√ČGLISE

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√ČGLISE
Pr√©cis de l'histoire de l'√Čglise chr√©tienne.
    Nous ne porterons point nos regards sur les profondeurs de la théologie; Dieu nous en préserve ! l'humble foi seule nous suffit. Nous ne faisons jamais que raconter.
¬†¬†¬†¬†Dans les premi√®res ann√©es qui suivirent la mort de J√©sus-Christ Dieu et homme, on comptait chez les H√©breux neuf √©coles, ou neuf soci√©t√©s religieuses, pharisiens, saduc√©ens, ess√©niens, juda√Įtes, th√©rapeutes, r√©cabites, h√©rodiens, disciples de Jean, et les disciples de J√©sus, nomm√©s les fr√®res, les galil√©ens, les fid√®les, qui ne prirent le nom de chr√©tiens que dans Antioche, vers l'an 60 de notre √®re, conduits secr√®tement par Dieu m√™me dans des voies inconnues aux hommes.
¬†¬†¬†¬†Les pharisiens admettaient la m√©tempsycose, les saduc√©ens niaient l'immortalit√© de l'√Ęme et l'existence des esprits, et cependant √©taient fid√®les au Pentateuque.
¬†¬†¬†¬†Pline le naturaliste (apparemment sur la foi de Flavius Jos√®phe) appelle les ess√©niens gens oeterna in qua nemo nascitur, famille √©ternelle dans laquelle il ne na√ģt personne, parce que les ess√©niens se mariaient tr√®s rarement. Cette d√©finition a √©t√© depuis appliqu√©e √† nos moines.
¬†¬†¬†¬†Il est difficile de juger si c'est des ess√©niens ou des juda√Įtes que parle Jos√®phe quand il dit: " Ils m√©prisent les maux de la terre; ils triomphent des tourments par leur constance; ils pr√©f√®rent la mort √† la vie lorsque le sujet en est honorable. Ils ont souffert le fer et le feu, et vu briser leurs os, plut√īt que de prononcer la moindre parole contre leur l√©gislateur, ni manger des viandes d√©fendues. "
¬†¬†¬†¬†Il para√ģt que ce portrait tombe sur les juda√Įtes, et non pas sur les ess√©niens; car voici les paroles de Jos√®phe: " Judas fut l'auteur d'une nouvelle secte, enti√®rement diff√©rente des trois autres, c'est-√†-dire des saduc√©ens, des pharisiens, et des ess√©niens. " Il continue et dit: " Ils sont Juifs de nation; ils vivent unis entre eux, et regardent la volupt√© comme un vice. " Le sens naturel de cette phrase fait croire que c'est des juda√Įtes dont l'auteur parle.
¬†¬†¬†¬†Quoi qu'il en soit, on connut ces juda√Įtes avant que les disciples du Christ commen√ßassent √† faire un parti consid√©rable dans le monde. Quelques bonnes gens les ont pris pour des h√©r√©tiques qui adoraient Judas Iscariote.
¬†¬†¬†¬†Les th√©rapeutes √©taient une soci√©t√© diff√©rente des ess√©niens et des juda√Įtes; ils ressemblaient aux gymnosophistes des Indes et aux brames. " Ils ont, dit Philon, un mouvement d'amour c√©leste qui les jette dans l'enthousiasme des bacchantes et des corybantes, et qui les met dans l'√Čtat de la contemplation √† laquelle ils aspirent. Cette secte naquit dans Alexandrie, qui √©tait toute remplie de Juifs, et s'√©tendit beaucoup dans l'√Čgypte. "
    Les récabites subsistaient encore; ils faisaient voeu de ne jamais boire de vin; et c'est peut-être à leur exemple que Mahomet défendit cette liqueur à ses musulmans.
¬†¬†¬†¬†Les h√©rodiens regardaient H√©rode premier du nom comme un messie, un envoy√© de Dieu, qui avait reb√Ęti le temple. Il est √©vident que les Juifs c√©l√©braient sa f√™te √† Rome du temps de N√©ron, t√©moin les vers de Perse: Herodis venere dies, etc. (Sat. V, v. 180.)
¬†¬†¬†¬†Voici le jour d'H√©rode o√Ļ tout inf√Ęme Juif
    Fait fumer sa lanterne avec l'huile ou le suif.
¬†¬†¬†¬†Les disciples de Jean-Baptiste s'√©tendirent un peu en √Čgypte, mais principalement dans la Syrie, dans l'Arabie, et vers le golfe Persique. On les conna√ģt aujourd'hui sous le nom de chr√©tiens de saint Jean; il y en eut aussi dans l'Asie-Mineure. Il est dit dans les Actes des ap√ītres (chap. XIX) que Paul en rencontra plusieurs √† √Čph√®se; il leur dit: " Avez-vous re√ßu le Saint-Esprit ? " Ils lui r√©pondirent: " Nous n'avons pas seulement ou√Į dire qu'il y ait un Saint-Esprit. " Il leur dit: " Quel bapt√™me avez-vous donc re√ßu ? " Ils lui r√©pondirent: " Le bapt√™me de Jean. "
    Les véritables chrétiens cependant jetaient, comme on sait, les fondements de la seule religion véritable.
¬†¬†¬†¬†Celui qui contribua le plus √† fortifier cette soci√©t√© naissante fut ce Paul m√™me qui l'avait pers√©cut√©e avec le plus de violence. Il √©tait n√© √† Tarsis en Cilicie , et fut √©lev√© par le fameux docteur pharisien Gamaliel, disciple de Hillel. Les Juifs pr√©tendent qu'il rompit avec Gamaliel qui refusa de lui donner sa fille en mariage. On voit quelques traces de cette anecdote √† la suite des Actes de sainte Th√®cle. Ces actes portent qu'il avait le front large, la t√™te chauve, les sourcils joints, le nez aquilin, la taille courte et grosse, et les jambes torses. Lucien, dans son Dialogue de Philopatris, semble faire un portrait assez semblable. On a dout√© qu'il f√Ľt citoyen romain, car en ce temps-l√† on n'accordait ce titre √† aucun Juif: ils avaient √©t√© chass√©s de Rome par Tib√®re; et Tarsis ne fut colonie romaine que pr√®s de cent ans apr√®s, sous Caracalla, comme le remarque Cellarius dans sa G√©ographie, liv. III, et Grotius dans son Commentaire sur les Actes, auxquels seuls nous devons nous en rapporter.
¬†¬†¬†¬†Dieu, qui √©tait descendu sur la terre pour y √™tre un exemple d'humilit√© et de pauvret√©, donnait √† son √Čglise les plus faibles commencements, et la dirigeait dans ce m√™me √Čtat d'humiliation dans lequel il avait voulu na√ģtre. Tous les premiers fid√®les furent des hommes obscurs; ils travaillaient tous de leurs mains. L'ap√ītre saint Paul t√©moigne qu'il gagnait sa vie √† faire des tentes. Saint Pierre ressuscita la couturi√®re Dorcas qui faisait les robes des fr√®res. L'assembl√©e des fid√®les se tenait √† Jopp√©, dans la maison d'un corroyeur nomm√© Simon, comme on le voit au chapitre IX des Actes des ap√ītres.
    Les fidèles se répandirent secrètement en Grèce, et quelques uns allèrent de là à Rome, parmi les Juifs à qui les Romains permettaient une synagogue. Ils ne se séparèrent point d'abord des Juifs; ils gardèrent la circoncision; et, comme on l'a déjà remarqué ailleurs , les quinze premiers évêques secrets de Jérusalem furent tous circoncis ou du moins de la nation juive.
¬†¬†¬†¬†Lorsque l'ap√ītre Paul prit avec lui Timoth√©e, qui √©tait fils d'un p√®re gentil, il le circoncit lui-m√™me dans la petite ville de Listre. Mais Tite, son autre disciple, ne voulut point se soumettre √† la circoncision. Les fr√®res disciples de J√©sus furent unis aux Juifs, jusqu'au temps o√Ļ Paul essuya une pers√©cution √† J√©rusalem, pour avoir amen√© des √©trangers dans le temple. Il √©tait accus√© par les Juifs de vouloir d√©truire la loi mosa√Įque par J√©sus-Christ. C'est pour se laver de cette accusation que l'ap√ītre saint Jacques proposa √† l'ap√ītre Paul de se faire raser la t√™te, et de s'aller purifier dans le temple avec quatre Juifs qui avaient fait voeu de se raser. " Prenez-les avec vous, lui dit Jacques (chap. XXI, Actes des ap√ītres); purifiez-vous avec eux, et que tout le monde sache que ce que l'on dit de vous est faux, et que vous continuez √† garder la loi de Mo√Įse. " Ainsi donc Paul qui d'abord avait √©t√© le pers√©cuteur sanguinaire de la sainte soci√©t√© √©tablie par J√©sus, Paul qui depuis voulut gouverner cette soci√©t√© naissante, Paul chr√©tien juda√Įse, " afin que le monde sache qu'on le calomnie quand on dit qu'il ne suit plus la loi mosa√Įque. "
¬†¬†¬†¬†Saint Paul n'en fut pas moins accus√© d'impi√©t√© et d'h√©r√©sie, et son proc√®s criminel dura longtemps; mais on voit √©videmment, par les accusations m√™mes intent√©es contre lui, qu'il √©tait venu √† J√©rusalem pour observer les rites juda√Įques.
    Il dit à Festus ces propres paroles (chap. XXV des Actes): " Je n'ai péché ni contre la loi juive, ni contre le temple. "
¬†¬†¬†¬†Les ap√ītres annon√ßaient J√©sus-Christ comme un juste indignement pers√©cut√©, un proph√®te de Dieu, un fils de Dieu, envoy√© aux Juifs pour la r√©formation des moeurs.
