BAPTÊME

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BAPTÊME
Mot grec qui signifie immersion.
SECTION PREMI√ąRE.
    Nous ne parlons point du baptême en théologiens; nous ne sommes que de pauvres gens de lettres qui n'entrons jamais dans le sanctuaire.
¬†¬†¬†¬†Les Indiens, de temps imm√©morial, se plongeaient et se plongent encore dans le Gange. Les hommes, qui se conduisent toujours par les sens, imagin√®rent ais√©ment que ce qui lavait le corps lavait aussi l'√Ęme. Il y avait de grandes cuves dans les souterrains des temples d'√Čgypte pour les pr√™tres et pour les initi√©s.
    " Ah ! nimium faciles qui tristia crimina caedis
    Fluminea tolli posse putatis aqua. "
    (OVID., Fast., II, 45-46.)
¬†¬†¬†¬†Le vieux Boudier, √† l'√Ęge de quatre-vingts ans, traduisit comiquement ces deux vers:
¬†¬†¬†¬†C'est une dr√īle de maxime
    Qu'une lessive efface un crime.
    Comme tout signe est indifférent par lui-même, Dieu daigna consacrer cette coutume chez le peuple hébreu. On baptisait tous les étrangers qui venaient s'établir dans la Palestine; ils étaient appelés prosélytes de domicile.
    Ils n'étaient pas forcés à recevoir la circoncision, mais seulement à embrasser les sept préceptes des noachides, et à ne sacrifier à aucun dieu des étrangers. Les prosélytes de justice étaient circoncis et baptisés; on baptisait aussi les femmes prosélytes, toutes nues, en présence de trois hommes.
    Les Juifs les plus dévots venaient recevoir le baptême de la main des prophètes les plus vénérés par le peuple. C'est pourquoi on courut à saint Jean qui baptisait dans le Jourdain.
¬†¬†¬†¬†J√©sus-Christ m√™me, qui ne baptisa jamais personne, daigna recevoir le bapt√™me de Jean. Cet usage ayant √©t√© longtemps un accessoire de la religion juda√Įque, re√ßut une nouvelle dignit√©, un nouveau prix de notre Sauveur m√™me; il devint le principal rite et le sceau du christianisme. Cependant les quinze premiers √©v√™ques de J√©rusalem furent tous Juifs; les chr√©tiens de la Palestine conserv√®rent tr√®s longtemps la circoncision; les chr√©tiens de saint Jean ne re√ßurent jamais le bapt√™me du Christ.
¬†¬†¬†¬†Plusieurs autres soci√©t√©s chr√©tiennes appliqu√®rent un caut√®re au baptis√© avec un fer rouge, d√©termin√©es √† cette √©tonnante op√©ration par ces paroles de saint Jean-Baptiste, rapport√©es par saint Luc: " Je baptise par l'eau, mais celui qui vient apr√®s moi baptisera par le feu. "Les s√©leuciens, les herminiens et quelques autres, en usaient ainsi. Ces paroles, il baptisera par le feu, n'ont jamais √©t√© expliqu√©es. Il y a plusieurs opinions sur le bapt√™me de feu dont saint Luc et saint Matthieu parlent. La plus vraisemblable, peut-√™tre, est que c'√©tait une allusion √† l'ancienne coutume des d√©vots √† la d√©esse de Syrie, qui, apr√®s s'√™tre plong√©s dans l'eau, s'imprimaient sur le corps des caract√®res avec un fer br√Ľlant. Tout √©tait superstition chez les mis√©rables hommes; et J√©sus substitua une c√©r√©monie sacr√©e, un symbole efficace et divin, √† ces superstitions ridicules.
¬†¬†¬†¬†Dans les premiers si√®cles du christianisme, rien n'√©tait plus commun que d'attendre l'agonie pour recevoir le bapt√™me. L'exemple de l'empereur Constantin en est une assez forte preuve. Saint Ambroise n'√©tait pas encore baptis√© quand on le fit √©v√™que de Milan. La coutume s'abolit bient√īt d'attendre la mort pour se mettre dans le bain sacr√©.
DU BAPTÊME DES MORTS.
