C√ČR√ČMONIES

ÔĽŅ
C√ČR√ČMONIES
C√ČR√ČMONIES, TITRES, PR√Č√ČMINENCE, ETC.
    Toutes ces choses, qui seraient inutiles, et même fort impertinentes dans l'état de pure nature, sont fort utiles dans l'état de notre nature corrompue et ridicule.
    Les Chinois sont de tous les peuples celui qui a poussé le plus loin l'usage des cérémonies: il est certain qu'elles servent à calmer l'esprit autant qu'à l'ennuyer. Les portefaix, les charretiers chinois, sont obligés, au moindre embarras qu'ils causent dans les rues, de se mettre à genoux l'un devant l'autre, et de se demander mutuellement pardon selon la formule prescrite. Cela prévient les injures, les coups, les meurtres; ils ont le temps de s'apaiser, après quoi ils s'aident mutuellement.
    Plus un peuple est libre, moins il a de cérémonies, moins de titres fastueux, moins de démonstrations d'anéantissement devant son supérieur. On disait à Scipion, Scipion, et à César, César; et dans la suite des temps on dit aux empereurs: Votre majesté, votre divinité.
¬†¬†¬†¬†Les titres de saint Pierre et de saint Paul √©taient Pierre et Paul. Leurs successeurs se donn√®rent r√©ciproquement le titre de Votre saintet√©, que l'on ne voit jamais dans les Actes des Ap√ītres, ni dans les √©crits des disciples.
    Nous lisons dans l'Histoire d'Allemagne que le Dauphin de France, qui fut depuis le roi Charles V, alla vers l'empereur Charles IV à Metz, et qu'il passa après le cardinal de Périgord.
¬†¬†¬†¬†Il fut ensuite un temps o√Ļ les chanceliers eurent la pr√©s√©ance sur les cardinaux, apr√®s quoi les cardinaux l'emport√®rent sur les chanceliers.
    Les pairs précédèrent en France les princes du sang, et ils marchèrent tous en ordre de pairie jusqu'au sacre de Henri III.
¬†¬†¬†¬†La dignit√© de la pairie √©tait avant ce temps si √©minente, qu'√† la c√©r√©monie du sacre d'√Člisabeth, √©pouse de Charles IX, en 1571, d√©crite par Simon Bouquet, √©chevin de Paris, il est dit que " les dames et damoiselles de la reine ayant baill√© √† la dame d'honneur le pain, le vin, et le cierge avec l'argent pour l'offerte, pour √™tre pr√©sent√©s √† la reine par ladite dame d'honneur, cette dite dame d'honneur, pour ce qu'elle √©tait duchesse, commanda aux dames d'aller porter elles-m√™mes l'offerte aux princesses, etc. " Cette dame d'honneur √©tait la conn√©table de Montmorenci.
¬†¬†¬†¬†Le fauteuil √† bras, la chaise √† dos, le tabouret, la main droite et la main gauche, ont √©t√© pendant plusieurs si√®cles d'importants objets de politique, et d'illustres sujets de querelles. Je crois que l'ancienne √©tiquette concernant les fauteuils vient de ce que chez nos barbares de grands-p√®res, il n'y avait qu'un fauteuil tout au plus dans une maison, et ce fauteuil m√™me ne servait que quand on √©tait malade. Il y a encore des provinces d'Allemagne et d'Angleterre o√Ļ un fauteuil s'appelle une chaise de dol√©ance.
¬†¬†¬†¬†Longtemps apr√®s Attila et Dagobert, quand le luxe s'introduisit dans les cours, et que les grands de la terre eurent deux ou trois fauteuils dans leurs donjons, ce fut une belle distinction de s'asseoir sur un de ces tr√īnes; et tel seigneur ch√Ętelain prenait acte comment, ayant √©t√© √† demi-lieue de ses domaines faire sa cour √† un comte, il avait √©t√© re√ßu dans un fauteuil √† bras.
    On voit par les Mémoires de Mademoiselle, que cette auguste princesse passa un quart de sa vie dans les angoisses mortelles des disputes pour des chaises à dos. Devait-on s'asseoir dans une certaine chambre sur une chaise, ou sur un tabouret, ou même ne point s'asseoir ? Voilà ce qui intriguait toute une cour. Aujourd'hui les moeurs sont plus unies; les canapés et les chaises longues sont employés par les dames, sans causer d'embarras dans la société.
