CONCILES

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CONCILES
SECTION PREMI√ąRE.
Assemblée d'ecclésiastiques convoquée pour résoudre des doutes ou des questions sur les points de foi ou de discipline.
¬†¬†¬†¬†L'usage des conciles n'√©tait pas inconnu aux sectateurs de l'ancienne religion de Zerdusht que nous appelons Zoroastre. Vers l'an 200 de notre √®re vulgaire, le roi de Perse Ardeshir-Babecan assembla quarante mille pr√™tres pour les consulter sur des doutes qu'il avait touchant le paradis et l'enfer qu'ils nomment la g√©henne, terme que les Juifs adopt√®rent pendant leur captivit√© de Babylone, ainsi que les noms des anges et des mois. Le plus c√©l√®bre des mages Erdaviraph ayant bu trois verres d'un vin soporifique, eut une extase qui dura sept jours et sept nuits, pendant laquelle son √Ęme fut transport√©e vers Dieu. Revenu de ce ravissement, il raffermit la foi du roi en racontant le grand nombre de merveilles qu'il avait vues dans l'autre monde, et en les faisant mettre par √©crit.
¬†¬†¬†¬†On sait que J√©sus fut appel√© Christ, mot grec qui signifie oint, et sa doctrine christianisme, ou bien √©vangile, c'est-√†-dire bonne nouvelle, parce qu'un jour du sabbat √©tant entr√©, selon sa coutume, dans la synagogue de Nazareth, o√Ļ il avait √©t√© √©lev√©, il se fit √† lui-m√™me l'application de ce passage d'Isa√Įe qu'il venait de lire: " L'esprit du Seigneur est sur moi, c'est pourquoi il m'a rempli de son onction, et m'a envoy√© pr√™cher l'√Čvangile aux pauvres. " Il est vrai que tous ceux de la synagogue le chass√®rent hors de leur ville, et le conduisirent jusqu'√† la pointe de la montagne sur laquelle elle √©tait b√Ętie, pour le pr√©cipiter , et ses proches vinrent pour se saisir de lui: car ils disaient et on leur disait qu'il avait perdu l'esprit. Or il n'est pas moins certain que J√©sus d√©clara constamment qu'il n'√©tait pas venu d√©truire la loi ou les proph√®tes, mais les accomplir.
¬†¬†¬†¬†Cependant comme il ne laissa rien par √©crit , ses premiers disciples furent partag√©s sur la fameuse question s'il fallait circoncire les gentils, et leur ordonner de garder la loi mosa√Įque. Les ap√ītres et les pr√™tres s'assembl√®rent donc √† J√©rusalem pour examiner cette affaire; et apr√®s en avoir beaucoup conf√©r√©, ils √©crivirent aux fr√®res d'entre les gentils qui √©taient √† Antioche, en Syrie et en Cilicie, une lettre dont voici le pr√©cis: " Il a sembl√© bon au Saint-Esprit et √† nous de ne vous point imposer d'autre charge que celles-ci qui sont n√©cessaires: savoir, de vous abstenir des viandes immol√©es aux idoles, et du sang, et de la chair √©touff√©e, et de la fornication. "
¬†¬†¬†¬†La d√©cision de ce concile n'emp√™cha pas que Pierre √©tant √† Antioche ne discontinua de manger avec les gentils que lorsque plusieurs circoncis qui venaient d'aupr√®s de Jacques furent arriv√©s. Mais Paul voyant qu'il ne marchait pas droit selon la v√©rit√© de l'√Čvangile, lui r√©sista en face, et lui dit devant tout le monde: Si vous, qui √™tes Juifs, vivez comme les gentils, et non pas comme les Juifs, pourquoi contraignez-vous les gentils √† juda√Įser ? Pierre en effet vivait comme les gentils depuis que, dans un ravissement d'esprit , il avait vu le ciel ouvert, et comme une grande nappe qui descendait par les quatre coins du ciel en terre, dans laquelle il y avait de toutes sortes d'animaux terrestres √† quatre pieds, de reptiles et d'oiseaux du ciel; et qu'il avait ou√Į une voix qui lui avait dit: Levez-vous, Pierre, tuez et mangez. Paul, qui reprenait si hautement Pierre d'user de cette dissimulation pour faire croire qu'il observait encore la loi, se servit lui-m√™me √† J√©rusalem d'une feinte semblable. Se voyant accus√© d'enseigner aux Juifs qui √©taient parmi les gentils √† renoncer √† Mo√Įse, il s'alla purifier dans le temple pendant sept jours, afin que tous sussent que ce qu'ils avaient ou√Į dire de lui √©tait faux, mais qu'il continuait √† garder la loi; et cela par le conseil de tous les pr√™tres assembl√©s chez Jacques, et ces pr√™tres √©taient les m√™mes qui avaient d√©cid√© avec le Saint-Esprit que ces observances l√©gales n'√©taient pas n√©cessaires.
¬†¬†¬†¬†On distingua depuis les conciles en particuliers et en g√©n√©raux. Les particuliers sont de trois sortes: les nationaux convoqu√©s par le prince, par le patriarche ou par le primat; les provinciaux assembl√©s par le m√©tropolitain ou l'archev√™que; et les dioc√©sains ou synodes c√©l√©br√©s par chaque √©v√™que. Le d√©cret suivant est tir√© d'un de ces conciles tenus √† M√Ęcon. " Tout la√Įque qui rencontrera en chemin un pr√™tre ou un diacre, lui pr√©sentera le cou pour s'appuyer; si le la√Įque et le pr√™tre sont tous deux √† cheval, le la√Įque s'arr√™tera et saluera r√©v√©remment le pr√™tre; enfin si le pr√™tre est √† pied, et le la√Įque √† cheval, le la√Įque descendra et ne remontera que lorsque l'eccl√©siastique sera √† une certaine distance. Le tout sous peine d'√™tre interdit pendant aussi longtemps qu'il plaira au m√©tropolitain. "
    La liste des conciles tient plus de seize pages in-folio dans le Dictionnaire de Moréri; les auteurs ne convenant pas d'ailleurs du nombre des conciles généraux, bornons-nous ici au résultat des huit premiers qui furent assemblés par ordre des empereurs.