¬†¬†¬†¬†" La circoncision est utile, dit l'ap√ītre saint Paul (chap. II, √Čp√ģt. aux Rom.), si vous observez la loi; mais si vous la violez, votre circoncision devient pr√©puce. Si un incirconcis garde la loi, il sera comme circoncis. Le vrai Juif est celui qui est Juif int√©rieurement. "
¬†¬†¬†¬†Quand cet ap√ītre parle de J√©sus-Christ dans ses √Čp√ģtres, il ne r√©v√®le point le myst√®re ineffable de sa consubstantialit√© avec Dieu. " Nous sommes d√©livr√©s par lui (dit-il, chap. V, √Čp√ģt. aux Rom.) de la col√®re de Dieu. Le don de Dieu s'est r√©pandu sur nous, par la gr√Ęce donn√©e √† un seul homme, qui est J√©sus-Christ.... La mort a r√©gn√© par le p√©ch√© d'un seul homme; les justes r√©gneront dans la vie par un seul homme, qui est J√©sus-Christ. "
    Et au chap. VIII: " Nous, les héritiers de Dieu, et les cohéritiers de Christ. " Et au chap. XVI: " A Dieu, qui est le seul sage, honneur et gloire par Jésus-Christ... Vous êtes à Jésus-Christ, et Jésus-Christ à Dieu (I aux Corinth., chap. III.) "
    Et (I aux Corinth., chap. XV, v. 27): " Tout lui est assujetti, en exceptant sans doute Dieu qui lui a assujetti toutes choses. "
¬†¬†¬†¬†On a eu quelque peine √† expliquer le passage de l'√Čp√ģtre aux Philippiens: " Ne faites rien par une vaine gloire; croyez mutuellement par humilit√© que les autres vous sont sup√©rieurs; ayez les m√™mes sentiments que Christ-J√©sus, qui √©tant dans l'empreinte de Dieu, n'a point cru sa proie de s'√©galer √† Dieu. " Ce passage para√ģt tr√®s bien approfondi et mis dans tout son jour dans une lettre qui nous reste des √©glises de Vienne et de Lyon, √©crite l'an 117, et qui est un pr√©cieux monument de l'antiquit√©. On loue dans cette lettre la modestie de quelques fid√®les. " Ils n'ont pas voulu, dit la lettre, prendre le grand titre de martyrs (pour quelques tribulations), √† l'exemple de J√©sus-Christ, lequel √©tant empreint de Dieu, n'a pas cru sa proie la qualit√© d'√©gal √† Dieu. " Orig√®ne dit aussi dans son Commentaire sur Jean: La grandeur de J√©sus a plus √©clat√© quand il s'est humili√© " que s'il e√Ľt fait sa proie d'√™tre √©gal √† Dieu. " En effet, l'explication contraire peut para√ģtre un contre-sens. Que signifierait, " Croyez les autres sup√©rieurs √† vous; imitez J√©sus qui n'a pas cru que c'√©tait une proie, une usurpation de s'√©galer √† Dieu ? " Ce serait visiblement se contredire, ce serait donner un exemple de grandeur pour un exemple de modestie; ce serait p√©cher contre la dialectique.
¬†¬†¬†¬†La sagesse des ap√ītres fondait ainsi l'√Čglise naissante. Cette sagesse ne fut point alt√©r√©e par la dispute qui survint entre les ap√ītres Pierre, Jacques, et Jean, d'un c√īt√©, et Paul de l'autre. Cette contestation arriva dans Antioche. L'ap√ītre Pierre, autrement C√©phas, ou Simon Barjone, mangeait avec les gentils convertis, et n'observait point avec eux les c√©r√©monies de la loi, ni la distinction des viandes; il mangeait, lui, Barnab√©, et d'autres disciples, indiff√©remment du porc, des chairs √©touff√©es, des animaux qui avaient le pied fendu et qui ne ruminaient pas; mais plusieurs Juifs chr√©tiens √©tant arriv√©s, saint Pierre se remit avec eux √† l'abstinence des viandes d√©fendues, et aux c√©r√©monies de la loi mosa√Įque.
¬†¬†¬†¬†Cette action paraissait tr√®s prudente; il ne voulait pas scandaliser les Juifs chr√©tiens ses compagnons; mais saint Paul s'√©leva contre lui avec un peu de duret√©. " Je lui r√©sistai, dit-il, √† sa face, parce qu'il √©tait bl√Ęmable. " (√Čp√ģtre aux Galates, chap. II.)
¬†¬†¬†¬†Cette querelle para√ģt d'autant plus extraordinaire de la part de saint Paul, qu'ayant √©t√© d'abord pers√©cuteur, il devait √™tre mod√©r√©, et que lui-m√™me il √©tait all√© sacrifier dans le temple √† J√©rusalem, qu'il avait circoncis son disciple Timoth√©e, qu'il avait accompli les rites juifs, lesquels il reprochait alors √† C√©phas. Saint J√©r√īme pr√©tend que cette querelle entre Paul et C√©phas √©tait feinte. Il dit dans sa premi√®re Hom√©lie, tome III, qu'ils firent comme deux avocats qui s'√©chauffent et se piquent au barreau, pour avoir plus d'autorit√© sur leurs clients; il dit que Pierre C√©phas √©tant destin√© √† pr√™cher aux Juifs, et Paul aux gentils, ils firent semblant de se quereller, Paul pour gagner les gentils, et Pierre pour gagner les Juifs. Mais saint Augustin n'est point du tout de cet avis. " Je suis f√Ęch√©, dit-il dans l'√Čp√ģtre √† J√©r√īme, qu'un aussi grand homme se rende le patron du mensonge, patronum mendacii. "
¬†¬†¬†¬†Cette dispute entre saint J√©r√īme et saint Augustin ne doit pas diminuer notre v√©n√©ration pour eux, encore moins pour saint Paul et pour saint Pierre.
¬†¬†¬†¬†Au reste, si Pierre √©tait destin√© aux Juifs juda√Įsants, et Paul aux √©trangers, il para√ģt probable que Pierre ne vint point √† Rome. Les Actes des ap√ītres ne font aucune mention du voyage de Pierre en Italie.
¬†¬†¬†¬†Quoi qu'il en soit, ce fut vers l'an 60 de notre √®re que les chr√©tiens commenc√®rent √† se s√©parer de la communion juive; et c'est ce qui leur attira tant de querelles et tant de pers√©cutions de la part des synagogues r√©pandues √† Rome, en Gr√®ce, dans l'√Čgypte et dans l'Asie. Ils furent accus√©s d'impi√©t√©, d'ath√©isme, par leurs fr√®res juifs, qui les excommuniaient dans leurs synagogues trois fois les jours du sabbat. Mais Dieu les soutint toujours au milieu des pers√©cutions.
¬†¬†¬†¬†Petit √† petit plusieurs √Čglises se form√®rent, et la s√©paration devint enti√®re entre les Juifs et les chr√©tiens, avant la fin du premier si√®cle; cette s√©paration √©tait ignor√©e du gouvernement romain. Le s√©nat de Rome ni les empereurs n'entraient point dans ces querelles d'un petit troupeau que Dieu avait jusque-l√† conduit dans l'obscurit√©, et qu'il √©levait par des degr√©s insensibles.
    Le christianisme s'établit en Grèce et à Alexandrie. Les chrétiens y eurent à combattre une nouvelle secte de Juifs devenus philosophes à force de fréquenter les Grecs; c'était celle de la gnose ou des gnostiques; il s'y mêla de nouveaux chrétiens. Toutes ces sectes jouissaient alors d'une entière liberté de dogmatiser, de conférer et d'écrire, quand les courtiers juifs établis dans Rome et dans Alexandrie ne les accusaient pas auprès des magistrats; mais sous Domitien la religion chrétienne commença à donner quelque ombrage au gouvernement.
¬†¬†¬†¬†Le z√®le de quelques chr√©tiens, qui n'√©tait pas selon la science, n'emp√™cha pas l'√Čglise de faire les progr√®s que Dieu lui destinait. Les chr√©tiens c√©l√©br√®rent d'abord leurs myst√®res dans des maisons retir√©es, dans des caves, pendant la nuit: de l√† leur vint le titre de lucifugaces, selon Minucius Felix. Philon les appelle gess√©ens. Leurs noms les plus communs, dans les quatre premiers si√®cles, chez les gentils, √©taient ceux de galil√©ens et de nazar√©ens; mais celui de chr√©tiens a pr√©valu sur tous les autres.
    Ni la hiérarchie ni les usages ne furent établis tout d'un coup; les temps apostoliques furent différents des temps qui les suivirent.
¬†¬†¬†¬†La messe, qui se c√©l√®bre au matin, √©tait la c√®ne qu'on faisait le soir; ces usages chang√®rent √† mesure que l'√Čglise se fortifia. Une soci√©t√© plus √©tendue exigea plus de r√©glements, et la prudence des pasteurs se conforma aux temps et aux lieux.
¬†¬†¬†¬†Saint J√©r√īme et Eus√®be rapportent que quand les √Čglises re√ßurent une forme, on y distingua peu √† peu cinq ordres diff√©rents: les surveillants, episcopo√Į, d'o√Ļ sont venus les √©v√™ques; les anciens de la soci√©t√©, presbytero√Į, les pr√™tres; diacono√Į, les servants ou diacres; les pisto√Į, croyants, initi√©s, c'est-√†-dire les baptis√©s, qui avaient part aux soupers des agapes, les cat√©chum√®nes, qui attendaient le bapt√™me, et les √©nergum√®nes, qui attendaient qu'on les d√©livr√Ęt du d√©mon. Aucun, dans ces cinq ordres, ne portait d'habit diff√©rent des autres; aucun n'√©tait contraint au c√©libat, t√©moin le livre de Tertullien d√©di√© √† sa femme, t√©moin l'exemple des ap√ītres. Aucune repr√©sentation, soit en peinture, soit en sculpture, dans leurs assembl√©es, pendant les deux premiers si√®cles; point d'autels, encore moins de cierges, d'encens, et d'eau lustrale. Les chr√©tiens cachaient soigneusement leurs livres aux gentils: ils ne les confiaient qu'aux initi√©s; il n'√©tait pas m√™me permis aux cat√©chum√®nes de r√©citer l'Oraison dominicale.
DU POUVOIR DE CHASSER LES DIABLES DONN√Č √Ä L'√ČGLISE.
¬†¬†¬†¬†Ce qui distinguait le plus les chr√©tiens, et ce qui a dur√© jusqu'√† nos derniers temps, √©tait le pouvoir de chasser les diables avec le signe de la croix. Orig√®ne, dans son trait√© contre Celse, avoue, au nombre 133, qu'Antino√ľs, divinis√© par l'empereur Adrien, faisait des miracles en √Čgypte par la force des charmes et des prestiges; mais il dit que les diables sortent du corps des poss√©d√©s √† la prononciation du seul nom de J√©sus.
