CORAN

ÔĽŅ
CORAN
AL CORAN, OU PLUT√ĒT LE KORAN.
SECTION PREMI√ąRE.
¬†¬†¬†¬†Ce livre gouverne despotiquement toute l'Afrique septentrionale, du mont Atlas au d√©sert de Barca, toute l'√Čgypte, les c√ītes de l'Oc√©an √©thiopien dans l'espace de six cents lieues, la Syrie, l'Asie Mineure, tous les pays qui entourent la mer Noire et la mer Caspienne, except√© le royaume d'Astracan, tout l'empire de l'Indoustan, toute la Perse, une grande partie de la Tartarie, et dans notre Europe la Thrace, la Mac√©doine, la Bulgarie, la Servie, la Bosnie, toute la Gr√®ce, l'√Čpire, et presque toutes les √ģles jusqu'au petit d√©troit d'Otrante o√Ļ finissent toutes ces immenses possessions.
    Dans cette prodigieuse étendue de pays il n'y a pas un seul mahométan qui ait le bonheur de lire nos livres sacrés; et très peu de littérateurs parmi nous connaissent le Koran. Nous nous en faisons presque toujours une idée ridicule, malgré les recherches de nos véritables savants.
    Voici les premières lignes de ce livre:
¬†¬†¬†¬†" Louanges √† Dieu, le souverain de tous les mondes, au Dieu de mis√©ricorde, au souverain du jour de la justice; c'est toi que nous adorons, c'est de toi seul que nous attendons la protection. Conduis-nous dans les voies droites, dans les voies de ceux que tu as combl√©s de tes gr√Ęces, non dans les voies des objets de ta col√®re, et de ceux qui se sont √©gar√©s. "
¬†¬†¬†¬†Telle est l'introduction, apr√®s quoi l'on voit trois lettres, A, L, M, qui, selon le savant Sale, ne s'entendent point, puisque chaque commentateur les explique √† sa mani√®re; mais selon la plus commune opinion elles signifient, Allah, Latif, Magid, Dieu, la gr√Ęce, la gloire.
    Mahomet continue, et c'est Dieu lui-même qui lui parle. Voici ses propres mots:
¬†¬†¬†¬†" Ce livre n'admet point le doute, il est la direction des justes qui croient aux profondeurs de la foi, qui observent les temps de la pri√®re, qui r√©pandent en aum√īnes ce que nous avons daign√© leur donner, qui sont convaincus de la r√©v√©lation descendue jusqu'√† toi, et envoy√©e aux proph√®tes avant toi. Que les fid√®les aient une ferme assurance dans la vie √† venir: qu'ils soient dirig√©s par leur seigneur, et ils seront heureux.
    A l'égard des incrédules, il est égal pour eux que tu les avertisses ou non; ils ne croient pas; le sceau de l'infidélité est sur leur coeur et sur leurs oreilles; les ténèbres couvrent leurs yeux; la punition terrible les attend.
¬†¬†¬†¬†Quelques-uns disent, Nous croyons en Dieu, et au dernier jour; mais au fond ils ne sont pas croyants. Ils imaginent tromper l'√Čternel; ils se trompent eux-m√™mes sans le savoir; l'infirmit√© est dans leur coeur, et Dieu m√™me augmente cette infirmit√©, etc. "
    On prétend que ces paroles ont cent fois plus d'énergie en arabe. En effet l'Alcoran passe encore aujourd'hui pour le livre le plus élégant et le plus sublime qui ait encore été écrit dans cette langue.
    Nous avons imputé à l'Alcoran une infinité de sottises qui n'y furent jamais.
    Ce fut principalement contre les Turcs devenus mahométans que nos moines écrivirent tant de livres, lorsqu'on ne pouvait guère répondre autrement aux conquérants de Constantinople. Nos auteurs, qui sont en beaucoup plus grand nombre que les janissaires, n'eurent pas beaucoup de peine à mettre nos femmes dans leur parti: ils leur persuadèrent que Mahomet ne les regardait pas comme des animaux intelligents; qu'elles étaient toutes esclaves par les lois de l'Alcoran; qu'elles ne possédaient aucun bien dans ce monde, et que dans l'autre elles n'avaient aucune part au paradis. Tout cela est d'une fausseté évidente; et tout cela a été cru fermement.
    Il suffisait pourtant de lire le second et le quatrième Sura ou chapitre de l'Alcoran pour être détrompé; on y trouverait les lois suivantes; elles sont traduites également par du Ryer qui demeura longtemps à Constantinople, par Maracci qui n'y alla jamais, et par Sale qui vécut vingt-cinq ans parmi les Arabes.
R√ČGLEMENTS DE MAHOMET SUR LES FEMMES.
I.
¬†¬†¬†¬†" N'√©pousez de femmes idol√Ętres que quand elles seront croyantes. Une servante musulmane vaut mieux que la plus grande dame idol√Ętre.
II.
    Ceux qui font voeu de chasteté ayant des femmes, attendront quatre mois pour se déterminer.
    Les femmes se comporteront envers leurs maris comme leurs maris envers elles.
III.
    Vous pouvez faire un divorce deux fois avec votre femme; mais à la troisième, si vous la renvoyez, c'est pour jamais; ou vous la retiendrez avec humanité, ou vous la renverrez avec bonté. Il ne vous est pas permis de rien retenir de ce que vous lui avez donné.
IV.
    Les honnêtes femmes sont obéissantes et attentives, même pendant l'absence de leurs maris. Si elles sont sages, gardez-vous de leur faire la moindre querelle; s'il en arrive une, prenez un arbitre de votre famille et un de la sienne.
V.
    Prenez une femme, ou deux, ou trois, ou quatre, et jamais davantage. Mais dans la crainte de ne pouvoir agir équitablement envers plusieurs, n'en prenez qu'une. Donnez-leur un douaire convenable; ayez soin d'elles, ne leur parlez jamais qu'avec amitié...
