ABBAYE

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ABBAYE
SECTION PREMI√ąRE.
    C'est une communauté religieuse gouvernée par un abbé ou une abbesse.
    Ce nom d'abbé, abbas en latin et en grec, abba en syrien et en chaldéen, vient de l'hébreu ab, qui veut dire père. Les docteurs juifs prenaient ce titre par orgueil; c'est pourquoi Jésus disait à ses disciples: N'appelez personne sur la terre votre père, car vous n'avez qu'un père qui est dans les cieux.
    Quoique saint Jérome se soit fort emporté contre les moines de son temps , qui, malgré la défense du Seigneur, donnaient ou recevaient le titre d'abbé, le sixième concile de Paris décide que, si les abbés sont des pères spirituels, et s'ils engendrent au Seigneur des fils spirituels, c'est avec raison qu'on les appelle abbés.
¬†¬†¬†¬†D'apr√®s ce d√©cret, si quelqu'un a m√©rit√© le titre d'abb√©, c'est assur√©ment saint Beno√ģt, qui, l'an 529, fonda sur le Mont-Cassin, dans le royaume de Naples, sa r√®gle si √©minente en sagesse et en discr√©tion, et si grave, si claire, √† l'√©gard du discours et du style. Ce sont les propres termes du pape saint Gr√©goire , qui ne manque pas de faire mention du privil√®ge singulier dont Dieu daigna gratifier ce saint fondateur; c'est que tous les b√©n√©dictins qui meurent au Mont-Cassin sont sauv√©s. L'on ne doit donc pas √™tre surpris que ces moines comptent seize mille saints canonis√©s de leur ordre. Les b√©n√©dictines pr√©tendent m√™me qu'elles sont averties de l'approche de leur mort par quelque bruit nocturne qu'elles appellent les coups de saint Beno√ģt.
¬†¬†¬†¬†On peut bien croire que ce saint abb√© ne s'√©tait pas oubli√© lui-m√™me en demandant √† Dieu le salut de ses disciples. En cons√©quence, le samedi 21 mars 543, veille du dimanche de la Passion, qui fut le jour de sa mort, deux moines, dont l'un √©tait dans le monast√®re, l'autre en √©tait √©loign√©, eurent la m√™me vision. Ils virent un chemin couvert de tapis, et √©clair√© d'une infinit√© de flambeaux, qui s'√©tendaient vers l'orient depuis le monast√®re jusqu'au ciel. Un personnage v√©n√©rable y paraissait, qui leur demanda pour qui √©tait ce chemin. Ils dirent qu'ils n'en savaient rien. C'est, ajouta-t-il, par o√Ļ Beno√ģt, le bien-aim√© de Dieu, est mont√© au ciel.
¬†¬†¬†¬†Un ordre dans lequel le salut √©tait si assur√© s'√©tendit bient√īt dans d'autres √©tats, dont les souverains se laissaient persuader qu'il ne s'agissait, pour √™tre s√Ľr d'une place en paradis, que de s'y faire un bon ami; et qu'on pouvait racheter les injustices les plus criantes, les crimes les plus √©normes, par des donations en faveur des √©glises. Pour ne parler ici que de la France, on lit dans les Gestes du roi Dagobert, fondateur de l'abbaye de Saint-Denys pr√®s Paris , que ce prince √©tant mort fut condamn√© au jugement de Dieu, et qu'un saint ermite nomm√© Jean, qui demeurait sur les c√ītes de la mer d'Italie, vit son √Ęme encha√ģn√©e dans une barque, et des diables qui la rouaient de coups en la conduisant vers la Sicile, o√Ļ ils devaient la pr√©cipiter dans les gouffres du mont Etna; que saint Denys avait tout-√†-coup paru dans un globe lumineux, pr√©c√©d√© des √©clairs et de la foudre, et qu'ayant mis en fuite ces malins esprits, et arrach√© cette pauvre √Ęme des griffes du plus acharn√©, il l'avait port√©e au ciel en triomphe.