¬†¬†¬†¬†Tertullien va plus loin, et, du fond de l'Afrique o√Ļ il √©tait, il dit dans son Apolog√©tique, au chapitre XXIII: " Si vos dieux ne confessent pas qu'ils sont des diables √† la pr√©sence d'un vrai chr√©tien, nous voulons bien que vous r√©pandiez le sang de ce chr√©tien. " Y a-t-il une d√©monstration plus claire ?
¬†¬†¬†¬†En effet J√©sus-Christ envoya ses ap√ītres pour chasser les d√©mons. Les Juifs avaient aussi de son temps le don de les chasser; car lorsque J√©sus eut d√©livr√© des poss√©d√©s, et eut envoy√© les diables dans les corps d'un troupeau de deux mille cochons, et qu'il eut op√©r√© d'autres gu√©risons pareilles, les pharisiens dirent: Il chasse les d√©mons par la puissance de Belz√©buth. " Si c'est par Belz√©buth que je les chasse, r√©pondit J√©sus, par qui vos fils les chassent-ils ? " Il est incontestable que les Juifs se vantaient de ce pouvoir: ils avaient des exorcistes et des exorcismes; on invoquait le nom de Dieu, de Jacob et d'Abraham; on mettait des herbes consacr√©es dans le nez des d√©moniaques. (Jos√®phe rapporte une partie de ces c√©r√©monies.) Ce pouvoir sur les diables, que les Juifs ont perdu, fut transmis aux chr√©tiens, qui semblent aussi l'avoir perdu depuis quelque temps.
¬†¬†¬†¬†Dans le pouvoir de chasser les d√©mons √©tait compris celui de d√©truire les op√©rations de la magie; car la magie fut toujours en vigueur chez toutes les nations. Tous les P√®res de l'√Čglise rendent t√©moignage √† la magie. Saint Justin avoue dans son Apolog√©tique, au livre III, qu'on √©voque souvent les √Ęmes des morts, et il en tire un argument en faveur de l'immortalit√© de l'√Ęme. Lactance, au livre VII de ses Institutions divines, dit que " si on osait nier l'existence des √Ęmes apr√®s la mort, le magicien vous en convaincrait bient√īt en les faisant para√ģtre. " Ir√©n√©e, Cl√©ment Alexandrin, Tertullien, l'√©v√™que Cyprien, tous affirment la m√™me chose. Il est vrai qu'aujourd'hui tout est chang√©, et qu'il n'y a pas plus de magiciens que de d√©moniaques. Mais Dieu est le ma√ģtre d'avertir les hommes par des prodiges dans certains temps, et de les faire cesser dans d'autres.
DES MARTYRS DE L'√ČGLISE.
¬†¬†¬†¬†Quand les soci√©t√©s chr√©tiennes devinrent un peu nombreuses, et que plusieurs s'√©lev√®rent contre le culte de l'empire romain, les magistrats s√©virent contre elles, et les peuples surtout les pers√©cut√®rent. On ne pers√©cutait point les Juifs qui avaient des privil√®ges particuliers, et qui se renfermaient dans leurs synagogues; on leur permettait l'exercice de leur religion, comme on fait encore aujourd'hui √† Rome; on souffrait tous les cultes divers r√©pandus dans l'empire, quoique le s√©nat ne les adopt√Ęt pas.
    Mais les chrétiens se déclarant ennemis de tous ces cultes, et surtout de celui de l'empire, furent exposés plusieurs fois à ces cruelles épreuves.
¬†¬†¬†¬†Un des premiers et des plus c√©l√®bres martyrs, fut Ignace, √©v√™que d'Antioche, condamn√© par l'empereur Trajan lui-m√™me, alors en Asie, et envoy√© par ses ordres √† Rome, pour √™tre expos√© aux b√™tes, dans un temps o√Ļ l'on ne massacrait point √† Rome les autres chr√©tiens. On ne sait point pr√©cis√©ment de quoi il √©tait accus√© aupr√®s de cet empereur, renomm√© d'ailleurs pour sa cl√©mence: il fallait que saint Ignace e√Ľt de bien violents ennemis. Quoi qu'il en soit, l'histoire de son martyre rapporte qu'on lui trouva le nom de J√©sus-Christ grav√© sur le coeur, en caract√®res d'or; et c'est de l√† que les chr√©tiens prirent en quelques endroits le nom de Th√©ophores, qu'Ignace s'√©tait donn√© √† lui-m√™me.
¬†¬†¬†¬†On nous a conserv√© une lettre de lui , par laquelle il prie les √©v√™ques et les chr√©tiens de ne point s'opposer √† son martyre; soit que d√®s lors les chr√©tiens fussent assez puissants pour le d√©livrer, soit que parmi eux quelques-uns eussent assez de cr√©dit pour obtenir sa gr√Ęce. Ce qui est encore tr√®s remarquable, c'est qu'on souffrit que les chr√©tiens de Rome vinssent au-devant de lui, quand il fut amen√© dans cette capitale; ce qui prouverait √©videmment qu'on punissait en lui la personne, et non pas la secte.
    Les persécutions ne furent pas continuées. Origène, dans son livre III contre Celse, dit: " On peut compter facilement les chrétiens qui sont morts pour leur religion, parce qu'il en est mort peu, et seulement de temps en temps et par intervalles. "
¬†¬†¬†¬†Dieu eut un si grand soin de son √Čglise, que, malgr√© ses ennemis, il fit en sorte qu'elle tint cinq conciles dans le premier si√®cle, seize dans le second, et trente dans le troisi√®me; c'est-√†-dire des assembl√©es secr√®tes et tol√©r√©es. Ces assembl√©es furent quelquefois d√©fendues, quand la fausse prudence des magistrats craignit qu'elles ne devinssent tumultueuses. Il nous est rest√© peu de proc√®s-verbaux des proconsuls et des pr√©teurs qui condamn√®rent les chr√©tiens √† mort. Ce seraient les seuls actes sur lesquels on p√Ľt constater les accusations port√©es contre eux, et leurs supplices.
¬†¬†¬†¬†Nous avons un fragment de Denys d'Alexandrie, dans lequel il rapporte l'extrait du greffe d'un proconsul d'√Čgypte, sous l'empereur Val√©rien; le voici:
¬†¬†¬†¬†" Denys, Fauste, Maxime, Marcel et Ch√©remon, ayant √©t√© introduits √† l'audience, le pr√©fet √Čmilien leur a dit: Vous avez pu conna√ģtre par les entretiens que j'ai eus avec vous, et par tout ce que je vous ai √©crit, combien nos princes ont t√©moign√© de bont√© √† votre √©gard; je veux bien encore vous le redire: ils font d√©pendre votre conservation et votre salut de vous-m√™mes, et votre destin√©e est entre vos mains. Ils ne demandent de vous qu'une seule chose, que la raison exige de toute personne raisonnable; c'est que vous adoriez les dieux protecteurs de leur empire, et que vous abandonniez cet autre culte si contraire √† la nature et au bon sens. "
    Denys a répondu: " Chacun n'a pas les mêmes dieux, et chacun adore ceux qu'il croit l'être véritablement. "
¬†¬†¬†¬†Le pr√©fet √Čmilien a repris: " Je vois bien que vous √™tes des ingrats, qui abusez des bont√©s que les empereurs ont pour vous. Eh bien ! vous ne demeurerez pas davantage dans cette ville, et je vous envoie √† C√©phro dans le fond de la Libye; ce sera l√† le lieu de votre bannissement, selon l'ordre que j'en ai re√ßu de nos empereurs: au reste, ne pensez pas y tenir vos assembl√©es, ni aller faire vos pri√®res dans ces lieux que vous nommez des cimeti√®res; cela vous est absolument d√©fendu, je ne le permettrai √† personne. "
¬†¬†¬†¬†Rien ne porte plus les caract√®res de v√©rit√© que ce proc√®s-verbal. On voit par l√† qu'il y avait des temps o√Ļ les assembl√©es √©taient prohib√©es. C'est ainsi qu'en France il est d√©fendu aux calvinistes de s'assembler; on a m√™me quelquefois fait pendre et rouer des ministres ou pr√©dicants qui tenaient des assembl√©es malgr√© les lois; et depuis 1745, il y en a eu six de pendus. C'est ainsi qu'en Angleterre et en Irlande les assembl√©es sont d√©fendues aux catholiques romains; et il y a eu des occasions o√Ļ les d√©linquants ont √©t√© condamn√©s √† la mort.
¬†¬†¬†¬†Malgr√© ces d√©fenses port√©es par les lois romaines, Dieu inspira √† plusieurs empereurs de l'indulgence pour les chr√©tiens. Diocl√©tien m√™me, qui passe chez les ignorants pour un pers√©cuteur, Diocl√©tien, dont la premi√®re ann√©e de r√®gne est encore l'√©poque de l'√®re des martyrs, fut, pendant plus de dix-huit ans, le protecteur d√©clar√© du christianisme, au point que plusieurs chr√©tiens eurent des charges principales aupr√®s de sa personne. Il √©pousa m√™me une chr√©tienne; il souffrit que dans Nicom√©die, sa r√©sidence, il y e√Ľt une superbe √©glise √©lev√©e vis-√†-vis son palais.
    Le césar Galerius ayant malheureusement été prévenu contre les chrétiens, dont il croyait avoir à se plaindre, engagea Dioclétien à faire détruire la cathédrale de Nicomédie. Un chrétien plus zélé que sage mit en pièces l'édit de l'empereur; et de là vint cette persécution si fameuse, dans laquelle il y eut plus de deux cents personnes exécutées à mort dans l'empire romain, sans compter ceux que la fureur du petit peuple, toujours fanatique et toujours barbare, fit périr contre les formes juridiques.
    Il y eut en divers temps un si grand nombre de martyrs, qu'il faut bien se donner de garde d'ébranler la vérité de l'histoire de ces véritables confesseurs de notre sainte religion, par un mélange dangereux de fables et de faux martyrs.
