FIGURE

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FIGURE
    Si on veut s'instruire, il faut lire attentivement tous les articles du grand Dictionnaire de l'Encyclopédie, au mot Figure.
    Figure de la terre, par M. d'Alembert; ouvrage aussi clair que profond, et dans lequel on trouve tout ce qu'on peut savoir sur cette matière.
    Figure de rhétorique, par César Dumarsais; instruction qui apprend à penser et à écrire, et qui fait regretter, comme bien d'autres articles, que les jeunes gens ne soient pas à portée de lire commodément des choses si utiles. Ces trésors, cachés dans un Dictionnaire de vingt-deux volumes in-folio, d'un prix excessif, devraient être entre les mains de tous les étudiants pour trente sous.
    Figure humaine, par rapport à la peinture et à la sculpture; excellente leçon donnée par M. Watelet à tous les artistes.
    Figure, en physiologie; article très ingénieux, par M. d'Abbés de Caberoles.
    Figure, en arithmétique et en algèbre, par M. Mallet.
¬†¬†¬†¬†Figure, en logique, en m√©taphysique et belles-lettres, par M. le chevalier de Jaucourt, homme au-dessus des philosophes de l'antiquit√©, en ce qu'il a pr√©f√©r√© la retraite, la vraie philosophie, le travail infatigable, √† tous les avantages que pouvait lui procurer sa naissance, dans un pays o√Ļ l'on pr√©f√®re cet avantage √† tout le reste, except√© √† l'argent.
FIGURE OU FORME DE LA TERRE.
¬†¬†¬†¬†Comment Platon, Aristote, √Čratosth√®nes, Posidonius, et tous les g√©om√®tres de l'Asie, de l'√Čgypte et de la Gr√®ce, ayant reconnu la sph√©ricit√© de notre globe, arriva-t-il que nous cr√Ľmes si longtemps la terre plus longue que large d'un tiers, et que de l√† nous vinrent les degr√©s de longitude et de latitude; d√©nomination qui atteste continuellement notre ancienne ignorance ?
    Le juste respect pour la Bible, qui nous enseigne tant de vérités plus nécessaires et plus sublimes, fut la cause de cette erreur universelle parmi nous.
    On avait trouvé dans le psaume CIII que Dieu a étendu le ciel sur la terre comme une peau; et de ce qu'une peau a d'ordinaire plus de longueur que de largeur, on en avait conclu autant pour la terre.
    Saint Athanase s'exprime avec autant de chaleur contre les bons astronomes que contre les partisans d'Arius et d'Eusèbe. " Fermons, dit-il, la bouche à ces barbares, qui, parlant sans preuve, osent avancer que le ciel s'étend aussi sous la terre. " Les Pères regardaient la terre comme un grand vaisseau entouré d'eau; la proue était à l'orient, et la poupe à l'occident.
¬†¬†¬†¬†On voit encore dans Cosmas, moine du quatri√®me si√®cle, une esp√®ce de carte g√©ographique o√Ļ la terre a cette figure.
    Tostato, évêque d'Avila, sur la fin du quinzième siècle, déclare, dans son Commentaire sur la Genèse, que la foi chrétienne est ébranlée pour peu qu'on croie la terre ronde.
    Colombo, Vespuce et Magellan ne craignirent point l'excommunication de ce savant évêque, et la terre reprit sa rondeur malgré lui.
    Alors on courut d'une extrémité à l'autre; la terre passa pour une sphère parfaite. Mais l'erreur de la sphère parfaite était une méprise de philosophes, et l'erreur d'une terre plate et longue était une sottise d'idiots.
¬†¬†¬†¬†[D√®s qu'on commen√ßa √† bien savoir que notre globe tourne sur lui-m√™me en vingt-quatre heures, on aurait pu juger de cela seul qu'une forme v√©ritablement ronde ne saurait lui appartenir. Non seulement la force centrifuge √©l√®ve consid√©rablement les eaux dans la r√©gion de l'√©quateur, par le mouvement de la rotation en vingt-quatre heures; mais elles y sont encore √©lev√©es d'environ vingt-cinq pieds deux fois par jour par les mar√©es. Il serait donc impossible que les terres vers l'√©quateur ne fussent perp√©tuellement inond√©es; or elles ne le sont pas; donc la r√©gion de l'√©quateur est beaucoup plus √©lev√©e √† proportion que le reste de la terre; donc la terre est un sph√©ro√Įde √©lev√© √† l'√©quateur, et ne peut √™tre une sph√®re parfaite. Cette preuve si simple avait √©chapp√© aux plus grands g√©nies, parce qu'un pr√©jug√© universel permet rarement l'examen.
¬†¬†¬†¬†On sait qu'en 1672, Richer, dans un voyage √† la Cayenne pr√®s de la ligne, entrepris par l'ordre de Louis XIV sous les auspices de Colbert, le p√®re de tous les arts; Richer, dis-je, parmi beaucoup d'observations trouva que le pendule de son horloge ne faisait plus ses oscillations, ses vibrations aussi fr√©quentes que dans la latitude de Paris, et qu'il fallait absolument raccourcir le pendule d'une ligne et de plus d'un quart. La physique et la g√©om√©trie n'√©taient pas alors √† beaucoup pr√®s si cultiv√©es qu'elles le sont aujourd'hui; quel homme e√Ľt pu croire que de cette remarque si petite en apparence, et que d'une ligne de plus ou de moins, pussent sortir les plus grandes v√©rit√©s physiques ? On trouva d'abord qu'il fallait n√©cessairement que la pesanteur f√Ľt moindre sous l'√©quateur que dans notre latitude, puisque la seule pesanteur fait l'oscillation d'un pendule. Par cons√©quent, puisque la pesanteur des corps est d'autant moins forte que ces corps sont plus √©loign√©s du centre de la terre, il fallait absolument que la r√©gion de l'√©quateur f√Ľt beaucoup plus √©lev√©e que la n√ītre, plus √©loign√©e du centre; ainsi la terre ne pouvait √™tre une vraie sph√®re.