¬†¬†¬†¬†On baptisa aussi les morts. Ce bapt√™me est constat√© par ce passage de saint Paul dans sa Lettre aux Corinthiens: " Si on ne ressuscite point, que feront ceux qui re√ßoivent le bapt√™me pour les morts ? " C'est ici un point de fait. Ou l'on baptisait les morts m√™mes, ou l'on recevait le bapt√™me en leur nom, comme on a re√ßu depuis des indulgences pour d√©livrer du purgatoire les √Ęmes de ses amis et de ses parents.
¬†¬†¬†¬†Saint √Čpiphane et saint Chrysost√īme nous apprennent que dans quelques soci√©t√©s chr√©tiennes, et principalement chez les marcionites, on mettait un vivant sous le lit d'un mort; on lui demandait s'il voulait √™tre baptis√©; le vivant r√©pondait oui; alors on prenait le mort, et on le plongeait dans une cuve. Cette coutume fut bient√īt condamn√©e: saint Paul en fait mention, mais il ne la condamne pas; au contraire, il s'en sert comme d'un argument invincible qui prouve la r√©surrection.
DU BAPTÊME D'ASPERSION.
¬†¬†¬†¬†Les Grecs conserv√®rent toujours le bapt√™me par immersion. Les Latins, vers la fin du huiti√®me si√®cle, ayant √©tendu leur religion dans les Gaules et la Germanie, et voyant que l'immersion pouvait faire p√©rir les enfants dans des pays froids, substitu√®rent la simple aspersion; ce qui les fit souvent anath√©matiser par l'√Čglise grecque.
¬†¬†¬†¬†On demanda √† saint Cyprien, √©v√™que de Carthage, si ceux-l√† √©taient r√©ellement baptis√©s, qui s'√©taient fait seulement arroser tout le corps. Il r√©pond dans sa soixante et seizi√®me Lettre que " plusieurs √Čglises ne croyaient pas que ces arros√©s fussent chr√©tiens; que pour lui il pense qu'ils sont chr√©tiens, mais qu'ils ont une gr√Ęce infiniment moindre que ceux qui ont √©t√© plong√©s trois fois selon l'usage. "
¬†¬†¬†¬†On √©tait initi√© chez les chr√©tiens d√®s qu'on avait √©t√© plong√©; avant ce temps on n'√©tait que cat√©chum√®ne. Il fallait pour √™tre initi√© avoir des r√©pondants, des cautions qu'on appelait d'un nom qui r√©pond √† parrains, afin que l'√Čglise s'assur√Ęt de la fid√©lit√© des nouveaux chr√©tiens, et que les myst√®res ne fussent point divulgu√©s. C'est pourquoi, dans les premiers si√®cles, les Gentils furent g√©n√©ralement aussi mal instruits des myst√®res des chr√©tiens que ceux-ci l'√©taient des myst√®res d'Isis et de C√©r√®s √Čleusine.
¬†¬†¬†¬†Cyrille d'Alexandrie, dans son √©crit contre l'empereur Julien, s'exprime ainsi: " Je parlerais du bapt√™me, si je ne craignais que mon discours ne parv√ģnt √† ceux qui ne sont pas initi√©s. " Il n'y avait alors aucun culte qui n'e√Ľt ses myst√®res, ses associations, ses cat√©chum√®nes, ses initi√©s, ses prof√®s. Chaque secte exigeait de nouvelles vertus, et recommandait √† ses p√©nitents une nouvelle vie, initium novoe vitoe; et de l√† le mot d'initiation. L'initiation des chr√©tiens et des chr√©tiennes √©tait d'√™tre plong√©s tout nus dans une cuve d'eau froide; la r√©mission de tous les p√©ch√©s √©tait attach√©e √† ce signe. Mais la diff√©rence entre le bapt√™me chr√©tien et les c√©r√©monies grecques, syriennes, √©gyptiennes, romaines, √©tait la m√™me qu'entre la v√©rit√© et le mensonge. J√©sus-Christ √©tait le grand-pr√™tre de la nouvelle loi.
¬†¬†¬†¬†D√®s le second si√®cle on commen√ßa √† baptiser des enfants; il √©tait naturel que les chr√©tiens d√©sirassent que leurs enfants, qui auraient √©t√© damn√©s sans ce sacrement, en fussent pourvus. On conclut enfin qu'il fallait le leur administrer au bout de huit jours, parce que, chez les Juifs, c'√©tait √† cet √Ęge qu'ils √©taient circoncis. L'√Čglise grecque est encore dans cet usage.