¬†¬†¬†¬†Le b√©n√©dictin dom Ruinart, par exemple, homme d'ailleurs aussi instruit qu'estimable et z√©l√©, aurait d√Ľ choisir avec plus de discr√©tion ses Actes sinc√®res. Ce n'est pas assez qu'un manuscrit soit tir√© de l'abbaye de Saint-Beno√ģt-sur-Loire, ou d'un couvent de c√©lestins de Paris, conforme √† un manuscrit des feuillants, pour que cet acte soit authentique; il faut que cet acte soit ancien, √©crit par des contemporains, et qu'il porte d'ailleurs tous les caract√®res de la v√©rit√©.
¬†¬†¬†¬†Il aurait pu se passer de rapporter l'aventure du jeune Romanus, arriv√©e en 303. Ce jeune Romain avait obtenu son pardon de Diocl√©tien dans Antioche. Cependant il dit que le juge Ascl√©piade le condamna √† √™tre br√Ľl√©: des Juifs pr√©sents √† ce spectacle se moqu√®rent du jeune saint Romanus, et reproch√®rent aux chr√©tiens que leur Dieu les laissait br√Ľler, lui qui avait d√©livr√© Sidrac, Misac, et Abdenago, de la fournaise; qu'aussit√īt il s'√©leva, dans le temps le plus serein, un orage qui √©teignit le feu; qu'alors le juge ordonna qu'on coup√Ęt la langue au jeune Romanus; que le premier m√©decin de l'empereur se trouvant l√†, fit officieusement la fonction de bourreau, et lui coupa la langue dans la racine; qu'aussit√īt le jeune homme, qui √©tait b√®gue auparavant, parla avec beaucoup de libert√©; que l'empereur fut √©tonn√© que l'on parl√Ęt si bien sans langue; que le m√©decin, pour r√©it√©rer cette exp√©rience, coupa sur-le-champ la langue √† un passant, lequel en mourut subitement.
    Eusèbe, dont le bénédictin Ruinart a tiré ce conte, devait respecter assez les vrais miracles opérés dans l'ancien et dans le nouveau Testament (desquels personne ne doutera jamais) pour ne pas leur associer des histoires si suspectes, lesquelles pourraient scandaliser les faibles.
¬†¬†¬†¬†Cette derni√®re pers√©cution ne s'√©tendit pas dans tout l'empire. Il y avait alors en Angleterre quelque christianisme, qui s'√©clipsa bient√īt pour repara√ģtre ensuite sous les rois saxons. Les Gaules m√©ridionales et l'Espagne √©taient remplies de chr√©tiens. Le c√©sar Constance-Chlore les prot√©gea beaucoup dans toutes ses provinces. Il avait une concubine qui √©tait chr√©tienne, c'est la m√®re de Constantin, connue sous le nom de sainte H√©l√®ne; car il n'y eut jamais de mariage av√©r√© entre elle et lui; et il la renvoya m√™me d√®s l'an 292, quand il √©pousa la fille de Maximien-Hercule; mais elle avait conserv√© sur lui beaucoup d'ascendant, et lui avait inspir√© une grande affection pour notre sainte religion.
DE L'√ČTABLISSEMENT DE L'√ČGLISE SOUS CONSTANTIN.
¬†¬†¬†¬†La divine Providence pr√©parait ainsi, par des voies qui semblent humaines, le triomphe de son √Čglise.
¬†¬†¬†¬†Constance-Chlore mourut en 306 √† York en Angleterre, dans un temps o√Ļ les enfants qu'il avait de la fille d'un c√©sar √©taient en bas √Ęge, et ne pouvaient pr√©tendre √† l'empire. Constantin eut la confiance de se faire √©lire √† York par cinq ou six mille soldats, allemands, gaulois et anglais pour la plupart. Il n'y avait pas d'apparence que cette √©lection, faite sans le consentement de Rome, du s√©nat, et des arm√©es, p√Ľt pr√©valoir; mais Dieu lui donna la victoire sur Maxentius √©lu √† Rome, et le d√©livra enfin de tous ses coll√®gues. On ne peut dissimuler qu'il ne se rend√ģt d'abord indigne des faveurs du ciel, par le meurtre de tous ses proches, et enfin de sa femme et de son fils.
¬†¬†¬†¬†On peut douter de ce que Zosime rapporte √† ce sujet. Il dit que Constantin, agit√© de remords apr√®s tant de crimes, demanda aux pontifes de l'empire s'il y avait quelque expiation pour lui, et qu'ils lui dirent qu'ils n'en connaissaient pas. Il est bien vrai qu'il n'y en avait point eu pour N√©ron, et qu'il n'avait os√© assister aux sacr√©s myst√®res en Gr√®ce. Cependant les tauroboles √©taient en usage; et il est bien difficile de croire qu'un empereur tout puissant n'ait pu trouver un pr√™tre qui voul√Ľt lui accorder des sacrifices expiatoires. Peut-√™tre m√™me est-il encore moins croyable que Constantin, occup√© de la guerre, de son ambition, de ses projets, et environn√© de flatteurs, ait eu le temps d'avoir des remords. Zosime ajoute qu'un pr√™tre √©gyptien arriv√© d'Espagne, qui avait acc√®s √† sa porte, lui promit l'expiation de tous ses crimes dans la religion chr√©tienne. On a soup√ßonn√© que ce pr√™tre √©tait Ozius, √©v√™que de Cordoue.
¬†¬†¬†¬†Quoi qu'il en soit, Dieu r√©serva Constantin pour l'√©clairer et pour en faire le protecteur de l'√Čglise. Ce prince fit b√Ętir sa ville de Constantinople, qui devint le centre de l'empire et de la religion chr√©tienne. Alors l'√Čglise prit une forme auguste. Et il est √† croire que lav√© par son bapt√™me, et repentant √† sa mort, il obtint mis√©ricorde, quoiqu'il soit mort arien. Il serait bien dur que tous les partisans des deux √©v√™ques Eus√®be eussent √©t√© damn√©s.
¬†¬†¬†¬†D√®s l'an 314, avant que Constantin r√©sid√Ęt dans sa nouvelle ville, ceux qui avaient pers√©cut√© les chr√©tiens furent punis par eux de leurs cruaut√©s. Les chr√©tiens jet√®rent la femme de Maximien dans l'Oronte; ils √©gorg√®rent tous ses parents; ils massacr√®rent dans l'√Čgypte et dans la Palestine les magistrats qui s'√©taient le plus d√©clar√©s contre le christianisme. La veuve et la fille de Diocl√©tien s'√©tant cach√©es √† Thessalonique, furent reconnues, et leurs corps jet√©s dans la mer. Il e√Ľt √©t√© √† souhaiter que les chr√©tiens eussent moins √©cout√© l'esprit de vengeance; mais Dieu qui punit selon sa justice, voulut que les mains des chr√©tiens fussent teintes du sang de leurs pers√©cuteurs, sit√īt que ces chr√©tiens furent en libert√© d'agir.
¬†¬†¬†¬†Constantin convoqua, assembla dans Nic√©e, vis-√†-vis de Constantinople, le premier concile oecum√©nique, auquel pr√©sida Ozius. On y d√©cida la grande question qui agitait l'√Čglise, touchant la divinit√© de J√©sus-Christ.
¬†¬†¬†¬†On sait assez comment l'√Čglise ayant combattu trois cents ans contre les rites de l'empire romain, combattit ensuite contre elle-m√™me, et fut toujours militante et triomphante.
¬†¬†¬†¬†Dans la suite des temps, l'√Čglise grecque presque tout enti√®re, et toute l'√Čglise d'Afrique, devinrent esclaves sous les Arabes, et ensuite sous les Turcs , qui √©lev√®rent la religion mahom√©tane sur les ruines de la chr√©tienne. L'√Čglise romaine subsista, mais toujours souill√©e de sang par plus de six cents ans de discorde entre l'empire d'Occident et le sacerdoce. Ces querelles m√™mes la rendirent tr√®s puissante. Les √©v√™ques, les abb√©s en Allemagne, se firent tous princes, et les papes acquirent peu √† peu la domination absolue dans Rome et dans un pays consid√©rable. Ainsi Dieu √©prouva son √Čglise par les humiliations, par les troubles, par les crimes, et par la splendeur.
¬†¬†¬†¬†Cette √Čglise latine perdit au seizi√®me si√®cle la moiti√© de l'Allemagne, le Danemarck, la Su√®de, l'Angleterre, l'√Čcosse, l'Irlande, la meilleure partie de la Suisse, la Hollande; elle a gagn√© plus de terrain en Am√©rique par les conqu√™tes des Espagnols, qu'elle n'en a perdu en Europe; mais avec plus de territoire elle a bien moins de sujets.
¬†¬†¬†¬†La Providence divine semblait destiner le Japon, Siam, l'Inde, et la Chine, √† se ranger sous l'ob√©issance du pape, pour le r√©compenser de l'Asie-Mineure, de la Syrie, de la Gr√®ce, de l'√Čgypte, de l'Afrique, de la Russie, et des autres √©tats perdus dont nous avons parl√©. Saint Fran√ßois Xavier, qui porta le saint √Čvangile aux Indes-Orientales et au Japon, quand les Portugais y all√®rent chercher des marchandises, fit un tr√®s grand nombre de miracles, tous attest√©s par les RR. PP. j√©suites: quelques uns disent qu'il ressuscita neuf morts; mais le R. P. Ribadeneira, dans sa Fleur des saints , se borne √† dire qu'il n'en ressuscita que quatre; c'est bien assez. La Providence voulut qu'en moins de cent ann√©es il y e√Ľt des milliers de catholiques romains dans les √ģles du Japon; mais le diable sema son ivraie au milieu du bon grain. Les j√©suites, √† ce qu'on croit, form√®rent une conjuration suivie d'une guerre civile, dans laquelle tous les chr√©tiens furent extermin√©s en 1638. Alors la nation ferma ses ports √† tous les √©trangers, except√© aux Hollandais, qu'on regardait comme des marchands, et non pas comme des chr√©tiens, et qui furent d'abord oblig√©s de marcher sur la croix, pour obtenir la permission de vendre leurs denr√©es dans la prison o√Ļ on les renferme lorsqu'ils abordent √† Nangazaki.