¬†¬†¬†¬†Beaucoup de philosophes firent, √† propos de ces d√©couvertes, ce que font tous les hommes quand il faut changer son opinion; on disputa sur l'exp√©rience de Richer; on pr√©tendit que nos pendules ne faisaient leurs vibrations moins promptes vers l'√©quateur que parce que la chaleur alongeait ce m√©tal; mais on vit que la chaleur du plus br√Ľlant √©t√© l'alonge d'une ligne sur trente pieds de longueur; et il s'agissait ici d'une ligne et un quart, d'une ligne et demie, ou m√™me de deux lignes, sur une verge de fer longue de trois pieds huit lignes.
¬†¬†¬†¬†Quelques ann√©es apr√®s, MM. Varin, Deshayes, Feuill√©e, Couplet, r√©p√©t√®rent vers l'√©quateur la m√™me exp√©rience du pendule; il le fallut toujours raccourcir, quoique la chaleur f√Ľt tr√®s souvent moins grande sous la ligne m√™me qu'√† quinze ou vingt degr√©s de l'√©quateur. Cette exp√©rience a √©t√© confirm√©e de nouveau par les acad√©miciens que Louis XV a envoy√©s au P√©rou, qui ont √©t√© oblig√©s vers Quito, sur des montagnes o√Ļ il gelait, de raccourcir le pendule √† secondes d'environ deux lignes.
¬†¬†¬†¬†A peu pr√®s au m√™me temps, les acad√©miciens qui ont √©t√© mesurer un arc du m√©ridien au nord ont trouv√© qu'√† Pello, par-del√† le cercle polaire, il faut alonger le pendule pour avoir les m√™mes oscillations qu'√† Paris. Par cons√©quent la pesanteur est plus grande au cercle polaire que dans les climats de la France, comme elle est plus grande dans nos climats que vers l'√©quateur. Si la pesanteur est plus grande au nord, le nord est donc plus pr√®s du centre de la terre que l'√©quateur; la terre est donc aplatie vers les p√īles.
¬†¬†¬†¬†Jamais l'exp√©rience et le raisonnement ne concoururent avec tant d'accord √† prouver une v√©rit√©. Le c√©l√®bre Huygens, par le calcul des forces centrifuges, avait prouv√© que la diminution dans la pesanteur qui en r√©sulte pour une sph√®re n'√©tait pas assez grande pour expliquer les ph√©nom√®nes, et que par cons√©quent la terre devait √™tre un sph√©ro√Įde aplati aux p√īles. Newton, par les principes de l'attraction, avait trouv√© les m√™mes rapports √† peu de chose pr√®s: il faut seulement observer qu'Huygens croyait que cette force inh√©rente aux corps qui les d√©termine vers le centre du globe, cette gravit√© primitive est partout la m√™me. Il n'avait pas encore vu les d√©couvertes de Newton; il ne consid√©rait donc la diminution de la pesanteur que par la th√©orie des forces centrifuges. L'effet des forces centrifuges diminue la gravit√© primitive sous l'√©quateur. Plus les cercles dans lesquels cette force centrifuge s'exerce deviennent petits, plus cette force c√®de √† celle de la gravit√©; ainsi sous le p√īle m√™me, la force centrifuge, qui est nulle, doit laisser √† la gravit√© primitive toute son action. Mais ce principe d'une gravit√© toujours √©gale tombe en ruine par la d√©couverte que Newton a faite, et dont nous avons tant parl√© ailleurs , qu'un corps transport√©, par exemple, √† dix diam√®tres du centre de la terre, p√®se cent fois moins qu'√† un diam√®tre.
¬†¬†¬†¬†C'est donc par les lois de la gravitation, combin√©es avec celles de la force centrifuge, qu'on fait voir v√©ritablement quelle figure la terre doit avoir. Newton et Gr√©gori ont √©t√© si s√Ľrs de cette th√©orie, qu'ils n'ont pas h√©sit√© d'avancer que les exp√©riences sur la pesanteur √©taient plus s√Ľres pour faire conna√ģtre la figure de la terre qu'aucune mesure g√©ographique.