    Lorsque le cardinal de Richelieu traita du mariage de Henriette de France et de Charles 1er, avec les ambassadeurs d'Angleterre, l'affaire fut sur le point d'être rompue, pour deux ou trois pas de plus que les ambassadeurs exigeaient auprès d'une porte, et le cardinal se mit au lit pour trancher toute difficulté. L'histoire a soigneusement conservé cette précieuse circonstance. Je crois que si on avait proposé à Scipion de se mettre nu entre deux draps pour recevoir la visite d'Annibal, il aurait trouvé cette cérémonie fort plaisante.
¬†¬†¬†¬†La marche des carrosses, et ce qu'on appelle le haut du pav√©, ont √©t√© encore des t√©moignages de grandeur, des sources de pr√©tentions, de disputes et de combats, pendant un si√®cle entier. On a regard√© comme une signal√©e victoire de faire passer un carrosse devant un autre carrosse. Il semblait √† voir les ambassadeurs se promener dans les rues, qu'ils disputassent le prix dans des cirques; et quand un ministre d'Espagne avait pu faire reculer un cocher portugais, il envoyait un courrier √† Madrid informer le roi son ma√ģtre de ce grand avantage.
¬†¬†¬†¬†Nos histoires nous r√©jouissent par vingt combats √† coups de poing pour la pr√©s√©ance; le parlement contre les clercs de l'√©v√™que, √† la pompe fun√®bre de Henri IV; la chambre des comptes contre le parlement dans la cath√©drale, quand Louis XIII donna la France √† la Vierge; le duc d'√Čpernon dans l'√©glise de Saint-Germain contre le garde-des-sceaux Du Vair. Les pr√©sidents des enqu√™tes gourm√®rent dans Notre-Dame le doyen des conseillers de grand'chambre Savare, pour le faire sortir de sa place d'honneur (tant l'honneur est l'√Ęme des gouvernements monarchiques !); et on fut oblig√© de faire empoigner par quatre archers le pr√©sident Barillon qui frappait comme un sourd sur ce pauvre doyen. Nous ne voyons point de telles contestations dans l'ar√©opage ni dans le s√©nat romain.
    A mesure que les pays sont barbares, ou que les cours sont faibles, le cérémonial est plus en vogue. La vraie puissance et la vraie politesse dédaignent la vanité.
    Il est à croire qu'à la fin on se défera de cette coutume, qu'ont encore quelquefois les ambassadeurs, de se ruiner pour aller en procession par les rues avec quelques carrosses de louage rétablis et redorés, précédés de quelques laquais à pied. Cela s'appelle faire son entrée; et il est assez plaisant de faire son entrée dans une ville sept ou huit mois après qu'on y est arrivé.
    Cette importante affaire du Puntiglio, qui constitue la grandeur des Romains modernes; cette science du nombre des pas qu'on doit faire pour reconduire un monsignore, d'ouvrir un rideau à moitié ou tout-à-fait, de se promener dans une chambre à droite ou à gauche; ce grand art, que les Fabius et les Caton n'auraient jamais deviné, commence à baisser, et les caudataires des cardinaux se plaignent que tout annonce la décadence.
¬†¬†¬†¬†Un colonel fran√ßais √©tait dans Bruxelles un an apr√®s la prise de cette ville par le mar√©chal de Saxe; et, ne sachant que faire, il voulut aller √† l'assembl√©e de la ville. Elle se tient chez une princesse, lui dit-on. Soit, r√©pondit l'autre, que m'importe ? Mais il n'y a que des princes qui aillent l√†: √™tes-vous prince ? Va, va, dit le colonel, ce sont de bons princes; j'en avais l'ann√©e pass√©e une douzaine dans mon antichambre, quand nous e√Ľmes pris la ville, et ils √©taient tous fort polis.
