment l'a-t-il fait ?
¬†¬†¬†¬†Est-il parmi les gens de lettres quelqu'un qui ne reconnaisse le go√Ľt perfectionn√© de Boileau dans son Art po√©tique, et son go√Ľt non encore √©pur√© dans sa Satire sur les embarras de Paris, o√Ļ il peint des chats dans les goutti√®res ?
    L'un miaule en grondant comme un tigre en furie,
    L'autre roule sa voix comme un enfant qui crie
    Ce n'est pas tout encor, les souris et les rats
    Semblent pour m'éveiller s'entendre avec les chats.
    Satire VI, 7.
    S'il avait vécu alors dans la bonne compagnie, elle lui aurait conseillé d'exercer son talent sur des objets plus dignes d'elle que des chats, des rats, et des souris.
¬†¬†¬†¬†Comme un artiste forme peu √† peu son go√Ľt, une nation forme aussi le sien. Elle croupit des si√®cles entiers dans la barbarie; ensuite il s'√©l√®ve une faible aurore; enfin le grand jour para√ģt, apr√®s lequel on ne voit plus qu'un long et triste cr√©puscule.
¬†¬†¬†¬†Nous convenons tous depuis longtemps que, malgr√© les soins de Fran√ßois 1er pour faire na√ģtre le go√Ľt des beaux-arts en France, ce bon go√Ľt ne put jamais s'√©tablir que vers le si√®cle de Louis XIV; et nous commen√ßons √† nous plaindre que le si√®cle pr√©sent d√©g√©n√®re.
¬†¬†¬†¬†Les Grecs du Bas-Empire avouaient que le go√Ľt qui r√©gnait du temps de P√©ricl√®s √©tait perdu chez eux. Le Grecs modernes conviennent qu'ils n'en ont aucun.
¬†¬†¬†¬†Quintilien reconna√ģt que le go√Ľt des Romains commen√ßait √† se corrompre de son temps.
¬†¬†¬†¬†Nous avons vu √† l'article ART DRAMATIQUE combien Lope de V√©ga se plaignait du mauvais go√Ľt des Espagnols.
¬†¬†¬†¬†Les Italiens s'aper√ßurent les premiers que tout d√©g√©n√©rait chez eux, quelque temps apr√®s leur immortel Seicento, et qu'ils voyaient p√©rir la plupart des arts qu'ils avaient fait na√ģtre.
¬†¬†¬†¬†Addison attaque souvent le mauvais go√Ľt de ses compatriotes dans plus d'un genre, soit quand il se moque de la statue d'un amiral en perruque carr√©e, soit quand il t√©moigne son m√©pris pour les jeux de mots employ√©s s√©rieusement, ou quand il condamne des jongleurs introduits dans les trag√©dies.
¬†¬†¬†¬†Si donc les meilleurs esprits d'un pays conviennent que le go√Ľt a manqu√© en certains temps √† leur patrie, les voisins peuvent le sentir comme les compatriotes; et de m√™me qu'il est √©vident que parmi nous tel homme a le go√Ľt bon et tel autre mauvais, il peut √™tre √©vident aussi que de deux nations contemporaines, l'une a un go√Ľt rude et grossier, l'autre fin et naturel.
¬†¬†¬†¬†Le malheur est que quand on prononce cette v√©rit√©, on r√©volte la nation enti√®re dont on parle, comme on cabre un homme de mauvais go√Ľt lorsqu'on veut le ramener.
¬†¬†¬†¬†Le mieux est donc d'attendre que le temps et l'exemple instruisent une nation qui p√®che par le go√Ľt. C'est ainsi que les Espagnols commencent √† r√©former leur th√©√Ętre, et que les Allemands essaient d'en former un.
DU GOUT PARTICULIER D'UNE NATION.
    Il est des beautés de tous les temps et de tous les pays, mais il est aussi des beautés locales. L'éloquence doit être partout persuasive; la douleur, touchante; la colère, impétueuse; la sagesse, tranquille; mais les détails qui pourront plaire à un citoyen de Londres pourront ne faire aucun effet sur un habitant de Paris; les Anglais tireront plus heureusement leurs comparaisons, leurs métaphores de la marine, que ne feront des Parisiens qui voient rarement des vaisseaux. Tout ce qui tiendra de près à la liberté d'un Anglais, à ses droits, à ses usages, fera plus d'impression sur lui que sur un Français.