¬†¬†¬†¬†Charles-Martel au contraire fut damn√© en corps et en √Ęme, pour avoir donn√© des abbayes en r√©compense √† ses capitaines, qui, quoique la√Įques, port√®rent le titre d'abb√©s, comme des femmes mari√©es eurent depuis celui d'abbesses, et poss√©d√®rent des abbayes de filles. Un saint √©v√™que de Lyon, nomm√© Eucher, √©tant en oraison, fut ravi en esprit, et men√© par un ange en enfer o√Ļ il vit Charles-Martel, et apprit de l'ange que les saints dont ce prince avait d√©pouill√© les √©glises, l'avaient condamn√© √† br√Ľler √©ternellement en corps et en √Ęme. Saint Eucher √©crivit cette r√©v√©lation √† Boniface, √©v√™que de Mayence, et √† Fulrad, archichapelain de Pepin-le-Bref, en les priant d'ouvrir le tombeau de Charles-Martel, et de voir si son corps y √©tait. Le tombeau fut ouvert; le fond en √©tait tout br√Ľl√©, et on n'y trouva qu'un gros serpent qui en sortit avec une fum√©e puante.
    Boniface eut l'attention d'écrire à Pepin-le-Bref et à Carloman toutes ces circonstances de la damnation de leur père; et Louis de Germanie s'étant emparé, en 858, de quelques biens ecclésiastiques, les évêques de l'assemblée de Créci lui rappelèrent dans une lettre toutes les particularités de cette terrible histoire, en ajoutant qu'ils les tenaient de vieillards dignes de foi, et qui en avaient été témoins oculaires.
¬†¬†¬†¬†Saint Bernard, premier abb√© de Clervaux en 1115, avait pareillement eu r√©v√©lation que tous ceux qui recevraient l'habit de sa main seraient sauv√©s. Cependant le pape Urbain II, dans une bulle de l'an 1092, ayant donn√© √† l'abbaye du Mont-Cassin le titre de chef de tous les monast√®res, parce que de ce lieu m√™me la v√©n√©rable religion de l'ordre monastique s'est r√©pandue du sein de Beno√ģt comme d'une source de paradis, l'empereur Lothaire lui confirma cette pr√©rogative par une chartre de l'an 1137 qui donne au monast√®re du Mont-Cassin la pr√©√©minence de pouvoir et de gloire sur tous les monast√®res qui sont ou qui seront fond√©s dans tout l'univers, et veut que les abb√©s et les moines de toute la chr√©tient√© lui portent honneur et r√©v√©rence.
¬†¬†¬†¬†Pascal II, dans une bulle de l'an 1113, adress√©e √† l'abb√© du Mont-Cassin, s'exprime en ces termes: " Nous d√©cernons que vous, ainsi que tous vos successeurs, comme sup√©rieur √† tous les abb√©s, vous ayez s√©ance dans toute assembl√©e d'√©v√™ques ou de princes, et que dans les jugements vous donniez votre avis avant tous ceux de votre ordre. " Aussi l'abb√© de Cluni ayant os√© se qualifier abb√© des abb√©s, dans un concile tenu √† Rome l'an 1116, le chancelier du pape d√©cida que cette distinction appartenait √† l'abb√© du Mont-Cassin; celui de Cluni se contenta du titre d'abb√© cardinal, qu'il obtint depuis de Calixte II, et que l'abb√© de la Trinit√© de Vend√īme et quelques autres se sont ensuite arrog√©.
