BIENS D'√ČGLISE

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BIENS D'√ČGLISE
SECTION PREMI√ąRE.
¬†¬†¬†¬†L'√Čvangile d√©fend √† ceux qui veulent atteindre √† la perfection d'amasser des tr√©sors et de conserver leurs biens temporels. " Nolite thesaurizare vobis thesauros in terra. - Si vis perfectus esse, vade, vende quae habes, et da pauperibus. - Et omnis qui reliquerit domum vel fratres, aut sorores, aut patrem, aut matrem, aut uxorem, aut filios, aut agros, propter nomen meum, centuplum accipiet, et vitam aeternam possidebit. "
¬†¬†¬†¬†Les ap√ītres et leurs premiers successeurs ne recevaient aucun immeuble; ils n'en acceptaient que le prix; et apr√®s avoir pr√©lev√© ce qui √©tait n√©cessaire pour leur subsistance, ils distribuaient le reste aux pauvres. Saphire et Ananie ne donn√®rent pas leurs biens √† saint Pierre, mais ils les vendirent, et lui en apport√®rent le prix: " Vende quae habes, et da pauperibus. "
¬†¬†¬†¬†L'√Čglise poss√©dait d√©j√† des biens-fonds consid√©rables sur la fin du troisi√®me si√®cle, puisque Diocl√©tien et Maximien en prononc√®rent la confiscation en 302.
¬†¬†¬†¬†D√®s que Constantin fut sur le tr√īne des C√©sars, il permit de doter les √©glises comme l'√©taient les temples de l'ancienne religion; et d√®s lors l'√Čglise acquit de riches terres. Saint J√©r√īme s'en plaignit dans une de ses lettres √† Eustochie: " Quand vous les voyez, dit-il, aborder d'un air doux et sanctifi√© les riches veuves qu'ils rencontrent, vous croiriez que leur main ne s'√©tend que pour leur donner des b√©n√©dictions; mais c'est au contraire pour recevoir le prix de leur hypocrisie. "
    Les saints prêtres recevaient sans demander. Valentinien 1er crut devoir défendre aux ecclésiastiques de rien recevoir des veuves et des femmes par testament, ni autrement. Cette loi que l'on trouve au Code Théodosien, fut révoquée par Marcien et par Justinien.
¬†¬†¬†¬†Justinien, pour favoriser les eccl√©siastiques, d√©fendit aux juges par sa novelle XVIII, chap. XI, d'annuler les testaments faits en faveur de l'√Čglise, quand m√™me ils ne seraient pas rev√™tus des formalit√©s prescrites par les lois.
¬†¬†¬†¬†Anastase avait statu√© en 491 que les biens d'√Čglise se prescriraient par quarante ans. Justinien ins√©ra cette loi dans son code; mais ce prince, qui changea continuellement la jurisprudence, √©tendit cette prescription √† cent ans. Alors quelques eccl√©siastiques, indignes de leur profession, suppos√®rent de faux titres; ils tir√®rent de la poussi√®re de vieux testaments, nuls selon les anciennes lois, mais valables suivant les nouvelles. Les citoyens √©taient d√©pouill√©s de leur patrimoine par la fraude. Les possessions, qui jusque-l√† avaient √©t√© regard√©es comme sacr√©es, furent envahies par l'√Čglise. Enfin l'abus fut si criant que Justinien lui-m√™me fut oblig√© de r√©tablir les dispositions de la loi d'Anastase, par sa novelle CXXXI, chap. VI.
¬†¬†¬†¬†Les tribunaux fran√ßais ont longtemps adopt√© le chap. XI de la novelle XVIII, quand les legs faits √† l'√Čglise n'avaient pour objet que des sommes d'argent, ou des effets mobiliers; mais depuis l'ordonnance de 1735 les legs pieux n'ont plus ce privil√®ge en France.
¬†¬†¬†¬†Pour les immeubles, presque tous les rois de France depuis Philippe-le-Hardi ont d√©fendu aux √©glises d'en acqu√©rir sans leur permission; mais la plus efficace de toutes les lois, c'est l'√©dit de 1749, r√©dig√© par le chancelier d'Aguesseau. Depuis cet √©dit, l'√Čglise ne peut recevoir aucun immeuble, soit par donation, par testament, ou par √©change, sans lettres-patentes du roi enregistr√©es au parlement.