¬†¬†¬†¬†La temp√©rature du climat introduira dans un pays froid et humide un go√Ľt d'architecture, d'ameublements, de v√™tements, qui sera fort bon, et qui ne pourra √™tre re√ßu √† Rome, en Sicile.
¬†¬†¬†¬†Th√©ocrite et Virgile ont d√Ľ vanter l'ombrage et la fra√ģcheur des eaux dans leurs √©glogues: Thomson, dans sa description des saisons, aura d√Ľ faire des descriptions toutes contraires.
    Une nation éclairée, mais peu sociable, n'aura point les mêmes ridicules qu'une nation aussi spirituelle, mais livrée à la société jusqu'à l'indiscrétion; et ces deux peuples conséquemment n'auront pas la même espèce de comédie.
    La poésie sera différente chez le peuple qui renferme les femmes, et chez celui qui leur accorde une liberté sans bornes.
¬†¬†¬†¬†Mais il sera toujours vrai de dire que Virgile a mieux peint ses tableaux que Thomson n'a peint les siens, et qu'il y a eu plus de go√Ľt sur les bords du Tibre que sur ceux de la Tamise; que les sc√®nes naturelles du Pastor fido sont incomparablement sup√©rieures aux bergeries de Racan; que Racine et Moli√®re sont des hommes divins √† l'√©gard des auteurs des autres th√©√Ętres.
DU GOUT DES CONNAISSEURS.
¬†¬†¬†¬†En g√©n√©ral le go√Ľt fin et s√Ľr consiste dans le sentiment prompt d'une beaut√© parmi des d√©fauts, et d'un d√©faut parmi des beaut√©s.
    Le gourmet est celui qui discernera le mélange de deux vins, qui sentira ce qui domine dans un mets, tandis que les autres convives n'auront qu'un sentiment confus et égaré.
¬†¬†¬†¬†Ne se trompe-t-on pas quand on dit que c'est un malheur d'avoir le go√Ľt trop d√©licat, d'√™tre trop connaisseur; qu'alors on est trop choqu√© des d√©fauts, et trop insensible aux beaut√©s; qu'enfin on perd √† √™tre trop difficile ? N'est-il pas vrai au contraire qu'il n'y a v√©ritablement de plaisir que pour les gens de go√Ľt ? ils voient, ils entendent, ils sentent ce qui √©chappe aux hommes moins sensiblement organis√©s, et moins exerc√©s.
¬†¬†¬†¬†Le connaisseur en musique, en peinture, en architecture, en po√©sie, en m√©dailles, etc., √©prouve des sensations que le vulgaire ne soup√ßonne pas; le plaisir m√™me de d√©couvrir une faute le flatte, et lui fait sentir les beaut√©s plus vivement. C'est l'avantage des bonnes vues sur les mauvaises. L'homme de go√Ľt a d'autres yeux, d'autres oreilles, un autre tact que l'homme grossier. Il est choqu√© des draperies mesquines de Rapha√ęl, mais il admire la noble correction de son dessin. Il a le plaisir d'apercevoir que les enfants de Laocoon n'ont nulle proportion avec la taille de leur p√®re; mais tout le groupe le fait frissonner, tandis que d'autres spectateurs sont tranquilles.
¬†¬†¬†¬†Le c√©l√®bre sculpteur , homme de lettres et de g√©nie, qui a fait la statue colossale de Pierre 1er √† P√©tersbourg, critique avec raison l'attitude du Mo√Įse de Michel-Ange, et sa petite veste serr√©e qui n'est pas m√™me le costume oriental; en m√™me temps il s'extasie en contemplant l'air de t√™te.
EXEMPLES DU BON ET DU MAUVAIS GOUT, TIR√ČS DES TRAG√ČDIES FRAN√áAISES ET ANGLAISES.
    Je ne parlerai point ici de quelques auteurs anglais, qui, ayant traduit des pièces de Molière, l'ont insulté dans leurs préfaces, ni de ceux qui de deux tragédies de Racine en ont fait une, et qui l'ont encore chargée de nouveaux incidents, pour se donner le droit de censurer la noble et féconde simplicité de ce grand homme.
¬†¬†¬†¬†De tous les auteurs qui ont √©crit en Angleterre sur le go√Ľt, sur l'esprit et l'imagination, et qui ont pr√©tendu √† une critique judicieuse, Addison est celui qui a le plus d'autorit√©: ses ouvrages sont tr√®s utiles. On a d√©sir√© seulement qu'il n'e√Ľt pas trop souvent sacrifi√© son propre go√Ľt au d√©sir de plaire √† son parti, et de procurer un prompt d√©bit aux feuilles du Spectateur qu'il composait avec Steele.