    Le pape Jean XX, en 1326, accorda même à l'abbé du Mont-Cassin le titre d'évêque, dont il fit les fonctions jusqu'en 1367; mais Urbain V ayant alors jugé à propos de lui retrancher cette dignité, il s'intitule simplement dans les actes: " Patriarche de la sainte religion, abbé du saint monastère de Cassin, chancelier et grand-chapelain de l'empire romain, abbé des abbés, chef de la hiérarchie bénédictine, chancelier collatéral du royaume de Sicile, comte et gouverneur de la Campanie, de la terre de Labour, et de la province maritime, prince de la paix. "
¬†¬†¬†¬†Il habite avec une partie de ses officiers √† San-Germano, petite ville au pied du Mont-Cassin, dans une maison spacieuse o√Ļ tous les passants, depuis le pape jusqu'au dernier mendiant, sont re√ßus, log√©s, nourris, et trait√©s suivant leur √©tat. L'abb√© rend chaque jour visite √† tous ses h√ītes, qui sont quelquefois au nombre de trois cents. Saint Ignace, en 1538, y re√ßut l'hospitalit√©; mais il fut log√© sur le Mont-Cassin, dans une maison nomm√©e l'Albanette, √† six cents pas de l'abbaye vers l'occident. Ce fut l√† qu'il composa son c√©l√®bre institut; ce qui fait dire √† un dominicain, dans un ouvrage latin intitul√© la Tourterelle de l'√Ęme, qu'Ignace habita quelques mois cette montagne de contemplation, et que, comme un autre Mo√Įse et un autre l√©gislateur, il y fabriqua les secondes tables des lois religieuses qui ne le c√®dent en rien aux premi√®res.
¬†¬†¬†¬†A la v√©rit√© ce fondateur des j√©suites ne trouva pas dans les b√©n√©dictins la m√™me complaisance que saint Beno√ģt, √† son arriv√©e au Mont-Cassin, avait √©prouv√©e de la part de saint Martin ermite, qui lui c√©da la place dont il √©tait en possession, et se retira au Mont-Marsique, proche de la Carniole; au contraire, le b√©n√©dictin Ambroise Cajetan, dans un gros ouvrage fait expr√®s, a pr√©tendu revendiquer les j√©suites √† l'ordre de saint Beno√ģt.
¬†¬†¬†¬†Le rel√Ęchement qui a toujours r√©gn√© dans le monde, m√™me parmi le clerg√©, avait d√©j√† fait imaginer √† saint Basile, d√®s le quatri√®me si√®cle, de rassembler sous une r√®gle les solitaires qui s'√©taient dispers√©s dans les d√©serts pour y suivre la loi; mais, comme nous le verrons √† l'article Qu√™te, les r√©guliers ne l'ont pas toujours √©t√©: quant au clerg√© s√©culier, voici comme en parlait saint Cyprien d√®s le troisi√®me si√®cle. Plusieurs √©v√™ques, au lieu d'exhorter les autres et de leur montrer l'exemple, n√©gligeant les affaires de Dieu, se chargeaient d'affaires temporelles, quittaient leur chaire, abandonnaient leur peuple, et se promenaient dans d'autres provinces pour fr√©quenter les foires, et s'enrichir par le trafic. Ils ne secouraient point les fr√®res qui mouraient de faim; ils voulaient avoir de l'argent en abondance, usurper des terres par de mauvais artifices, tirer de grands profits par des usures.
¬†¬†¬†¬†Charlemagne, dans un √©crit o√Ļ il r√©dige ce qu'il voulait proposer au parlement de 811, s'exprime ainsi: " Nous voulons conna√ģtre les devoirs des eccl√©siastiques afin de ne leur demander que ce qui leur est permis, et qu'ils ne nous demandent que ce que nous devons accorder. Nous les prions de nous expliquer nettement ce qu'ils appellent quitter le monde, et en quoi l'on peut distinguer ceux qui le quittent de ceux qui y demeurent; si c'est seulement en ce qu'ils ne portent point les armes et ne sont pas mari√©s publiquement: si celui-l√† a quitt√© le monde, qui ne cesse tous les jours d'augmenter ses biens par toutes sortes de moyens, en promettant le paradis et mena√ßant de l'enfer, et employant le nom de Dieu ou de quelque saint pour persuader aux simples de se d√©pouiller de leurs biens, et en priver leurs h√©ritiers l√©gitimes, qui par l√†, r√©duits √† la pauvret√©, se croient ensuite les crimes permis, comme le larcin et le pillage; si c'est avoir quitt√© le monde que de suivre la passion d'acqu√©rir jusqu'√† corrompre par argent de faux t√©moins pour avoir le bien d'autrui, et de chercher des avou√©s et des pr√©v√īts cruels, int√©ress√©s, et sans crainte de Dieu. "