¬†¬†¬†¬†En relisant Horace, j'ai remarqu√© ce vers dans une √©p√ģtre √† M√©c√®ne (I, ep. VII): Te, dulcis amice, revisam. J'irai vous voir, mon bon ami. Ce M√©c√®ne √©tait la seconde personne de l'empire romain, c'est-√†-dire un homme plus consid√©rable et plus puissant que ne l'est aujourd'hui le plus grand monarque de l'Europe.
¬†¬†¬†¬†En relisant Corneille, j'ai remarqu√© que dans une lettre au grand Scud√©ri, gouverneur de Notre-Dame de La Garde, il s'exprime ainsi au sujet du cardinal de Richelieu: " Monsieur le cardinal, votre ma√ģtre et le mien. " C'est peut-√™tre la premi√®re fois qu'on a parl√© ainsi d'un ministre, depuis qu'il y a dans le monde des ministres, des rois, et des flatteurs. Le m√™me Pierre Corneille, auteur de Cinna, d√©die humblement ce Cinna au sieur de Montauron, tr√©sorier de l'√©pargne, qu'il compare sans fa√ßon √† Auguste. Je suis f√Ęch√© qu'il n'ait pas appel√© Montauron monseigneur.
    On conte qu'un vieil officier qui savait peu le protocole de la vanité, ayant écrit au marquis de Louvois, Monsieur, et n'ayant point eu de réponse, lui écrivit Monseigneur, et n'en obtint pas davantage, parce que le ministre avait encore le monsieur sur le coeur. Enfin il lui écrivit, à mon Dieu, mon Dieu Louvois; et au commencement de la lettre il mit, Mon Dieu, mon Créateur. Tout cela ne prouve-t-il pas que les Romains du bon temps étaient grands et modestes, et que nous sommes petits et vains ?
    Comment vous portez-vous, mon cher ami ? disait un duc et pair à un gentilhomme. A votre service, mon cher ami, répondit l'autre; et dès ce moment il eut son cher ami pour ennemi implacable. Un grand de Portugal parlait à un grand d'Espagne, et lui disait à tout moment, Votre excellence. Le Castillan lui répondait: Votre courtoisie, vuestra merced; c'est le titre que l'on donne aux gens qui n'en ont pas. Le Portugais piqué appela l'Espagnol à son tour, votre courtoisie; l'autre lui donna alors de l'excellence. A la fin le Portugais lassé lui dit: Pourquoi me donnez-vous toujours de la courtoisie quand je vous donne de l'excellence ? et pourquoi m'appelez-vous votre excellence, quand je vous dis votre courtoisie ? C'est que tous les titres me sont égaux, répondit humblement le Castillan, pourvu qu'il n'y ait rien d'égal entre vous et moi.
    La vanité des titres ne s'introduisit dans nos climats septentrionaux de l'Europe que quand les Romains eurent fait connaissance avec la sublimité asiatique. La plupart des rois de l'Asie étaient et sont encore cousins-germains du soleil et de la lune: leurs sujets n'osent jamais prétendre à cette alliance; et tel gouverneur de province qui s'intitule, Muscade de consolation et Rose de plaisir, serait empalé s'il se disait parent le moins du monde de la lune et du soleil.
¬†¬†¬†¬†Constantin fut, je pense, le premier empereur romain qui chargea l'humilit√© chr√©tienne d'une page de noms fastueux. Il est vrai qu'avant lui on donnait du dieu aux empereurs. Mais ce mot dieu ne signifiait rien d'approchant de ce que nous entendons. Divus Augustus, Divus Trajanus, voulaient dire, saint Auguste, saint Trajan. On croyait qu'il √©tait de la dignit√© de l'empire romain que l'√Ęme de son chef all√Ęt au ciel apr√®s sa mort; et souvent m√™me on accordait le titre de saint, de divus, √† l'empereur, en avancement d'hoirie. C'est √† peu pr√®s par cette raison que les premiers patriarches de l'√Čglise chr√©tienne s'appelaient tous votre saintet√©. On les nommait ainsi pour les faire souvenir de ce qu'ils devaient √™tre.
    On se donne quelquefois à soi-même des titres fort humbles, pourvu qu'on en reçoive de fort honorables. Tel abbé qui s'intitule frère, se fait appeler monseigneur par ses moines. Le pape se nomme serviteur des serviteurs de Dieu. Un bon prêtre du Holstein écrivit un jour au pape Pie IV: A Pie IV, serviteur des serviteurs de Dieu. Il alla ensuite à Rome solliciter son affaire; et l'inquisition le fit mettre en prison pour lui apprendre à écrire.