¬†¬†¬†¬†Cependant il a souvent le courage de donner la pr√©f√©rence au th√©√Ętre de Paris sur celui de Londres; il fait sentir les d√©fauts de la sc√®ne anglaise; et quand il √©crivit son Caton, il se donna bien de garde d'imiter le style de Shakespeare. S'il avait su traiter les passions, si la chaleur de son √Ęme e√Ľt r√©pondu √† la dignit√© de son style, il aurait r√©form√© sa nation. Sa pi√®ce, √©tant une affaire de parti, eut un succ√®s prodigieux. Mais quand les factions furent √©teintes, il ne resta √† la trag√©die de Caton que de tr√®s beaux vers et de la froideur. Rien n'a plus contribu√© √† l'affermissement de l'empire de Shakespeare. Le vulgaire en aucun pays ne se conna√ģt en beaux vers; et le vulgaire anglais aime mieux des princes qui se disent des injures, des femmes qui se roulent sur la sc√®ne, des assassinats, des ex√©cutions criminelles, des revenants qui remplissent le th√©√Ętre en foule, des sorciers, que l'√©loquence la plus noble et la plus sage.
¬†¬†¬†¬†Collier a tr√®s bien senti les d√©fauts du th√©√Ętre anglais; mais √©tant ennemi de cet art, par une superstition barbare dont il √©tait poss√©d√©, il d√©plut trop √† la nation pour qu'elle daign√Ęt s'√©clairer par lui: il fut ha√Į et m√©pris√©.
¬†¬†¬†¬†Warburton, √©v√™que de Glocester, a comment√© Shakespeare de concert avec Pope; mais son commentaire ne roule que sur les mots. L'auteur des trois volumes des √Čl√©ments de critique censure Shakespeare quelquefois; mais il censure beaucoup plus Racine et nos auteurs tragiques.
¬†¬†¬†¬†Le grand reproche que tous les critiques anglais nous font, c'est que tous nos h√©ros sont des Fran√ßais, des personnages de roman, des amants tels qu'on en trouve dans Cl√©lie, dans Astr√©e, et dans Za√Įde. L'auteur des √Čl√©ments de critique reprend surtout tr√®s s√©v√®rement Corneille d'avoir fait parler ainsi C√©sar √† Cl√©op√Ętre:
    C'était pour acquérir un droit si précieux
    Que combattait partout mon bras ambitieux
    Et dans Pharsale même il a tiré l'épée,
    Plus pour le conserver que pour vaincre Pompée.
    Je l'ai vaincu, princesse; et le dieu des combats
    M'y favorisait moins que vos divins appas:
    Ils conduisaient ma main, ils enflaient mon courage
    Cette pleine victoire est leur dernier ouvrage.
    La Mort de Pompée, acte IV, scène III.
    Le critique anglais trouve ces fadeurs ridicules et extravagantes; il a sans doute raison: les Français sensés l'avaient dit avant lui. Nous regardons comme une règle inviolable ces préceptes de Boileau:
    Qu'Achille aime autrement que Tyrcis et Philène
    N'allez pas d'un Cyrus nous faire un Artamène.
    Art poétique, chant III, 99.
¬†¬†¬†¬†Nous savons bien que C√©sar ayant en effet aim√© Cl√©op√Ętre, Corneille le devait faire parler autrement, et que surtout cet amour est tr√®s insipide dans la trag√©die de la Mort de Pomp√©e. Nous savons que Corneille, qui a mis de l'amour dans toutes ses pi√®ces, n'a jamais trait√© convenablement cette passion, except√© dans quelques sc√®nes du Cid imit√©es de l'espagnol. Mais aussi toutes les nations conviennent avec nous qu'il a d√©ploy√© un tr√®s grand g√©nie, un sens profond, une force d'esprit sup√©rieure dans Cinna, dans plusieurs sc√®nes des Horaces, de Pomp√©e, de Polyeucte, dans la derni√®re sc√®ne de Rodogune.