SECTION II.
¬†¬†¬†¬†Les biens d'√Čglise, pendant les cinq premiers si√®cles de notre √®re, furent r√©gis par des diacres qui en faisaient la distribution aux clercs et aux pauvres. Cette communaut√© n'eut plus lieu d√®s la fin du cinqui√®me si√®cle; on partagea les biens de l'√Čglise en quatre parts; on en donna une aux √©v√™ques, une autre aux clercs, une autre √† la fabrique, et la quatri√®me fut assign√©e aux pauvres.
¬†¬†¬†¬†Bient√īt apr√®s ce partage, les √©v√™ques se charg√®rent seuls des quatre portions; et c'est pourquoi le clerg√© inf√©rieur est en g√©n√©ral tr√®s pauvre.
    Le parlement de Toulouse rendit un arrêt le 18 avril 1651, qui ordonnait que dans trois jours les évêques du ressort pourvoiraient à la nourriture des pauvres, passé lequel temps saisie serait faite du sixième de tous les fruits que les évêques prennent dans les paroisses dudit ressort, etc.
¬†¬†¬†¬†En France l'√Čglise n'ali√®ne pas valablement ses biens sans de grandes formalit√©s, et si elle ne trouve pas de l'avantage dans l'ali√©nation. On juge que l'on peut prescrire sans titre, par une possession de quarante ans, les biens d'√Čglise; mais s'il para√ģt un titre, et qu'il soit d√©fectueux, c'est-√†-dire que toutes les formalit√©s n'y aient pas √©t√© observ√©es, l'acqu√©reur ni ses h√©ritiers ne peuvent jamais prescrire; et de l√† cette maxime, " Melius est non habere titulum, quam habere vitiosum. " On fonde cette jurisprudence sur ce que l'on pr√©sume que l'acqu√©reur dont le titre n'est pas en forme est de mauvaise foi, et que, suivant les canons, un possesseur de mauvaise foi ne peut jamais prescrire. Mais celui qui n'a point de titres ne devrait-il pas plut√īt √™tre pr√©sum√© usurpateur ? Peut-on pr√©tendre que le d√©faut d'une formalit√© que l'on a ignor√©e soit une pr√©somption de mauvaise foi ? Doit-on d√©pouiller le possesseur sur cette pr√©somption ? Doit-on juger que le fils qui a trouv√© un domaine dans l'hoirie de son p√®re le poss√®de avec mauvaise foi, parce que celui de ses anc√™tres qui acquit ce domaine n'a pas rempli une formalit√© ?
¬†¬†¬†¬†Les biens de l'√Čglise, n√©cessaires au maintien d'un ordre respectable, ne sont point d'une autre nature que ceux de la noblesse et du tiers-√Čtat: les uns et les autres devraient √™tre assujettis aux m√™mes r√®gles. On se rapproche aujourd'hui, autant qu'on le peut, de cette jurisprudence √©quitable.
    Il semble que les prêtres et les moines, qui aspirent à la perfection évangélique, ne devraient jamais avoir de procès: " Et ei qui vult tecum judicio contendere, et tunicam tuam tollere, dimitte ei et pallium. "
¬†¬†¬†¬†Saint Basile entend sans doute parler de ce passage lorsqu'il dit qu'il y a dans l'√Čvangile une loi expresse qui d√©fend aux chr√©tiens d'avoir jamais aucun proc√®s. Salvien a entendu de m√™me ce passage: " Jubet Christus ne litigemus, nec solum jubet... sed in tantum hoc jubet ut ea ipsa nos de quibus lis est relinquere jubeat, dummodo litibus exuamur. "
    Le quatrième concile de Carthage a aussi réitéré ces défenses: " Episcopus nec provocatus de rebus transitoriis litiget. "
¬†¬†¬†¬†Mais, d'un autre c√īt√©, il n'est pas juste qu'un √©v√™que abandonne ses droits; il est homme, il doit jouir du bien que les hommes lui ont donn√©; il ne faut pas qu'on le vole parce qu'il est pr√™tre. (Ces deux sections sont de M. Christin, c√©l√®bre avocat au parlement de Besan√ßon, qui s'est fait une r√©putation immortelle dans son pays, en plaidant pour abolir la servitude.)
