DONATIONS

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DONATIONS
    La république romaine, qui s'empara de tant d'états, en donna aussi quelques uns.
    Scipion fit Massinisse roi de Numidie.
    Lucullus, Sylla, Pompée, donnèrent une demi-douzaine de royaumes.
¬†¬†¬†¬†Cl√©op√Ętre re√ßut l'√Čgypte de C√©sar; Antoine, et ensuite Octave, donn√®rent le petit royaume de Jud√©e √† H√©rode.
    Sous Trajan, on frappa la fameuse médaille regna assignata, les royaumes accordés.
    Des villes, des provinces données en souveraineté à des prêtres, à des colléges, pour la plus grande gloire de Dieu ou des dieux, c'est ce qu'on ne voit dans aucun pays.
    Mahomet et les califes ses vicaires prirent beaucoup d'états pour la propagation de leur foi, mais on ne leur fit aucune donation: ils ne tenaient rien que de leur Alcoran et de leur sabre.
¬†¬†¬†¬†La religion chr√©tienne, qui fut d'abord une soci√©t√© de pauvres, ne v√©cut longtemps que d'aum√īnes. La premi√®re donation est celle d'Anania et de Saphira sa femme: elle fut en argent comptant, et ne r√©ussit pas aux donateurs.
DONATION DE CONSTANTIN.
¬†¬†¬†¬†La c√©l√®bre donation de Rome et de toute l'Italie au pape Silvestre, par l'empereur Constantin, fut soutenue comme une partie du symbole jusqu'au seizi√®me si√®cle. Il fallait croire que Constantin, √©tant √† Nicom√©die, fut gu√©ri de la l√®pre √† Rome par le bapt√™me qu'il re√ßut de l'√©v√™que Silvestre (quoiqu'il ne f√Ľt point baptis√©), et que pour r√©compense il donna sur-le-champ sa ville de Rome et toutes ses provinces occidentales √† ce Silvestre. Si l'acte de cette donation avait √©t√© dress√© par le docteur de la com√©die italienne, il n'aurait pas √©t√© plus plaisamment con√ßu. On ajoute que Constantin d√©clara tous les chanoines de Rome consuls et patrices, patricios et consules effici; qu'il tint lui-m√™me la bride de la haquen√©e sur laquelle monta le nouvel empereur √©v√™que, tenentes frenum equi illius.
    Quand on fait réflexion que cette belle histoire a été en Italie une espèce d'article de foi, et une opinion révérée du reste de l'Europe pendant huit siècles, qu'on a poursuivi comme des hérétiques ceux qui en doutaient, il ne faut plus s'étonner de rien.
DONATION DE PEPIN.
¬†¬†¬†¬†Aujourd'hui on n'excommunie plus personne pour avoir dout√© que Pepin l'usurpateur ait donn√© et pu donner au pape l'exarchat de Ravenne; c'est tout au plus une mauvaise pens√©e, un p√©ch√© v√©niel qui n'entra√ģne point la perte du corps et de l'√Ęme.
    Voici ce qui pourrait excuser les jurisconsultes allemands qui ont des scrupules sur cette donation.
¬†¬†¬†¬†1¬į Le biblioth√©caire Anastase, dont le t√©moignage est toujours cit√©, √©crivait cent quarante ans apr√®s l'√©v√©nement.
¬†¬†¬†¬†2¬į Il n'√©tait point vraisemblable que Pepin, mal affermi en France, et √† qui l'Aquitaine faisait la guerre, all√Ęt donner en Italie des √©tats qu'il avouait appartenir √† l'empereur r√©sidant √† Constantinople.
¬†¬†¬†¬†3¬į Le pape Zacharie reconnaissait l'empereur romain-grec pour souverain de ces terres disput√©es par les Lombards, et lui en avait pr√™t√© serment, comme il se voit par les lettres de cet √©v√™que de Rome Zacharie √† l'√©v√™que de Mayence Boniface. Donc Pepin ne pouvait donner au pape les terres imp√©riales.
¬†¬†¬†¬†4¬į Quand le pape √Čtienne II fit venir une lettre du ciel, √©crite de la propre main de saint Pierre √† Pepin, pour se plaindre des vexations du roi des Lombards Astolfe, saint Pierre ne dit point du tout dans sa lettre que Pepin e√Ľt fait pr√©sent de l'exarchat de Ravenne au pape; et certainement saint Pierre n'y aurait pas manqu√©, pour peu que la chose e√Ľt √©t√© seulement √©quivoque; il entend trop bien ses int√©r√™ts.