¬†¬†¬†¬†Enfin l'on peut juger des moeurs des r√©guliers par une harangue de l'an 1493, o√Ļ l'abb√© Trith√™me dit √† ses confr√®res: " Vous, messieurs les abb√©s, qui √™tes des ignorants et ennemis de la science du salut, qui passez les journ√©es enti√®res dans les plaisirs impudiques, dans l'ivrognerie et dans le jeu; qui vous attachez aux biens de la terre, que r√©pondrez-vous √† Dieu et √† votre fondateur saint Beno√ģt ? "
¬†¬†¬†¬†Le m√™me abb√© ne laisse pas de pr√©tendre que de droit la troisi√®me partie de tous les biens des chr√©tiens appartient √† l'ordre de Saint-Beno√ģt; et que s'il ne l'a pas, c'est qu'on la lui a vol√©e. Il est si pauvre, ajoute-t-il, pour le pr√©sent, qu'il n'a plus que cent millions d'or de revenu. Trith√™me ne dit point √† qui appartiennent les deux autres parts; mais comme il ne comptait de son temps que quinze mille abbayes de b√©n√©dictins, outre les petits couvents du m√™me ordre, et que dans le dix-septi√®me si√®cle il y en avait d√©j√† trente-sept mille, il est clair par la r√®gle de proportion que ce saint ordre devrait poss√©der aujourd'hui les deux tiers et demi du bien de la chr√©tient√©, sans les funestes progr√®s de l'h√©r√©sie des derniers si√®cles.
¬†¬†¬†¬†Pour surcro√ģt de douleurs, depuis le concordat fait l'an 1515 entre L√©on X et Fran√ßois 1er, le roi de France nommant √† presque toutes les abbayes de son royaume, le plus grand nombre est donn√© en commende √† des s√©culiers tonsur√©s. Cet usage, peu connu en Angleterre, fit dire plaisamment, en 1694, au docteur Gr√©gori, qui prenait l'abb√© Gallois pour un b√©n√©dictin: " Le bon p√®re s'imagine que nous sommes revenus √† ces temps fabuleux o√Ļ il √©tait permis √† un moine de dire ce qu'il voulait. "
SECTION II.
    Ceux qui fuient le monde sont sages; ceux qui se consacrent à Dieu sont respectables. Peut-être le temps a-t-il corrompu une si sainte institution.
¬†¬†¬†¬†Aux th√©rapeutes juifs succ√©d√®rent les moines en √Čgypte, idiotai, monoi. Idiot ne signifiait alors que solitaire: ils firent bient√īt corps; ce qui est le contraire de solitaire, et qui n'est pas idiot dans l'acception ordinaire de ce terme. Chaque soci√©t√© de moines √©lut son sup√©rieur: car tout se faisait √† la pluralit√© des voix dans les premiers temps de l'√Čglise. On cherchait √† rentrer dans la libert√© primitive de la nature humaine, en √©chappant par pi√©t√© au tumulte et √† l'esclavage ins√©parables des grands empires. Chaque soci√©t√© de moines choisit son p√®re, son abba, son abb√©; quoiqu'il soit dit dans l'√©vangile: " N'appelez personne votre p√®re. "
¬†¬†¬†¬†Ni les abb√©s, ni les moines, ne furent pr√™tres dans les premiers si√®cles. Ils allaient par troupes entendre la messe au prochain village. Ces troupes devinrent consid√©rables; il y eut plus de cinquante mille moines, dit-on, dans l'√Čgypte.
    Saint Basile, d'abord moine, puis évêque de Césarée en Cappadoce, fit un code pour tous les moines au quatrième siècle. Cette règle de saint Basile fut reçue en Orient et en Occident. On ne connut plus que les moines de saint Basile; ils furent partout riches; ils se mêlèrent de toutes les affaires; ils contribuèrent aux révolutions de l'empire.