¬†¬†¬†¬†Deux pr√™tres d'Alexandrie ayant voulu savoir si J√©sus √©tait Dieu ou cr√©ature, ce ne fut pas seulement les √©v√™ques et les pr√™tres qui disput√®rent, les peuples entiers furent divis√©s; le d√©sordre vint √† un tel point que les pa√Įens sur leurs th√©√Ętres tournaient en raillerie le christianisme. L'empereur Constantin commen√ßa par √©crire en ces termes √† l'√©v√™que Alexander et au pr√™tre Arius, auteurs de la division: " Ces questions qui ne sont point n√©cessaires, et qui ne viennent que d'une oisivet√© inutile, peuvent √™tre faites pour exercer l'esprit; mais elles ne doivent pas √™tre port√©es aux oreilles du peuple. √Čtant divis√©s pour un si petit sujet, il n'est pas juste que vous gouverniez selon vos pens√©es une si grande multitude du peuple de Dieu. Cette conduite est basse et pu√©rile, indigne de pr√™tres et d'hommes sens√©s. Je ne le dis pas pour vous contraindre √† vous accorder enti√®rement sur cette question frivole, quelle qu'elle soit. Vous pouvez conserver l'unit√© avec un diff√©rent particulier, pourvu que ces diverses opinions et ces subtilit√©s demeurent secr√®tes dans le fond de la pens√©e. "
    L'empereur ayant appris le peu d'effet de sa lettre, résolut, par le conseil des évêques, de convoquer un concile oecuménique, c'est-à-dire de toute la terre habitable, et choisit, pour le lieu de l'assemblée, la ville de Nicée en Bithynie. Il s'y trouva deux mille quarante-huit évêques, qui tous, au rapport d'Eutychius , furent de sentiments et d'avis différents. Ce prince ayant eu la patience de les entendre disputer sur cette matière, fut très surpris de trouver parmi eux si peu d'unanimité; et l'auteur de la préface arabe de ce concile dit que les actes de ces disputes formaient quarante volumes.
¬†¬†¬†¬†Ce nombre prodigieux d'√©v√™ques ne para√ģtra pas incroyable, si l'on fait attention √† ce que rapporte Usser cit√© par Selden , que saint Patrice, qui vivait dans le cinqui√®me si√®cle, fonda 365 √©glises, et ordonna un pareil nombre d'√©v√™ques, ce qui prouve qu'alors chaque √©glise avait son √©v√™que, c'est-√†-dire son surveillant. Il est vrai que par le canon XIII du concile d'Ancyre, on voit que les √©v√™ques des villes firent leur possible pour √īter les ordinations aux √©v√™ques de village, et les r√©duire √† la condition de simples pr√™tres.
¬†¬†¬†¬†On lut dans le concile de Nic√©e une lettre d'Eus√®be de Nicom√©die, qui contenait l'h√©r√©sie manifestement, et d√©couvrait la cabale du parti d'Arius. Il y disait, entre autres choses, que si l'on reconnaissait J√©sus fils de Dieu incr√©√©, il faudrait aussi le reconna√ģtre consubstantiel au p√®re. Voil√† pourquoi Athanase, diacre d'Alexandrie, persuada aux P√®res de s'arr√™ter au mot de consubstantiel, qui avait √©t√© rejet√© comme impropre par le concile d'Antioche, tenu contre Paul de Samosate; mais c'est qu'il le prenait d'une mani√®re grossi√®re, et marquant de la division, comme on dit que plusieurs pi√®ces de monnaie sont d'un m√™me m√©tal; au lieu que les orthodoxes expliqu√®rent si bien le terme de consubstantiel, que l'empereur lui-m√™me comprit qu'il n'enfermait aucune id√©e corporelle, qu'il ne signifiait aucune division de la substance du p√®re absolument immat√©rielle et spirituelle, et qu'il fallait l'entendre d'une mani√®re divine et ineffable. Ils montr√®rent encore l'injustice des ariens de rejeter ce mot, sous pr√©texte qu'il n'est pas dans l'√Čcriture, eux qui employaient tant de mots qui n'y sont point, en disant que le fils de Dieu √©tait tir√© du n√©ant, et n'avait pas toujours √©t√©.
¬†¬†¬†¬†Alors Constantin √©crivit en m√™me temps deux lettres pour publier les ordonnances du concile, et les faire conna√ģtre √† ceux qui n'y avaient pas assist√©. La premi√®re, adress√©e aux √Čglises en g√©n√©ral, dit en beaucoup de paroles que la question de la foi a √©t√© examin√©e, et si bien √©claircie qu'il n'y est rest√© aucune difficult√©. Dans la seconde, il dit entre autres √† l'√Čglise d'Alexandrie en particulier: Ce que trois cents √©v√™ques ont ordonn√© n'est autre chose que la sentence du fils unique de Dieu; le Saint-Esprit a d√©clar√© la volont√© de Dieu par ces grands hommes qu'il inspirait: donc que personne ne doute, que personne ne diff√®re; mais revenez tous de bon coeur dans le chemin de la v√©rit√©.
¬†¬†¬†¬†Les √©crivains eccl√©siastiques ne sont pas d'accord sur le nombre des √©v√™ques qui souscrivirent √† ce concile. Eus√®be n'en compte que deux cent cinquante; Eustathe d'Antioche, cit√© par Th√©odoret, deux cent soixante et dix; saint Athanase, dans son √Čp√ģtre aux solitaires, trois cents, comme Constantin; mais dans sa lettre aux Africains, il parle de trois cent dix-huit. Ces quatre auteurs sont cependant t√©moins oculaires, et tr√®s dignes de foi.
¬†¬†¬†¬†Ce nombre de trois cent dix-huit, que le pape saint L√©on appelle myst√©rieux, a √©t√© adopt√© par la plupart des P√®res de l'√Čglise. Saint Ambroise assure que le nombre de trois cent dix-huit √©v√™ques fut une preuve de la pr√©sence du Seigneur J√©sus dans son concile de Nic√©e, parce que la croix d√©signe trois cents, et le nom de J√©sus dix-huit. Saint Hilaire, en d√©fendant le mot de consubstantiel approuv√© dans le concile de Nic√©e quoique condamn√© cinquante-cinq ans auparavant dans le concile d'Antioche, raisonne ainsi: Quatre-vingts √©v√™ques ont rejet√© le mot de consubstantiel, mais trois cent dix-huit l'ont re√ßu. Or, ce dernier nombre est pour moi un nombre saint, parce que c'est celui des hommes qui accompagn√®rent Abraham, lorsque victorieux des rois impies il fut b√©ni par celui qui est la figure du sacerdoce √©ternel. Enfin Selden rapporte que Doroth√©e, m√©tropolitain de Monembase, disait qu'il y avait eu pr√©cis√©ment trois cent dix-huit P√®res √† ce concile, parce qu'il s'√©tait √©coul√© trois cent dix-huit ans depuis l'incarnation. Tous les chronologistes placent ce concile √† l'an 325 de l'√®re vulgaire, mais Doroth√©e en retranche sept ans pour faire cadrer sa comparaison; ce n'est l√† qu'une bagatelle: d'ailleurs on ne commen√ßa √† compter les ann√©es depuis l'incarnation de J√©sus qu'au concile de Lestines, l'an 743. Denys-le-Petit avait imagin√© cette √©poque dans son cycle solaire de l'an 526, et B√®de l'avait employ√©e dans son Histoire eccl√©siastique.
