BOUC

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BOUC
Bestialité, sorcellerie.
¬†¬†¬†¬†Les honneurs de toute esp√®ce que l'antiquit√© a rendus aux boucs seraient bien √©tonnants, si quelque chose pouvait √©tonner ceux qui sont un peu familiaris√©s avec le monde ancien et moderne. Les √Čgyptiens et les Juifs d√©sign√®rent souvent les rois et les chefs du peuple par le mot de bouc. Vous trouverez dans Zacharie: " La fureur du Seigneur s'est irrit√©e contre les pasteurs du peuple, contre les boucs; elle les visitera. Il a visit√© son troupeau la maison de Juda, et il en a fait son cheval de bataille. "
    " Sortez de Babylone, dit Jérémie aux chefs du peuple; soyez les boucs à la tête du troupeau. "
¬†¬†¬†¬†Isa√Įe s'est servi aux chapitres X et XIV du terme de bouc, qu'on a traduit par celui de prince.
¬†¬†¬†¬†Les √Čgyptiens firent bien plus que d'appeler leurs rois boucs; ils consacr√®rent un bouc dans Mend√®s, et l'on dit m√™me qu'ils l'ador√®rent. Il se peut tr√®s bien que le peuple ait pris en effet un embl√®me pour une divinit√©; c'est ce qui ne lui arrive que trop souvent.
¬†¬†¬†¬†Il n'est pas vraisemblable que les shoen ou shotim d'√Čgypte, c'est-√†-dire les pr√™tres, aient √† la fois immol√© et ador√© des boucs. On sait qu'ils avaient leur bouc Hazazel qu'ils pr√©cipitaient orn√© et couronn√© de fleurs pour l'expiation du peuple, et que les Juifs prirent d'eux cette c√©r√©monie, et jusqu'au nom m√™me d'Hazazel, ainsi qu'ils adopt√®rent plusieurs autres rites de l'√Čgypte.
¬†¬†¬†¬†Mais les boucs re√ßurent encore un honneur plus singulier; il est constant qu'en √Čgypte plusieurs femmes donn√®rent avec les boucs le m√™me exemple que donna Pasipha√© avec son taureau. H√©rodote raconte que lorsqu'il √©tait en √Čgypte, une femme eut publiquement ce commerce abominable dans le nome de Mend√®s: il dit qu'il en fut tr√®s √©tonn√©, mais il ne dit point que la femme f√Ľt punie.
    Ce qui est encore plus étrange, c'est que Plutarque et Pindare, qui vivaient dans des siècles si éloignés l'un de l'autre, s'accordent tous deux à dire qu'on présentait des femmes au bouc consacré. Cela fait frémir la nature. Pindare dit, ou bien on lui fait dire:
    Charmantes filles de Mendès,
    Quels amants cueillent sur vos lèvres
    Les doux baisers que je prendrais ?
    Quoi ! ce sont les maris des chèvres !
    Les Juifs n'imitèrent que trop ces abominations. Jéroboam institua des prêtres pour le service de ses veaux et de ses boucs. Le texte hébreu porte expressément boucs. Mais ce qui outragea la nature humaine, ce fut le brutal égarement de quelques Juives qui furent passionnées pour des boucs, et des Juifs qui s'accouplèrent avec des chèvres. Il fallut une loi expresse pour réprimer cette horrible turpitude. Cette loi fut donnée dans le Lévitique , et y est exprimée à plusieurs reprises. D'abord c'est une défense éternelle de sacrifier aux velus avec lesquels on a forniqué. Ensuite une autre défense aux femmes de se prostituer aux bêtes , et aux hommes de se souiller du même crime. Enfin, il est ordonné que quiconque se sera rendu coupable de cette turpitude sera mis à mort avec l'animal dont il aura abusé. L'animal est réputé aussi criminel que l'homme et la femme; il est dit que leur sang retombera sur eux tous.
¬†¬†¬†¬†C'est principalement des boucs et des ch√®vres dont il s'agit dans ces lois, devenues malheureusement n√©cessaires au peuple h√©breu. C'est aux boucs et aux ch√®vres, aux asirim, qu'il est dit que les Juifs se sont prostitu√©s: asiri, un bouc et une ch√®vre; asirim, des boucs et des ch√®vres. Cette fatale d√©pravation √©tait commune dans plusieurs pays chauds. Les Juifs alors erraient dans un d√©sert o√Ļ l'on ne peut gu√®re nourrir que des ch√®vres et des boucs. On ne sait que trop combien cet exc√®s a √©t√© commun chez les bergers de la Calabre, et dans plusieurs autres contr√©es de l'Italie.