¬†¬†¬†¬†On ne connaissait gu√®re que cet ordre, lorsqu'au sixi√®me si√®cle saint Beno√ģt √©tablit une puissance nouvelle au Mont-Cassin. Saint-Gr√©goire-le-Grand assure dans ses dialogues que Dieu lui accorda un privil√®ge sp√©cial, par lequel tous les b√©n√©dictins qui mourraient au Mont-Cassin seraient sauv√©s. En cons√©quence le pape Urbain II, par une bulle de 1092, d√©clara l'abb√© du Mont-Cassin chef de tous les monast√®res du monde. Pascal II lui donna le titre d'abb√© des abb√©s. Il s'intitule patriarche de la sainte religion , chancelier collat√©ral du royaume de Sicile, comte et gouverneur de la Campanie, prince de la paix, etc., etc., etc.
    Tous ces titres seraient peu de chose, s'ils n'étaient soutenus par des richesses immenses.
    Je reçus, il n'y a pas longtemps, une lettre d'un de mes correspondants d'Allemagne; la lettre commence par ces mots: " Les abbés princes de Kemptem, Elvangen, Eudertl, Murbach, Berglesgaden, Vissembourg, Prum, Stablo, Corvey, et les autres abbés qui ne sont pas princes, jouissent ensemble d'environ neuf cent mille florins de revenu, qui font deux millions cinquante mille livres de votre France au cours de ce jour. De là je conclus que Jésus-Christ n'était pas si à son aise qu'eux. "
    Je lui répondis: " Monsieur, vous m'avouerez que les Français sont plus pieux que les Allemands dans la proportion de quatre et seize quarante-unièmes à l'unité; car nos seuls bénéfices consistoriaux de moines, c'est-à-dire ceux qui paient des annates au pape, se montent à neuf millions de rente, à quarante-neuf livres dix sous le marc avec le remède; et neuf millions sont à deux millions cinquante mille livres, comme un est à quatre et seize quarante-unièmes. De là je conclus qu'ils ne sont pas assez riches, et qu'il faudrait qu'ils en eussent dix fois davantage. J'ai l'honneur d'être, etc. "
    Il me répliqua par cette courte lettre: " Mon cher monsieur, je ne vous entends point; vous trouvez sans doute avec moi que neuf millions de votre monnaie sont un peu trop pour ceux qui font voeu de pauvreté; et vous souhaitez qu'ils en aient quatre-vingt-dix ! je vous supplie de vouloir bien m'expliquer cette énigme. "
    J'eus l'honneur de lui répondre sur-le-champ: " Mon cher monsieur, il y avait autrefois un jeune homme à qui on proposait d'épouser une femme de soixante ans, qui lui donnerait tout son bien par testament: il répondit qu'elle n'était pas assez vieille. " L'Allemand entendit mon énigme.
    Il faut savoir qu'en 1575 on proposa dans le conseil de Henri III, roi de France, de faire ériger en commendes séculières toutes les abbayes de moines, et de donner les commendes aux officiers de sa cour et de son armée: mais comme il fut depuis excommunié et assassiné, ce projet n'eut pas lieu.
    Le comte d'Argenson, ministre de la guerre, voulut en 1750 établir des pensions sur les bénéfices en faveur des chevaliers de l'ordre militaire de Saint-Louis; rien n'était plus simple, plus juste, plus utile: il n'en put venir à bout. Cependant sous Louis XIV, la princesse de Conti avait possédé l'abbaye de Saint-Denys. Avant son règne, les séculiers possédaient des bénéfices, le duc de Sulli huguenot avait une abbaye.
¬†¬†¬†¬†Le p√®re de Hugues-Capet n'√©tait riche que par ses abbayes, et on l'appelait Hugues l'abb√©. On donnait des abbayes aux reines pour leurs menus plaisirs. Ogine, m√®re de Louis d'Outremer, quitta son fils, parce qu'il lui avait √īt√© l'abbaye de Sainte-Marie de Laon, pour la donner √† sa femme Gerberge. Il y a des exemples de tout. Chacun t√Ęche de faire servir les usages, les innovations, les lois anciennes abrog√©es, renouvel√©es, mitig√©es, les chartres ou vraies ou suppos√©es, le pass√©, le pr√©sent, l'avenir, √† s'emparer des biens de ce monde; mais c'est toujours √† la plus grande gloire de Dieu. Consultez l'Apocalypse de M√©liton par l'√©v√™que de Belley.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

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