¬†¬†¬†¬†Au reste on ne sera point √©tonn√© que Constantin ait adopt√© le sentiment de ces trois cents ou trois cent dix-huit √©v√™ques qui tenaient pour la divinit√© de J√©sus, si l'on fait attention qu'Eus√®be de Nicom√©die, un des principaux chefs du parti arien, avait √©t√© complice de la cruaut√© de Licinius, dans les massacres des √©v√™ques et dans la pers√©cution des chr√©tiens. C'est l'empereur lui-m√™me qui l'en accuse dans la lettre particuli√®re qu'il √©crivit √† l'√Čglise de Nicom√©die. " Il a, dit-il, envoy√© contre moi des espions pendant les troubles, et il ne lui manquait que de prendre les armes pour le tyran. J'en ai des preuves par les pr√™tres et les diacres de sa suite que j'ai pris. Pendant le concile de Nic√©e, avec quel empressement et quelle impudence a-t-il soutenu, contre le t√©moignage de sa conscience, l'erreur convaincue de tous c√īt√©s, tant√īt en implorant ma protection, de peur qu'√©tant convaincu d'un si grand crime, il ne f√Ľt priv√© de sa dignit√© ! Il m'a circonvenu et surpris honteusement, et a fait passer toutes choses comme il a voulu. Encore depuis peu, voyez ce qu'il a fait avec Th√©ognis. "
    Constantin veut parler de la fraude dont Eusèbe de Nicomédie et Théognis de Nicée usèrent en souscrivant. Dans le mot omousios ils insérèrent un iota qui faisait omoiousios, c'est-à-dire semblable en substance, au lieu que le premier signifie de même substance. On voit par là que ces évêques cédèrent à la crainte d'être déposés et bannis; car l'empereur avait menacé d'exil ceux qui ne voudraient pas souscrire. Aussi l'autre Eusèbe, évêque de Césarée, approuva le mot de consubstantiel, après l'avoir combattu le jour précédent.
¬†¬†¬†¬†Cependant Th√©onas de Marmarique et Second de Ptol√©ma√Įque demeur√®rent opini√Ętr√©ment attach√©s √† Arius; et le concile les ayant condamn√©s avec lui, Constantin les exila, et d√©clara, par un √©dit, qu'on punirait de mort quiconque serait convaincu d'avoir cach√© quelque √©crit d'Arius, au lieu de le br√Ľler. Trois mois apr√®s, Eus√®be de Nicom√©die et Th√©ognis furent aussi envoy√©s en exil dans les Gaules. On dit qu'ayant gagn√© celui qui gardait les actes du concile par ordre de l'empereur, ils avaient effac√© leurs souscriptions, et s'√©taient mis √† enseigner publiquement qu'il ne faut pas croire que le Fils soit consubstantiel au P√®re.
¬†¬†¬†¬†Heureusement, pour remplacer leurs signatures et conserver le nombre myst√©rieux de trois cent dix-huit, on imagina de mettre le livre o√Ļ √©taient ces actes divis√©s par sessions, sur le tombeau de Chrysante et de Misonius, qui √©taient morts pendant la tenue du concile; on y passa la nuit en oraison, et le lendemain il se trouva que ces deux √©v√™ques avaient sign√©.
¬†¬†¬†¬†Ce fut par un exp√©dient √† peu pr√®s semblable que les P√®res du m√™me concile firent la distinction des livres authentiques de l'√Čcriture d'avec les apocryphes: les ayant plac√©s tous p√™le-m√™le sur l'autel, les apocryphes tomb√®rent d'eux-m√™mes par terre.
    Deux autres conciles assemblés l'an 359, par l'empereur Constance, l'un de plus de quatre cents évêques à Rimini, et l'autre de plus de cent cinquante à Séleucie, rejetèrent après de longs débats le mot consubstantiel, déjà condamné par un concile d'Antioche, comme nous l'avons dit; mais ces conciles ne sont reconnus que par les sociniens.
¬†¬†¬†¬†Les P√®res de Nic√©e avaient √©t√© si occup√©s de la consubstantialit√© du Fils, que sans faire aucune mention de l'√Čglise dans leur symbole, ils s'√©taient content√©s de dire: Nous croyons aussi au Saint-Esprit. Cet oubli fut r√©par√© au second concile g√©n√©ral convoqu√© √† Constantinople, l'an 381, par Th√©odose. Le Saint-Esprit y fut d√©clar√© Seigneur et vivifiant, qui proc√®de du P√®re, qui est ador√© et glorifi√© avec le P√®re et le Fils, qui a parl√© par les proph√®tes. Dans la suite l'√Čglise latine voulut que le Saint-Esprit proc√©d√Ęt encore du Fils, et le filioque fut ajout√© au symbole, d'abord en Espagne, l'an 447, puis en France au concile de Lyon, l'an 1274, et enfin √† Rome, malgr√© les plaintes des Grecs contre cette innovation.
¬†¬†¬†¬†La divinit√© de J√©sus une fois √©tablie, il √©tait naturel de donner √† sa m√®re le titre de m√®re de Dieu: cependant le patriarche de Constantinople Nestorius soutint, dans ses sermons, que ce serait justifier la folie des pa√Įens, qui donnaient des m√®res √† leurs dieux. Th√©odose-le-Jeune, pour d√©cider cette grande question, fit assembler le troisi√®me concile g√©n√©ral √† √Čph√®se, l'an 431, o√Ļ Marie fut reconnue m√®re de Dieu.