VI.
    Il ne vous est pas permis d'hériter de vos femmes contre leur gré, ni de les empêcher de se marier à d'autres après le divorce, pour vous emparer de leur douaire, à moins qu'elles n'aient été déclarées coupables de quelque crime.
    Si vous voulez quitter votre femme pour en prendre une autre, quand vous lui auriez donné la valeur d'un talent en mariage, ne prenez rien d'elle.
VII.
    Il vous est permis d'épouser des esclaves, mais il est mieux de vous en abstenir.
VIII.
    Une femme renvoyée est obligée d'allaiter son enfant pendant deux ans, et le père est obligé pendant ce temps-là de donner un entretien honnête selon sa condition. Si on sèvre l'enfant avant deux ans, il faut le consentement du père et de la mère. Si vous êtes obligé de le confier à une nourrice étrangère, vous la paierez raisonnablement. "
    En voilà suffisamment pour réconcilier les femmes avec Mahomet, qui ne les a pas traitées si durement qu'on le dit. Nous ne prétendons point le justifier ni sur son ignorance, ni sur son imposture; mais nous ne pouvons le condamner sur sa doctrine d'un seul Dieu. Ces seules paroles du Sura 122, " Dieu est unique, éternel, il n'engendre point, il n'est point engendré, rien n'est semblable à lui; " ces paroles, dis-je, lui ont soumis l'Orient encore plus que son épée.
¬†¬†¬†¬†Au reste, cet Alcoran dont nous parlons, est un recueil de r√©v√©lations ridicules et de pr√©dications vagues et incoh√©rentes, mais de lois tr√®s bonnes pour le pays o√Ļ il vivait, et qui sont toutes encore suivies sans avoir jamais √©t√© affaiblies ou chang√©es par des interpr√®tes mahom√©tans, ni par des d√©crets nouveaux.
¬†¬†¬†¬†Mahomet eut pour ennemis non seulement les po√®tes de la Mecque, mais surtout les docteurs. Ceux-ci soulev√®rent contre lui les magistrats, qui donn√®rent d√©cret de prise de corps contre lui, comme d√Ľment atteint et convaincu d'avoir dit qu'il fallait adorer Dieu et non pas les √©toiles. Ce fut, comme on sait, la source de sa grandeur. Quand on vit qu'on ne pouvait le perdre, et que ses √©crits prenaient faveur, on d√©bita dans la ville qu'il n'en √©tait pas l'auteur, ou que du moins il se faisait aider dans la composition de ses feuilles, tant√īt par un savant juif, tant√īt par un savant chr√©tien; suppos√© qu'il y e√Ľt alors des savants.
    C'est ainsi que parmi nous on a reproché à plus d'un prélat d'avoir fait composer leurs sermons et leurs oraisons funèbres par des moines. Il y avait un père Hercule qui faisait les sermons d'un certain évêque; et quand on allait à ces sermons, on disait: " Allons entendre les travaux d'Hercule. "
    Mahomet répond à cette imputation dans son chapitre XVI, à l'occasion d'une grosse sottise qu'il avait dite en chaire, et qu'on avait vivement relevée. Voici comme il se tire d'affaire.
¬†¬†¬†¬†" Quand tu liras le Koran, adresse-toi √† Dieu, afin qu'il te pr√©serve de Satan.... il n'a de pouvoir que sur ceux qui l'ont pris pour ma√ģtre, et qui donnent des compagnons √† Dieu.
¬†¬†¬†¬†Quand je substitue dans le Koran un verset √† un autre (et Dieu sait la raison de ces changements), quelques infid√®les disent, Tu as forg√© ces versets; mais ils ne savent pas distinguer le vrai d'avec le faux: dites plut√īt que l'Esprit saint m'a apport√© ces versets de la part de Dieu avec la v√©rit√©.... D'autres disent plus malignement, Il y a un certain homme qui travaille avec lui √† composer le Koran; mais comment cet homme √† qui ils attribuent mes ouvrages pourrait-il m'enseigner, puisqu'il parle une langue √©trang√®re, et que celle dans laquelle le Koran est √©crit, est l'arabe le plus pur ? "
¬†¬†¬†¬†Celui qu'on pr√©tendait travailler avec Mahomet √©tait un Juif nomm√© Bensalen ou Bensalon. Il n'est gu√®re vraisemblable qu'un Juif e√Ľt aid√© Mahomet √† √©crire contre les Juifs; mais la chose n'est pas impossible. Nous avons dit depuis que c'√©tait un moine qui travaillait √† l'Alcoran avec Mahomet. Les uns le nommaient Boha√Įra, les autres Sergius. Il est plaisant que ce moine ait eu un nom latin et un nom arabe.
    Quant aux belles disputes théologiques qui se sont élevées entre les musulmans, je ne m'en mêle pas, c'est au muphti à décider.
    C'est une grande question si l'Alcoran est éternel ou s'il a été créé; les musulmans rigides le croient éternel.
¬†¬†¬†¬†On a imprim√© √† la suite de l'histoire de Chalcondyle le Triomphe de la croix; et dans ce Triomphe il est dit que l'Alcoran est arien, sabellien, carpocratien, cerdonicien, manich√©en, donatiste, orig√©nien, mac√©donien, √©bionite. Mahomet n'√©tait pourtant rien de tout cela; il √©tait plut√īt jans√©niste; car le fond de sa doctrine est le d√©cret absolu de la pr√©destination gratuite.
SECTION II.