¬†¬†¬†¬†Si l'amour est insipide dans presque toutes ses pi√®ces, nous sommes les premiers √† le dire; nous convenons tous que ses h√©ros ne sont que des raisonneurs dans ses quinze ou seize derniers ouvrages. Les vers de ces pi√®ces sont durs, obscurs, sans harmonie, sans gr√Ęce. Mais s'il s'est √©lev√© infiniment au-dessus de Shakespeare dans les trag√©dies de son bon temps, il n'est jamais tomb√© si bas dans les autres; et s'il fait dire malheureusement √† C√©sar qu'il vient ennoblir, par le titre de captif, le titre de vainqueur √† pr√©sent effectif, C√©sar ne dit point chez lui les extravagances qu'il d√©bite dans Shakespeare. Ses h√©ros ne font point l'amour √† Catau comme le roi Henri V; on ne voit point chez lui de prince s'√©crier comme Richard II: " O terre de mon royaume ! ne nourris pas mon ennemi; mais que les araign√©es qui sucent ton venin, et que les lourds crapauds soient sur sa route; qu'ils attaquent ses pieds perfides, qui les foulent de ses pas usurpateurs. Ne produis que de puants chardons pour eux; et quand ils voudront cueillir une fleur sur ton sein, ne leur pr√©sente que des serpents en embuscade. "
¬†¬†¬†¬†On ne voit point chez Corneille un h√©ritier du tr√īne s'entretenir avec un g√©n√©ral d'arm√©e, avec ce beau naturel que Shakespeare √©tale dans le prince de Galles, qui fut depuis le roi Henri IV.
¬†¬†¬†¬†Le g√©n√©ral demande au prince quelle heure il est. Le prince lui r√©pond: " Tu as l'esprit si gras pour avoir bu du vin d'Espagne, pour t'√™tre d√©boutonn√© apr√®s souper, pour avoir dormi sur un banc apr√®s d√ģner, que tu as oubli√© ce que tu devrais savoir. Que diable t'importe l'heure qu'il est, √† moins que les heures ne soient des tasses de vin, que les minutes ne soient des hachis de chapons, que les cloches ne soient des langues de maquerelles; les cadrans, des enseignes de mauvais lieux; et le soleil lui-m√™me, une fille de joie en taffetas couleur de feu ? "
¬†¬†¬†¬†Comment Warburton n'a-t-il pas rougi de commenter ces grossi√®ret√©s inf√Ęmes ? travaillait-il pour l'honneur du th√©√Ętre et de l'√©glise anglicane ?
RARET√Č DES GENS DE GOUT.
¬†¬†¬†¬†On est afflig√© quand on consid√®re, surtout dans les climats froids et humides, cette foule prodigieuse d'hommes qui n'ont pas la moindre √©tincelle de go√Ľt, qui n'aiment aucun des beaux-arts, qui ne lisent jamais, et dont quelques uns feuillettent tout au plus un journal une fois par mois pour √™tre au courant, et pour se mettre en √©tat de parler au hasard des choses dont ils ne peuvent avoir que des id√©es confuses.
¬†¬†¬†¬†Entrez dans une petite ville de province, rarement vous y trouverez un ou deux libraires. Il en est qui en sont enti√®rement priv√©es. Les juges, les chanoines, l'√©v√™que, le subd√©l√©gu√©, l'√©lu, le receveur du grenier √† sel, le citoyen ais√©, personne n'a de livres, personne n'a l'esprit cultiv√©; on n'est pas plus avanc√© qu'au douzi√®me si√®cle. Dans les capitales des provinces, dans celles m√™me qui ont des acad√©mies, que le go√Ľt est rare !
¬†¬†¬†¬†Il faut la capitale d'un grand royaume pour y √©tablir la demeure du go√Ľt; encore n'est-il le partage que du tr√®s petit nombre, toute la populace en est exclue. Il est inconnu aux familles bourgeoises, o√Ļ l'on est continuellement occup√© du soin de sa fortune, des d√©tails domestiques, et d'une grossi√®re oisivet√©, amus√©e par une partie de jeu. Toutes les places qui tiennent √† la judicature, √† la finance, au commerce, ferment la porte aux beaux-arts. C'est la honte de l'esprit humain que le go√Ľt, pour l'ordinaire, ne s'introduise que chez l'oisivet√© opulente. J'ai connu un commis des bureaux de Versailles, n√© avec beaucoup d'esprit, qui disait: Je suis bien malheureux, je n'ai pas le temps d'avoir du go√Ľt.