¬†¬†¬†¬†Louis XIV avait signal√© son r√®gne par cette m√©ridienne qui traverse la France; l'illustre Dominique Cassini l'avait commenc√©e avec son fils; il avait, en 1701, tir√© du pied des Pyr√©n√©es √† l'Observatoire une ligne aussi droite qu'on le pouvait, √† travers les obstacles presque insurmontables que les hauteurs des montagnes, les changements de la r√©fraction dans l'air, et les alt√©rations des instruments, opposaient sans cesse √† cette vaste et d√©licate entreprise; il avait donc, en 1701, mesur√© six degr√©s dix-huit minutes de cette m√©ridienne. Mais, de quelque endroit que v√ģnt l'erreur, il avait trouv√© les degr√©s vers Paris, c'est-√†-dire vers le nord, plus petits que ceux qui allaient aux Pyr√©n√©es vers le midi; cette mesure d√©mentait et celle de Norvood, et la nouvelle th√©orie de la terre aplatie aux p√īles. Cependant cette nouvelle th√©orie commen√ßait √† √™tre tellement re√ßue, que le secr√©taire de l'acad√©mie n'h√©sita point, dans son histoire de 1701, √† dire que les mesures nouvelles prises en France prouvaient que la terre est un sph√©ro√Įde dont les p√īles sont aplatis. Les mesures de Dominique Cassini entra√ģnaient √† la v√©rit√© une conclusion toute contraire; mais comme la figure de la terre ne faisait pas encore en France une question, personne ne releva pour lors cette conclusion fausse. Les degr√©s du m√©ridien, de Collioure √† Paris, pass√®rent pour exactement mesur√©s; et le p√īle, qui par ces mesures devait n√©cessairement √™tre along√©, passa pour aplati.
¬†¬†¬†¬†Un ing√©nieur nomm√© M. Des Roubais, √©tonn√© de la conclusion, d√©montra que, par les mesures prises en France, la terre devait √™tre un sph√©ro√Įde oblong, dont le m√©ridien qui va d'un p√īle √† l'autre est plus long que l'√©quateur, et dont les p√īles sont along√©s. Mais de tous les physiciens √† qui il adressa sa dissertation, aucun ne voulut la faire imprimer, parce qu'il semblait que l'acad√©mie e√Ľt prononc√©, et qu'il paraissait trop hardi √† un particulier de r√©clamer. Quelque temps apr√®s, l'erreur de 1701 fut reconnue; on se d√©dit, et la terre fut along√©e par une juste conclusion tir√©e d'un faux principe. La m√©ridienne fut continu√©e sur ce principe de Paris √† Dunkerque; on trouva toujours les degr√©s du m√©ridien plus petits en allant vers le nord. On se trompa toujours sur la figure de la terre, comme on s'√©tait tromp√© sur la nature de la lumi√®re. Environ ce temps-l√†, des math√©maticiens qui faisaient les m√™mes op√©rations √† la Chine furent √©tonn√©s de voir de la diff√©rence entre leurs degr√©s, qu'ils pensaient devoir √™tre √©gaux, et de les trouver, apr√®s plusieurs v√©rifications, plus petits vers le nord que vers le midi. C'√©tait encore une puissante raison pour croire le sph√©ro√Įde oblong, que cet accord des math√©maticiens de France et de ceux de la Chine. On fit plus encore en France, on mesura des parall√®les √† l'√©quateur. Il est ais√© de comprendre que sur un sph√©ro√Įde oblong, nos degr√©s de longitude doivent √™tre plus petits que sur une sph√®re. M. de Cassini trouva le parall√®le qui passe par Saint-Malo plus court de mille trente-sept toises qu'il n'aurait d√Ľ √™tre dans l'hypoth√®se d'une terre sph√©rique. Ce degr√© √©tait donc incomparablement plus court qu'il n'e√Ľt √©t√© sur un sph√©ro√Įde √† p√īles aplatis.
¬†¬†¬†¬†Toutes ces fausses mesures prouv√®rent qu'on avait trouv√© les degr√©s comme on avait voulu les trouver: elles renvers√®rent pour un temps en France la d√©monstration de Newton et d'Huygens, et on ne douta pas que les p√īles ne fussent d'une figure tout oppos√©e √† celle dont on les avait crus d'abord: on ne savait o√Ļ l'on en √©tait.
¬†¬†¬†¬†Enfin les nouveaux acad√©miciens qui all√®rent au cercle polaire en 1736, ayant vu, par d'autres mesures, que le degr√© √©tait dans ces climats plus long qu'en France, on douta entre eux et MM. Cassini. Mais bient√īt apr√®s on ne douta plus; car les m√™mes astronomes qui revenaient du p√īle examin√®rent encore le degr√© mesur√© en 1677 par Picard au nord de Paris; ils v√©rifi√®rent que ce degr√© est de cent vingt-trois toises plus long que Picard ne l'avait d√©termin√©. Si donc Picard, avec ses pr√©cautions, avait fait son degr√© de cent vingt-trois toises trop court, il √©tait fort vraisemblable qu'on e√Ľt ensuite trouv√© les degr√©s vers le midi plus longs qu'ils ne devaient √™tre. Ainsi la premi√®re erreur de Picard, qui servait de fondement aux mesures de la m√©ridienne, servait aussi d'excuse aux erreurs presque in√©vitables que de tr√®s bons astronomes avaient pu commettre dans ces op√©rations.]
¬†¬†¬†¬†Malheureusement d'autres mesureurs trouv√®rent, au cap de Bonne-Esp√©rance, que les degr√©s du m√©ridien ne s'accordaient pas avec les n√ītres. D'autres mesures prises en Italie contredirent aussi nos mesures fran√ßaises. Elles √©taient toutes d√©menties par celles de la Chine. On se remit donc √† douter, et on soup√ßonna tr√®s raisonnablement, √† mon avis, que la terre √©tait bossel√©e.