    Virgile même en parle dans sa troisième églogue: le " Novimus et qui te transversa tuentibus hircis " n'est que trop connu.
¬†¬†¬†¬†On ne s'en tint pas √† ces abominations. Le culte du bouc fut √©tabli dans l'√Čgypte, et dans les sables d'une partie de la Palestine. On crut op√©rer des enchantements par le moyen des boucs, des √©gypans, et de quelques autres monstres auxquels on donnait toujours une t√™te de bouc.
¬†¬†¬†¬†La magie, la sorcellerie passa bient√īt de l'Orient dans l'Occident, et s'√©tendit dans toute la terre. On appelait sabbatum chez les Romains l'esp√®ce de sorcellerie qui venait des Juifs, en confondant ainsi leur jour sacr√© avec leurs secrets inf√Ęmes. C'est de l√† qu'enfin √™tre sorcier et aller au sabbat fut la m√™me chose chez les nations modernes.
    De misérables femmes de village trompées par des fripons, et encore plus par la faiblesse de leur imagination, crurent qu'après avoir prononcé le mot abraxa, et s'être frottées d'un onguent mêlé de bouse de vache et de poil de chèvre, elles allaient au sabbat sur un manche à balai pendant leur sommeil, qu'elles y adoraient un bouc, et qu'il avait leur jouissance.
    Cette opinion était universelle. Tous les docteurs prétendaient que c'était le diable qui se métamorphosait en bouc. C'est ce qu'on peut voir dans les Disquisitions de Del Rio et dans cent autres auteurs. Le théologien Grillandus, l'un des grands promoteurs de l'inquisition, cité par Del Rio , dit que les sorciers appellent le bouc Martinet. Il assure qu'une femme qui s'était donnée à Martinet, montait sur son dos et était transportée en un instant dans les airs à un endroit nommé la noix de Bénévent.
¬†¬†¬†¬†Il y eut des livres o√Ļ les myst√®res des sorciers √©taient √©crits. J'en ai vu un √† la t√™te duquel on avait dessin√© assez mal un bouc, et une femme √† genoux derri√®re lui. On appelait ces livres Grimoires en France, et ailleurs l'Alphabet du diable. Celui que j'ai vu ne contenait que quatre feuillets en caract√®res presque ind√©chiffrables, tels √† peu pr√®s que ceux de l'Almanach du berger.
    La raison et une meilleure éducation auraient suffi pour extirper en Europe une telle extravagance; mais au lieu de raison on employa les supplices. Si les prétendus sorciers eurent leur grimoire, les juges eurent leur code des sorciers. Le jésuite Del Rio, docteur de Louvain, fit imprimer ses Disquisitions magiques en l'an 1599: il assure que tous les hérétiques sont magiciens, et il recommande souvent qu'on leur donne la question. Il ne doute pas que le diable ne se transforme en bouc et n'accorde ses faveurs à toutes les femmes qu'on lui présente. Il cite plusieurs jurisconsultes qu'on nomme démonographes , qui prétendent que Luther naquit d'un bouc et d'une femme. Il assure qu'en l'année 1595, une femme accoucha dans Bruxelles d'un enfant que le diable lui avait fait, déguisé en bouc, et qu'elle fut punie; mais il ne dit pas de quel supplice.
    Celui qui a le plus approfondi la jurisprudence de la sorcellerie est un nommé Boguet, grand-juge en dernier ressort d'une abbaye de Saint-Claude en Franche-Comté. Il rend raison de tous les supplices auxquels il a condamné des sorcières et des sorciers: le nombre en est très considérable. Presque toutes ces sorcières sont supposées avoir couché avec le bouc.
¬†¬†¬†¬†On a d√©j√† dit que plus de cent mille pr√©tendus sorciers ont √©t√© ex√©cut√©s √† mort en Europe. La seule philosophie a gu√©ri enfin les hommes de cette abominable chim√®re, et a enseign√© aux juges qu'il ne faut pas br√Ľler les imb√©ciles.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

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  • bouc ‚ÄĒ Un Bouc, Hircus, aut Hirquus, Hoedus. Boucs qui paissent, Pascentes hoedi. Un bouc chastr√©, Caper. Peaux de boucs, Hoedinae pelliculae. Barbe de bouc, Hirquina barba, Aruncus. Boucs qui ne font que heurter les autres, Hoedi petulci ‚Ķ   Thresor de la langue fran√ßoyse


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