¬†¬†¬†¬†Ceux qui mouraient dans la premi√®re semaine √©taient damn√©s, selon les P√®res de l'√Čglise les plus rigoureux. Mais Pierre Chrysologue, au cinqui√®me si√®cle, imagina les limbes, esp√®ce d'enfer mitig√©, et proprement bord d'enfer, faubourg d'enfer, o√Ļ vont les petits enfants morts sans bapt√™me, et o√Ļ les patriarches restaient avant la descente de J√©sus-Christ aux enfers. De sorte que l'opinion que J√©sus-Christ √©tait descendu aux limbes, et non aux enfers, a pr√©valu depuis.
    Il a été agité si un chrétien dans les déserts d'Arabie pouvait être baptisé avec du sable ? on a répondu que non: si on pouvait baptiser avec de l'eau rose ? et on a décidé qu'il fallait de l'eau pure; que cependant on pouvait se servir d'eau bourbeuse. On voit aisément que toute cette discipline a dépendu de la prudence des premiers pasteurs qui l'ont établie.
¬†¬†¬†¬†Les anabaptistes, et quelques autres communions qui sont hors du giron, ont cru qu'il ne fallait baptiser, initier personne, qu'en connaissance de cause. Vous faites promettre, disent-ils, qu'on sera de la soci√©t√© chr√©tienne; mais un enfant ne peut s'engager √† rien. Vous lui donnez un r√©pondant, un parrain; mais c'est un abus d'un ancien usage. Cette pr√©caution √©tait tr√®s convenable dans le premier √©tablissement. Quand des inconnus, hommes faits, femmes, et filles adultes, venaient se pr√©senter aux premiers disciples pour √™tre re√ßus dans la soci√©t√©, pour avoir part aux aum√īnes, ils avaient besoin d'une caution qui r√©pond√ģt de leur fid√©lit√©; il fallait s'assurer d'eux; ils juraient d'√™tre √† vous: mais un enfant est dans un cas diam√©tralement oppos√©. Il est arriv√© souvent qu'un enfant baptis√© par des Grecs √† Constantinople a √©t√© ensuite circoncis par des Turcs; chr√©tien √† huit jours, musulman √† treize ans, il a trahi les serments de son parrain. C'est une des raisons que les anabaptistes peuvent all√©guer; mais cette raison, qui serait bonne en Turquie, n'a jamais √©t√© admise dans des pays chr√©tiens, o√Ļ le bapt√™me assure l'√©tat d'un citoyen. Il faut se conformer aux lois et aux rites de sa patrie.
    Les Grecs rebaptisent les Latins qui passent d'une de nos communions latines à la communion grecque; l'usage était dans le siècle passé que ces catéchumènes prononçassent ces paroles: " Je crache sur mon père et ma mère qui m'ont fait mal baptiser. " Peut-être cette coutume dure encore, et durera longtemps dans les provinces.
ID√ČES DES UNITAIRES RIGIDES SUR LE BAPT√äME.
¬†¬†¬†¬†" Il est √©vident pour quiconque veut raisonner sans pr√©jug√© que le bapt√™me n'est ni une marque de gr√Ęce conf√©r√©e, ni un sceau d'alliance, mais une simple marque de profession
    Que le baptême n'est nécessaire, ni de nécessité de précepte, ni de nécessité de moyen
    Qu'il n'a point été institué par Jésus-Christ, et que le chrétien peut s'en passer, sans qu'il puisse en résulter pour lui aucun inconvénient
    Qu'on ne doit pas baptiser les enfants ni les adultes, ni en général aucun homme
    Que le baptême pouvait être d'usage dans la naissance du christianisme à ceux qui sortaient du paganisme, pour rendre publique leur profession de foi, et en être la marque authentique; mais qu'à présent il est absolument inutile, et tout-à-fait indifférent. " (Tiré du Dictionnaire encyclopédique, à l'article des UNITAIRES.)
SECTION II.