    Pour les Anglais, quoiqu'ils aiment à voyager, ils s'épargnèrent cette fatigue, et s'en tinrent à leur théorie.
¬†¬†¬†¬†La diff√©rence d'un axe √† l'autre n'est gu√®re que de cinq de nos lieues: diff√©rence immense pour ceux qui prennent parti, mais insensible pour ceux qui ne consid√®rent les mesures du globe que par les usages utiles qui en r√©sultent. Un g√©ographe ne pourrait gu√®re dans une carte faire apercevoir cette diff√©rence, ni aucun pilote savoir s'il fait route sur un sph√©ro√Įde ou sur une sph√®re.
    Cependant on osa avancer que la vie des navigateurs dépendait de cette question. O charlatanisme ! entrerez-vous jusque dans les degrés du méridien ?
FIGUR√Č, EXPRIM√Č EN FIGURE.
¬†¬†¬†¬†On dit un ballet figur√©, qui repr√©sente ou qu'on croit repr√©senter une action, une passion, une saison, ou qui simplement forme des figures par l'arrangement des danseurs deux √† deux, quatre √† quatre: copie figur√©e, parce qu'elle exprime pr√©cis√©ment l'ordre et la disposition de l'original: v√©rit√© figur√©e par une fable, par une parabole: l'√Čglise figur√©e par la jeune √©pouse du Cantique des cantiques: l'ancienne Rome figur√©e par Babylone: style figur√© par les expressions m√©taphoriques qui figurent les choses dont on parle, et qui les d√©figurent quand les m√©taphores ne sont pas justes.
    L'imagination ardente, la passion, le désir, souvent trompés, produisent le style figuré. Nous ne l'admettons point dans l'histoire, car trop de métaphores nuisent à la clarté; elles nuisent même à la vérité, en disant plus ou moins que la chose même.
    Des ouvrages didactiques réprouvent ce style. Il est bien moins à sa place dans un sermon que dans une oraison funèbre; parce que le sermon est une instruction dans laquelle on annonce la vérité, l'oraison funèbre une déclamation dans laquelle on exagère.
¬†¬†¬†¬†La po√©sie d'enthousiasme, comme l'√©pop√©e, l'ode, est le genre qui re√ßoit le plus ce style. On le prodigue moins dans la trag√©die, o√Ļ le dialogue doit √™tre aussi naturel qu'√©lev√©; encore moins dans la com√©die, dont le style doit √™tre plus simple.
¬†¬†¬†¬†C'est le go√Ľt qui fixe les bornes qu'on doit donner au style figur√© dans chaque genre. Balthazar Gratian dit que " les pens√©es partent des vastes c√ītes de la m√©moire, s'embarquent sur la mer de l'imagination, arrivent au port de l'esprit, pour √™tre enregistr√©es √† la douane de l'entendement. " C'est pr√©cis√©ment le style d'Arlequin. Il dit √† son ma√ģtre: " La balle de vos commandements a rebondi sur la raquette de mon ob√©issance. " Avouons que c'est l√† souvent le style oriental qu'on t√Ęche d'admirer.
    Un autre défaut du style figuré est l'entassement des figures incohérentes. Un poète, en parlant de quelques philosophes, les a appelés
    D'ambitieux pygmées,
    Qui, sur leurs pieds vainement redressés,
    Et sur des monts d'arguments entassés ,
    De jour en jour, superbes Encelades,
    Vont redoublant leurs folles escalades.
    Quand on écrit contre les philosophes, il faudrait mieux écrire. Comment des pygmées ambitieux, redressés sur leurs pieds sur des montagnes d'arguments, continuent-ils des escalades ? Quelle image fausse et ridicule ! quelle platitude recherchée !
    Dans une allégorie du même auteur, intitulée la Liturgie de Cythère, vous trouvez ces vers-ci:
    De toutes parts, autour de l'inconnue
    Il voit tomber comme grêle menue
    Moissons de coeurs sur la terre jonchés,
    Et des dieux même à son char attachés...
    Oh ! par Vénus nous verrons cette affaire.
    Si s'en retourne aux cieux dans son sérail,
    En ruminant comment il pourra faire
    Pour attirer la brebis au bercail.
¬†¬†¬†¬†" Des moissons de coeurs jonch√©s sur la terre comme de la gr√™le menue; et parmi ces coeurs palpitants √† terre, des dieux attach√©s au char de l'inconnue; l'Amour qui va de par V√©nus ruminer dans son s√©rail au ciel comment il pourra faire pour attirer au bercail cette brebis entour√©e de coeurs jonch√©s ! " Tout cela forme une figure si fausse, si pu√©rile √† la fois et si grossi√®re, si incoh√©rente, si d√©go√Ľtante, si extravagante, si platement exprim√©e, qu'on est √©tonn√© qu'un homme qui faisait bien des vers dans un autre genre, et qui avait du go√Ľt, ait pu √©crire quelque chose de si mauvais.
¬†¬†¬†¬†On est encore plus surpris que ce style appel√© marotique ait eu pendant quelque temps des approbateurs. Mais on cesse d'√™tre surpris quand on lit les √©p√ģtres en vers de cet auteur; elles sont presque toutes h√©riss√©es de ces figures peu naturelles, et contraires les unes aux autres.