SECTION III.
De la pluralité des bénéfices, des abbayes en commende, et des moines qui ont des esclaves.
    Il en est de la pluralité des gros bénéfices, archevêchés, évêchés, abbayes, de trente, quarante, cinquante, soixante mille florins d'empire, comme de la pluralité des femmes; c'est un droit qui n'appartient qu'aux hommes puissants.
    Un prince de l'empire, cadet de sa maison, serait bien peu chrétien s'il n'avait qu'un seul évêché; il lui en faut quatre ou cinq pour constater sa catholicité. Mais un pauvre curé, qui n'a pas de quoi vivre, ne peut guère parvenir à deux bénéfices; du moins rien n'est plus rare.
    Le pape qui disait qu'il était dans la règle, qu'il n'avait qu'un seul bénéfice, et qu'il s'en contentait, avait très grande raison.
¬†¬†¬†¬†On a pr√©tendu qu'un nomm√© √Čbrouin, √©v√™que de Poitiers, fut le premier qui eut √† la fois une abbaye et un √©v√™ch√©. L'empereur Charles-le-Chauve lui fit ces deux pr√©sents. L'abbaye √©tait celle de Saint-Germain-des-Pr√©s-l√®s-Paris. C'√©tait un gros morceau, mais pas si gros qu'aujourd'hui.
¬†¬†¬†¬†Avant cet √Čbrouin nous voyons force gens d'√©glise poss√©der plusieurs abbayes.
¬†¬†¬†¬†Alcuin, diacre, favori de Charlemagne, poss√©dait √† la fois celles de Saint-Martin de Tours, de Ferri√®res, de Comeri, et quelques autres. On ne saurait trop en avoir; car si on est un saint, on √©difie plus d'√Ęmes; et si on a le malheur d'√™tre un honn√™te homme du monde, on vit plus agr√©ablement.
    Il se pourrait bien que dès ce temps-là ces abbés fussent commendataires; car ils ne pouvaient réciter l'office dans sept ou huit endroits à la fois. Charles Martel et Pepin son fils, qui avaient pris pour eux tant d'abbayes, n'étaient pas des abbés réguliers.
    Quelle est la différence entre un abbé commendataire, et un abbé qu'on appelle régulier ? La même qu'entre un homme qui a cinquante mille écus de rente pour se réjouir, et un homme qui a cinquante mille écus pour gouverner.
    Ce n'est pas qu'il ne soit loisible aux abbés réguliers de se réjouir aussi. Voici comme s'exprimait sur leur douce joie Jean Trithême dans une de ses harangues, en présence d'une convocation d'abbés bénédictins:
    " Neglecto superum cultu, spretoque tonantis
    Imperio, Baccho indulgent Venerique nefandae, etc. "
¬†¬†¬†¬†En voici une traduction, ou plut√īt une imitation faite par une bonne √Ęme, quelque temps apr√®s Jean Trith√™me:
    " Ils se moquent du ciel et de la Providence
    Ils aiment mieux Bacchus et la mère d'Amour
    Ce sont leurs deux grands saints pour la nuit et le jour.
    Des pauvres à prix d'or ils vendent la substance.
    Ils s'abreuvent dans l'or; l'or est sur leurs lambris
    L'or est sur leurs catins, qu'on paie au plus haut prix
    Et, passant mollement de leur lit à la table,
    Ils ne craignent ni lois, ni rois, ni dieu, ni diable. "
¬†¬†¬†¬†Jean Trith√™me, comme on voit, √©tait de tr√®s m√©chante humeur. On e√Ľt pu lui r√©pondre ce que disait C√©sar avant les ides de mars: " Ce ne sont pas ces voluptueux que je crains, ce sont ces raisonneurs maigres et p√Ęles. " Les moines qui chantent le Pervigilium Veneris pour matines ne sont pas dangereux: les moines argumentants, pr√™chants, cabalants, ont fait beaucoup plus de mal que tous ceux dont parle Jean Trith√™me.