¬†¬†¬†¬†Une autre h√©r√©sie de Nestorius, √©galement condamn√©e √† √Čph√®se, √©tait de reconna√ģtre deux personnes en J√©sus. Cela n'emp√™cha pas le patriarche Flavien de reconna√ģtre dans la suite deux natures en J√©sus. Un moine nomm√© Eutich√®s, qui avait d√©j√† beaucoup cri√© contre Nestorius, assura, pour mieux les contredire l'un et l'autre, que J√©sus n'avait aussi qu'une nature. Cette fois-ci le moine se trompa. Quoique son sentiment e√Ľt √©t√© soutenu l'an 449, √† coups de b√Ęton, dans un nombreux concile √† √Čph√®se, Eutich√®s n'en fut pas moins anath√©matis√© deux ans apr√®s par le quatri√®me concile g√©n√©ral que l'empereur Marcien fit tenir √† Chalc√©doine, o√Ļ deux natures furent assign√©es √† J√©sus.
¬†¬†¬†¬†Restait √† savoir combien, avec une personne et deux natures, J√©sus devait avoir de volont√©s. Le cinqui√®me concile g√©n√©ral, qui, l'an 553, assoupit, par ordre de Justinien, les contestations touchant la doctrine de trois √©v√™ques, n'eut pas le loisir d'entamer cet important objet. Ce ne fut que l'an 680 que le sixi√®me concile g√©n√©ral, convoqu√© aussi √† Constantinople par Constantin Pogonat, nous apprit que J√©sus a pr√©cis√©ment deux volont√©s; et ce concile, en condamnant les monoth√©lites qui n'en admettaient qu'une, n'excepta pas de l'anath√®me le pape Honorius 1er qui, dans une lettre rapport√©e par Baronius , avait dit au patriarche de Constantinople: " Nous confessons une seule volont√© dans J√©sus-Christ. Nous ne voyons point que les conciles ni l'√Čcriture nous autorisent √† penser autrement; mais de savoir si, √† cause des oeuvres de divinit√© et d'humanit√© qui sont en lui, on doit entendre une ou deux op√©rations, c'est ce que je laisse aux grammairiens, et ce qui n'importe gu√®re. " Ainsi Dieu permit que l'√Čglise grecque et l'√Čglise latine n'eussent rien √† se reprocher √† cet √©gard. Comme le patriarche Nestorius avait √©t√© condamn√© pour avoir reconnu deux personnes en J√©sus, le pape Honorius le fut √† son tour pour n'avoir confess√© qu'une volont√© dans J√©sus.
¬†¬†¬†¬†Le septi√®me concile g√©n√©ral, ou second de Nic√©e, fut assembl√©, l'an 787, par Constantin , fils de L√©on et d'Ir√®ne, pour r√©tablir l'adoration des images. Il faut savoir que deux conciles de Constantinople, le premier l'an 730, sous l'empereur L√©on, et l'autre vingt-quatre ans apr√®s, sous Constantin Copronyme, s'√©taient avis√©s de proscrire les images, conform√©ment √† la loi mosa√Įque et √† l'usage des premiers si√®cles du christianisme. Aussi le d√©cret de Nic√©e o√Ļ il est dit que quiconque ne rendra pas aux images des saints le service, l'adoration, comme √† la Trinit√©, sera jug√© anath√®me, √©prouva d'abord des contradictions; les √©v√™ques qui voulurent le faire recevoir l'an 789, dans un concile de Constantinople, en furent chass√©s par des soldats. Le m√™me d√©cret fut encore rejet√© avec m√©pris, l'an 794, par le concile de Francfort et par les livres carolins que Charlemagne fit publier. Mais enfin le second concile de Nic√©e fut confirm√© √† Constantinople sous l'empereur Michel et Th√©odora sa m√®re, l'an 842, par un nombreux concile qui anath√©matisa les ennemis des saintes images. Il est remarquable que ce furent deux femmes, les imp√©ratrices Ir√®ne et Th√©odora, qui prot√©g√®rent les images.
¬†¬†¬†¬†Passons au huiti√®me concile g√©n√©ral. Sous l'empereur Basile, Photius, ordonn√© √† la place d'Ignace patriarche de Constantinople, fit condamner l'√Čglise latine sur le filioque, et autres pratiques, par un concile de l'an 866; mais Ignace ayant √©t√© rappel√© l'ann√©e suivante (le 23 novembre), un autre concile d√©posa Photius; et l'an 869 les Latins √† leur tour condamn√®rent l'√Čglise grecque dans un concile appel√© par eux huiti√®me g√©n√©ral, tandis que les Orientaux donnent ce nom √† un autre concile, qui dix ans apr√®s annula ce qu'avait fait le pr√©c√©dent, et r√©tablit Photius.
¬†¬†¬†¬†Ces quatre conciles se tinrent √† Constantinople; les autres appel√©s g√©n√©raux par les Latins, n'ayant √©t√© compos√©s que des seuls √©v√™ques d'Occident, les papes, √† la faveur des fausses d√©cr√©tales, s'arrog√®rent insensiblement le droit de les convoquer. Le dernier, assembl√© √† Trente depuis l'an 1545 jusqu'en 1563, n'a servi ni √† ramener les ennemis de la papaut√©, ni √† les subjuguer. Ses d√©crets sur la discipline n'ont √©t√© admis chez presque aucune nation catholique, et il n'a produit d'autre effet que de v√©rifier ces paroles de saint Gr√©goire de Nazianze: " Je n'ai jamais vu de concile qui ait eu une bonne fin et qui n'ait augment√© les maux plut√īt que de les gu√©rir. L'amour de la dispute et l'ambition r√®gnent au-del√† de ce qu'on peut dire dans toute assembl√©e d'√©v√™ques. "
¬†¬†¬†¬†Cependant le concile de Constance, l'an 1415, ayant d√©cid√© qu'un concile g√©n√©ral re√ßoit imm√©diatement de J√©sus-Christ son autorit√©, √† laquelle toute personne, de quelque √Čtat et dignit√© qu'elle soit, est oblig√©e d'ob√©ir dans ce qui concerne la foi; le concile de Basle ayant ensuite confirm√© ce d√©cret qu'il tient pour article de foi, et qu'on ne peut n√©gliger sans renoncer au salut, on sent combien chacun est int√©ress√© √† se soumettre aux conciles.
SECTION II.
Notice des conciles généraux.