¬†¬†¬†¬†Il y a une √©p√ģtre √† Marot qui commence ainsi:
    Ami Marot, honneur de mon pupitre,
¬†¬†¬†¬†Mon premier ma√ģtre, acceptez cette √©p√ģtre
    Que vous écrit un humble nourrisson
    Qui sur Parnasse a pris votre écusson,
    Et qui jadis en maint genre d'escrime
    Vint chez vous seul étudier la rime.
¬†¬†¬†¬†Boileau avait dit dans son √©p√ģtre √† Moli√®re:
¬†¬†¬†¬†Dans les combats d'esprit savant ma√ģtre d'escrime.
    Sat. II, 6.
    Du moins la figure était juste. On s'escrime dans un combat; mais on n'étudie point la rime en s'escrimant. On n'est point l'honneur du pupitre d'un homme qui s'escrime. On ne prend point sur le Parnasse un écusson pour rimer à nourrisson. Tout cela est incompatible, tout cela jure.
    Une figure beaucoup plus vicieuse est celle-ci:
    Au demeurant assez haut de stature,
    Large de croupe, épais de fourniture,
    Flanqué de chair, gabionné de lard,
    Tel en un mot que la nature et l'art,
¬†¬†¬†¬†En ma√ßonnant les remparts de son √Ęme,
    Songèrent plus au fourreau qu'à la lame.
    ROUSSEAU, allégorie intitulée Midas.
¬†¬†¬†¬†" La nature et l'art qui ma√ßonnent les remparts d'une √Ęme, ces remparts ma√ßonn√©s qui se trouvent √™tre une fourniture de chair et un gabion de lard, " sont assur√©ment le comble de l'impertinence. Le plus vil faquin travaillant pour la foire Saint-Germain aurait fait des vers plus raisonnables. Mais quand ceux qui sont un peu au fait se souviennent que ce ramas de sottises fut √©crit contre un des premiers hommes de la France par sa naissance, par ses places et par son g√©nie, qui avait √©t√© le protecteur de ce rimeur, qui l'avait secouru de son cr√©dit et de son argent, et qui avait beaucoup plus d'esprit, d'√©loquence et de science que son d√©tracteur; alors on est saisi d'indignation contre le mis√©rable arrangeur de vieux mots impropres rim√©s richement; et en louant ce qu'il a de bon, l'on d√©teste cet horrible abus du talent.
    Voici une figure du même auteur non moins fausse et non moins composée d'images qui se détruisent l'une l'autre:
    Incontinent vous l'allez voir s'enfler
    De tout le vent que peut faire souffler,
    Dans les fourneaux d'une tête échauffée,
    Fatuité sur sottise greffée.
¬†¬†¬†¬†ROUSSEAU, √Čp√ģtre au P. Brumoy.
    Le lecteur sent assez que la fatuité, devenue un arbre greffé sur l'arbre de la sottise, ne peut être un soufflet, et que la tête ne peut être un fourneau. Toutes ces contorsions d'un homme qui s'écarte ainsi du naturel ne ressemblent point assurément à la marche décente, aisée et mesurée de Boileau. Ce n'est pas là l'Art poétique.
    Y a-t-il un amas de figures plus incohérentes, plus disparates, que cet autre passage du même poète:
    ... Tout auteur qui veut, sans perdre haleine,
    Boire à longs traits aux sources d'Hippocrène,
    Doit s'imposer l'indispensable loi
    De s'éprouver, de descendre chez soi,
    Et d'y chercher ces semences de flamme
¬†¬†¬†¬†Dont le vrai seul doit embraser notre √Ęme
    Sans quoi jamais le plus fier écrivain
    Ne peut atteindre à cet essor divin.
¬†¬†¬†¬†√Čp√ģtre au baron de Breteuil.
    Quoi ! pour boire à longs traits il faut descendre dans soi, et y chercher des semences de feu dont le vrai embrase, sans quoi le plus fier écrivain n'atteindra point à un essor ? Quel monstrueux assemblage ! quel inconcevable galimatias !
    On peut dans une allégorie ne point employer les figures, les métaphores, dire avec simplicité ce qu'on a inventé avec imagination. Platon a plus d'allégories encore que de figures; il les exprime souvent avec élégance et sans faste.
    Presque toutes les maximes des anciens Orientaux et des Grecs sont dans un style figuré. Toutes ces sentences sont des métaphores, de courtes allégories, et c'est là que le style figuré fait un très grand effet, en ébranlant l'imagination et en se gravant dans la mémoire.
    Nous avons vu que Pythagore dit, Dans la tempête adorez l'écho, pour signifier, " Dans les troubles civils retirez-vous à la campagne; " N'attisez pas le feu avec l'épée, pour dire, " N'irritez pas les esprits échauffés. "
    Il y a dans toutes les langues beaucoup de proverbes communs qui sont dans le style figuré.
FIGURE, EN TH√ČOLOGIE.
¬†¬†¬†¬†Il est tr√®s certain, et les hommes les plus pieux en conviennent, que les figures et les all√©gories ont √©t√© pouss√©es trop loin. On ne peut nier que le morceau de drap rouge mis par la courtisane Rahab √† sa fen√™tre pour avertir les espions de Josu√©, regard√© par quelques P√®res de l'√Čglise comme une figure du sang de J√©sus-Christ, ne soit un abus de l'esprit qui veut trouver du myst√®re √† tout.