¬†¬†¬†¬†Il n'y avait autrefois que l'empereur qui e√Ľt le titre de majest√©. Les autres rois s'appelaient votre altesse, votre s√©r√©nit√©, votre gr√Ęce. Louis XI fut le premier en France qu'on appela commun√©ment majest√©, titre non moins convenable en effet √† la dignit√© d'un grand royaume h√©r√©ditaire qu'√† une principaut√© √©lective. Mais on se servait du terme d'altesse avec les rois de France longtemps apr√®s lui; et on voit encore des lettres √† Henri III, dans lesquelles on lui donne ce titre. Les √©tats d'Orl√©ans ne voulurent point que la reine Catherine de M√©dicis f√Ľt appel√©e majest√©. Mais peu √† peu cette derni√®re d√©nomination pr√©valut. Le nom est indiff√©rent; il n'y a que le pouvoir qui ne le soit pas.
¬†¬†¬†¬†La chancellerie allemande, toujours invariable dans ses nobles usages, a pr√©tendu jusqu'√† nos jours ne devoir traiter tous les rois que de s√©r√©nit√©. Dans le fameux trait√© de Vestphalie, o√Ļ la France et la Su√®de donn√®rent des lois au saint empire romain, jamais les pl√©nipotentiaires de l'empereur ne pr√©sent√®rent de m√©moires latins o√Ļ sa sacr√©e majest√© imp√©riale ne trait√Ęt avec les s√©r√©nissimes rois de France et de Su√®de; mais de leur c√īt√©, les Fran√ßais et les Su√©dois ne manquaient pas d'assurer que leurs sacr√©es majest√©s de France et de Su√®de avaient beaucoup de griefs contre le s√©r√©nissime empereur. Enfin dans le trait√© tout fut √©gal de part et d'autre. Les grands souverains ont, depuis ce temps, pass√© dans l'opinion des peuples pour √™tre tous √©gaux; et celui qui a battu ses voisins a eu la pr√©√©minence dans l'opinion publique.
¬†¬†¬†¬†Philippe II fut la premi√®re majest√© en Espagne; car la s√©r√©nit√© de Charles-Quint ne devint majest√© qu'√† cause de l'empire. Les enfants de Philippe II furent les premi√®res altesses, et ensuite ils furent altesses royales. Le duc d'Orl√©ans, fr√®re de Louis XIII, ne prit qu'en 1631 le titre d'altesse royale: alors le prince de Cond√© prit celui d'altesse s√©r√©nissime, que n'os√®rent s'arroger les ducs de Vend√īme. Le duc de Savoie fut alors altesse royale, et devint ensuite majest√©. Le grand-duc de Florence en fit autant, √† la majest√© pr√®s; et enfin le czar, qui n'√©tait connu en Europe que sous le nom de grand-duc, s'est d√©clar√© empereur, et a √©t√© reconnu pour tel.
    Il n'y avait anciennement que deux marquis d'Allemagne, deux en France, deux en Italie. Le marquis de Brandebourg est devenu roi, et grand roi; mais aujourd'hui nos marquis italiens et français sont d'une espèce un peu différente.