¬†¬†¬†¬†C'√©tait un sublime et hardi charlatan que ce Mahomet, fils d'Abdalla. Il dit dans son dixi√®me chapitre: " Quel autre que Dieu peut avoir compos√© l'Alcoran ? On crie: C'est Mahomet qui a forg√© ce livre. Eh bien ! t√Ęchez d'√©crire un chapitre qui lui ressemble, et appelez √† votre aide qui vous voudrez. " Au dix-septi√®me il s'√©crie: " Louange √† celui qui a transport√© pendant la nuit son serviteur du sacr√© temple de la Mecque √† celui de J√©rusalem ! " C'est un assez beau voyage, mais il n'approche pas de celui qu'il fit cette nuit m√™me de plan√®te en plan√®te, et des belles choses qu'il y vit.
    Il prétendait qu'il y avait cinq cents années de chemin d'une planète à une autre, et qu'il fendit la lune en deux. Ses disciples, qui rassemblèrent solennellement des versets de son Koran après sa mort, retranchèrent ce voyage du ciel. Ils craignirent les railleurs et les philosophes. C'était avoir trop de délicatesse. Ils pouvaient s'en fier aux commentateurs qui auraient bien su expliquer l'itinéraire. Les amis de Mahomet devaient savoir par expérience que le merveilleux est la raison du peuple. Les sages contredisent en secret, et le peuple les fait taire. Mais en retranchant l'itinéraire des planètes, on laissa quelques petits mots sur l'aventure de la lune; on ne peut pas prendre garde à tout.
    Le Koran est une rapsodie sans liaison, sans ordre, sans art; on dit pourtant que ce livre ennuyeux est un fort beau livre; je m'en rapporte aux Arabes, qui prétendent qu'il est écrit avec une élégance et une pureté dont personne n'a approché depuis. C'est un poème, ou une espèce de prose rimée, qui contient six mille vers. Il n'y a point de poète dont la personne et l'ouvrage aient fait une telle fortune. On agita chez les musulmans si l'Alcoran était éternel, ou si Dieu l'avait créé pour le dicter à Mahomet. Les docteurs décidèrent qu'il était éternel; ils avaient raison, cette éternité est bien plus belle que l'autre opinion. Il faut toujours avec le vulgaire prendre le parti le plus incroyable.
¬†¬†¬†¬†Les moines qui se sont d√©cha√ģn√©s contre Mahomet, et qui ont dit tant de sottises sur son compte, ont pr√©tendu qu'il ne savait pas √©crire. Mais comment imaginer qu'un homme qui avait √©t√© n√©gociant, po√®te, l√©gislateur et souverain, ne s√Ľt pas signer son nom ? Si son livre est mauvais pour notre temps et pour nous, il √©tait fort bon pour ses contemporains, et sa religion encore meilleure. Il faut avouer qu'il retira presque toute l'Asie de l'idol√Ętrie. Il enseigna l'unit√© de Dieu; il d√©clamait avec force contre ceux qui lui donnent des associ√©s. Chez lui l'usure avec les √©trangers est d√©fendue, l'aum√īne ordonn√©e. La pri√®re est d'une n√©cessit√© absolue; la r√©signation aux d√©crets √©ternels est le grand mobile de tout. Il √©tait bien difficile qu'une religion si simple et si sage, enseign√©e par un homme toujours victorieux, ne subjugu√Ęt pas une partie de la terre. En effet les musulmans ont fait autant de pros√©lytes par la parole que par l'√©p√©e. Ils ont converti √† leur religion les Indiens et jusqu'aux N√®gres. Les Turcs m√™me leurs vainqueurs se sont soumis √† l'islamisme.
¬†¬†¬†¬†Mahomet laissa dans sa loi beaucoup de choses qu'il trouva √©tablies chez les Arabes; la circoncision, le je√Ľne, le voyage de la Mecque qui √©tait en usage quatre mille ans avant lui, des ablutions si n√©cessaires √† la sant√© et √† la propret√© dans un pays br√Ľlant o√Ļ le linge √©tait inconnu; enfin l'id√©e d'un jugement dernier que les mages avaient toujours √©tablie, et qui √©tait parvenue jusqu'aux Arabes. Il est dit que comme il annon√ßait qu'on ressusciterait tout nu, Aishca sa femme trouva la chose immodeste et dangereuse: " Allez, ma bonne, lui dit-il, on n'aura pas alors envie de rire. " Un ange, selon le Koran, doit peser les hommes et les femmes dans une grande balance. Cette id√©e est encore prise des mages. Il leur a vol√© aussi leur pont aigu, sur lequel il faut passer apr√®s la mort, et leur jannat, o√Ļ les √©lus musulmans trouveront des bains, des appartements bien meubl√©s, de bons lits, et des houris avec de grands yeux noirs. Il est vrai aussi qu'il dit que tous ces plaisirs des sens, si n√©cessaires √† tous ceux qui ressusciteront avec des sens, n'approcheront pas du plaisir de la contemplation de l'√™tre supr√™me. Il a l'humilit√© d'avouer dans son Koran que lui-m√™me n'ira point en paradis par son propre m√©rite, mais par la pure volont√© de Dieu. C'est aussi par cette pure volont√© divine qu'il ordonne que la cinqui√®me partie des d√©pouilles sera toujours pour le proph√®te.
    Il n'est pas vrai qu'il exclue du paradis les femmes. Il n'y a pas d'apparence qu'un homme aussi habile ait voulu se brouiller avec cette moitié du genre humain qui conduit l'autre. Abulfeda rapporte qu'une vieille l'importunant un jour, en lui demandant ce qu'il fallait faire pour aller en paradis: M'amie, lui dit-il, le paradis n'est pas pour les vieilles. La bonne femme se mit à pleurer, et le prophète, pour la consoler, lui dit: Il n'y aura point de vieilles, parce qu'elles rajeuniront. Cette doctrine consolante est confirmée dans le cinquante-quatrième chapitre du Koran.