¬†¬†¬†¬†On ne peut nier que saint Ambroise, dans son livre de No√© et de l'Arche, n'ait fait un tr√®s mauvais usage de son go√Ľt pour l'all√©gorie, en disant que la petite porte de l'arche √©tait une figure de notre derri√®re, par lequel sortent les excr√©ments.
¬†¬†¬†¬†Tous les gens sens√©s ont demand√© comment on peut prouver que ces mots h√©breux maher-salal-has-bas, prenez vite les d√©pouilles, sont une figure de J√©sus-Christ. Comment Mo√Įse √©tendant les mains pendant la bataille contre les Madianites peut-il √™tre la figure de J√©sus-Christ ? comment Juda qui lie son √Ęnon √† la vigne, et qui lave son manteau dans le vin, est-il aussi une figure ? comment Ruth se glissant dans le lit de Booz peut-elle figurer l'√Čglise ? comment Sara et Rachel sont-elles l'√Čglise, et Agar et Lia la synagogue ? comment les baisers de la Sunamite sur la bouche figurent-ils le mariage de l'√Čglise ?
    On ferait un volume de toutes ces énigmes, qui ont paru aux meilleurs théologiens des derniers temps plus recherchées qu'édifiantes.
¬†¬†¬†¬†Le danger de cet abus est parfaitement reconnu par l'abb√© Fleury, auteur de l'Histoire eccl√©siastique. C'est un reste de rabbinisme, un d√©faut dans lequel le savant saint J√©r√īme n'est jamais tomb√©; cela ressemble √† l'explication des songes, √† l'oneiromancie. Qu'une fille voie de l'eau bourbeuse en r√™vant, elle sera mal mari√©e; qu'elle voie de l'eau claire, elle aura un bon mari; une araign√©e signifie de l'argent, etc.
    Enfin, la postérité éclairée pourra-t-elle le croire ? on a fait pendant plus de quatre mille ans une étude sérieuse de l'intelligence des songes.
FIGURES SYMBOLIQUES.
¬†¬†¬†¬†Toutes les nations s'en sont servies, comme nous l'avons dit √† l'article EMBL√ąME; mais qui a commenc√© ? Sont-ce les √Čgyptiens ? il n'y a pas d'apparence. Nous croyons avoir prouv√© plus d'une fois que l'√Čgypte est un pays tout nouveau, et qu'il a fallu plusieurs si√®cles pour pr√©server la contr√©e des inondations et pour la rendre habitable. Il est impossible que les √Čgyptiens aient invent√© les signes du zodiaque, puisque les figures qui d√©signent les temps de nos semailles et de nos moissons ne peuvent convenir aux leurs. Quand nous coupons nos bl√©s, leur terre est couverte d'eau; quand nous semons, ils voient approcher le temps de recueillir. Ainsi le boeuf de notre zodiaque, et la fille qui porte des √©pis, ne peuvent venir d'√Čgypte.
¬†¬†¬†¬†C'est une preuve √©vidente de la fausset√© de ce paradoxe nouveau que les Chinois sont une colonie √©gyptienne. Les caract√®res ne sont point les m√™mes; les Chinois marquent la route du soleil par vingt-huit constellations, et les √Čgyptiens, d'apr√®s les Chald√©ens, en comptaient douze ainsi que nous.
¬†¬†¬†¬†Les figures qui d√©signent les plan√®tes sont √† la Chine et aux Indes toutes diff√©rentes de celles d'√Čgypte et de l'Europe, les signes des m√©taux diff√©rents, la mani√®re de conduire la main en √©crivant non moins diff√©rente. Donc rien ne para√ģt plus chim√©rique que d'avoir envoy√© les √Čgyptiens peupler la Chine.
    Toutes ces fondations fabuleuses faites dans les temps fabuleux ont fait perdre un temps irréparable à une multitude prodigieuse de savants, qui se sont tous égarés dans leurs laborieuses recherches, et qui auraient pu être utiles au genre humain dans des arts véritables.
¬†¬†¬†¬†Pluche, dans son Histoire ou plut√īt dans sa fable du ciel, nous certifie que Cham, fils de No√©, alla r√©gner en √Čgypte, o√Ļ il n'y avait personne; que son fils Men√®s fut le plus grand des l√©gislateurs, que Thaut √©tait son premier ministre.
¬†¬†¬†¬†Selon lui et selon ses garants, ce Thaut ou un autre institua des f√™tes en l'honneur du d√©luge, et les cris de joie Io Bacch√©, si fameux chez les Grecs, √©taient des lamentations chez les √Čgyptiens. Bacch√© venait de l'h√©breu beke, qui signifie sanglots, et cela dans un temps ou le peuple h√©breu n'existait pas. Par cette explication, joie veut dire tristesse, et chanter signifie pleurer.
    Les Iroquois sont plus sensés; ils ne s'informent point de ce qui se passa sur le lac Ontario il y a quelques milliers d'années: ils vont à la chasse au lieu de faire des systèmes.
¬†¬†¬†¬†Les m√™mes auteurs assurent que les sphynx dont l'√Čgypte √©tait orn√©e signifiaient la surabondance, parce que des interpr√®tes ont pr√©tendu qu'un mot h√©breu spang voulait dire un exc√®s; comme si la langue h√©bra√Įque, qui est en grande partie d√©riv√©e de la ph√©nicienne, avait servi de le√ßon √† l'√Čgypte; et quel rapport d'un sphynx √† une abondance d'eau ? Les scoliastes futurs soutiendront un jour, avec plus de vraisemblance, que nos mascarons qui ornent la clef des cintres de nos fen√™tres sont des embl√®mes de nos mascarades, et que ces fantaisies annon√ßaient qu'on donnait le bal dans toutes les maisons d√©cor√©es de mascarons.