    Les moines ont été aussi maltraités par l'évêque célèbre de Belley qu'ils l'avaient été par l'abbé Trithême. Il leur applique, dans son Apocalypse de Méliton, ces paroles d'Osée: " Vaches grasses qui frustrez les pauvres, qui dites sans cesse, Apportez et nous boirons, le Seigneur a juré, par son saint nom, que voici les jours qui viendront sur vous; vous aurez agacement de dents, et disette de pain en toutes vos maisons. "
    La prédiction ne s'est pas accomplie; mais l'esprit de police qui s'est répandu dans toute l'Europe, en mettant des bornes à la cupidité des moines, leur a inspiré plus de décence.
    Il faut convenir, malgré tout ce qu'on a écrit contre leurs abus, qu'il y a toujours eu parmi eux des hommes éminents en science et en vertu; que s'ils ont fait de grands maux, ils ont rendu de grands services, et qu'en général on doit les plaindre encore plus que les condamner.
SECTION IV.
    Tous les abus grossiers qui durèrent dans la distribution des bénéfices depuis le dixième siècle jusqu'au treizième ne subsistent plus aujourd'hui; et s'ils sont inséparables de la nature humaine, ils sont beaucoup moins révoltants par la décence qui les couvre. Un Maillard ne dirait plus aujourd'hui en chaire: " O domina, quae facitis placitum domini episcopi, etc. " " O madame, qui faites le plaisir de monsieur l'évêque ! Si vous demandez comment cet enfant de dix ans a eu un bénéfice, on vous répondra que madame sa mère était fort privée de monsieur l'évêque. "
¬†¬†¬†¬†On n'entend plus en chaire un cordelier Menot criant: " Deux crosses, deux mitres, et adhuc non sunt contenti. " " Entre vous, mesdames, qui faites √† monsieur l'√©v√™que le plaisir que savez, et puis dites, Oh ! oh ! il fera du bien √† mon fils, ce sera un des mieux pourvus en l'√Čglise. " " Isti protonotarii, qui habent illas dispensas ad tria, immo in quindecim beneficia, et sunt simoniaci et sacrilegi, et non cessant arripere beneficia incompatibilia: idem est eis. Si vacet episcopatus, pro eo habendo dabitur unus grossus fasciculus aliorum beneficiorum. Primo accumulabuntur archidiaconatus, abbatiae, duo prioratus, quatuor aut quinque praebendae, et dabuntur haec omnia pro compensatione. "
    " Si ces protonotaires, qui ont des dispenses pour trois ou même quinze bénéfices, sont simoniaques et sacrilèges, et si on ne cesse d'accrocher des bénéfices incompatibles, c'est même chose pour eux. Il vaque un bénéfice; pour l'avoir on vous donnera une poignée d'autres bénéfices, un archidiaconat, des abbayes, deux prieurés, quatre ou cinq prébendes, et tout cela pour faire la compensation. "
¬†¬†¬†¬†Le m√™me pr√©dicateur dans un autre endroit s'exprime ainsi: " Dans quatre plaideurs qu'on rencontre au palais, il y a toujours un moine; et si on leur demande ce qu'ils font l√†, un clericus r√©pondra, Notre chapitre est band√© contre le doyen, contre l'√©v√™que, et contre les autres officiers, et je vais apr√®s les queues de ces messieurs pour cette affaire. Et toi, ma√ģtre moine, que fais-tu ici ? Je plaide une abbaye de huit cents livres de rente pour mon ma√ģtre. Et toi, moine blanc ? Je plaide un petit prieur√© pour moi. Et vous, mendiants, qui n'avez terre, ni sillon, que battez-vous ici le pav√© ? Le roi nous a octroy√© du sel, du bois, et autres choses; mais ses officiers nous les d√©nient. Ou bien, Un tel cur√©, par son avarice et envie, nous veut emp√™cher la s√©pulture et la derni√®re volont√© d'un qui est mort ces jours pass√©s, tellement qu'il nous est force d'en venir √† la cour. "
¬†¬†¬†¬†Il est vrai que ce dernier abus, dont retentissent tous les tribunaux de l'√Čglise catholique romaine, n'est point d√©racin√©.