¬†¬†¬†¬†La religion catholique, apostolique et romaine fut proscrite √† la Chine dans nos derniers temps, mais d'une mani√®re moins cruelle. Les RR. PP. j√©suites n'avaient pas, √† la v√©rit√©, ressuscit√© des morts √† la cour de P√©kin; ils s'√©taient content√©s d'enseigner l'astronomie, de fondre du canon, et d'√™tre mandarins. Leurs malheureuses disputes avec des dominicains et d'autres scandalis√®rent √† tel point le grand empereur Yong-tching, que ce prince, qui √©tait la justice et la bont√© m√™me, fut assez aveugle pour ne plus permettre qu'on enseign√Ęt notre sainte religion, dans laquelle nos missionnaires ne s'accordaient pas. Il les chassa avec une bont√© paternelle, leur fournissant des subsistances et des voitures jusqu'aux confins de son empire.
    Toute l'Asie, toute l'Afrique, la moitié de l'Europe, tout ce qui appartient aux Anglais, aux Hollandais, dans l'Amérique, toutes les hordes américaines non domptées, toutes les terres australes, qui sont une cinquième partie du globe, sont demeurées la proie du démon, pour vérifier cette sainte parole: " Il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. " (Matth. XX, 16).
DE LA SIGNIFICATION DU MOT √ČGLISE. PORTRAIT DE L'√ČGLISE PRIMITIVE. D√ČG√ČN√ČRATION. EXAMEN DES SOCI√ČT√ČS QUI ONT VOULU R√ČTABLIR L'√ČGLISE PRIMITIVE, ET PARTICULI√ąREMENT DES PRIMITIFS APPEL√ČS QUAKERS.
¬†¬†¬†¬†Ce mot grec signifiait, chez les Grecs, assembl√©e du peuple. Quand on traduisit les livres h√©breux en grec, on rendit synagogue par √©glise, et on se servit du m√™me nom pour exprimer la soci√©t√© juive, la congr√©gation politique, l'assembl√©e juive, le peuple juif. Ainsi, il est dit dans les Nombres , " Pourquoi avez-vous men√© l'√Čglise dans le d√©sert ? " et dans le Deut√©ronome , L'eunuque, le Moabite, l'Ammonite, n'entreront pas dans l'√Čglise; les Idum√©ens, les √Čgyptiens, n'entreront dans l'√Čglise qu'√† la troisi√®me g√©n√©ration. "
¬†¬†¬†¬†J√©sus-Christ dit dans saint Matthieu: " Si votre fr√®re a p√©ch√© contre vous (vous a offens√©), reprenez-le entre vous et lui. Prenez, amenez avec vous un ou deux t√©moins, afin que tout s'√©claircisse par la bouche de deux ou trois t√©moins; et s'il ne les √©coute pas, plaignez-vous √† l'assembl√©e du peuple, √† l'√Čglise; et s'il n'√©coute pas l'√Čglise, qu'il soit comme un gentil, ou un receveur des deniers publics. Je vous dis, ainsi soit-il, en v√©rit√©, tout ce que vous aurez li√© sur terre sera li√© au ciel, et ce que vous aurez d√©li√© sur terre sera d√©li√© au ciel. " (Allusion aux clefs des portes, dont on liait et d√©liait la courroie.)
¬†¬†¬†¬†Il s'agit ici de deux hommes dont l'un a offens√© l'autre et persiste. On ne pouvait le faire compara√ģtre dans l'assembl√©e, dans l'√Čglise chr√©tienne; il n'y en avait point encore: on ne pouvait faire juger cet homme dont son compagnon se plaignait par un √©v√™que et par les pr√™tres qui n'existaient pas encore: de plus, ni les pr√™tres juifs ni les pr√™tres chr√©tiens ne furent jamais juges des querelles entre particuliers; c'√©tait une affaire de police; les √©v√™ques ne devinrent juges que vers le temps de Valentinien III.
¬†¬†¬†¬†Les commentateurs ont donc conclu que l'√©crivain sacr√© de cet √Čvangile fait parler ici notre Seigneur par anticipation; que c'est une all√©gorie, une pr√©diction de ce qui arrivera quand l'√Čglise chr√©tienne sera form√©e et √©tablie.
¬†¬†¬†¬†Selden fait une remarque importante sur ce passage; c'est qu'on n'excommuniait point chez les Juifs les publicains, les receveurs des deniers royaux. Le petit peuple pouvait les d√©tester; mais √©tant des officiers n√©cessaires, nomm√©s par le prince, il n'√©tait jamais tomb√© dans la t√™te de personne de vouloir les s√©parer de l'assembl√©e. Les Juifs √©taient alors sous la domination du proconsul de Syrie, qui √©tendait sa juridiction jusqu'aux confins de la Galil√©e et jusque dans l'√ģle de Chypre, o√Ļ il avait des vice-g√©rents. Il aurait √©t√© tr√®s imprudent de marquer publiquement son horreur pour les officiers l√©gaux du proconsul. L'injustice m√™me e√Ľt √©t√© jointe √† l'imprudence; car les chevaliers romains, fermiers du domaine public, les receveurs de l'argent de C√©sar, √©taient autoris√©s par les lois.
    Saint Augustin, dans son sermon LXXXI, peut fournir des réflexions pour l'intelligence de ce passage. Il parle de ceux qui gardent leur haine, qui ne veulent point pardonner. " Coepisti habere fratrem tuum tanquam publicanum. Ligas illum in terra; sed ut juste alliges, vide: nam injusta vincula disrumpit justitia. Quum autem correxeris et concordaveris cum fratre tuo, solvisti eum in terra. "
    " Vous regardez votre frère comme un publicain; c'est l'avoir lié sur la terre; mais voyez si vous le liez justement, car la justice rompt les liens injustes: mais si vous avez corrigé votre frère, si vous vous êtes accordé avec lui, vous l'avez délié sur la terre. "
¬†¬†¬†¬†Il semble, par la mani√®re dont saint Augustin s'explique, que l'offens√© ait fait mettre l'offenseur en prison, et qu'on doive entendre que s'il est jet√© dans les liens sur la terre, il est aussi dans les liens c√©lestes; mais que si l'offens√© est inexorable, il devient li√© lui-m√™me. Il n'est point question de l'√Čglise dans l'explication de saint Augustin; il ne s'agit que de pardonner ou de ne pardonner pas une injure. Saint Augustin ne parle point ici du droit sacerdotal de remettre les p√©ch√©s de la part de Dieu. C'est un droit reconnu ailleurs, un droit d√©riv√© du sacrement de la confession. Saint Augustin, tout profond qu'il est dans les types et dans les all√©gories, ne regarde pas ce fameux passage comme une allusion √† l'absolution donn√©e ou refus√©e par les ministres de l'√Čglise catholique romaine dans le sacrement de p√©nitence.
DU NOM D'√ČGLISE DANS LES SOCI√ČT√ČS CHR√ČTIENNES.
¬†¬†¬†¬†On ne reconna√ģt dans plusieurs √©tats chr√©tiens que quatre √Čglises, la grecque, la romaine, la luth√©rienne, la r√©form√©e ou calviniste. Il en est ainsi en Allemagne; les primitifs ou quakers, les anabaptistes, les sociniens, les mennonites, les pi√©tistes, les moraves, les juifs et autres, ne forment point d'√©glise. La religion juive a conserv√© le titre de synagogue. Les sectes chr√©tiennes qui sont tol√©r√©es n'ont que des assembl√©es secr√®tes, des conventicules: il en est de m√™me √† Londres.
¬†¬†¬†¬†On ne reconna√ģt l'√Čglise catholique ni en Su√®de, ni en Danemarck, ni dans les parties septentrionales de l'Allemagne, ni en Hollande, ni dans les trois quarts de la Suisse, ni dans les trois royaumes de la Grande-Bretagne.
DE LA PRIMITIVE √ČGLISE, ET DE CEUX QUI ONT CRU LA R√ČTABLIR.
    Les Juifs, ainsi que tous les peuples de Syrie, furent divisés en plusieurs petites congrégations religieuses, comme nous l'avons vu: toutes tendaient à une perfection mystique.
¬†¬†¬†¬†Un rayon plus pur de lumi√®re anima les disciples de saint Jean, qui subsistent encore vers Mosul. Enfin vint sur la terre le fils de Dieu annonc√© par saint Jean. Ses disciples furent constamment tous √©gaux. J√©sus leur avait dit express√©ment: " Il n'y aura parmi vous ni premier ni dernier... Je suis venu pour servir, et non pour √™tre servi.... Celui qui voudra √™tre le ma√ģtre des autres, les servira. "
    Une preuve d'égalité c'est que les chrétiens, dans les commencements, ne prirent d'autre nom que celui de frères. Ils s'assemblaient et attendaient l'esprit; ils prophétisaient quand ils étaient inspirés. Saint Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens, leur dit: " Si dans votre assemblée chacun de vous a le don du cantique, celui de la doctrine, celui de l'apocalypse, celui des langues, celui d'interpréter, que tout soit à l'édification. Si quelqu'un parle de la langue comme deux ou trois, et par parties, qu'il y en ait un qui interprète.
    Que deux ou trois prophètes parlent, que les autres jugent; et que si quelque chose est révélé à un autre, que le premier se taise; car vous pouvez tous prophétiser chacun à part, afin que tous apprennent et que tous exhortent; l'esprit de prophétie est soumis aux prophètes: car le Seigneur est un Dieu de paix.... Ainsi donc, mes frères, ayez tous l'émulation de prophétiser, et n'empêchez point de parler des langues. "
    J'ai traduit mot à mot, par respect pour le texte, et pour ne point entrer dans des disputes de mots.
¬†¬†¬†¬†Saint Paul, dans la m√™me √©p√ģtre, convient que les femmes peuvent proph√©tiser, quoiqu'il leur d√©fende au chapitre XIV de parler dans les assembl√©es. " Toute femme, dit-il , priant ou proph√©tisant sans avoir un voile sur la t√™te, souille sa t√™te; car c'est comme si elle √©tait chauve. "
¬†¬†¬†¬†Il est clair, par tous ces passages et par beaucoup d'autres, que les premiers chr√©tiens √©taient tous √©gaux, non seulement comme fr√®res en J√©sus-Christ, mais comme √©galement partag√©s. L'esprit se communiquait √©galement √† eux; ils parlaient √©galement diverses langues; ils avaient √©galement le don de proph√©tiser, sans distinction de rang, ni d'√Ęge, ni de sexe.