FIGURE, SENS FIGUR√Č, ALL√ČGORIQUE, MYSTIQUE, TROPOLOGIQUE, TYPIQUE, ETC.
    C'est souvent l'art de voir dans les livres tout autre chose que ce qui s'y trouve. Par exemple, que Romulus fasse périr son frère Rémus, cela signifiera la mort du duc de Berri frère de Louis XI; Régulus prisonnier à Carthage, ce sera saint Louis captif à la Massoure.
¬†¬†¬†¬†On remarque tr√®s justement dans le grand Dictionnaire encyclop√©dique que plusieurs P√®res de l'√Čglise ont pouss√© peut-√™tre un peu trop loin ce go√Ľt des figures all√©goriques; ils sont respectables jusque dans leurs √©carts.
    Si les saints Pères ont quelquefois abusé de cette méthode, on pardonne à ces petits excès d'imagination en faveur de leur saint zèle.
¬†¬†¬†¬†Ce qui peut les justifier encore, c'est l'antiquit√© de cet usage, que nous avons vu pratiqu√© par les premiers philosophes. Il est vrai que les figures symboliques employ√©es par les P√®res sont dans un go√Ľt diff√©rent.
    Par exemple, lorsque saint Augustin veut trouver les quarante-deux générations de la généalogie de Jésus, annoncées par saint Matthieu, qui n'en rapporte que quarante et une, Augustin dit qu'il faut compter deux fois Jéconias, parce que Jéconias est la pierre angulaire qui appartient à deux murailles; que ces deux murailles figurent l'ancienne loi et la nouvelle, et que Jéconias, étant ainsi pierre angulaire, figure Jésus-Christ qui est la vraie pierre angulaire.
    Le même saint, dans le même sermon, dit que le nombre de quarante doit dominer, et il abandonne Jéconias et sa pierre angulaire comptée pour deux générations. Le nombre de quarante, dit-il, signifie la vie; car dix sont la parfaite béatitude, étant multipliés par quatre qui figurent le temps en comptant les quatre saisons.
¬†¬†¬†¬†Dans le m√™me sermon encore, il explique pourquoi saint Luc donne soixante et dix-sept anc√™tres √† J√©sus-Christ, cinquante-six jusqu'au patriarche Abraham, et vingt et un d'Abraham √† Dieu m√™me. Il est vrai que selon le texte h√©breu il n'y en aurait que soixante et seize, car la Bible h√©bra√Įque ne compte point un Ca√Įnan qui est interpol√© dans la Bible grecque appel√©e des Septante.
    Voici ce que dit saint Augustin:
¬†¬†¬†¬†" Le nombre de soixante et dix-sept figure l'abolition de tous les p√©ch√©s par le bapt√™me.... le nombre dix signifie justice et b√©atitude r√©sultant de la cr√©ature, qui est sept avec la Trinit√© qui fait trois. C'est par cette raison que les commandements de Dieu sont au nombre de dix. Le nombre onze signifie le p√©ch√©, parce qu'il transgresse dix.... Ce nombre de soixante et dix-sept est le produit de onze figures du p√©ch√© multipli√© par sept et non par dix; car le nombre sept est le symbole de la cr√©ature. Trois repr√©sentent l'√Ęme qui est quelque image de la Divinit√©, et quatre repr√©sentent le corps √† cause de ses quatre qualit√©s, etc.. "
¬†¬†¬†¬†On voit dans ces explications un reste des myst√®res de la cabale et du quaternaire de Pythagore. Ce go√Ľt fut tr√®s longtemps en vogue.
    Saint Augustin va plus loin sur les dimensions de la matière. La largeur, c'est la dilatation du coeur qui opère les bonnes oeuvres; la longueur, c'est la persévérance; la hauteur, c'est l'espoir des récompenses. Il pousse très loin cette allégorie; il l'applique à la croix, et en tire de grandes conséquences.
    L'usage de ces figures avait passé des Juifs aux chrétiens, longtemps avant saint Augustin. Ce n'est pas à nous de savoir dans quelles bornes on devait s'arrêter.
    Les exemples de ce défaut sont innombrables. Quiconque a fait de bonnes études ne hasardera de telles figures ni dans la chaire ni dans l'école. Il n'y en a point d'exemple chez les Romains et chez les Grecs, pas même dans les poètes.
    On trouve seulement dans les Métamorphoses d'Ovide des inductions ingénieuses tirées des fables qu'on donne pour fables.
    Pyrrha et Deucalion ont jeté des pierres entre leurs jambes par derrière, des hommes en sont nés. Ovide dit (Met. I, 414):
    " Inde genus durum sumus, experiensque laborum
    Et documenta damus qua simus origine nati. "
    Formés par des cailloux, soit fable ou vérité,
    Hélas ! le coeur de l'homme en a la dureté.
    Apollon aime Daphné, et Daphné n'aime point Apollon; c'est que l'amour a deux espèces de flèches, les unes d'or et perçantes, et les autres de plomb et écachées.