¬†¬†¬†¬†Assembl√©e, conseil d'√Čtat, parlement, √©tats-g√©n√©raux, c'√©tait autrefois la m√™me chose parmi nous. On n'√©crivait ni en celte, ni en germain, ni en espagnol, dans nos premiers si√®cles. Le peu qu'on √©crivait √©tait con√ßu en langue latine par quelques clercs; ils exprimaient toute assembl√©e de leudes, de herren, ou de ricos-hombres, ou de quelques pr√©lats, par le mot de concilium. De l√† vient qu'on trouve, dans les sixi√®me, septi√®me et huiti√®me si√®cles, tant de conciles qui n'√©taient pr√©cis√©ment que des conseils d'√Čtat.
¬†¬†¬†¬†Nous ne parlerons ici que des grands conciles appel√©s g√©n√©raux soit par l'√Čglise grecque, soit par l'√Čglise latine; on les nomma synodes √† Rome comme en Orient dans les premiers si√®cles; car les Latins emprunt√®rent des Grecs les noms et les choses.
    En 325, grand concile dans la ville de Nicée, convoqué par Constantin. La formule de la décision est: " Nous croyons Jésus consubstantiel au Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, engendré et non fait. Nous croyons aussi au Saint-Esprit. "
    Il est dit dans le supplément appelé appendix, que les Pères du concile voulant distinguer les livres canoniques des apocryphes, les mirent tous sur l'autel, et que les apocryphes tombèrent par terre d'eux-mêmes.
    Nicéphore assure que deux évêques, Chrysante et Misonius, morts pendant les premières sessions, ressuscitèrent pour signer la condamnation d'Arius, et remoururent incontinent après.
    Baronius soutient le fait , mais Fleury n'en parle pas.
    En 359, l'empereur Constance assemble le grand concile de Rimini et de Séleucie, au nombre de six cents évêques, et d'un nombre prodigieux de prêtres. Ces deux conciles, correspondant ensemble, défont tout ce que le concile de Nicée a fait, et proscrivent la consubstantialité. Aussi fut-il regardé depuis comme faux concile.
¬†¬†¬†¬†En 381, par les ordres de l'empereur Th√©odose, grand concile √† Constantinople, de cent cinquante √©v√™ques, qui anath√©matisent le concile de Rimini. Saint Gr√©goire de Nazianze y pr√©side; l'√©v√™que de Rome y envoie des d√©put√©s. On ajoute au symbole de Nic√©e: " J√©sus-Christ s'est incarn√© par le Saint-Esprit et de la Vierge Marie. - Il a √©t√© crucifi√© pour nous sous Ponce Pilate. - Il a √©t√© enseveli, et il est ressuscit√© le troisi√®me jour, suivant les √Čcritures. - Il est assis √† la droite du P√®re. - Nous croyons aussi au Saint-Esprit, seigneur vivifiant qui proc√®de du P√®re. "
¬†¬†¬†¬†En 431, grand concile d'√Čph√®se, convoqu√© par l'empereur Th√©odose II. Nestorius, √©v√™que de Constantinople, ayant pers√©cut√© violemment tous ceux qui n'√©taient pas de son opinion sur des points de th√©ologie, essuya des pers√©cutions √† son tour, pour avoir soutenu que la sainte Vierge Marie, m√®re de J√©sus-Christ, n'√©tait point m√®re de Dieu, parce que, disait-il, J√©sus-Christ √©tant le verbe fils de Dieu consubstantiel √† son p√®re, Marie ne pouvait pas √™tre √† la fois la m√®re de Dieu le p√®re et de Dieu le fils. Saint Cyrille s'√©leva hautement contre lui. Nestorius demanda un concile oecum√©nique; il l'obtint. Nestorius fut condamn√©; mais Cyrille fut d√©pos√© par un comit√© du concile. L'empereur cassa tout ce qui s'√©tait fait dans ce concile, ensuite permit qu'on se rassembl√Ęt. Les d√©put√©s de Rome arriv√®rent fort tard. Les troubles augmentant, l'empereur fit arr√™ter Nestorius et Cyrille. Enfin, il ordonna √† tous les √©v√™ques de s'en retourner chacun dans son √©glise, et il n'y eut point de conclusion. Tel fut le fameux concile d'√Čph√®se.
¬†¬†¬†¬†En 449, grand concile encore √† √Čph√®se, surnomm√© depuis le brigandage. Les √©v√™ques furent au nombre de cent trente. Dioscore, √©v√™que d'Alexandrie, y pr√©sida. Il y eut deux d√©put√©s de l'√Čglise de Rome, et plusieurs abb√©s de moines. Il s'agissait de savoir si J√©sus-Christ avait deux natures. Les √©v√™ques et tous les moines d'√Čgypte s'√©cri√®rent qu'il fallait d√©chirer en deux tous ceux qui diviseraient en deux J√©sus-Christ. Les deux natures furent anath√©matis√©es. On se battit en plein concile, ainsi qu'on s'√©tait battu au petit concile de Cirthe, en 355, et au petit concile de Carthage.
¬†¬†¬†¬†En 451, grand concile de Chalc√©doine convoqu√© par Pulch√©rie, qui √©pousa Marcien, √† condition qu'il ne serait que son premier sujet. Saint L√©on, √©v√™que de Rome, qui avait un tr√®s grand cr√©dit, profitant des troubles que la querelle des deux natures excitait dans l'empire, pr√©sida au concile par ses l√©gats; c'est le premier exemple que nous en ayons. Mais les P√®res du concile craignant que l'√Čglise d'Occident ne pr√©tend√ģt par cet exemple la sup√©riorit√© sur celle d'Orient, d√©cid√®rent par le vingt-huiti√®me canon que le si√©ge de Constantinople et celui de Rome auraient √©galement les m√™mes avantages et les m√™mes privil√®ges. Ce fut l'origine de la longue inimiti√© qui r√©gna et qui r√®gne encore entre les deux √Čglises.
    Ce concile de Chalcédoine établit les deux natures et une seule personne.
    Nicéphore rapporte qu'à ce même concile, les évêques, après une longue dispute au sujet des images, mirent chacun leur opinion par écrit dans le tombeau de sainte Euphémie, et passèrent la nuit en prières. Le lendemain les billets orthodoxes furent trouvés en la main de la sainte, et les autres à ses pieds.