¬†¬†¬†¬†Les ap√ītres qui enseignaient les n√©ophytes avaient sans doute sur eux cette pr√©√©minence naturelle que le pr√©cepteur a sur l'√©colier; mais de juridiction, de puissance temporelle, de ce qu'on appelle honneurs dans le monde, de distinction dans l'habillement, de marque de sup√©riorit√©, ils n'en avaient assur√©ment aucune, ni ceux qui leur succ√©d√®rent. Ils poss√©daient une autre grandeur bien diff√©rente, celle de la persuasion.
¬†¬†¬†¬†Les fr√®res mettaient leur argent en commun. Ce furent eux-m√™mes qui choisirent sept d'entre eux pour avoir soin des tables et de pourvoir aux n√©cessit√©s communes. Ils √©lurent dans J√©rusalem m√™me ceux que nous nommons √Čtienne, Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parmenas, et Nicolas. Ce qu'on peut remarquer, c'est que parmi ces sept √©lus par la communaut√© juive il y a six Grecs.
¬†¬†¬†¬†Apr√®s les ap√ītres, on ne trouve aucun exemple d'un chr√©tien qui ait eu sur les autres chr√©tiens d'autre pouvoir que celui d'enseigner, d'exhorter, de chasser les d√©mons du corps des √©nergum√®nes, de faire des miracles. Tout est spirituel; rien ne se ressent des pompes du monde. Ce n'est gu√®re que dans le troisi√®me si√®cle que l'esprit d'orgueil, de vanit√©, d'int√©r√™t, se manifesta de tous c√īt√©s chez les fid√®les.
¬†¬†¬†¬†Les agapes √©taient d√©j√† de grands festins; on leur reprochait le luxe et la bonne ch√®re. Tertullien l'avoue. " Oui, dit-il, nous faisons grande ch√®re; mais dans les myst√®res d'Ath√®nes et d'√Čgypte ne fait-on pas bonne ch√®re aussi ? Quelque d√©pense que nous fassions, elle est utile et pieuse, puisque les pauvres en profitent. " " Quantiscumque sumptibus constet, lucrum est pietatis, siquidem inopes refrigerio isto juvamus. "
    Dans ce temps-là même, des sociétés de chrétiens qui osaient se dire plus parfaites que les autres, les montanistes, par exemple, qui se vantaient de tant de prophéties et d'une morale si austère, qui regardaient les secondes noces comme des adultères, et la fuite de la persécution comme une apostasie, qui avaient si publiquement des convulsions sacrées et des extases, qui prétendaient parler à Dieu face à face, furent convaincus, à ce qu'on prétend, de mêler le sang d'un enfant d'un an au pain de l'eucharistie. Ils attirèrent sur les véritables chrétiens ce cruel reproche qui les exposa aux persécutions.
    Voici comme ils s'y prenaient, selon saint Augustin; ils piquaient avec des épingles tout le corps de l'enfant, ils pétrissaient la farine avec ce sang et en faisaient un pain; s'il en mourait, ils l'honoraient comme un martyr.
¬†¬†¬†¬†Les moeurs √©taient si corrompues, que les saints P√®res ne cessaient de s'en plaindre. √Čcoutez saint Cyprien dans son livre des Tombes: " Chaque pr√™tre, dit-il, court apr√®s les biens et les honneurs avec une fureur insatiable. Les √©v√™ques sont sans religion, les femmes sans pudeur; la friponnerie r√®gne; on jure, on se parjure; les animosit√©s divisent les chr√©tiens; les √©v√™ques abandonnent les chaires pour courir aux foires, et pour s'enrichir par le n√©goce; enfin nous nous plaisons √† nous seuls, et nous d√©plaisons √† tout le monde. "
    Avant ces scandales, le prêtre Novatien en avait donné un bien funeste aux fidèles de Rome: il fut le premier antipape. L'épiscopat de Rome, quoique secret et exposé à la persécution, était un objet d'ambition et d'avarice par les grandes contributions des chrétiens, et par l'autorité de la place.
¬†¬†¬†¬†Ne r√©p√©tons point ici ce qui est d√©pos√© dans tant d'archives, ce qu'on entend tous les jours dans la bouche des personnes instruites, ce nombre prodigieux de schismes et de guerres; six cents ann√©es de querelles sanglantes entre l'empire et le sacerdoce; l'argent des nations coulant par mille canaux, tant√īt √† Rome, tant√īt dans Avignon lorsque les papes y fix√®rent leur s√©jour pendant soixante et douze ans; et le sang coulant dans toute l'Europe, soit pour l'int√©r√™t d'une tiare si inconnue √† J√©sus-Christ, soit pour des questions inintelligibles dont il n'a jamais parl√©. Notre religion n'en est pas moins vraie, moins sacr√©e, moins divine, pour avoir √©t√© souill√©e si longtemps dans le crime, et plong√©e dans le carnage.
¬†¬†¬†¬†Quand la fureur de dominer, cette terrible passion du coeur humain, fut parvenue √† son dernier exc√®s, lorsque le moine Hildebrand , √©lu contre les lois √©v√™que de Rome, arracha cette capitale aux empereurs, et d√©fendit √† tous les √©v√™ques d'Occident de porter l'ancien nom de pape pour se l'attribuer √† lui seul; lorsque les √©v√™ques d'Allemagne, √† son exemple, se rendirent souverains, que tous ceux de France et d'Angleterre t√Ęch√®rent d'en faire autant, il s'√©leva, depuis ces temps affreux jusqu'√† nos jours, des soci√©t√©s chr√©tiennes, qui sous cent noms diff√©rents voulurent r√©tablir l'√©galit√© primitive dans le christianisme.
¬†¬†¬†¬†Mais ce qui avait √©t√© praticable dans une petite soci√©t√© cach√©e au monde ne l'√©tait plus dans de grands royaumes. L'√Čglise militante et triomphante ne pouvait plus √™tre l'√Čglise ignor√©e et humble. Les √©v√™ques, les grandes communaut√©s monastiques riches et puissantes, se r√©unissant sous les √©tendards du pontife de la Rome nouvelle, combattirent alors pro aris et pro focis, pour leurs autels et pour leurs foyers. Croisades, arm√©es, si√©ges, batailles, rapines, tortures, assassinats par la main des bourreaux, assassinats par la main des pr√™tres des deux partis, poisons, d√©vastations par le fer et par la flamme, tout fut employ√© pour soutenir ou pour humilier la nouvelle administration eccl√©siastique; et le berceau de la primitive √Čglise fut tellement cach√© sous les flots de sang et sous les ossements des morts, qu'on put √† peine le retrouver.
DES PRIMITIFS APPEL√ČS QUAKERS.
¬†¬†¬†¬†Les guerres religieuses et civiles de la Grande-Bretagne ayant d√©sol√© l'Angleterre, l'√Čcosse et l'Irlande, dans le r√®gne infortun√© de Charles 1er, Guillaume Penn, fils d'un vice-amiral, r√©solut d'aller r√©tablir ce qu'il appelait la primitive √Čglise sur les rivages de l'Am√©rique septentrionale, dans un climat doux, qui lui parut fait pour ses moeurs. Sa secte √©tait nomm√©e celle des trembleurs; d√©nomination ridicule, mais qu'ils m√©ritaient par les tremblements de corps qu'ils affectaient en pr√™chant, et par un nasillonnement qui ne fut dans l'√Čglise romaine que le partage d'une esp√®ce de moines appel√©s capucins. Mais on peut, en parlant du nez et en se secouant, √™tre doux, frugal, modeste, juste, charitable. Personne ne nie que cette soci√©t√© de primitifs ne donn√Ęt l'exemple de toutes ces vertus.
¬†¬†¬†¬†Penn voyait que les √©v√™ques anglicans et les presbyt√©riens avaient √©t√© la cause d'une guerre affreuse pour un surplis, des manches de linon, et une liturgie; il ne voulut ni liturgie, ni linon, ni surplis: les ap√ītres n'en avaient point. J√©sus-Christ n'avait baptis√© personne; les associ√©s de Penn ne voulurent point √™tre baptis√©s.
    Les premiers fidèles étaient égaux: ces nouveaux venus prétendirent l'être autant qu'il est possible. Les premiers disciples reçurent l'esprit et parlaient dans l'assemblée; ils n'avaient ni autels, ni temples, ni ornements, ni cierges, ni encens, ni cérémonies: Penn et les siens se flattèrent de recevoir l'esprit, et renoncèrent à toute cérémonie, à tout appareil. La charité était précieuse aux disciples du Sauveur: ceux de Penn firent une bourse commune pour secourir les pauvres. Ainsi ces imitateurs des esséniens et des premiers chrétiens, quoique errant dans les dogmes et dans les rites, étaient pour toutes les autres sociétés chrétiennes un modèle étonnant de morale et de police.
    Enfin cet homme singulier alla s'établir avec cinq cents des siens dans le canton alors le plus sauvage de l'Amérique. La reine Christine de Suède avait voulu y fonder une colonie qui n'avait pas réussi; les primitifs de Penn eurent plus de succès.
    C'était sur les bords de la rivière Delaware, vers le quarantième degré. Cette contrée n'appartenait au roi d'Angleterre que parce qu'elle n'était réclamée alors par personne, et que les peuples nommés par nous sauvages, qui auraient pu la cultiver, avaient toujours demeuré assez loin dans l'épaisseur des forêts. Si l'Angleterre n'avait eu ce pays que par droit de conquête, Penn et ses primitifs auraient eu en horreur un tel asile. Ils ne regardaient ce prétendu droit de conquête que comme une violation du droit de la nature, et comme une rapine.
    Le roi Charles II déclara Penn souverain de tout ce pays désert, par l'acte le plus authentique, du 4 mars 1681. Penn, dès l'année suivante, y promulgua ses lois. La première fut la liberté civile entière, de sorte que chaque colon possédant cinquante acres de terre était membre de la législation; la seconde, une défense expresse aux avocats et aux procureurs de prendre jamais d'argent; la troisième, l'admission de toutes les religions, et la permission même à chaque habitant d'adorer Dieu dans sa maison, sans assister jamais à aucun culte public.