¬†¬†¬†¬†Qu'un bourgeois italien ait l'honneur de donner √† d√ģner au l√©gat de sa province, et que le l√©gat en buvant lui dise, Monsieur le marquis, √† votre sant√©, le voil√† marquis lui et ses enfants √† tout jamais. Qu'un provincial en France, qui poss√©dera pour tout bien dans son village la quatri√®me partie d'une petite ch√Ętellenie ruin√©e, arrive √† Paris; qu'il y fasse un peu de fortune, ou qu'il ait l'air de l'avoir faite, il s'intitule dans ses actes, Haut et puissant seigneur, marquis et comte; et son fils sera chez son notaire, tr√®s haut et tr√®s puissant seigneur; et comme cette petite ambition ne nuit en rien au gouvernement, ni √† la soci√©t√© civile, on n'y prend pas garde. Quelques seigneurs fran√ßais se vantent d'avoir des barons allemands dans leurs √©curies: quelques seigneurs allemands disent qu'ils ont des marquis fran√ßais dans leurs cuisines: il n'y a pas longtemps qu'un √©tranger √©tant √† Naples, fit son cocher duc. La coutume en cela est plus forte que l'autorit√© royale. Soyez peu connu √† Paris, vous y serez comte ou marquis tant qu'il vous plaira; soyez homme de robe ou de finance, et que le roi vous donne un marquisat bien r√©el, vous ne serez jamais pour cela monsieur le marquis. Le c√©l√®bre Samuel Bernard √©tait plus comte que cinq cents comtes que nous voyons qui ne poss√®dent pas quatre arpents de terre; le roi avait √©rig√© pour lui sa terre de Coubert en bon comt√©. S'il se f√Ľt fait annoncer dans une visite, le comte Bernard, on aurait √©clat√© de rire. Il en va tout autrement en Angleterre. Si le roi donne √† un n√©gociant un titre de comte ou de baron, il re√ßoit sans difficult√© de toute la nation le nom qui lui est propre. Les gens de la plus haute naissance, le roi lui-m√™me, l'appellent, mylord, monseigneur. Il en est de m√™me en Italie: il y a le protocole des monsignori. Le pape lui-m√™me leur donne ce titre. Son m√©decin est monsignore, et personne n'y trouve √† redire.
    En France le monseigneur est une terrible affaire. Un évêque n'était, avant le cardinal de Richelieu, que mon révérendissime père en Dieu.
¬†¬†¬†¬†Avant l'ann√©e 1635, non seulement les √©v√™ques ne se monseigneurisaient pas, mais ils ne donnaient point du monseigneur aux cardinaux. Ces deux habitudes s'introduisirent par un √©v√™que de Chartres qui alla en camail et en rochet appeler monseigneur le cardinal de Richelieu; sur quoi Louis XIII dit, si l'on en croit les M√©moires de l'archev√™que de Toulouse, Montchal: " Ce Chartrain irait baiser le derri√®re du cardinal, et pousserait son nez dedans jusqu'√† ce que l'autre lui d√ģt: C'est assez. "
    Ce n'est que depuis ce temps que les évêques se donnèrent réciproquement du monseigneur.
    Cette entreprise n'essuya aucune contradiction dans le public. Mais comme c'était un titre nouveau que les rois n'avaient pas donné aux évêques, on continua dans les édits, déclarations, ordonnances, et dans tout ce qui émane de la cour, à ne les appeler que sieurs: et messieurs du conseil n'écrivent jamais à un évêque que monsieur.
    Les ducs et pairs ont eu plus de peine à se mettre en possession du monseigneur. La grande noblesse, et ce qu'on appelle la grande robe, leur refusent tout net cette distinction. Le comble des succès de l'orgueil humain est de recevoir des titres d'honneur de ceux qui croient être vos égaux; mais il est bien difficile d'arriver à ce point: on trouve partout l'orgueil qui combat l'orgueil.
    Quand les ducs exigèrent que les pauvres gentilshommes leur écrivissent Monseigneur, les présidents à mortier en demandèrent autant aux avocats et aux procureurs. On a connu un président qui ne voulut pas se faire saigner, parce que son chirurgien lui avait dit: " Monsieur, de quel bras voulez-vous que je vous saigne ? " Il y eut un vieux conseiller de la grand'chambre qui en usa plus franchement. Un plaideur lui dit: Monseigneur, monsieur votre secrétaire.... Le conseiller l'arrêta tout court: Vous avez dit trois sottises en trois paroles: je ne suis point monseigneur; mon secrétaire n'est point monsieur, c'est mon clerc.
¬†¬†¬†¬†Pour terminer ce grand proc√®s de la vanit√©, il faudra un jour que tout le monde soit monseigneur dans la nation; comme toutes les femmes qui √©taient autrefois mademoiselle sont actuellement madame. Lorsqu'en Espagne un mendiant rencontre un autre gueux, il lui dit: " Seigneur, votre courtoisie a-t-elle pris son chocolat ? " Cette mani√®re polie de s'exprimer √©l√®ve l'√Ęme, et conserve la dignit√© de l'esp√®ce.