¬†¬†¬†¬†En 553, grand concile √† Constantinople, convoqu√© par Justinien, qui se m√™lait de th√©ologie. Il s'agissait de trois petits √©crits diff√©rents qu'on ne conna√ģt plus aujourd'hui. On les appela les trois chapitres. On disputait aussi sur quelques passages d'Orig√®ne.
¬†¬†¬†¬†L'√©v√™que de Rome Vigile voulut y aller en personne; mais Justinien le fit mettre en prison. Le patriarche de Constantinople pr√©sida. Il n'y eut personne de l'√Čglise latine, parce qu'alors le grec n'√©tait plus entendu dans l'Occident, devenu tout-√†-fait barbare.
¬†¬†¬†¬†En 680, encore un concile g√©n√©ral √† Constantinople, convoqu√© par l'empereur Constantin-le-Barbu. C'est le premier concile appel√© par les Latins in trullo, parce qu'il fut tenu dans un salon du palais imp√©rial. L'empereur y pr√©sida lui-m√™me. A sa droite √©taient les patriarches de Constantinople et d'Antioche; √† sa gauche les d√©put√©s de Rome et de J√©rusalem. On y d√©cida que J√©sus-Christ avait deux volont√©s. On y condamna le pape Honorius 1er comme monoth√©lite, c'est-√†-dire, qui voulait que J√©sus-Christ n'e√Ľt eu qu'une volont√©.
¬†¬†¬†¬†En 787, second concile de Nic√©e, convoqu√© par Ir√®ne sous le nom de l'empereur Constantin son fils, auquel elle fit crever les yeux. Son mari L√©on avait aboli le culte des images, comme contraire √† la simplicit√© des premiers si√®cles, et favorisant l'idol√Ętrie: Ir√®ne le r√©tablit; elle parla elle-m√™me dans le concile. C'est le seul qui ait √©t√© tenu par une femme. Deux l√©gats du pape Adrien IV y assist√®rent et ne parl√®rent point, parce qu'ils n'entendaient point le grec; ce fut le patriarche Tar√®ze qui fit tout.
    Sept ans après, les Francs ayant entendu dire qu'un concile à Constantinople avait ordonné l'adoration des images, assemblèrent par l'ordre de Charles, fils de Pepin, nommé depuis Charlemagne, un concile assez nombreux à Francfort. On y traita le second concile de Nicée de " synode impertinent et arrogant, tenu en Grèce pour adorer des peintures. "
    En 842, grand concile à Constantinople, convoqué par l'impératrice Théodora. Culte des images solennellement établi. Les Grecs ont encore une fête en l'honneur de ce grand concile, qu'on appelle l'orthodoxie. Théodora n'y présida pas.
    En 861, grand concile à Constantinople, composé de trois cent dix-huit évêques, convoqué par l'empereur Michel. On y déposa saint Ignace, patriarche de Constantinople, et on élut Photius.
¬†¬†¬†¬†En 869, autre grand concile √† Constantinople, o√Ļ le pape Nicolas 1er est d√©pos√© par contumace et excommuni√©.
¬†¬†¬†¬†En 866, autre grand concile √† Constantinople, o√Ļ Photius est excommuni√© et d√©pos√© √† son tour, et saint Ignace r√©tabli.
¬†¬†¬†¬†En 879, autre grand concile √† Constantinople, o√Ļ Photius, d√©j√† r√©tabli, est reconnu pour vrai patriarche par les l√©gats du pape Jean VIII. On y traite de conciliabule le grand concile oecum√©nique o√Ļ Photius avait √©t√© d√©pos√©.
    Le pape Jean VIII déclare Judas tous ceux qui disent que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils.
    En 1122 et 23, grand concile à Rome, tenu dans l'église de Saint-Jean de Latran, par le pape Calixte II. C'est le premier concile général que les papes convoquèrent. Les empereurs d'Occident n'avaient presque plus d'autorité; et les empereurs d'Orient, pressés par les mahométans et par les croisés, ne tenaient plus que de chétifs petits conciles.
¬†¬†¬†¬†Au reste, on ne sait pas trop ce que c'est que Latran. Quelques petits conciles avaient √©t√© d√©j√† convoqu√©s dans Latran. Les uns disent que c'√©tait une maison b√Ętie par un nomm√© Latranus, du temps de N√©ron; les autres, que c'est l'√©glise de Saint-Jean m√™me b√Ętie par l'√©v√™que Silvestre.
¬†¬†¬†¬†Les √©v√™ques, dans ce concile, se plaignirent fortement des moines: " Ils poss√®dent, disent-ils, les √©glises, les terres, les ch√Ęteaux, les d√ģmes, les offrandes des vivants et des morts; il ne leur reste plus qu'√† nous √īter la crosse et l'anneau. " Les moines rest√®rent en possession.
¬†¬†¬†¬†En 1139, autre grand concile de Latran, par le pape Innocent II; il y avait, dit-on, mille √©v√™ques. C'est beaucoup. On y d√©clara les d√ģmes eccl√©siastiques de droit divin, et on excommunia les la√Įques qui en poss√©daient.
    En 1179, autre grand concile de Latran, par le pape Alexandre III; il y eut trois cent deux évêques latins et un abbé grec. Les décrets furent tous de discipline. La pluralité des bénéfices y fut défendue.
¬†¬†¬†¬†En 1215, dernier concile g√©n√©ral de Latran, par Innocent III; quatre cent douze √©v√™ques, huit cents abb√©s. D√®s ce temps, qui √©tait celui des croisades, les papes avaient √©tabli un patriarche latin √† J√©rusalem, et un √† Constantinople. Ces patriarches vinrent au concile. Ce grand concile dit que " Dieu ayant donn√© aux hommes la doctrine salutaire par Mo√Įse, fit na√ģtre enfin son fils d'une vierge pour montrer le chemin plus clairement; que personne ne peut √™tre sauv√© hors de l'√Čglise catholique. "
    Le mot de transsubstantiation ne fut connu qu'après ce concile. Il y fut défendu d'établir de nouveaux ordres religieux: mais depuis ce temps on en a formé quatre-vingts.
    Ce fut dans ce concile qu'on dépouilla Raimond, comte de Toulouse, de toutes ses terres.
¬†¬†¬†¬†En 1245, grand concile √† Lyon, ville imp√©riale. Innocent IV y m√®ne l'empereur de Constantinople, Jean Pal√©ologue, qu'il fait asseoir √† c√īt√© de lui. Il y d√©pose l'empereur Fr√©d√©ric II, comme f√©lon; il donne un chapeau rouge aux cardinaux, signe de guerre contre Fr√©d√©ric. Ce fut la source de trente ans de guerres civiles.