¬†¬†¬†¬†Le bapt√™me, l'immersion dans l'eau, l'abstersion, la purification par l'eau, est de la plus haute antiquit√©. √™tre propre, c'√©tait √™tre pur devant les dieux. Nul pr√™tre n'osa jamais approcher des autels avec une souillure sur son corps. La pente naturelle √† transporter √† l'√Ęme ce qui appartient au corps fit croire ais√©ment que les lustrations, les ablutions, √ītaient les taches de l'√Ęme comme elles √ītent celles des v√™tements; et en lavant son corps on crut laver son √Ęme. De l√† cette ancienne coutume de se baigner dans le Gange, dont on crut les eaux sacr√©es; de l√† les lustrations si fr√©quentes chez tous les peuples. Les nations orientales qui habitent des pays chauds furent les plus religieusement attach√©es √† ces coutumes.
    On était obligé de se baigner chez les Juifs après une pollution, quand on avait touché un animal impur, quand on avait touché un mort, et dans beaucoup d'autres occasions.
¬†¬†¬†¬†Lorsque les Juifs recevaient parmi eux un √©tranger converti √† leur religion, ils le baptisaient apr√®s l'avoir circoncis; et si c'√©tait une femme, elle √©tait simplement baptis√©e, c'est-√†-dire plong√©e dans l'eau en pr√©sence de trois t√©moins. Cette immersion √©tait r√©put√©e donner √† la personne baptis√©e une nouvelle naissance, une nouvelle vie; elle devenait √† la fois juive et pure; les enfants n√©s avant ce bapt√™me n'avaient point de portion dans l'h√©ritage de leurs fr√®res qui naissaient apr√®s eux d'un p√®re et d'une m√®re ainsi r√©g√©n√©r√©s: de sorte que chez les Juifs √™tre baptis√© et rena√ģtre √©tait la m√™me chose, et cette id√©e est demeur√©e attach√©e au bapt√™me jusqu'√† nos jours. Ainsi, lorsque Jean le pr√©curseur se mit √† baptiser dans le Jourdain, il ne fit que suivre un usage imm√©morial. Les pr√™tres de la loi ne lui demand√®rent pas compte de ce bapt√™me comme d'une nouveaut√©; mais ils l'accus√®rent de s'arroger un droit qui n'appartenait qu'√† eux, comme les pr√™tres catholiques romains seraient en droit de se plaindre qu'un la√Įque s'ing√©r√Ęt de dire la messe. Jean faisait une chose l√©gale; mais il ne la faisait pas l√©galement.
¬†¬†¬†¬†Jean voulut avoir des disciples, et il en eut. Il fut chef de secte dans le bas peuple, et c'est ce qui lui co√Ľta la vie. Il para√ģt m√™me que J√©sus fut d'abord au rang de ses disciples, puisqu'il fut baptis√© par lui dans le Jourdain, et que Jean lui envoya des gens de son parti quelque temps avant sa mort.
¬†¬†¬†¬†L'historien Jos√®phe parle de Jean, et ne parle pas de J√©sus; c'est une preuve incontestable que Jean-Baptiste avait de son temps beaucoup plus de r√©putation que celui qu'il baptisa. Une grande multitude le suivait, dit ce c√©l√®bre historien, et les Juifs paraissaient dispos√©s √† entreprendre tout ce qu'il leur e√Ľt command√©. Il para√ģt par ce passage que Jean √©tait non seulement un chef de secte, mais un chef de parti. Jos√®phe ajoute qu'H√©rode en con√ßut de l'inqui√©tude. En effet, il se rendit redoutable √† H√©rode, qui le fit enfin mourir; mais J√©sus n'eut affaire qu'aux pharisiens: voil√† pourquoi Jos√®phe fait mention de Jean comme d'un homme qui avait excit√© les Juifs contre le roi H√©rode, comme d'un homme qui s'√©tait rendu par son z√®le criminel d'√Čtat; au lieu que J√©sus, n'ayant pas approch√© de la cour, fut ignor√© de l'historien Jos√®phe.
¬†¬†¬†¬†La secte de Jean-Baptiste subsista tr√®s diff√©rente de la discipline de J√©sus. On voit dans les Actes des ap√ītres que vingt ans apr√®s le supplice de J√©sus, Apollo d'Alexandrie, quoique devenu chr√©tien, ne connaissait que le bapt√™me de Jean, et n'avait aucune notion du Saint-Esprit. Plusieurs voyageurs, et entre autres Chardin, le plus accr√©dit√© de tous, disent qu'il y a encore en Perse des disciples de Jean, qu'on appelle Sabis, qui se baptisent en son nom, et qui reconnaissent √† la v√©rit√© J√©sus pour un proph√®te, mais non pas pour un Dieu.