    César et Pompée s'appelaient dans le sénat César et Pompée: mais ces gens-là ne savaient pas vivre. Ils finissaient leurs lettres par Vale, adieu. Nous étions, nous autres, il y a soixante ans, affectionnés serviteurs; nous sommes devenus très humbles et très obéissants; et actuellement nous avons l'honneur de l'être. Je plains notre postérité: elle ne pourra que difficilement ajouter à ces belles formules.
¬†¬†¬†¬†Le duc d'√Čpernon, le premier des Gascons pour la fiert√©, mais qui n'√©tait pas le premier des hommes d'√Čtat, √©crivit avant de mourir au cardinal de Richelieu, et finit sa lettre par votre tr√®s humble et tr√®s ob√©issant; mais se souvenant que le cardinal ne lui avait donn√© que du tr√®s affectionn√©, il fit partir un expr√®s pour rattraper sa lettre qui √©tait d√©j√† partie, la recommen√ßa, signa tr√®s affectionn√©, et mourut ainsi au lit d'honneur.
    Nous avons dit ailleurs une grande partie de ces choses. Il est bon de les inculquer pour corriger au moins quelques coqs-d'Inde qui passent leur vie à faire la roue.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Ceremonies ‚ÄĒ Ceremony Cer e*mo*ny, n.; pl. {Ceremonies}. [F. c[ e]r[ e]monie, L. caerimonia; perh. akin to E. create and from a root signifying to do or make.] 1. Ar act or series of acts, often of a symbolical character, prescribed by law, custom, or… ‚Ķ   The Collaborative International Dictionary of English

  • Ceremonies ‚ÄĒ ¬†¬†¬†See Rites and Ceremonies ‚Ķ   American Church Dictionary and Cyclopedia

  • ceremonies ‚ÄĒ cer√ā¬∑e√ā¬∑mo√ā¬∑ny || ser√Ȭ™m√Č‚ĄĘn√Ȭ™ n. rite, ritual; celebration; formality ‚Ķ   English contemporary dictionary

  • CEREMONIES ‚ÄĒ ‚Ķ   Useful english dictionary

  • Ceremonies of Light and Dark ‚ÄĒ Babylon 5 episode Episode no. Season 3 Episode 11 Directed by John Flinn, III Written by ‚Ķ   Wikipedia

  • Ceremonies du Sigui ‚ÄĒ C√©r√©monies du Sigui Les c√©r√©monies du Sigui, qui se d√©roulent sur sept ans, donnent lieu chez les Dogons √† des c√©r√©monies soixantenaires. Elles comm√©morent la r√©v√©lation de la parole orale aux hommes, ainsi que la mort et les fun√©railles du… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Ceremonies barbares ‚ÄĒ C√©r√©monies barbares C√©r√©momies barbares est un roman d Elizabeth George publi√© en France en 1993. Le coll√®ge de Bredgarest situ√© √† une heure de Londres. Cet √©tablissement hupp√© repr√©sente le comble du chic et de la bonne √©ducation. Mais cette… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • C√©r√©monies olympiques ‚ÄĒ Certains des √©l√©ments des c√©r√©monies olympiques ram√®nent aux Jeux de la Gr√®ce antique d o√Ļ les Jeux olympiques modernes tirent leurs racines. Un exemple de cela est l importance de la Gr√®ce dans les c√©r√©monies d ouverture et de cl√īture. Durant… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • C√©r√©monies du Sigui ‚ÄĒ Les c√©r√©monies du Sigui, qui se d√©roulent sur sept ans, donnent lieu chez les Dogons √† des c√©r√©monies soixantenaires. Elles comm√©morent la r√©v√©lation de la parole orale aux hommes, ainsi que la mort et les fun√©railles du premier anc√™tre. Jean… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • C√©r√©monies barbares ‚ÄĒ C√©r√©momies barbares Auteur Elizabeth George Genre Policier Version originale Titre original Well Schooled in Murder √Čditeur original Bantam Press Langue originale Anglais ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais


Share the article and excerpts

Direct link
… Do a right-click on the link above
and select ‚ÄúCopy Link‚ÄĚ

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.