    Voici cette loi telle qu'elle est portée:
    " La liberté de conscience étant un droit que tous les hommes ont reçu de la nature avec l'existence, et que tous les gens paisibles doivent maintenir, il est fermement établi que personne ne sera forcé d'assister à aucun exercice public de religion.
    Mais il est expressément donné plein pouvoir à chacun de faire librement l'exercice public ou privé de sa religion, sans qu'on puisse y apporter aucun trouble ni empêchement sous aucun prétexte, pourvu qu'il fasse profession de croire en un seul Dieu éternel, tout puissant, créateur, conservateur, gouverneur de l'univers, et qu'il remplisse tous les devoirs de la société civile, auxquels on est obligé envers ses compatriotes. "
    Cette loi est encore plus indulgente, plus humaine que celle qui fut donnée aux peuples de la Caroline par Locke, le Platon de l'Angleterre, si supérieur au Platon de la Grèce. Locke n'a permis d'autres religions publiques que celles qui seraient approuvées par sept pères de famille. C'est une autre sorte de sagesse que celle de Penn.
    Mais ce qui est pour jamais honorable pour ces deux législateurs, et ce qui doit servir d'exemple éternel au genre humain, c'est que cette liberté de conscience n'a pas causé le moindre trouble. On dirait au contraire que Dieu a répandu ses bénédictions les plus sensibles sur la colonie de la Pensylvanie: elle était de cinq cents personnes en 1682; et en moins d'un siècle elle s'est accrue jusqu'à près de trois cent mille; c'est la proportion de cent cinquante à un. La moitié des colons est de la religion primitive; vingt autres religions composent l'autre moitié. Il y a douze beaux temples dans Philadelphie, et d'ailleurs chaque maison est un temple. Cette ville a mérité son nom d'amitié fraternelle. Sept autres villes et mille bourgades fleurissent sous cette loi de concorde. Trois cents vaisseaux partent du port tous les ans.
¬†¬†¬†¬†Cet √©tablissement, qui semble m√©riter une dur√©e √©ternelle, fut sur le point de p√©rir dans la funeste guerre de 1755, quand d'un c√īt√© les Fran√ßais avec leurs alli√©s sauvages, et les Anglais avec les leurs, commenc√®rent par se disputer quelques gla√ßons de l'Acadie.
    Les primitifs, fidèles à leur christianisme pacifique, ne voulurent point prendre les armes. Des sauvages tuèrent quelques uns de leurs colons sur la frontière: les primitifs n'usèrent point de représailles; ils refusèrent même longtemps de payer des troupes; ils dirent au général anglais ces propres paroles: " Les hommes sont des morceaux d'argile qui se brisent les uns contre les autres; pourquoi les aiderions-nous à se briser ? "
    Enfin dans l'assemblée générale par qui tout se règle, les autres religions l'emportèrent; on leva des milices; les primitifs contribuèrent, mais ils ne s'armèrent point. Ils obtinrent ce qu'ils s'étaient proposé, la paix avec leurs voisins. Ces prétendus sauvages leur dirent: " Envoyez-nous quelque descendant du grand Penn, qui ne nous trompa jamais; nous traiterons avec lui. " On leur députa un petit-fils de ce grand homme, et la paix fut conclue.
    Plusieurs primitifs avaient des esclaves nègres pour cultiver leurs terres; mais ils ont été honteux d'avoir en cela imité les autres chrétiens; ils ont donné la liberté à leurs esclaves en 1769.
¬†¬†¬†¬†Toutes les autres colonies les imitent aujourd'hui dans la libert√© de conscience; et quoiqu'il y ait des presbyt√©riens et des gens de la haute √Čglise, personne n'est g√™n√© dans sa croyance. C'est ce qui a √©gal√© le pouvoir des Anglais en Am√©rique √† la puissance espagnole, qui poss√®de l'or et l'argent. Il y aurait un moyen s√Ľr d'√©nerver toutes les colonies anglaises, ce serait d'y √©tablir l'inquisition.
¬†¬†¬†¬†N. B. L'exemple des primitifs nomm√©s quakers a produit dans la Pensylvanie une soci√©t√© nouvelle dans un canton qu'elle appelle Eufrate; c'est la secte des dunkards, ou des dumplers, beaucoup plus d√©tach√©e du monde que celle de Penn, esp√®ce de religieux hospitaliers, tous v√™tus uniform√©ment: elle ne permet pas aux mari√©s d'habiter la ville d'Eufrate; ils vivent √† la campagne qu'ils cultivent. Le tr√©sor public fournit √† tous leurs besoins dans les disettes. Cette soci√©t√© n'administre le bapt√™me qu'aux adultes; elle rejette le p√©ch√© originel comme une impi√©t√©, et l'√©ternit√© des peines comme une barbarie. Leur vie pure ne leur laisse pas imaginer que Dieu puisse tourmenter ses cr√©atures cruellement et √©ternellement. √Čgar√©s dans un coin du Nouveau-Monde, loin du troupeau de l'√Čglise catholique, ils sont jusqu'√† pr√©sent, malgr√© cette malheureuse erreur, les plus justes et les plus inimitables des hommes.
QUERELLE ENTRE L'√ČGLISE GRECQUE ET LA LATINE DANS L'ASIE ET DANS L'EUROPE.
¬†¬†¬†¬†Les gens de bien g√©missent, depuis environ quatorze si√®cles, que les deux √Čglises grecque et latine aient √©t√© toujours rivales, et que la robe de J√©sus-Christ, qui √©tait sans couture, ait √©t√© toujours d√©chir√©e. Cette division est bien naturelle. Rome et Constantinople se ha√Įssaient; quand les ma√ģtres se d√©testent, leurs aum√īniers ne s'aiment pas. Les deux communions se disputaient la sup√©riorit√© de la langue, l'antiquit√© des si√©ges, la science, l'√©loquence, le pouvoir.
¬†¬†¬†¬†Il est vrai que les Grecs eurent longtemps tout l'avantage; ils se vantaient d'avoir √©t√© les ma√ģtres des Latins, et de leur avoir tout enseign√©. Les √Čvangiles furent √©crits en grec. Il n'y avait pas un dogme, un rite, un myst√®re, un usage qui ne f√Ľt grec; depuis le mot de bapt√™me jusqu'au mot d'eucharistie, tout √©tait grec. On ne connut de P√®res de l'√Čglise que parmi les Grecs jusqu'√† saint J√©r√īme, qui m√™me n'√©tait pas Romain, puisqu'il √©tait de Dalmatie. Saint Augustin, qui suivit de pr√®s saint J√©r√īme, √©tait Africain. Les sept grands conciles oecum√©niques furent tenus dans des villes grecques; les √©v√™ques de Rome n'y parurent jamais, parce qu'ils ne savaient que leur latin, qui m√™me √©tait d√©j√† corrompu.
¬†¬†¬†¬†L'inimiti√© entre Rome et Constantinople √©clata d√®s l'an 452, au concile de Chalc√©doine, assembl√© pour d√©cider si J√©sus-Christ avait eu deux natures et une personne, ou deux personnes avec une nature. On y d√©cida que l'√Čglise de Constantinople √©tait en tout √©gale √† celle de Rome pour les honneurs, et le patriarche de l'une √©gal en tout au patriarche de l'autre. Le pape saint L√©on souscrivit aux deux natures; mais ni lui ni ses successeurs ne souscrivirent √† l'√©galit√©. On peut dire que dans cette dispute de rang et de pr√©√©minence on allait directement contre les paroles de J√©sus-Christ rapport√©es dans l'√Čvangile: " Il n'y aura parmi vous ni premier ni dernier. " Les saints sont saints, mais l'orgueil se glisse partout: le m√™me esprit qui fait √©cumer de col√®re le fils d'un ma√ßon devenu √©v√™que d'un village, quand on ne l'appelle pas monseigneur , a brouill√© l'univers chr√©tien.
    Les Romains furent toujours moins disputeurs, moins subtils que les Grecs; mais ils furent bien plus politiques. Les évêques d'Orient, en argumentant, demeurèrent sujets; celui de Rome, sans arguments, sut établir enfin son pouvoir sur les ruines de l'empire d'Occident; et on pouvait dire des papes ce que Virgile dit des Scipions et des Césars:
    " Romanos rerum dominos gentemque togatam. "
    VIRG., Aeneid., I, 286.
    vers digne de Virgile, rendu comiquement par un de nos vieux traducteurs:
    Tous gens en robe et souverains des rois.
¬†¬†¬†¬†La haine devint une scission du temps de Photius, p√Ępa ou surveillant de l'√Čglise bizantine, et Nicolas 1er, p√Ępa ou surveillant de l'√Čglise romaine. Comme malheureusement il n'y eut presque jamais de querelle eccl√©siastique sans ridicule, il arriva que le combat commen√ßa par deux patriarches qui √©taient tous deux eunuques: Ignace et Photius, qui se disputaient la chaire de Constantinople, √©taient tous deux chaponn√©s. Cette mutilation leur interdisant la vraie paternit√©, ils ne pouvaient √™tre que P√®res de l'√Čglise.
¬†¬†¬†¬†On dit que les ch√Ętr√©s sont tracassiers, malins, intrigants. Ignace et Photius troubl√®rent toute la cour grecque.
¬†¬†¬†¬†Le Latin Nicolas 1er ayant pris le parti d'Ignace, Photius d√©clara ce pape h√©r√©tique, attendu qu'il admettait la procession du souffle de Dieu, du Saint-Esprit, par le P√®re et par le Fils, contre la d√©cision unanime de toute l'√Čglise, qui ne l'avait fait proc√©der que du P√®re.
¬†¬†¬†¬†Outre cette procession h√©r√©tique, Nicolas mangeait et faisait manger des oeufs et du fromage en car√™me. Enfin, pour comble d'infid√©lit√©, le p√Ępa romain se faisait raser la barbe, ce qui √©tait une apostasie manifeste aux yeux des p√Ępas grecs, vu que Mo√Įse, les patriarches et J√©sus-Christ √©taient toujours peints barbus par les peintres grecs et latins.