¬†¬†¬†¬†5¬į Enfin, on ne vit jamais l'acte de cette donation; et, ce qui est plus fort, on n'osa pas m√™me en fabriquer un faux. Il n'est pour toute preuve que des r√©cits vagues m√™l√©s de fables. On n'a donc, au lieu de certitude, que des √©crits de moines absurdes, copi√©s de si√®cle en si√®cle.
    L'avocat italien qui écrivit, en 1722, pour faire voir qu'originairement Parme et Plaisance avaient été concédés au Saint-Siége comme une dépendance de l'exarchat , assure que " les empereurs grecs furent justement dépouillés de leurs droits, parce qu'ils avaient soulevé les peuples contre Dieu. " C'est de nos jours qu'on écrit ainsi ! mais c'est à Rome. Le cardinal Bellarmin va plus loin: " Les premiers chrétiens, dit-il, ne supportaient les empereurs que parce qu'ils n'étaient pas les plus forts. " L'aveu est franc, et je suis persuadé que Bellarmin a raison.
DONATION DE CHARLEMAGNE.
¬†¬†¬†¬†Dans le temps que la cour de Rome croyait avoir besoin de titres, elle pr√©tendit que Charlemagne avait confirm√© la donation de l'exarchat, et qu'il y avait ajout√© la Sicile, Venise, B√©n√©vent, la Corse, la Sardaigne. Mais comme Charlemagne ne poss√©dait aucun de ces √©tats, il ne pouvait les donner; et quant √† la ville de Ravenne, il est bien clair qu'il la garda, puisque dans son testament il fait un legs √† sa ville de Ravenne, ainsi qu'√† sa ville de Rome. C'est beaucoup que les papes aient eu Ravenne et la Romagne avec le temps; mais pour Venise, il n'y a point d'apparence qu'ils fassent valoir dans la place Saint-Marc le dipl√īme qui leur en accorde la souverainet√©.
¬†¬†¬†¬†On a disput√© pendant des si√®cles sur tous ces actes, instruments, dipl√īmes. Mais c'est une opinion constante, dit Giannone, ce martyr de la v√©rit√©, que toutes ces pi√®ces furent forg√©es du temps de Gr√©goire VII: " √® constante opinione presso i pi√Ļ gravi scrittori, che tutti questi instrumenti e diplomi furono supposti ne'tempi d'Ildebrando. "
DONATION DE B√ČN√ČVENT PAR L'EMPEREUR HENRI III.
¬†¬†¬†¬†La premi√®re donation bien av√©r√©e qu'on ait faite au si√©ge de Rome, fut celle de B√©n√©vent; et ce fut un √©change de l'empereur Henri III avec le pape L√©on IX: il n'y manqua qu'une formalit√©, c'est qu'il e√Ľt fallu que l'empereur qui donnait B√©n√©vent en f√Ľt le ma√ģtre. Elle appartenait aux ducs de B√©n√©vent, et les empereurs romains-grecs r√©clamaient leurs droits sur ce duch√©. Mais l'histoire n'est autre chose que la liste de ceux qui se sont accommod√©s du bien d'autrui.
DONATION DE LA COMTESSE MATHILDE.
    La plus considérable des donations, et la plus authentique, fut celle de tous les biens de la fameuse comtesse Mathilde à Grégoire VII. C'était une jeune veuve qui donnait tout à son directeur. Il passe pour constant que l'acte en fut réitéré deux fois, et ensuite confirmé par son testament.
¬†¬†¬†¬†Cependant il reste encore quelque difficult√©. On a toujours cru √† Rome que Mathilde avait donn√© tous ses √©tats, tous ses biens pr√©sents et √† venir √† son ami Gr√©goire VII, par un acte solennel, dans son ch√Ęteau de Canossa, en 1077, pour le rem√®de de son √Ęme et de l'√Ęme de ses parents. Et pour corroborer ce saint instrument, on nous en montre un second de l'an 1102, par lequel il est dit que c'est √† Rome qu'elle a fait cette donation, laquelle s'est √©gar√©e, et qu'elle la renouvelle, et toujours pour le rem√®de de son √Ęme.