    Apollon a reçu dans le coeur une flèche d'or, Daphné une de plomb.
    " Deque sagittifera prompsit duo tela pharetra
    Diversorum operum; fugat hoc, facit illud amorem.
    Quod facit auratum est, et cuspide fulget acuta
    Quod fugat obtusum est, et habet sub arundine plumbum, etc. "
    OVID., Met., I, 468.
    Fatal Amour, tes traits sont différents:
    Les uns sont d'or, ils sont doux et perçants,
    Ils font qu'on aime; et d'autres au contraire
    Sont d'un vil plomb qui rend froid et sévère.
    O dieu d'amour, en qui j'ai tant de foi,
    Prends tes traits d'or pour Aminte et pour moi.
¬†¬†¬†¬†Toutes ces figures sont ing√©nieuses et ne trompent personne. Quand on dit que V√©nus, la d√©esse de la beaut√©, ne doit point marcher sans les Gr√Ęces, on dit une v√©rit√© charmante. Ces fables qui √©taient dans la bouche de tout le monde, ces all√©gories si naturelles avaient tant d'empire sur les esprits, que peut-√™tre les premiers chr√©tiens voulurent les combattre en les imitant. Ils ramass√®rent les armes de la mythologie pour la d√©truire; mais ils ne purent s'en servir avec la m√™me adresse: ils ne song√®rent pas que l'aust√©rit√© sainte de notre religion ne leur permettait pas d'employer ces ressources, et qu'une main chr√©tienne aurait mal jou√© sur la lyre d'Apollon.
¬†¬†¬†¬†Cependant, le go√Ľt de ces figures typiques et proph√©tiques √©tait si enracin√©, qu'il n'y eut gu√®re de prince, d'homme d'√Čtat, de pape, de fondateur d'ordre, auquel on n'appliqu√Ęt des all√©gories, des allusions prises de l'√Čcriture sainte. La flatterie et la satire puis√®rent √† l'envi dans la m√™me source.
    On disait au pape Innocent III, " Innocens eris a maledictione , " quand il fit une croisade sanglante contre le comte de Toulouse.
    Lorsque François Martorillo de Paule fonda les minimes, il se trouva qu'il était prédit dans la Genèse: " Minimus cum patre nostro. "
    Le prédicateur qui prêcha devant Jean d'Autriche , après la célèbre bataille de Lépante, prit pour son texte, " Fuit homo missus a Deo cui nomen erat Joannes; " et cette allusion était fort belle si les autres étaient ridicules. On dit qu'on la répéta pour Jean Sobieski, après la délivrance de Vienne; mais le prédicateur n'était qu'un plagiaire.
    Enfin, ce fut un usage si constant, qu'aucun prédicateur de nos jours n'a jamais manqué de prendre une allégorie pour son texte. Une des plus heureuses est le texte de l'Oraison funèbre du duc de Candale, prononcée devant sa soeur, qui passait pour un modèle de vertu: " Dic quia soror mea es, ut mihi bene eveniat propter te. " Dites que vous êtes ma soeur, afin que je sois bien traité à cause de vous.
    Il ne faut pas être surpris si les cordeliers poussèrent trop loin ces figures en faveur de saint François d'Assise, dans le fameux et très peu connu livre des Conformités de saint François d'Assise avec Jésus-Christ. On y voit soixante et quatre prédictions de l'avénement de saint François, tant dans l'ancien Testament que dans le nouveau, et chaque prédiction contient trois figures qui signifient la fondation des cordeliers. Ainsi ces pères se trouvent prédits cent quatre-vingt-douze fois dans la Bible.
¬†¬†¬†¬†Depuis Adam jusqu'√† saint Paul tout a figur√© le bienheureux Fran√ßois d'Assise. Les √Čcritures ont √©t√© donn√©es pour annoncer √† l'univers les sermons de Fran√ßois aux quadrup√®des, aux poissons et aux oiseaux, ses √©bats avec sa femme de neige, ses passe-temps avec le diable, ses aventures avec fr√®re √Člie et fr√®re Pacifique.
¬†¬†¬†¬†On a condamn√© ces pieuses r√™veries qui allaient jusqu'au blasph√®me. Mais l'ordre de Saint-Fran√ßois n'en a point p√Ęti; il a renonc√© √† ces extravagances, trop communes dans les si√®cles de barbarie.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

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  • Figure ‚ÄĒ Fig ure (f[i^]g [ u]r; 135), n. [F., figure, L. figura; akin to fingere to form, shape, feign. See {Feign}.] 1. The form of anything; shape; outline; appearance. [1913 Webster] Flowers have all exquisite figures. Bacon. [1913 Webster] 2. The… ‚Ķ   The Collaborative International Dictionary of English

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  • Figure ‚ÄĒ Fig ure, v. t. [imp. & p. p. {Figured}; p. pr. & vb. n. {Figuring}.] [F. figurer, L. figurare, fr. figura. See {Figure}, n.] 1. To represent by a figure, as to form or mold; to make an image of, either palpable or ideal; also, to fashion into a… ‚Ķ   The Collaborative International Dictionary of English

  • Figure 8 ‚ÄĒ Album par Elliott Smith Sortie 18 avril 2000 Dur√©e 52:06 Genre Rock ind√©pendant Producteur Elliott Smith Tom Rothrock Rob Schnapf ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais


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