    Il défendit le vin, parce qu'un jour quelques uns de ses sectateurs arrivèrent à la prière étant ivres. Il permit la pluralité des femmes, se conformant en ce point à l'usage immémorial des Orientaux.
¬†¬†¬†¬†En un mot, ses lois civiles sont bonnes; son dogme est admirable en ce qu'il a de conforme avec le n√ītre: mais les moyens sont affreux; c'est la fourberie et le meurtre.
¬†¬†¬†¬†On l'excuse sur la fourberie, parce que, dit-on, les Arabes comptaient avant lui cent vingt-quatre mille proph√®tes, et qu'il n'y avait pas grand mal qu'il en par√Ľt un de plus. Les hommes, ajoute-t-on, ont besoin d'√™tre tromp√©s. Mais comment justifier un homme qui vous dit: " Crois que j'ai parl√© √† l'ange Gabriel, ou paie-moi un tribut ? "
    Combien est préférable un Confucius, le premier des mortels qui n'ont point eu de révélation ! il n'emploie que la raison, et non le mensonge et l'épée. Vice-roi d'une grande province, il y fait fleurir la morale et les lois: disgracié et pauvre, il les enseigne; il les pratique dans la grandeur et dans l'abaissement; il rend la vertu aimable; il a pour disciple le plus ancien et le plus sage des peuples.
¬†¬†¬†¬†Le comte de Boulainvilliers, qui avait du go√Ľt pour Mahomet, a beau me vanter les Arabes, il ne peut emp√™cher que ce ne f√Ľt un peuple de brigands; ils volaient avant Mahomet en adorant les √©toiles; ils volaient sous Mahomet au nom de Dieu. Ils avaient, dit-on, la simplicit√© des temps h√©ro√Įques; mais qu'est-ce que les si√®cles h√©ro√Įques ? c'√©tait le temps o√Ļ l'on s'√©gorgeait pour un puits et pour une citerne, comme on fait aujourd'hui pour une province.
    Les premiers musulmans furent animés par Mahomet de la rage de l'enthousiasme. Rien n'est plus terrible qu'un peuple qui, n'ayant rien à perdre, combat à la fois par esprit de rapine et de religion.
¬†¬†¬†¬†Il est vrai qu'il n'y avait pas beaucoup de finesse dans leurs proc√©d√©s. Le contrat du premier mariage de Mahomet porte qu'attendu que Cadisha est amoureuse de lui, et lui pareillement amoureux d'elle, on a trouv√© bon de les conjoindre. Mais y a-t-il tant de simplicit√© √† lui avoir compos√© une g√©n√©alogie, dans laquelle on le fait descendre d'Adam en droite ligne, comme on en a fait descendre depuis quelques maisons d'Espagne et d'√Čcosse ? L'Arabie avait son Moreri et son Mercure galant.
¬†¬†¬†¬†Le grand proph√®te essuya la disgr√Ęce commune √† tant de maris; il n'y a personne apr√®s cela qui puisse se plaindre. On conna√ģt le nom de celui qui eut les faveurs de sa seconde femme, la belle Aishca; il s'appelait Assan. Mahomet se comporta avec plus de hauteur que C√©sar, qui r√©pudia sa femme, disant qu'il ne fallait pas que la femme de C√©sar f√Ľt soup√ßonn√©e. Le proph√®te ne voulut pas m√™me soup√ßonner la sienne; il fit descendre du ciel un chapitre du Koran, pour affirmer que sa femme √©tait fid√®le. Ce chapitre √©tait √©crit de toute √©ternit√©, aussi bien que tous les autres.
    On l'admire pour s'être fait, de marchand de chameaux, pontife, législateur, et monarque; pour avoir soumis l'Arabie, qui ne l'avait jamais été avant lui, pour avoir donné les premières secousses à l'empire romain d'Orient et à celui des Perses. Je l'admire encore pour avoir entretenu la paix dans sa maison parmi ses femmes. Il a changé la face d'une partie de l'Europe, de la moitié de l'Asie, de presque toute l'Afrique, et il s'en est bien peu fallu que sa religion n'ait subjugué l'univers.
    A quoi tiennent les révolutions ! un coup de pierre un peu plus fort que celui qu'il reçut dans son premier combat, donnait une autre destinée au monde.
¬†¬†¬†¬†Son gendre Ali pr√©tendit que quand il fallut inhumer le proph√®te, on le trouva dans un √©tat qui n'est pas trop ordinaire aux morts, et que sa veuve Aishca s'√©cria: Si j'avais su que Dieu e√Ľt fait cette gr√Ęce au d√©funt, j'y serais accourue √† l'instant. On pouvait dire de lui: Decet imperatorem stantem mori.
    Jamais la vie d'un homme ne fut écrite dans un plus grand détail que la sienne. Les moindres particularités en étaient sacrées; on sait le compte et le nom de tout ce qui lui appartenait, neuf épées, trois lances, trois arcs, sept cuirasses, trois boucliers, douze femmes, un coq blanc, sept chevaux, deux mules, quatre chameaux, sans compter la jument Borac sur laquelle il monta au ciel; mais il ne l'avait que par emprunt, elle appartenait en propre à l'ange Gabriel.
¬†¬†¬†¬†Toutes ses paroles ont √©t√© recueillies. Il disait que " la jouissance des femmes le rendait plus fervent √† la pri√®re. " En effet, pourquoi ne pas dire b√©n√©dicit√© et gr√Ęces au lit comme √† table ? une belle femme vaut bien un souper. On pr√©tend encore qu'il √©tait un grand m√©decin; ainsi il ne lui manqua rien pour tromper les hommes.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Cor√°n ‚ÄĒ andalus√≠ del siglo XII. El Cor√°n es el libro sagrado del islam, que para los musulmanes contiene la palabra del Dios √ļnico (AllńĀh, ōßŔĄŔĄŔá), revelada a Mahoma (Muhammad o Muhammed, ŔÖō≠ŔÖōĮ), quien se considera que recibi√≥ estas revelaciones por medio… ‚Ķ   Wikipedia Espa√Īol