¬†¬†¬†¬†Comment un acte si important √©tait-il √©gar√© ? la cour romaine est-elle si n√©gligente ? comment cet instrument √©crit √† Canosse avait-il √©t√© √©crit √† Rome ? que signifient ces contradictions ? Tout ce qui est bien clair, c'est que l'√Ęme des donataires se portait mieux que l'√Ęme de la donatrice qui avait besoin, pour se gu√©rir, de se d√©pouiller de tout en faveur de ses m√©decins.
    Enfin, voilà donc, en 1102, une souveraine réduite, par un acte en forme, à ne pouvoir pas disposer d'un arpent de terre; et depuis cet acte jusqu'à sa mort, en 1115, on trouve encore des donations de terres considérables, faites par cette même Mathilde à des chanoines et à des moines. Elle n'avait donc pas tout donné. Et enfin cet acte de 1102 pourrait bien avoir été fait après sa mort par quelque habile homme.
    La cour de Rome ajouta encore à tous ses droits le testament de Mathilde qui confirmait ses donations. Les papes ne produisirent jamais ce testament.
    Il fallait encore savoir si cette riche comtesse avait pu disposer de ses biens, qui étaient la plupart des fiefs de l'empire.
    L'empereur Henri V, son héritier, s'empara de tout, ne reconnut ni testament, ni donations, ni fait, ni droit. Les papes, en temporisant, gagnèrent plus que les empereurs en usant de leur autorité; et, avec le temps, ces césars devinrent si faibles, qu'enfin les papes ont obtenu de la succession de Mathilde ce qu'on appelle aujourd'hui le patrimoine de Saint-Pierre.
DONATION DE LA SUZERAINET√Č DE NAPLES AUX PAPES.
¬†¬†¬†¬†Les gentilshommes normands, qui furent les premiers instruments de la conqu√™te de Naples et de Sicile, firent le plus bel exploit de chevalerie dont on ait jamais entendu parler. Quarante √† cinquante hommes seulement d√©livrent Salerne au moment qu'elle est prise par une arm√©e de Sarrasins. Sept autres gentilshommes normands, tous fr√®res, suffisent pour chasser ces m√™mes Sarrasins de toute la contr√©e, et pour l'√īter √† l'empereur grec qui les avait pay√©s d'ingratitude. Il est bien naturel que les peuples dont ces h√©ros avaient ranim√© la valeur, s'accoutumassent √† leur ob√©ir par admiration et par reconnaissance.
    Voilà les premiers droits à la couronne des Deux-Siciles. Les évêques de Rome ne pouvaient pas donner ces états en fief plus que le royaume de Boutan ou de Cachemire.
¬†¬†¬†¬†Ils ne pouvaient m√™me en accorder l'investiture, quand on la leur aurait demand√©e; car dans le temps de l'anarchie des fiefs, quand un seigneur voulait tenir son bien allodial en fief pour avoir une protection, il ne pouvait s'adresser qu'au souverain, au chef du pays o√Ļ ce bien √©tait situ√©. Or certainement le pape n'√©tait pas seigneur souverain de Naples, de la Pouille et de la Calabre.
    On a beaucoup écrit sur cette vassalité prétendue, mais on n'a jamais remonté à la source. J'ose dire que c'est le défaut de presque tous les jurisconsultes, comme de tous les théologiens. Chacun tire bien ou mal, d'un principe reçu, les conséquences les plus favorables à son parti. Mais ce principe est-il vrai ? ce premier fait, sur lequel ils s'appuient, est-il incontestable ? c'est ce qu'ils se donnent bien de garde d'examiner. Ils ressemblent à nos anciens romanciers, qui supposaient tous que Francus avait apporté en France le casque d'Hector. Ce casque était impénétrable sans doute; mais Hector en effet l'avait-il porté ? Le lait de la Vierge est aussi très respectable; mais vingt sacristies qui se vantent d'en posséder une roquille, la possèdent-elles en effet ?
    Les hommes de ce temps-là, aussi méchants qu'imbéciles, ne s'effrayaient pas des plus grands crimes, et redoutaient une excommunication qui les rendait exécrables aux peuples, encore plus méchants qu'eux, et beaucoup plus sots.