¬†¬†¬†¬†A l'√©gard de J√©sus, il re√ßut le bapt√™me, mais ne le conf√©ra √† personne: ses ap√ītres baptisaient les cat√©chum√®nes ou les circoncisaient, selon l'occasion; c'est ce qui est √©vident par l'op√©ration de la circoncision que Paul fit √† Timoth√©e son disciple.
¬†¬†¬†¬†Il para√ģt encore que quand les ap√ītres baptis√®rent, ce fut toujours au seul nom de J√©sus-Christ. Jamais les Actes des ap√ītres ne font mention d'aucune personne baptis√©e au nom du P√®re, du Fils, et du Saint-Esprit: c'est ce qui peut faire croire que l'auteur des Actes des ap√ītres ne connaissait pas l'√Čvangile de Matthieu, dans lequel il est dit: " Allez enseigner toutes les nations, et baptisez-les au nom du P√®re, et du Fils, et du Saint-Esprit. " La religion chr√©tienne n'avait pas encore re√ßu sa forme: le Symbole m√™me qu'on appelle le Symbole des ap√ītres ne fut fait qu'apr√®s eux; et c'est de quoi personne ne doute. On voit, par l'√Čp√ģtre de Paul aux Corinthiens, une coutume fort singuli√®re qui s'introduisit alors, c'est qu'on baptisait les morts; mais bient√īt l'√Čglise naissante r√©serva le bapt√™me pour les seuls vivants: on ne baptisa d'abord que les adultes; souvent m√™me on attendait jusqu'√† cinquante ans, et jusqu'√† sa derni√®re maladie, afin de porter dans l'autre monde la vertu tout enti√®re d'un bapt√™me encore r√©cent.
¬†¬†¬†¬†Aujourd'hui on baptise tous les enfants: il n'y a que les anabaptistes qui r√©servent cette c√©r√©monie pour l'√Ęge o√Ļ l'on est adulte; ils se plongent tout le corps dans l'eau. Pour les quakers, qui composent une soci√©t√© fort nombreuse en Angleterre et en Am√©rique, ils ne font point usage du bapt√™me: ils se fondent sur ce que J√©sus-Christ ne baptisa aucun de ses disciples, et ils se piquent de n'√™tre chr√©tiens que comme on l'√©tait du temps de J√©sus-Christ; ce qui met entre eux et les autres communions une prodigieuse diff√©rence.
ADDITION IMPORTANTE.
    L'empereur Julien le philosophe, dans son immortelle Satire des Césars, met ces paroles dans la bouche de Constance, fils de Constantin: " Quiconque se sent coupable de viol, de meurtre, de rapine, de sacrilège, et de tous les crimes les plus abominables, dès que je l'aurai lavé avec cette eau, il sera net et pur. "
    C'est en effet cette fatale doctrine qui engagea les empereurs chrétiens et les grands de l'empire à différer leur baptême jusqu'à la mort. On croyait avoir trouvé le secret de vivre criminel, et de mourir vertueux. (Tirée de M. Boulanger.)
AUTRE ADDITION.
¬†¬†¬†¬†Quelle √©trange id√©e, tir√©e de la lessive, qu'un pot d'eau nettoie tous les crimes ! Aujourd'hui qu'on baptise tous les enfants, parce qu'une id√©e non moins absurde les supposa tous criminels, les voil√† tous sauv√©s jusqu'√† ce qu'ils aient l'√Ęge de raison, et qu'ils puissent devenir coupables. √Čgorgez-les donc au plus vite pour leur assurer le paradis. Cette cons√©quence est si juste, qu'il y a eu une secte d√©vote qui s'en allait empoisonnant ou tuant tous les petits enfants nouvellement baptis√©s. Ces d√©vots raisonnaient parfaitement. Ils disaient: Nous faisons √† ces petits innocents le plus grand bien possible; nous les emp√™chons d'√™tre m√©chants et malheureux dans cette vie, et nous leur donnons la vie √©ternelle. (De M. l'abb√© Nicaise.)

Dictionnaire philosophique de Voltaire. 2014.

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