    Il en est un plus funeste encore, c'est celui d'avoir permis aux bénédictins, aux bernardins, aux chartreux même, d'avoir des mainmortables, des esclaves. On distingue sous leur domination, dans plusieurs provinces de France et en Allemagne,
    Esclavage de la personne,
    Esclavage des biens,
    Esclavage de la personne et des biens.
¬†¬†¬†¬†L'esclavage de la personne consiste dans l'incapacit√© de disposer de ses biens en faveur de ses enfants, s'ils n'ont pas toujours v√©cu avec leur p√®re dans la m√™me maison et √† la m√™me table. Alors tout appartient aux moines. Le bien d'un habitant du Mont-Jura, mis entre les mains d'un notaire de Paris, devient dans Paris m√™me la proie de ceux qui originairement avaient embrass√© la pauvret√© √©vang√©lique au Mont-Jura. Le fils demande l'aum√īne √† la porte de la maison que son p√®re a b√Ętie, et les moines, bien loin de lui donner cette aum√īne, s'arrogent jusqu'au droit de ne point payer les cr√©anciers du p√®re, et de regarder comme nulles les dettes hypoth√©qu√©es sur la maison dont ils s'emparent. La veuve se jette en vain √† leurs pieds pour obtenir une partie de sa dot: cette dot, ces cr√©ances, ce bien paternel, tout appartient de droit divin aux moines. Les cr√©anciers, la veuve, les enfants, tout meurt dans la mendicit√©.
    L'esclavage réel est celui qui est affecté à une habitation. Quiconque vient occuper une maison dans l'empire de ces moines, et y demeure un an et un jour, devient leur serf pour jamais. Il est arrivé quelquefois qu'un négociant français, père de famille, attiré par ses affaires dans ce pays barbare, y ayant pris une maison à loyer pendant une année, et étant mort ensuite dans sa patrie, dans une autre province de France, sa veuve, ses enfants, ont été tout étonnés de voir des huissiers venir s'emparer de leurs meubles, avec des paréatis, les vendre au nom de saint Claude, et chasser une famille entière de la maison de son père.
    L'esclavage mixte est celui qui, étant composé des deux, est ce que la rapacité a jamais inventé de plus exécrable, et ce que les brigands n'oseraient pas même imaginer.
¬†¬†¬†¬†Il y a donc des peuples chr√©tiens g√©missant dans un triple esclavage sous des moines qui ont fait voeu d'humilit√© et de pauvret√© ! Chacun demande comment les gouvernements souffrent ces fatales contradictions: c'est que les moines sont riches, et leurs esclaves sont pauvres; c'est que les moines, pour conserver leur droit d'Attila, font des pr√©sents aux commis, aux ma√ģtresses de ceux qui pourraient interposer leur autorit√© pour r√©primer une telle oppression. Le fort √©crase toujours le faible: mais pourquoi faut-il que les moines soient les plus forts ?
¬†¬†¬†¬†Quel horrible √©tat que celui d'un moine dont le couvent est riche ! la comparaison continuelle qu'il fait de sa servitude et de sa mis√®re avec l'empire et l'opulence de l'abb√©, du prieur, du procureur, du secr√©taire, du ma√ģtre des bois, etc., lui d√©chire l'√Ęme √† l'√©glise et au r√©fectoire. Il maudit le jour o√Ļ il pronon√ßa ses voeux imprudents et absurdes; il se d√©sesp√®re; il voudrait que tous les hommes fussent aussi malheureux que lui. S'il a quelque talent pour contrefaire les √©critures, il l'emploie en faisant de fausses chartes pour plaire au sous-prieur, il accable les paysans qui ont le malheur inexprimable d'√™tre vassaux d'un couvent: √©tant devenu bon faussaire, il parvient aux charges; et comme il est fort ignorant, il meurt dans le doute et dans la rage.

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

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