¬†¬†¬†¬†Robert Guiscard et Richard, vainqueurs de la Pouille et de la Calabre, furent d'abord excommuni√©s par le pape L√©on IX. Ils s'√©taient d√©clar√©s vassaux de l'empire; mais l'empereur Henri III, m√©content de ces feudataires conqu√©rants, avait engag√© L√©on IX √† lancer l'excommunication √† la t√™te d'une arm√©e d'Allemands. Les Normands, qui ne craignaient point ces foudres comme les princes d'Italie les craignaient, battirent les Allemands, et prirent le pape prisonnier; mais pour emp√™cher d√©sormais les empereurs et les papes de venir les troubler dans leurs possessions, ils offrirent leurs conqu√™tes √† l'√Čglise sous le nom d'oblata. C'est ainsi que l'Angleterre avait pay√© le denier de saint Pierre; c'est ainsi que les premiers rois d'Espagne et de Portugal, en recouvrant leurs √©tats contre les Sarrasins, promirent √† l'√Čglise de Rome deux livres d'or par an: ni l'Angleterre, ni l'Espagne, ni le Portugal, ne regard√®rent jamais le pape comme leur seigneur suzerain.
¬†¬†¬†¬†Le duc Robert, oblat de l'√Čglise, ne fut pas non plus feudataire du pape; il ne pouvait pas l'√™tre, puisque les papes n'√©taient pas souverains de Rome. Cette ville alors √©tait gouvern√©e par son s√©nat, et l'√©v√™que n'avait que du cr√©dit; le pape √©tait √† Rome pr√©cis√©ment ce que l'√©lecteur est √† Cologne. Il y a une diff√©rence prodigieuse entre √™tre oblat d'un saint et √™tre feudataire d'un √©v√™que.
¬†¬†¬†¬†Baronius, dans ses Actes, rapporte l'hommage pr√©tendu fait par Robert, duc de la Pouille et de la Calabre, √† Nicolas II; mais cette pi√®ce est suspecte comme tant d'autres: on ne l'a jamais vue; elle n'a jamais √©t√© dans aucune archive. Robert s'intitula, Duc par la gr√Ęce de Dieu et de saint Pierre; mais certainement saint Pierre ne lui avait rien donn√©, et n'√©tait point roi de Rome.
    Les autres papes, qui n'étaient pas plus rois que saint Pierre, reçurent sans difficulté l'hommage de tous les princes qui se présentèrent pour régner à Naples, surtout quand ces princes furent les plus forts.
DONATION DE L'ANGLETERRE ET DE L'IRLANDE AUX PAPES, PAR LE ROI JEAN.
¬†¬†¬†¬†En 1213, le roi Jean, vulgairement nomm√© Jean-sans-Terre, et plus justement sans vertu, √©tant excommuni√©, et voyant son royaume mis en interdit, le donna au pape Innocent III et √† ses successeurs. " Non contraint par aucune crainte, mais de mon plein gr√© et de l'avis de mes barons, pour la r√©mission de mes p√©ch√©s contre Dieu et l'√Čglise, je r√©signe l'Angleterre et l'Irlande √† Dieu, √† saint Pierre, √† saint Paul, et √† monseigneur le pape Innocent, et √† ses successeurs dans la chaire apostolique. "
    Il se déclara feudataire, lieutenant du pape; paya d'abord huit mille livres sterling comptant au légat Pandolphe; promit d'en payer mille tous les ans; donna la première année d'avance au légat, qui la foula aux pieds; et jura entre ses genoux qu'il se soumettait à tout perdre faute de payer à l'échéance.
    Le plaisant de cette cérémonie fut que le légat s'en alla avec son argent, et oublia de lever l'excommunication.
EXAMEN DE LA VASSALIT√Č DE NAPLES ET DE L'ANGLETERRE.
¬†¬†¬†¬†On demande laquelle vaut le mieux de la donation de Robert Guiscard, ou de celle de Jean-sans-Terre: tous deux avaient √©t√© excommuni√©s; tous deux donnaient leurs √©tats √† saint Pierre, et n'en √©taient plus que les fermiers. Si les barons anglais s'indign√®rent du march√© inf√Ęme de leur roi avec le pape, et le cass√®rent, les barons napolitains ont pu casser celui du duc Robert; et s'ils l'ont pu autrefois, ils le peuvent aujourd'hui.
¬†¬†¬†¬†De deux choses l'une, ou l'Angleterre et la Pouille √©taient donn√©es au pape selon la loi de l'√Čglise, ou selon la loi des fiefs; ou comme √† un √©v√™que, ou comme √† un souverain. Comme √† un √©v√™que, c'√©tait pr√©cis√©ment contre la loi de J√©sus-Christ, qui d√©fendit si souvent √† ses disciples de rien prendre, et qui leur d√©clara que son royaume n'est point de ce monde.