¬†¬†¬†¬†Lorsqu'en 879 le patriarche Photius fut r√©tabli dans son si√©ge par le huiti√®me concile oecum√©nique grec, compos√© de quatre cents √©v√™ques, dont trois cents l'avaient condamn√© dans le concile oecum√©nique pr√©c√©dent, alors le pape Jean VIII le reconnut pour son fr√®re. Deux l√©gats, envoy√©s par lui √† ce concile, se joignirent √† l'√Čglise grecque, et d√©clar√®rent Judas quiconque dirait que le Saint-Esprit proc√®de du P√®re et du Fils; mais ayant persist√© dans l'usage de se raser le menton et de manger des oeufs en car√™me, les deux √Čglises rest√®rent toujours divis√©es.
¬†¬†¬†¬†Le schisme fut enti√®rement consomm√© l'an 1053 et 1054, lorsque Michel Cerularius, patriarche de Constantinople, condamna publiquement l'√©v√™que de Rome L√©on IX et tous les Latins, ajoutant √† tous les reproches de Photius, qu'ils osaient se servir de pain azyme dans l'eucharistie, contre la pratique des ap√ītres; qu'ils commettaient le crime de manger du boudin, et de tordre le cou aux pigeons au lieu de le leur couper pour les cuire. On ferma toutes les √©glises latines dans l'empire grec, et on d√©fendit tout commerce avec quiconque mangeait du boudin.
¬†¬†¬†¬†Le pape L√©on IX n√©gocia s√©rieusement cette affaire avec l'empereur Constantin Monomaque, et obtint quelques adoucissements. C'√©tait pr√©cis√©ment le temps o√Ļ ces c√©l√®bres gentilshommes normands, enfants de Tancr√®de de Hauteville, se moquant du pape et de l'empereur grec, prenaient tout ce qu'ils pouvaient dans la Pouille et dans la Calabre, et mangeaient du boudin effront√©ment. L'empereur grec favorisa le pape autant qu'il put; mais rien ne r√©concilia les Grecs avec nos Latins. Les Grecs regardaient leurs adversaires comme des barbares qui ne savaient pas un mot de grec.
    L'irruption des croisés, sous prétexte de délivrer les saints lieux, et dans le fond pour s'emparer de Constantinople, acheva de rendre les Romains odieux.
¬†¬†¬†¬†Mais la puissance de l'√Čglise latine augmenta tous les jours, et les Grecs furent enfin conquis peu √† peu par les Turcs. Les papes √©taient depuis longtemps de puissants et riches souverains; toute l'√Čglise grecque fut esclave depuis Mahomet II, except√© la Russie, qui √©tait alors un pays barbare, et dont l'√Čglise n'√©tait pas compt√©e.
    Quiconque est un peu instruit des affaires du Levant, sait que le sultan confère le patriarcat des Grecs par la crosse et par l'anneau, sans crainte d'être excommunié, comme le furent les empereurs allemands par les papes pour cette cérémonie.
¬†¬†¬†¬†Bien est-il vrai que l'√Čglise de Stamboul a conserv√© en apparence la libert√© d'√©lire son archev√™que; mais elle n'√©lit que celui qui est indiqu√© par la Porte ottomane. Cette place co√Ľte √† pr√©sent environ quatre-vingt mille francs, qu'il faut que l'√©lu reprenne sur les Grecs. S'il se trouve quelque chanoine accr√©dit√© qui offre plus d'argent au grand-vizir, on d√©poss√®de le titulaire, et on donne la place au dernier ench√©risseur, pr√©cis√©ment comme Marozia et Th√©odora donnaient le si√©ge de Rome dans le dixi√®me si√®cle. Si le patriarche titulaire r√©siste, on lui donne cinquante coups de b√Ęton sur la plante des pieds, et on l'exile. Quelquefois on lui coupe la t√™te, comme il arriva au patriarche Lucas Cyrille, en 1638.
    Le Grand-Turc donne ainsi tous les autres évêchés moyennant finance; et la somme à laquelle chaque évêché fut taxé sous Mahomet II est toujours exprimée dans la patente; mais le supplément qu'on a payé n'y est pas énoncé. On ne sait jamais au juste combien un prêtre grec achète son évêché.
    Ces patentes sont plaisantes: " J'accorde à N***, prêtre chrétien, le présent mandement pour perfection de félicité. Je lui commande de résider en la ville ci-nommée, comme évêque des infidèles chrétiens, selon leur ancien usage et leurs vaines et extravagantes cérémonies; voulant et ordonnant que tous les chrétiens de ce district le reconnaissent, et que nul prêtre ni moine ne se marie sans sa permission " (c'est-à-dire sans payer).
¬†¬†¬†¬†L'esclavage de cette √Čglise est √©gal √† son ignorance; mais les Grecs n'ont que ce qu'ils ont m√©rit√©; ils ne s'occupaient que de leurs disputes sur la lumi√®re du Thabor et sur celle de leur nombril, lorsque Constantinople fut prise.
¬†¬†¬†¬†On esp√®re qu'au moment o√Ļ nous √©crivons ces douloureuses v√©rit√©s, l'imp√©ratrice de Russie Catherine II rendra aux Grecs leur libert√©. On souhaite qu'elle puisse leur rendre le courage et l'esprit qu'ils avaient du temps de Miltiade, de Th√©mistocle, et qu'ils aient de bons soldats et moins de moines au mont Athos.
DE LA PR√ČSENTE √ČGLISE GRECQUE.
¬†¬†¬†¬†Si quelque chose peut nous donner une grande id√©e des mahom√©tans, c'est la libert√© qu'ils ont laiss√©e √† l'√Čglise grecque. Ils ont paru dignes de leurs conqu√™tes, puisqu'ils n'en ont point abus√©. Mais il faut avouer que les Grecs n'ont pas trop m√©rit√© la protection que les musulmans leur accordent; voici ce qu'en dit M. Porter, ambassadeur d'Angleterre en Turquie:
    " Je voudrais tirer le rideau sur ces disputes scandaleuses des Grecs et des Romains au sujet de Béthléem et de la Terre-Sainte, comme ils l'appellent. Les procédés iniques, odieux, qu'elles occasionent entre eux, font la honte du nom chrétien. Au milieu de ces débats, l'ambassadeur chargé de protéger la communion romaine, malgré sa dignité éminente, devient véritablement un objet de compassion.
¬†¬†¬†¬†Il se l√®ve dans tous les pays de la croyance romaine des sommes immenses, pour soutenir contre les Grecs des pr√©tentions √©quivoques √† la possession pr√©caire d'un coin de terre r√©put√©e sacr√©e, et pour conserver entre les mains des moines de leur communion les restes d'une vieille √©table √† B√©thl√©em, o√Ļ l'on a √©rig√© une chapelle, et o√Ļ, sur l'autorit√© incertaine d'une tradition orale, on pr√©tend que naquit le Christ; de m√™me qu'un tombeau, qui peut √™tre, et plus vraisemblablement peut n'√™tre pas ce qu'on appelle son s√©pulcre: car la situation exacte de ces deux endroits est aussi peu certaine que la place qui rec√®le les cendres de C√©sar. "
¬†¬†¬†¬†Ce qui rend les Grecs encore plus m√©prisables aux yeux des Turcs, c'est le miracle qu'ils font tous les ans au temps de P√Ęques. Le malheureux √©v√™que de J√©rusalem s'enferme dans le petit caveau qu'on fait passer pour le tombeau de notre Seigneur J√©sus-Christ, avec des paquets de petite bougie; il bat le briquet, allume un de ces petits cierges, et sort de son caveau en criant: " Le feu du ciel est descendu, et la sainte bougie est allum√©e. " Tous les Grecs aussit√īt ach√®tent de ces bougies, et l'argent se partage entre le commandant turc et l'√©v√™que.
¬†¬†¬†¬†On peut juger par ce seul trait de l'√Čtat d√©plorable de cette √Čglise sous la domination du Turc.
¬†¬†¬†¬†L'√Čglise grecque, en Russie, a pris depuis peu une consistance beaucoup plus respectable, depuis que l'imp√©ratrice Catherine II l'a d√©livr√©e du soin de son temporel; elle lui a √īt√© quatre cent mille esclaves qu'elle poss√©dait. Elle est pay√©e aujourd'hui du tr√©sor imp√©rial; enti√®rement soumise au gouvernement, contenue par des lois sages, elle ne peut faire que du bien; elle devient tous les jours savante et utile. Elle a aujourd'hui un pr√©dicateur nomm√© Platon, qui a fait des sermons que l'ancien Platon grec n'aurait pas d√©savou√©s.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

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  • Eglise ‚ÄĒ (frz. Eglihs), Kirche ‚Ķ   Herders Conversations-Lexikon

  • √ČGLISE ‚ÄĒ s. f. L assembl√©e des chr√©tiens en g√©n√©ral¬†; et, dans un sens plus restreint, Toute assembl√©e ou communion de personnes unies par une m√™me foi chr√©tienne. √Ä la naissance de l √Čglise. L √Čglise primitive. L √Čglise universelle. Histoire de l √Čglise ‚Ķ   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 7eme edition (1835)

  • √ČGLISE ‚ÄĒ n. f. Assembl√©e des chr√©tiens en g√©n√©ral; et, dans un sens plus restreint, Toute assembl√©e ou communion de personnes unies par une m√™me foi chr√©tienne. √† la naissance de l‚Äô√©glise. L‚Äô√©glise primitive. L‚Äô√©glise universelle. Histoire de l‚Äô√©glise.… ‚Ķ   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 8eme edition (1935)

  • √©glise ‚ÄĒ (√© gli z ) s. f. 1¬į¬†¬†¬†L assembl√©e des chr√©tiens ; toute communion ou secte chr√©tienne. L √Čglise primitive. Les P√®res de l √Čglise. L √Čglise catholique. Les √Čglises r√©form√©es. L √Čglise anglicane. L √Čglise d Orient ou l √Čglise grecque. L √Čglise d… ‚Ķ   Dictionnaire de la Langue Fran√ßaise d'√Čmile Littr√©


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