  • CORAN ‚ÄĒ Le mot al Qur‚Äô n (traditionnellement transcrit ¬ęCoran¬Ľ), qui proc√®de d‚Äôune racine attest√©e dans les plus anciens √©l√©ments de la pr√©dication de Mahomet, semble exprimer l‚Äôid√©e d‚Äôune ¬ęcommunication orale¬Ľ, d‚Äôun ¬ęmessage¬Ľ, transmis sous forme de… ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • Coran d'Ys ‚ÄĒ Nom de naissance Victorien Harel Naissance 19 octobre 1877 Ch√Ęteaubriant, France D√©c√®s 1954 Quimper, France Nationalit√© ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • coran ‚ÄĒ COR√ĀN s.n. Carte sacrńÉ a religiei musulmane care conŇ£ine prezentarea dogmelor Ňüi a tezelor acesteia, precum Ňüi diferite precepte religioase, etice Ňüi juridice, legende Ňüi mituri. ‚Äď Din fr. coran, germ. Koran. Trimis de IoanSoleriu, 20.05.2004.… ‚Ķ   Dic»õionar Rom√Ęn

  • Cor√°n ‚ÄĒ Cor√°n. m. Libro en que se contienen las revelaciones de Dios a Mahoma y que es fundamento de la religi√≥n musulmana. * * * El Cor√°n (√°rabe ō£ŔéŔĄŔíŔāŔŹōĪōĘŔÜ [alku ran], literalmente la recitaci√≥n ; tambi√©n se le llama Al Qur ńĀn Al Karńęm o El noble Cor√°n;… ‚Ķ   Enciclopedia Universal