¬†¬†¬†¬†Dans une ville telle que Paris, peupl√©e de plus de six cent mille personnes, je ne crois pas qu'il y en ait trois mille qui aient le go√Ľt des beaux-arts. Qu'on repr√©sente un chef-d'oeuvre dramatique, ce qui est si rare, et qui doit l'√™tre, on dit, Tout Paris est enchant√©; mais on en imprime trois mille exemplaires tout au plus.
¬†¬†¬†¬†Parcourez aujourd'hui l'Asie, l'Afrique, la moiti√© du Nord; o√Ļ verrez-vous le go√Ľt de l'√©loquence, de la po√©sie, de la peinture, de la musique ? Presque tout l'univers est barbare.
¬†¬†¬†¬†Le go√Ľt est donc comme la philosophie; il appartient √† un tr√®s petit nombre d'√Ęmes privil√©gi√©es.
¬†¬†¬†¬†Le grand bonheur de la France fut d'avoir dans Louis XIV un roi qui √©tait n√© avec du go√Ľt.
    ".... Pauci, quos aequus amavit
    Jupiter, aut ardens evexit ad aethera virtus,
    Dis geniti, potuere.... "
    VIRG., Aen., VI, 129-131.
    C'est en vain qu'Ovide (Métam. I, 86) a dit que Dieu nous créa pour regarder le ciel: Erectos ad sidera tollere vultus; les hommes sont presque tous courbés vers la terre.
¬†¬†¬†¬†Pourquoi une statue informe, un mauvais tableau o√Ļ les figures sont estropi√©es, n'ont-ils jamais pass√© pour des chefs-d'oeuvre ? Pourquoi jamais une maison ch√©tive et sans aucune proportion n'a-t-elle √©t√© regard√©e comme un beau monument d'architecture ? D'o√Ļ vient qu'en musique des sons aigres et discordants n'ont flatt√© l'oreille de personne, et que cependant de tr√®s mauvaises trag√©dies barbares, √©crites dans un style d'allobroge, ont r√©ussi, m√™me apr√®s les sc√®nes sublimes qu'on trouve dans Corneille, et les trag√©dies touchantes de Racine, et le peu de pi√®ces bien √©crites qu'on peut avoir eues depuis cet √©l√©gant po√®te ? Ce n'est qu'au th√©√Ętre qu'on voit quelquefois r√©ussir des ouvrages d√©testables, soit tragiques, soit comiques.
¬†¬†¬†¬†Quelle en est la raison ? C'est que l'illusion ne r√®gne qu'au th√©√Ętre; c'est que le succ√®s y d√©pend de deux ou trois acteurs, quelquefois d'un seul, et surtout d'une cabale qui fait tous ses efforts, tandis que les gens de go√Ľt n'en font aucun. Cette cabale subsiste souvent une g√©n√©ration enti√®re. Elle est d'autant plus active, que son but est bien moins d'√©lever un auteur que d'en abaisser un autre. Il faut un si√®cle pour mettre aux choses leur v√©ritable prix dans ce seul genre.
¬†¬†¬†¬†Ce sont les gens de go√Ľt seuls qui gouvernent √† la longue l'empire des arts. Le Poussin fut oblig√© de sortir de France pour laisser la place √† un mauvais peintre. Le Moine se tua de d√©sespoir. Vanloo fut pr√™t d'aller exercer ailleurs ses talents. Les connaisseurs seuls les ont mis tous trois √† leur place. On voit souvent en tout genre les plus mauvais ouvrages avoir un succ√®s prodigieux. Les sol√©cismes, les barbarismes, les sentiments les plus faux, l'ampoul√© le plus ridicule, ne sont pas sentis pendant un temps, parce que la cabale et le sot enthousiasme du vulgaire causent une ivresse qui ne sent rien. Les connaisseurs seuls ram√®nent √† la longue le public, et c'est la seule diff√©rence qui existe entre les nations les plus √©clair√©es et les plus grossi√®res; car le vulgaire de Paris n'a rien au-dessus d'un autre vulgaire; mais il y a dans Paris un nombre assez consid√©rable d'esprits cultiv√©s pour mener la foule. Cette foule se conduit presque en un moment dans les mouvements populaires; mais il faut plusieurs ann√©es pour fixer son go√Ľt dans les arts.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