¬†¬†¬†¬†En 1274, autre concile g√©n√©ral √† Lyon. Cinq cents √©v√™ques, soixante et dix gros abb√©s, et mille petits. L'empereur grec Michel Pal√©ologue, pour avoir la protection du pape, envoie son patriarche grec Th√©ophane et un √©v√™que de Nic√©e pour se r√©unir en son nom √† l'√Čglise latine. Mais ces √©v√™ques sont d√©savou√©s par l'√Čglise grecque.
¬†¬†¬†¬†En 1311, le pape Cl√©ment V indique un concile g√©n√©ral dans la petite ville de Vienne en Dauphin√©. Il y abolit l'ordre des Templiers. On ordonne de br√Ľler les b√©gares, b√©guins et b√©guines, esp√®ce d'h√©r√©tiques auxquels on imputait tout ce qu'on avait imput√© autrefois aux premiers chr√©tiens.
¬†¬†¬†¬†En 1414, grand concile de Constance, convoqu√© enfin par un empereur qui rentre dans ses droits. C'est Sigismond. On y d√©pose le pape Jean XXIII, convaincu de plusieurs crimes. On y br√Ľle Jean Hus et J√©r√īme de Prague, convaincus d'opini√Ętret√©.
¬†¬†¬†¬†En 1431, grand concile de Basle, o√Ļ l'on d√©pose en vain le pape Eug√®ne IV, qui fut plus habile que le concile.
¬†¬†¬†¬†En 1438, grand concile √† Ferrare, transf√©r√© √† Florence, o√Ļ le pape excommuni√© excommunie le concile, et le d√©clare criminel de l√®se-majest√©. On y fit une r√©union feinte avec l'√Čglise grecque, √©cras√©e par les synodes turcs qui se tenaient le sabre √† la main.
¬†¬†¬†¬†Il ne tint pas au pape Jules II que son concile de Latran, en 1512, ne pass√Ęt pour un concile oecum√©nique. Ce pape y excommunia solennellement le roi de France Louis XII, mit la France en interdit, cita tout le parlement de Provence √† compara√ģtre devant lui; il excommunia tous les philosophes, parce que la plupart avaient pris le parti de Louis XII. Cependant, ce concile n'a point le titre de brigandage comme celui d'√Čph√®se.
    En 1537, concile de Trente, convoqué d'abord par le pape Paul III, à Mantoue, et ensuite à Trente, en 1545, terminé en décembre 1563, sous Pie IV. Les princes catholiques le reçurent quant au dogme, et deux ou trois quant à la discipline.
    On croit qu'il n'y aura désormais pas plus de conciles généraux qu'il n'y aura d'états généraux en France et en Espagne.
    Il y a dans le Vatican un beau tableau qui contient la liste des conciles généraux. On n'y a inscrit que ceux qui sont approuvés par la cour de Rome: chacun met ce qu'il veut dans ses archives.
SECTION III.
    Tous les conciles sont infaillibles, sans doute; car ils sont composés d'hommes.
    Il est impossible que jamais les passions, les intrigues, l'esprit de dispute, la haine, la jalousie, le préjugé, l'ignorance, règnent dans ces assemblées.
    Mais pourquoi, dira-t-on, tant de conciles ont-ils été opposés les uns aux autres ? C'est pour exercer notre foi; ils ont tous eu raison chacun dans leur temps.
    On ne croit aujourd'hui, chez les catholiques romains, qu'aux conciles approuvés dans le Vatican; et on ne croit, chez les catholiques grecs, qu'à ceux approuvés dans Constantinople. Les protestants se moquent des uns et des autres; ainsi tout le monde doit être content.
    Nous ne parlerons ici que des grands conciles; les petits n'en valent pas la peine.
    Le premier est celui de Nicée. Il fut assemblé en 325 de l'ère vulgaire, après que Constantin eut écrit et envoyé par Ozius cette belle lettre au clergé un peu brouillon d'Alexandrie: " Vous vous querellez pour un sujet bien mince. Ces subtilités sont indignes de gens raisonnables. " Il s'agissait de savoir si Jésus était créé, ou incréé. Cela ne touchait en rien la morale, qui est l'essentiel. Que Jésus ait été dans le temps, ou avant le temps, il n'en faut pas moins être homme de bien. Après beaucoup d'altercations, il fut enfin décidé que le Fils était aussi ancien que le Père, et consubstantiel au Père. Cette décision ne s'entend guère; mais elle n'en est que plus sublime. Dix-sept évêques protestent contre l'arrêt, et une ancienne chronique d'Alexandrie, conservée à Oxford, dit que deux mille prêtres protestèrent aussi; mais les prélats ne font pas grand cas des simples prêtres, qui sont d'ordinaire pauvres. Quoi qu'il en soit, il ne fut point du tout question de la Trinité dans ce premier concile. La formule porte: " Nous croyons Jésus consubstantiel au Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, engendré et non fait; nous croyons aussi au Saint-Esprit. " Le Saint-Esprit, il faut l'avouer, fut traité bien cavalièrement.
    Il est rapporté dans le supplément du concile de Nicée, que les Pères étant fort embarrassés pour savoir quels étaient les livres cryphes ou apocryphes de l'ancien et du nouveau Testament, les mirent tous pêle-mêle sur un autel; et les livres à rejeter tombèrent par terre. C'est dommage que cette belle recette soit perdue de nos jours.
¬†¬†¬†¬†Apr√®s le premier concile de Nic√©e, compos√© de trois cent dix-sept √©v√™ques infaillibles, il s'en tint un autre √† Rimini; et le nombre des infaillibles fut cette fois de quatre cents, sans compter un gros d√©tachement √† S√©leucie d'environ deux cents. Ces six cents √©v√™ques, apr√®s quatre mois de querelles, √īt√®rent unanimement √† J√©sus sa consubstantialit√©. Elle lui a √©t√© rendue depuis, except√© chez les sociniens: ainsi tout va bien.