  • Coran ‚ÄĒ is an infrequently used English spelling of Qur an (The Islamic Holy Book). It may also refer to: Coran River, a tributary of the Charente River in France Coran Capshaw, manager of the Dave Matthews Band Coracholan languages, an alternative name… ‚Ķ   Wikipedia

  • Coran tv 5 ‚ÄĒ Cr√©ation mercredi 18 mars 2009 Propri√©taire ENTV Slogan ¬ę Entreprise Publique de le T√©l√©vision ¬Ľ Langue arabe Pays d origine ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • cor√°n ‚ÄĒ sustantivo masculino 1. (con may√ļscula) √Ārea: religi√≥n Libro sagrado del Islam: El Cor√°n contiene lo que Mahoma, inspirado por Al√°, predic√≥ a sus fieles ‚Ķ   Diccionario Salamanca de la Lengua Espa√Īola

  • Coran ‚ÄĒ CORAN, √°nis, einer von Akt√§ons Hunden, welche endlich selbst ihren Herrn anfielen und zerrissen, als er von der Diana in einen Hirsch war verwandelt worden. Hygin. Fab. 181 ‚Ķ   Gr√ľndliches mythologisches Lexikon

  • Cor√°n ‚ÄĒ m. Libro en que se contienen las revelaciones de Dios a Mahoma y que es fundamento de la religi√≥n musulmana ‚Ķ   Diccionario de la lengua espa√Īola

  • Coran ‚ÄĒ var. of Koran; obs. f. currant ‚Ķ   Useful english dictionary


Share the article and excerpts

Direct link
… Do a right-click on the link above
and select ‚ÄúCopy Link‚ÄĚ

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.