Regardez d'autres dictionnaires:

  • go√Ľt ‚ÄĒ go√Ľt ‚Ķ   Dictionnaire des rimes

  • go√Ľt ‚ÄĒ [ gu ] n. m. ‚ÄĘ goust XIIIe; lat. gustus I ‚ô¶ 1 ‚ô¶ Sens gr√Ęce auquel l homme et les animaux per√ßoivent les saveurs propres aux aliments. ‚áí 1. go√Ľter; d√©guster, gustatif. La langue et le palais, organes du go√Ľt chez l homme. Aliment agr√©able au go√Ľt ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • gout¬īi|ly ‚ÄĒ gout|y1 ¬ęGOW tee¬Ľ, adjective, gout|i|er, gout|i|est. 1. diseased or swollen with gout. 2. of gout; caused by gout: ¬Ľgouty arthritis ‚Ķ   Useful english dictionary

  • gout|y ‚ÄĒ gout|y1 ¬ęGOW tee¬Ľ, adjective, gout|i|er, gout|i|est. 1. diseased or swollen with gout. 2. of gout; caused by gout: ¬Ľgouty arthritis ‚Ķ   Useful english dictionary

  • Gout ‚ÄĒ (gout), n. [F. goutte a drop, the gout, the disease being considered as a defluxion, fr. L. gutta drop.] [1913 Webster] 1. A drop; a clot or coagulation. [1913 Webster] On thy blade and dudgeon gouts of blood. Shak. [1913 Webster] 2. (Med.) A… ‚Ķ   The Collaborative International Dictionary of English

  • gout ‚ÄĒ gout; gout¬∑i¬∑ly; gout¬∑i¬∑ness; gout¬∑ish; ra¬∑gout; ‚Ķ   English syllables

  • Gout ‚ÄĒ ‚Ć© [gu:] m.; Gen.: s; Pl.: unz.; geh.‚Ć™ Geschmack, Neigung, Wohlgefallen; ¬Ľbon Gout¬ę haben, verraten guten Geschmack; diese Arbeit ist √ľberhaupt nicht nach seinem Gout [Etym.: <frz. go√Ľt ¬ĽGeschmack¬ę] ‚Ķ   Lexikalische Deutsches W√∂rterbuch

  • gout ‚ÄĒ c.1200, from O.Fr. gote (10c., Mod.Fr. goutte) gout; drop, from L. gutta a drop, in M.L. gout, of unknown origin. The disease was thought to be caused by drops of viscous humors seeping from the blood into the joints, which turned out to be close ‚Ķ   Etymology dictionary

  • gout ‚ÄĒ [gout] n. [ME goute < OFr, gout, lit., a drop < L gutta, a drop: orig. attributed to a discharge of drops of humors] 1. a hereditary form of recurrent, acute arthritis with swelling and severe pain, resulting from a disturbance of uric acid ‚Ķ   English World dictionary

  • go√Ľt ‚ÄĒ GO√õT: Ce qui est simple est toujours de bon go√Ľt. Doit toujours se dire √† une femme qui s excuse de la modestie de sa toilette ‚Ķ   Dictionnaire des id√©es re√ßues

  • Gout ‚ÄĒ [gu:] der; s, s <aus gleichbed. fr. go√Ľt, dies aus lat. gustus ¬Ľdas Kosten¬ę> Geschmack, Wohlgefallen; vgl. ‚ÜĎHautgout ‚Ķ   Das gro√üe Fremdw√∂rterbuch


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