    Si comme à un souverain, c'était un crime de lèse-majesté impériale. Les Normands avaient déjà fait hommage à l'empereur. Ainsi nul droit, ni spirituel ni temporel, n'appartenait aux papes dans cette affaire. Quand le principe est si vicieux, tous les effets le sont. Naples n'appartient donc pas plus au pape que l'Angleterre.
¬†¬†¬†¬†Il y a encore une autre fa√ßon de se pourvoir contre cet ancien march√©; c'est le droit des gens, plus fort que le droit des fiefs. Ce droit des gens ne veut pas qu'un souverain appartienne √† un autre souverain; et la loi la plus ancienne est qu'on soit le ma√ģtre chez soi, √† moins qu'on ne soit le plus faible.
DES DONATIONS FAITES PAR LES PAPES.
¬†¬†¬†¬†Si on a donn√© des principaut√©s aux √©v√™ques de Rome, ils en ont donn√© bien davantage. Il n'y a pas un seul tr√īne en Europe dont ils n'aient fait pr√©sent. D√®s qu'un prince avait conquis un pays, ou m√™me voulait le conqu√©rir, les papes le lui accordaient au nom de saint Pierre. Quelquefois m√™me ils firent les avances, et l'on peut dire qu'ils ont donn√© tous les royaumes, except√© celui des cieux.
    Peu de gens en France savent que Jules II donna les états du roi Louis XII à l'empereur Maximilien, qui ne put s'en mettre en possession; et l'on ne se souvient pas assez que Sixte-Quint, Grégoire XIV, et Clément VIII, furent près de faire une libéralité de la France à quiconque Philippe II aurait choisi pour le mari de sa fille Claire-Eugénie.
    Quant aux empereurs, il n'y en a pas un depuis Charlemagne que la cour de Rome n'ait prétendu avoir nommé. C'est pourquoi Swift, dans son Conte du Tonneau, dit que milord Pierre devint tout-à-fait fou, et que Martin et Jean, ses frères, voulurent le faire enfermer par avis de parents. Nous ne rapportons cette témérité que comme un blasphème plaisant d'un prêtre anglais contre l'évêque de Rome.
    Toutes ces donations disparaissent devant celles des Indes orientales et occidentales, dont Alexandre VI investit l'Espagne et le Portugal de sa pleine puissance et autorité divine: c'était donner presque toute la terre. Il pouvait donner de même les globes de Jupiter et de Saturne avec leurs satellites.
DONATIONS ENTRE PARTICULIERS.
    Les donations des citoyens se traitent tout différemment. Les codes des nations sont convenus d'abord unanimement que personne ne peut donner le bien d'autrui, de même que personne ne peut le prendre. C'est la loi des particuliers.
¬†¬†¬†¬†En France la jurisprudence fut incertaine sur cet objet, comme sur presque tous les autres, jusqu'√† l'ann√©e 1731, o√Ļ l'√©quitable chancelier d'Aguesseau, ayant con√ßu le dessein de rendre enfin la loi uniforme, √©baucha tr√®s faiblement ce grand ouvrage par l'√©dit sur les donations. Il est r√©dig√© en quarante-sept articles. Mais en voulant rendre uniformes toutes les formalit√©s concernant les donations, on excepta la Flandre de la loi g√©n√©rale; et en exceptant la Flandre on oublia l'Artois, qui devrait jouir de la m√™me exception; de sorte que six ans apr√®s la loi g√©n√©rale, on fut oblig√© d'en faire pour l'Artois une particuli√®re.
    On fit surtout ces nouveaux édits concernant les donations et les testaments, pour écarter tous les commentateurs qui embrouillent les lois; et on en a déjà fait dix commentaires.
¬†¬†¬†¬†Ce qu'on peut remarquer sur les donations, c'est qu'elles s'√©tendent beaucoup plus loin qu'aux particuliers √† qui on fait un pr√©sent. Il faut payer pour chaque pr√©sent aux fermiers du domaine royal, droit de contr√īle, droit d'insinuation, droit de centi√®me denier, droit de deux sous pour livre, droit de huit sous pour livre.
    De sorte que toutes les fois que vous donnez à un citoyen, vous êtes bien plus libéral que vous ne pensez; vous avez le plaisir de contribuer à enrichir les fermiers généraux: mais cet argent ne sort point du royaume, comme celui qu'on paie à la cour de Rome.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

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