¬†¬†¬†¬†Un des grands conciles est celui d'√Čph√®se, en 431; l'√©v√™que de Constantinople Nestorius, grand pers√©cuteur d'h√©r√©tiques, fut condamn√© lui-m√™me comme h√©r√©tique, pour avoir soutenu qu'√† la v√©rit√© J√©sus √©tait bien Dieu, mais que sa m√®re n'√©tait pas absolument m√®re de Dieu, mais m√®re de J√©sus. Ce fut saint Cyrille qui fit condamner Nestorius; mais aussi les partisans de Nestorius firent d√©poser saint Cyrille dans le m√™me concile; ce qui embarrassa fort le Saint-Esprit.
¬†¬†¬†¬†Remarquez ici, lecteur, bien soigneusement, que l'√Čvangile n'a jamais dit un mot, ni de la consubstantialit√© du Verbe, ni de l'honneur qu'avait eu Marie d'√™tre m√®re de Dieu, non plus que des autres disputes qui ont fait assembler des conciles infaillibles.
¬†¬†¬†¬†Eutich√®s √©tait un moine qui avait beaucoup cri√© contre Nestorius, dont l'h√©r√©sie n'allait pas moins qu'√† supposer deux personnes en J√©sus; ce qui est √©pouvantable. Le moine, pour mieux contredire son adversaire, assure que J√©sus n'avait qu'une nature. Un Flavien, √©v√™que de Constantinople, lui soutint qu'il fallait absolument qu'il y e√Ľt deux natures en J√©sus. On assemble un concile nombreux √† √Čph√®se, en 449; celui-l√† se tint √† coups de b√Ęton, comme le petit concile de Cirthe, en 355, et certaine conf√©rence √† Carthage. La nature de Flavien fut moulue de coups, et deux natures furent assign√©es √† J√©sus. Au concile de Chalc√©doine, en 451, J√©sus fut r√©duit √† une nature.
    Je passe des conciles tenus pour des minuties, et je viens au sixième concile général de Constantinople, assemblé pour savoir au juste si Jésus, qui, après n'avoir eu qu'une nature pendant quelque temps, en avait deux alors, avait aussi deux volontés. On sent combien cela est important pour plaire à Dieu.
    Ce concile fut convoqué par Constantin-le-Barbu, comme tous les autres l'avaient été par les empereurs précédents: les légats de l'évêque de Rome eurent la gauche; les patriarches de Constantinople et d'Antioche eurent la droite. Je ne sais si les caudataires à Rome prétendent que la gauche est la place d'honneur. Quoi qu'il en soit, Jésus, de cette affaire-là, obtint deux volontés.
¬†¬†¬†¬†La loi mosa√Įque avait d√©fendu les images. Les peintres et les sculpteurs n'avaient pas fait fortune chez les Juifs. On ne voit pas que J√©sus ait jamais eu de tableaux, except√© peut-√™tre celui de Marie, peinte par Luc. Mais enfin J√©sus-Christ ne recommande nulle part qu'on adore les images. Les chr√©tiens les ador√®rent pourtant vers la fin du quatri√®me si√®cle, quand ils se furent familiaris√©s avec les beaux-arts. L'abus fut port√© si loin au huiti√®me si√®cle, que Constantin Copronyme assembla √† Constantinople un concile de trois cent vingt √©v√™ques, qui anath√©matisa le culte des images, et qui le traita d'idol√Ętrie.
    L'impératrice Irène, la même qui depuis fit arracher les yeux à son fils, convoqua le second concile de Nicée en 787: l'adoration des images y fut rétablie. On veut aujourd'hui justifier ce concile, en disant que cette adoration était un culte de dulie, et non de latrie.
¬†¬†¬†¬†Mais, soit de latrie, soit de dulie, Charlemagne, en 794, fit tenir √† Francfort un autre concile qui traita le second de Nic√©e d'idol√Ętrie. Le pape Adrien IV y envoya deux l√©gats, et ne le convoqua pas.
¬†¬†¬†¬†Le premier grand concile convoqu√© par un pape fut le premier de Latran, en 1139; il y eut environ mille √©v√™ques; mais on n'y fit presque rien, sinon qu'on anath√©matisa ceux qui disaient que l'√Čglise √©tait trop riche.
¬†¬†¬†¬†Autre concile de Latran, en 1179, tenu par le pape Alexandre III, o√Ļ les cardinaux, pour la premi√®re fois, prirent le pas sur les √©v√™ques: il ne fut question que de discipline.
    Autre grand concile de Latran, en 1215. Le pape Innocent III y dépouilla le comte de Toulouse de tous ses biens, en vertu de l'excommunication. C'est le premier concile qui ait parlé de transsubstantiation.
    En 1245, concile général de Lyon, ville alors impériale, dans laquelle le pape Innocent IV excommunia l'empereur Frédéric II, et par conséquent le déposa, et lui interdit le feu et l'eau: c'est dans ce concile qu'on donna aux cardinaux un chapeau rouge, pour les faire souvenir qu'il faut se baigner dans le sang des partisans de l'empereur. Ce concile fut la cause de la destruction de la maison de Souabe, et de trente ans d'anarchie dans l'Italie et dans l'Allemagne.
¬†¬†¬†¬†Concile g√©n√©ral √† Vienne en Dauphin√©, en 1311, o√Ļ l'on abolit l'ordre des Templiers, dont les principaux membres avaient √©t√© condamn√©s aux plus horribles supplices, sur les accusations les moins prouv√©es.
¬†¬†¬†¬†En 1414, le grand concile de Constance, o√Ļ l'on se contenta de d√©mettre le pape Jean XXIII, convaincu de mille crimes, et o√Ļ l'on br√Ľla Jean Hus et J√©r√īme de Prague, pour avoir √©t√© opini√Ętres, attendu que l'opini√Ętret√© est un bien plus grand crime que le meurtre, le rapt, la simonie, et la sodomie.
    En 1431, le grand concile de Basle, non reconnu à Rome, parce qu'on y déposa le pape Eugène IV, qui ne se laissa point déposer.
    Les Romains comptent pour concile général le cinquième concile de Latran, en 1512, convoqué contre Louis XII, roi de France, par le pape Jules II; mais ce pape guerrier étant mort, ce concile s'en alla en fumée.
    Enfin, nous avons le grand concile de Trente, qui n'est pas reçu en France pour la discipline; mais le dogme en est incontestable, puisque le Saint-Esprit arrivait de Rome à Trente, toutes les semaines, dans la malle du courrier, à ce que dit Fra-Paolo Sarpi; mais Fra-Paolo Sarpi sentait un peu l'hérésie.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

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